L'ACTUALITE DU JOUR

* * * * NOUVEAU Dimanche, 21 juillet 2019. L’un des principes fondamentaux qui sert de base à toute liturgie authentique est qu’à l’acte de confesser la foi doit nécessairement correspondre une attitude, une posture, un comportement personnel en accord avec la foi que l’on professe. Il ne suffit pas de dire « Je crois en Dieu... » au moment du « Credo » ; encore faut-il que toute notre attitude, notre manière d’être, vise à souligner et à exprimer cette foi dans le Dieu unique et trinitaire.

LUMEN
Lorsque l’Eucharistie est célébrée face à l’Orient, c’est-à-dire vers le lieu d’où jaillit la Lumière, les ministres comme les fidèles s’immergent dans une attitude rituelle, une orientation corporelle qui exprime de manière claire et radicale la foi en un Dieu transcendant et ineffable, incarné dans la personne du Christ, « lumière née de la lumière » (Cf. Symbole de Nicée).
Certains contestent cette importance de l’orientation liturgique en affirmant que Dieu est présent partout et donc pas exclusivement à l’Est. A cet type d’argument fallacieux qui repose sur une totale incompréhension de ce qu’est le symbole (et donc de ce qu’est la liturgie), saint Augustin répond lui-même de manière parfaitement claire : « Quand nous nous levons pour prier, nous nous tournons vers l’Est, là où les Cieux commencent. Nous faisons cela non parce que Dieu est dans cette direction, comme s’il s’était retiré des autres directions terrestres (...) mais pour nous faire souvenir d’orienter nos âmes vers un ordre plus élevé, c’est-à-dire vers Dieu. »
Si Dieu est, alors les fidèles qui reconnaissent son essence et son existence doivent nécessairement se tourner intérieurement vers lui. Et puisque nous sommes des êtres incarnés, des êtres d’esprit mais aussi de chair, cette orientation intérieure passe nécessairement par une orientation corporelle extérieure. C’est là le plus simple et le plus évident bon sens, sur lequel repose d’ailleurs l’adage « lex orandi, lex credendi ». La manière dont je prie doit correspondre à ma manière de croire ; il doit y avoir une cohérence entre ma foi, mon attitude et mes actes. Il serait vraiment étonnant que ce principe de base s’applique à toute la vie chrétienne SAUF à la liturgie, qui est pourtant l’expression de la vie chrétienne à son plus haut degré d’intensité.
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Au contraire de la célébration orientée, les messes « face au peuple », toutes imbibées de mentalité moderne, sont des professions d’athéisme par le fait qu’elles caractérisent une Eglise à dominante anthropocentrique. Certes, au cours de ces « célébrations », on y récite verbalement le « Credo ». Mais l’ambiance générale qui y règne, l’absence d’orientation de la prière, la fadeur des cantiques et des refrains qui démantèlent le rite, la laideur des vêtements dits « liturgiques », l’absence de sens du sacré et de respect du Mystère, tout cela créée une atmosphère qui exprime davantage l’agnosticisme moderne que la foi chrétienne immémoriale.

Les papes ont souvent dénoncé la sécularisation de l’Occident en soulignant le fait que beaucoup d’hommes et de femmes de notre temps vivaient « comme si Dieu n’existait pas ». Mais le véritable drame de notre époque est que l’Eglise est remplie de clercs qui célèbrent la liturgie «’comme si Dieu n’existait pas » ou, tout du moins, comme s’Il ne constituait qu’une sorte de vague décor d’arrière fond auquel on ne se réfère plus que comme prétexte pour justifier l’organisation de célébrations qui n’ont plus guère de rapport avec la foi reçue des Apôtres et professée par l’Eglise depuis deux millénaires. Dès lors, toutes les exigences doctrinales et morales du christianisme, qui ne peuvent être comprises que dans Lumière divine contemplée et reçue au cours de la prière liturgique, n'apparaissent plus que comme de pénibles interdits rigides et dépassés dont il conviendrait de se débarrasser ou, du moins, de les vider de leur sens à l’aide de slogans creux et d’une phraséologie volontairement floue et ambiguë, ce qui revient exactement au même.
Dès lors, il apparaît clairement que la destruction de « l’éthos » liturgique qui se fait depuis cinquante ans dans nos diocèses, prépare la voie au démantèlement pur et simple de la doctrine théologique, spirituelle et morale tel que l’Eglise l’a reçue du Christ mission de professer.

S.N.

* * * * NOUVEAU Dimanche, 21 juillet 2019. C’est en catimini que Mgr Vincenzo Paglia (l’évêque qui a fait réaliser une fresque dans sa cathédrale sur laquelle il apparaît nu dans les bras d’un homme) a fait approuver les statuts de l’Institut théologique Jean-Paul II pour les sciences du mariage et de la famille. Désormais, c’est Mgr Paglia lui-même qui pourra choisir les enseignants et préciser sur quoi doivent porter leurs enseignements.
Y a-t-il encore quelqu’un de sérieux dans l’Eglise qui puisse croire que le pape François a l’intention de démanteler la « maffia gay » qui fait la pluie et le beau temps au Vatican ?


* * * * NOUVEAU Dimanche, 21 juillet 2019.
Contre le synode amazonien voulu par François : après le Cardinal Müller, ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi, c’est au tour de Mgr Schneider, Evêque auxiliaire d’Astana (Kazakhstan) de prendre la parole.
Dans un document de 8 pages, Mgr Schneider écrit que le pape François « ne peut soutenir de la moindre manière - par son silence ou par une conduite ambiguë - ni le contenu manifestement gnostique et naturaliste des parties de l’ “Instrumentum laboris” (document de travail), ni l’abolition du devoir apostolique du célibat sacerdotal (qui sera institué d'abord ponctuellement et en catimini avant de devenir progressivement universel). »
Et Mgr Schneider de poursuivre : « Même si le pape le faisait lors du prochain Synode d’Amazonie, il violerait gravement son devoir de Successeur de Pierre et de Représentant du Christ et provoquerait ainsi une éclipse spirituelle intermittente dans l’Eglise. » Et enfin : « La vérité, c’est que ceux qui défendent un clergé amazonien marié à l’aide de la ruse avec la devise élégamment formulée “hommes éprouvés” (viri probati) considèrent les peuples amazoniens comme inférieurs puisqu’ils présupposent qu’ils n’ont pas la capacité de donner à l’Eglise des prêtres vivant leur sacerdoce selon l’exemple donné par le Christ. »
Précisons que le synode amazonien réunira des clercs issus de la région amazonienne et télécommandés par des évêques allemands les plus douteux. Quant aux évêques les plus spirituellement et doctrinalement solides de régions telles que l’Asie, l’Europe de l’Est et l’Afrique, ils n’auront bien entendu pas voix au chapitre.

* * * * Samedi, 20 juillet 2019. Il devient de plus en plus évident que le synode sur l’Amazonie voulu par le pape François n’a qu’un but : relativiser toujours plus ce qu’il y a de catholique dans l’Eglise, pour imposer des structures autoréférentielles dans lesquelles chacun pourra se sentir parfaitement à l’aise, en particulier les clercs incapables de vivre les exigences doctrinales et morales du sacerdoce institué par le Christ.
Le synode va accoucher d’une Eglise ectoplasmique qui sera mise entre les mains des esprits faibles (dont avait parlé Mgr Gaidon et Benoît XVI) occupés à faire croire que tout peut être dit et fait au nom d’une prétendue charité qu’il suffira de qualifier d’ « évangélique » pour la rendre acceptable aux yeux de tous ceux qui ne réfléchissent pas plus loin, qui ne cherchent pas à comprendre et à défendre le contenu du « Credo » qu’ils récitent tous les dimanches.
Le synode nous confirmera que le pape François consent à être téléguidé par cette « maffia » de cardinaux qui ont besoin de lui pour exister comme lui a besoin d’eux pour satisfaire sa présomption à passer pour le plus grand pontife des temps modernes.

* * * * Vendredi, 19 juillet 2019. En 1986, le cardinal Joseph Ratzinger, alors bras droit du pape Saint Jean-Paul II, avait donné une conférence au collège Saint-Michel de Toronto. Le titre en était « la base spirituelle et l’identité ecclésiale de la théologie ». Le cardinal montrait que la théologie catholique doit être étroitement liée à l’autorité de l’Eglise si elle ne veut pas perdre son sens. Joseph Ratzinger avait commencé son propos
par une réflexion sur l’expérience du protestantisme dans l’Allemagne nazie et avait montré comment celui-ci s’était scindé en une « Eglise officielle » soutenant les nazis et une « Eglise confessante » s’opposant au régime hitlérien. Les théologiens protestants qui s’étaient opposés aux chemises brunes - avait ajouté le cardinal Ratzinger - en étaient alors venus à comprendre que « la théologie existe soit dans et par l’Eglise, soit n’existe pas du tout ».
La conclusion coulait de source : une théologie qui se démarque de l’autorité de l’Eglise devient très vite le jouet d’autres forces, d’autres intérêts que la foi. Soit la théologie sert l’Eglise, soit elle se plie au consensus politique et culturel du moment.
Plus tard, en 1991, dans un discours adressé aux évêques américains, le cardinal Ratzinger avait fait passer le message qui découlait en quelque sorte de sa première intervention : « Ce qui caractérise l’homme en tant qu’homme ce n’est pas qu’il puisse s’interroger sur ce qu’il “peut faire” mais sur ce qu’il “doit faire” en s’ouvrant aux exigences de la vérité. » Et il avait ajouté : « Il me semble que cela a été le sens final de la recherche socratique et que c’est aussi l’élément le plus profond du témoignage de tous les martyrs. Ces derniers ont témoigné du fait que la capacité de vérité de l’homme est une limite à tout pouvoir. »
C’est ce que Joseph Ratzinger voulait encore dire lorsque, dans son homélie donnée en 2005 au cours de la messe « Eligendo Romano Pontefice », il avait mis en garde contre la « dictature du relativisme ». C’était sa dernière homélie avant son élection au pontificat suprême. « Le vrai problème à ce moment de notre histoire - avait-il alors précisé - est que Dieu est en train de disparaître de l’horizon humain et, avec l’obscurcissement de la lumière qui vient de Dieu, l’humanité perd ses repères avec, pour conséquence, des effets destructeurs de plus en plus évidents. »
C’est aussi ce que Benoît, en tant que pape émérite, a tenté de faire comprendre dans son récent essai sur la crise des sévices sexuels commis par des religieux. Alors que beaucoup se concentraient sur le passage traitant des « cliques homosexuelles » présentes dans les séminaires et sur le fait qu’il blâmait l’homosexualité, on oubliait l’essentiel de son propos, à savoir que les véritables coupables de la crise de l’Eglise sont la perte de confiance en Dieu et l’effondrement de la certitude qu’il existe une vérité objective.
Une fois encore, son idée maîtresse était que seule la vérité - clairement définie, vigoureusement proclamée et, le cas échéant, défendue sans honte, comme a suggéré de le faire Jean-Paul II dans son encyclique « Veritatis splendor » de 1993 - était capable de définir le mal que les hommes pécheurs sont capables de s’infliger les uns aux autres.
En d’autres termes, exiger que les catholiques acceptent et professent les vérités proclamées par le magistère de l’Eglise lié à la Tradition n’est pas de l’autoritarisme : c’est de la compassion et de l’humanisme.
Cette position est actuellement contestée : beaucoup de catholiques en arrivent à soutenir que la conscience individuelle passe avant les enseignements de l’Eglise.
Pourtant, l’enseignement clair de Benoît XVI ne saurait être ignoré : comment une Eglise fluctuante, timorée, « synodale » (cf. pape François) et donc manquant de cohésion interne pour constituer un front unifié, pourrait-elle être capable de résister efficacement aux pressions de ce monde ?

* * * * Vendredi, 19 juillet 2019. Au cours d’une messe célébrée dans le cadre d’une manifestation « pro-gay » organisée à New-York le 29 juin dernier, le Père James Martin SJ, membre du dicastère du Vatican pour la Communication, a déclaré publiquement que « le pape François a des amis LGBT et a nommé de nombreux cardinaux, archevêques et évêques soutenant le programme des mouvements LGBT. »
A ce jour, le Vatican n’a opposé aucun démenti aux propos du Père Martin, lequel demeure à son poste au Vatican tout comme demeurent dans d’autres postes importants un certain nombre de prélats ouvertement homosexuels et apparemment bien protégés.

Source : Kathnet.


* * * * Jeudi, 18 juillet 2019. Damian Thompson est l’ancien rédacteur en chef du « Catholic Herald ».
Dans une interview avec Raymond Arroyo sur la chaîne EWTN, il s’appuie sur l’analyse de l’ « Instrumentum laboris » préparant le synode sur l’Amazonie qu’a faite le cardinal Brandmüller - qu’il juge excellente - pour critiquer à son tour ce travail.
Décidé à ne pas prendre de pincettes, Damian Thompson traite ce document de « tas d’ordures » et le compare à une « production Disney politiquement correcte, à une version du film “Avatar” », imaginée selon lui par « des socialistes européens octogénaires ». Il préconise d’arrêter les frais et de suspendre l’organisation de ce synode.

Source : Kathnet (trad. MH/APL)

* * * * Jeudi, 18 juillet 2019. Combien avons-nous en France d’évêques assez éclairés et courageux pour étudier la solide analyse argumentée de l’ « Instrumentum laboris » faite par le cardinal Müller (voir ci-dessous) et dire ensuite tout haut : « Ça ne peut plus continuer ; arrêtons les frais » ? Très peu en vérité. Il faut donc croire que la défense de la foi catholique est davantage assurée par quelques laïcs que par l’ensemble des pasteurs.

* * * * Jeudi, 18 juillet 2019. IMPORTANT. Dans un article qu’il vient de publier et que Pro Liturgia a traduit en français, le cardinal Gerhard Ludwig Müller, ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi, montre que l’ « Instrumentum laboris » devant servir de base de travail au prochain synode sur l’Amazonie est truffé d’erreurs théologiques et doctrinales.
Le cardinal met en évidence les objectifs véritables des auteurs de l’ « Instrumentum laboris » : édifier une nouvelle Eglise sur la base d’un rejet de la foi catholique. C’est
A LIRE ICI et à diffuser le plus possible.

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* * * * Jeudi, 18 juillet 2019. Selon Mgr Nicola Bux, professeur de théologie à Bari (I) et ancien consultant à la Congrégation pour la doctrine de la Foi, le synode sur l’Amazonie à venir « vise à créer une autre église en démolissant de l’intérieur la seule véritable Eglise. »
Nous allons devoi
r faire face à une volonté de « modifier génétiquement l’Eglise. »

* * * * Mercredi, 17 juillet 2019. En laissant pendant plus d’un demi-siècle l’Eglise avancer en roue libre sur le plan liturgique, catéchétique, doctrinal et moral, « on » a préparé les fidèles catholiques a accepter tout et n’importe quoi. Ils vont donc béatement accepter le prochain synode sur l’Amazonie qui n’est autre que le point d’orgue de la déconstruction de l’Eglise et de son remplacement par une sorte de « contre-Eglise ». Une « contre-Eglise » bien adaptée à la vie de ces prélats plus que douteux en qui François a cette confiance impénétrable qui autorise toutes les suppositions.
Oui, le prochain synode sur l’Amazonie voulu par François soutenu par ses « aficionados » inconditionnels est un aboutissement : l’aboutissement de cinquante années de pastorale délétère orchestrée par des évêques et des curés de paroisses qui, par intérêt autant que par inculture, ont systématiquement déformé les enseignements de l’Eglise pour servir aux fidèles des liturgies tiédasses et des catéchèses asthéniques.
Ne serait-il pas temps d’entendre la voix de cardinaux courageux décidés à contrer ceux qui souhaitent le remplacement de l’Eglise catholique par une Eglise « bergoglio-amazonienne » ?

* * * * Mercredi, 17 juillet 2019. A tous les niveaux de l’Eglise, le « confusionnisme » est devenu le principal outil rhétorique de la pastorale.
Tout l’art du « confusionnisme » - dont le prochain synode sur l’Amazonie sera l’illustration parfaite - consiste à utiliser des mots et des expressions qui renvoient à des thèmes traditionnels ou classiques comme par exemple « Eglise », « tradition », « droit canonique », « Ecriture »... afin masquer des projets qui sont à la limite du catholicisme et qu’on pourra ensuite mettre en oeuvre en toute liberté pour miner la foi des fidèles et ainsi remplacer l’Eglise du Christ par des pseudo-Eglises composées de communautés locales autonomes.
Il suffit de relire certains documents ou d’écouter certaines déclarations pour constater que le « confusionnisme » est utilisé pour anesthésier tout esprit critique, toute capacité de penser. Il permet de « flouter » la doctrine par le moyen de quelques phrases ambigües ou quelques slogans nébuleux permettant à chacun de ne comprendre ce qu’il est venu chercher.
Cette stratégie fait partie d’un plan permettant de suspecter ou de discréditer tout fidèle, qu’il soit clerc ou laïc, souhaitant demeurer dans la foi catholique en se référant à deux critères sûrs : ce que l’Eglise a toujours cru et enseigné, et la primauté donnée à la vie intérieure s’appuyant sur une liturgie échappant à toute instrumentalisation.

* * * * Mercredi, 17 juillet 2019. LA MESSE EN LATIN ET GREGORIEN (suite)
L’abandon du latin et du chant grégorien, suite à une application défectueuse des enseignements conciliaires, pose donc de nombreux problèmes liturgiques et pastoraux et l’on ne comprend toujours pas pourquoi, dans nos diocèses, on n’admet toujours pas qu’il serait grandement souhaitable de conserver, à côté des célébrations en langues courantes, des messes célébrées en latin selon le missel romain actuel. La mise en œuvre de telles célébrations au caractère plus « classique » pourrait servir de modèle liturgique dans nos sociétés où manquent si cruellement des repères sûrs et stables, où manque une authentique spiritualité chrétienne capable de nourrir les âmes, de les purifier, de les exalter et de leur faire saisir que la liturgie intégralement chantée sur les mélodies grégoriennes n’a pas pour but de glorifier la personne qui les a composées ou qui les chante, mais de susciter cette vertu suréminente d’union à Dieu dans le silence de contemplation.
Mais pour avoir accès plus facilement à la valeur indicible du silence de contemplation que fait naître la liturgie célébrée en latin, il nous faut évoquer une nouvelle fois les richesses contenues dans le chant grégorien. L’une de ces richesses - sûrement la principale - est la « profondeur ». Faisons un saut en Andalousie. Il existe, dans cette région d’Espagne, un chant très particulier qu’on appelle le « chant profond », en espagnol, le « canto jondo ». C’est un chant populaire qui surgit du plus profond de l’âme du chanteur, ou plutôt du « chantre ». Il n’existe aucune certitude sur son origine. Mais ceux qui l’ont étudié disent en trouver sa source dans les éléments orientaux les plus anciens - antérieurs à la présence des Arabes dans le sud de l’Espagne - comme dans les éléments byzantins du chant liturgique (c’était en particulier l’opinion de Manuel de Falla), voire hébraïques, qui se seraient ensuite fondus au creuset d’influences arabes et surtout gitanes.
Une des formes de ce chant tout à fait particulier par d’un récit dit par le chantre, le « cantaor », sur le ton normal de la voix parlée. A un certain moment, lorsque le récit gagne en intensité, la voix adopte une tonalité légèrement chantante, proche du « recto tono », hésitant entre la parole directe et le chant. Puis, sur un mot particulièrement significatif, la voix se détache et chante : chante dans toute dans toute la gravité et la profondeur de son registre, nous faisant ainsi entrer dans un monde nouveau, mettant à jour le sens caché des mots et les émotions les plus secrètes qui naissent du récit. Alors, peu à peu, le chant creuse au plus profond de lui-même. A un moment donné, c’est uniquement une syllabe qui est mise en évidence et modulée. Enfin, c’est le son même de la syllabe qui disparaît dans un pur mélisme de la voix intérieur qui fait comme s’enrouler sur elle-même pour tenter de s’approcher de l’indicible, de l’inaccessible. Puis la voix reprend le récit sur le ton normal de la parole, là où elle l’avait laissé.
Pour se faire une idée de ce phénomène vocal, songeons à ce qu’écrivait Saint Augustin (Cf. Confession, X, 33) à propos de la manière de chanter instituée par Saint Athanase, évêque d’Alexandrie : « Le psaume était récité avec de si minimes inflexions de voix, que cette récitation ressemblait davantage à la parole qu’au chant. » A ce moment, le chant du psaume est encore presque de la lecture. Pensons au « Gloria » dit « ambrosien », prononcé presque recto tono et qui, tout à coup, s’envole sur certains mots, comme le nom du Sauveur, avant de retrouver son cours normal. Dans le chant byzantin, les ornements de la ligne récitative se limitent également à des endroits bien précis du texte. Cette cantillation, « sorte de déclamation à mi-chemin entre le dire et le chanter », est elle aussi constitutive du chant grégorien : elle en marque l’origine.
Le « cante jundo », en particulier celui qui nous vient de Cordoue, est sérieux, hiératique, riche en modulations vocales, mais en même temps toujours d’une grande sobriété. Les effets purement théâtraux y sont proscrits, ce qui le distingue de la simple chanson qui reste à la surface des choses. Les inflexions chromatiques et les développements mélodiques ne sont utilisés qu’à des moments spécifiques, marqués par le texte ou la charge émotive , et ne constituent en rien des ornements « gratuits ». En dehors de ces développements, le texte semi-chanté sur un ton retenu donne au récit un poids surprenant.
Le « cante jundo » nous aide ainsi à mieux comprendre la genèse liturgique de la ligne mélodique grégorienne et la signification essentielle des « mélismes », ces développements mélodiques et rythmiques qui se font sur le son d’une seule syllabe comme pour creuser au plus profond de la signification cachée des mots. Il s’agit, dans les deux cas - celui du « cante jundo » et du grégorien - de proclamer une parole sur un ton naturel, puis de s’éloigner peu à peu de celui-ci pour aller au-delà des apparences et rechercher toute la gravité et la profondeur du récit, des mots qui le composent et des syllabes qui l’engendrent. En certaines de ses parties, le chant peut alors se développer jusqu’à « s’affranchir des limites des syllabes » (Cf. S. Augustin, Enarrationes in psalmos, 32, 1-8 et 99, 4). Voilà pourquoi on peut dire du grégorien qu’il est le « chant de la profondeur. »

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Le premier mouvement consiste donc à partir du texte sacré en respectant sa sobriété, à proclamer sur le ton de la récitation posée et retenue la parole qui nous a été donnée comme étant le commencement de toute chose. « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu... » (Cf. Jn 1, 1). Cette sobriété naît du silence et l’engendre. C’est la caractéristique de l’atmosphère recueillie et dépouillée du chant grégorien. C’est là le socle sur lequel repose la prière et, à plus forte raison, la prière liturgique : silence d’où émerge la parole et sur lequel pourra se construire la quête de cette profondeur où se réalise le cœur à cœur avec le Seigneur (cliquer ici). C’est ce mouvement qu’à si bien exprimé le poète andalou José Antonio Muñoz Rojas à propos de la poésie : « Le poète a cherché un silence où il puisse trouver sa parole, et il les a trouvés l’un et l’autre. Un silence où la parole résonne pour ceux qui pénètrent à l’intérieur de l’obscur. » (Cf. Ensayos Anglo-Andaluces, p. 194). Et il ajoute : « parce que le poète aime cheminer à l’intérieur du silence et de la solitude. » (Id. p. 53).
Une fois la parole dite au creux de ce silence, il devient possible d’aller plus loin et de s’aventurer (heureuse aventure !) dans les voies de l’obscur où se cache la lumière, et qui est au-delà des mots, ce vaste pays qui n’a ni commencement ni fin parce qu’il est à la mesure de Dieu, de son amour infini. Alors, la voix devient libre ; elle s’abandonne à son chant et à la libre inspiration de l’Esprit ; elle laisse les mots parler en elle au-delà d’eux-mêmes, et son chant devient pur. Elle atteint les eaux profondes et claires ; elle baigne en Dieu.
Pour participer activement à cette recherche de Dieu dans les replis de sa parole, on peut soit chanter soit écouter : c’est toujours une participation « active » au chant liturgique. La profondeur n’appartient pas plus à celui qui chante qu’à celui qui écoute. Parfois, il est même préférable d’écouter - car c’est l’écoute qui donne accès aux Mystères - de crainte que notre propre voix ne recouvre que ce qui seul se révèle dans le silence. Pour le chantre, son chant ne lui sera d’ailleurs profitable que si lui-même écoute : écoute à l’intérieur du chant.

A suivre


* * * * Mardi, 16 juillet 2019.
Dans son livre intitulé « Rencontres romaines » paru tout récemment, le cardinal Gerhard Ludwig Müller, ancien Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi, critique vivement le pape François en l’accusant de ne produire que des effets de manche.
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Mgr Müller écrit en toutes lettres dans son livre : « Le mouvement de sécularisation que s’impose l’Eglise elle-même sur le modèle du protestantisme libéral n’est pas un premier pas vers sa modernisation, mais le plutôt le dernier avant son auto-destruction. »
Entre autres choses, le cardinal Müller reproche au Vatican - pour ne pas dire au pape François - de vouloir imposer son pouvoir ; il lui demande de s’occuper davantage de foi et moins de politique, d’intrigues et de jeux de pouvoir. Le cardinal Müller s’explique : « Le pape et les évêques feraient bien de le suivre Lui, le Seigneur, et de cesser de s’orienter d’après les opinions des médias. » Autrefois, on s’appliquait à suivre l’exemple du Christ ; aujourd’hui « on se range du côté de l’opinion dominante et du politiquement correct ». Selon l’ancien Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi, l’Eglise catholique d’aujourd’hui se donne comme ligne de conduite « plutôt nombreux autour d’un débat public que seul devant le tabernacle. »

Source : Kathnet (Trad. MH/APL)


* * * * Mardi, 16 juillet 2019.
Le cardinal allemand Reinhard Marx, archevêque de Munich, est président de la Conférence des évêques allemands, le président du puissant Conseil économique du Vatican et l'un des neuf membres du conseil du pape François, lequel conseil a davantage de poids que la Curie elle-même.
Si le projet d’une constitution apostolique réorganisant la curie est finalisé et promulgué, le cardinal Marx deviendra camerlingue ; c’est-à-dire qu’il prendra en charge le fonctionnement de l’Eglise entre le décès du pape actuel - ou sa démission - et l’élection d’un nouveau pape.
Récemment, le cardinal Marx (dont le diocèse est dans un état de délabrement avancé) s’est vanté de contrôler même le pape François. Au cours des débats synodaux de 2014-2015 où il était question de la communion pour les divorcés « remariés », le cardinal Marx s’est impatienté devant la lenteur des travaux et a fini par annoncer que les évêques allemands allaient agir de leur côté si les affaires prenaient trop de retard ou si les décisions n’allaient pas dans le sens souhaité. Il avait alors déclaré que l’épiscopat allemand n’était pas « une filiale de Rome. »
Un incident similaire a eu lieu lors du débat de 2018 que menaient les évêques allemands au sujet de la communion des épouses protestantes de fidèles catholiques. Après que la Curie romaine - la Congrégation pour la doctrine de la Foi - ait écrit le 25 mai 2018 une lettre aux évêques allemands leur demandant de ne pas publier leur document sur cette question en raison de questions doctrinale non résolues, le cardinal Marx est allé proprement « chouiner » chez le pape François. Presque aussitôt, les évêques allemands ont publié le document en ajoutant une note signée avec un « F » indiquant que le pape en personne avait approuvé la publication.
Fin 2018, lors d’une conférence de presse à Munich, le cardinal Marx a fièrement décrit son intervention auprès du pape. Après avoir d’abord déclaré que tout le débat sur l’intercommunion était un « fiasco » et que le débat « avait porté atteinte à la réputation des évêques », il a ajouté : « Je suis donc allé à Rome une nouvelle fois pour intervenir ... et j’ai dit très clairement ce que j’avais à dire. A présent - toujours selon Marx - la question de la communion eucharistique pour les couples mixtes est une question laissée à la libre décision de chaque évêque. »
Autrement dit, le cardinal Marx a effectivement informé le pape François de ce qui devait être fait et il a réussi à le convaincre.
Dernier fait à souligner : selon plusieurs sources fiables, des parties importantes de la lettre que le pape François vient d’adresser aux catholiques allemands, seraient dues sinon à la plume du cardinal Marx du moins à son intervention directe auprès du pape. récemment publiée. Lorsque le cardinal allemand a appris qu’à la demande de plusieurs cardinaux de la Curie, François était en train d’écrire une lettre aux fidèles allemands, il est intervenu directement et a demandé à prendre connaissance du courrier en préparation. Il est alors devenu furieux et a insisté pour que certains points soient « adoucis ». Ce qu’a fait le pape en insistant sur la poursuite du « chemin synodal » permettant de soulever des questions sur le célibat sacerdotal, la sexualité, et le pouvoir des évêques... tout en rappelant l’importance de l’évangélisation, de la prière et de la pénitence. Marx n’est pas à une hypocrisie près, dit-on en haut lieu.
Toujours est-il que l’Eglise d’Allemagne risque d’exploser en plein vol, provoquant une déflagration qui provoquera la chute de ce qui reste de catholicisme dans le monde germanophone.

* * * * Mardi, 16 juillet 2019. LA MESSE EN LATIN ET GREGORIEN (suite)
Le répertoire grégorien offre d’autres richesses encore. Parmi celles-ci, on peut citer son procédé de psalmodie. Moyennant quelques formules mélodiques simples et facilement mémorisables s’appuyant sur l’accentuation des mots latins, tous les psaumes et tous les cantiques bibliques peuvent être facilement chantés. Et ces mélodies n’ont rien de monotones dans la mesure où elles se présentent avec de multiples variantes selon leurs intonations et leurs finales. (Exemple de psalmodie ici). Rien de cela ne peut exister en français - ainsi que dans d’autres langues courantes - du fait que les accentuations verbales ne sont pas aussi régulières qu’en latin. De ce fait, chaque texte en langue profane doit être chanté sur une mélodie particulière (souvent sans rapport avec la mélodie de l’antienne qui l’encadre) dont les montées et les descentes sont arbitrairement placées sous telle ou telle syllabe, sous tel ou tel mot. Ainsi, une mélodie composée pour « coller » avec tel texte psalmique en langue courante est inutilisable pour tel autre texte. C’est ce que prouve la création, ces dernières années, d’une multiplicité de répertoires (Gélineau, Deiss, Gouze... pour ne citer qu’eux) tous généralement calqués sur la psalmodie grégorienne, mais tous insatisfaisants et lassants, et qui sombre rapidement dans l’oubli à la disparition de leurs auteurs-compositeurs. La chose n’est d’ailleurs pas nouvelle. Au XVIIe siècle, l’Abbé Lebeuf avait été chargé de composer des mélodies pour les liturgies parisiennes. Ayant eu l’occasion d’entendre les compositions de ce prêtre, Dom Guéranger écrit à son sujet : « Après avoir passé dix ans à placer des notes sur des lignes et des lignes sur des notes, il fit présent au clergé de la capitale d’une composition monstrueuse dont tous les morceaux sont presque aussi fatigants à exécuter qu’à entendre. » (Cf. Considérations sur la liturgie, 1830).
Quelques exemples de chants entendus ces dernières années montreront les compositions anti-liturgiques qu’on a fait chanter aux fidèles : cliquer
ici, ici, ici, et ici...
Les tentatives de remplacement de la psalmodie grégorienne par de ternes psalmodies en langues vivantes font qu’actuellement, il devient de plus en plus impossible à des religieuses et à des religieux de chanter ensemble un Office à l’occasion d’un rassemblement international ou même au cours de rencontres interdiocésaines.

A suivre


* * * * Lundi, 15 juillet 2019.
Au cours d’une visite à l’abbaye cistercienne d’Heiligenkreuz (AU), Mgr Georg Gänswein, Préfet de la Maison pontificale et Secrétaire particulier de Benoît XVI, a expliqué que c’est de sa propre initiative que le pape émérite a mis par écrit ses pensées à propos des abus dans l’Eglise. En tant que Préfet de la Congrégation de la Foi sous le pontificat de Jean-Paul II et plus tard en tant que pape, Joseph Ratzinger était parfaitement au courant de ce qui couvait dans l’Eglise. Il a donc rédigé un rapport d’une vingtaine de pages qu’il a envoyé au cardinal secrétaire d’Etat (Pietro Parolin), afin qu’il puisse le transmettre au pape François. Benoît XVI n’avait aucune intention de publier son propos ; il souhaitait simplement informer le pape François de la situation réelle. Ce n’est que quelque temps plus tard que Benoît a demandé à Mgr Parolin et au pape François, dans une autre lettre, s’ils accepteraient que son rapport soit publié. Il a obtenu le feu vert.
Le texte a aussitôt été l’objet de critiques venant la plupart du temps des pays de allemande où l’on faisait courir le bruit que Benoît cherchait à s’opposer à François. Il faut préciser qu’au Vatican, le rapport du pape émérite a été « accueilli avec une grande bienveillance et une grande reconnaissance ».
Au cours de son séjour à l’abbaye autrichienne, Mgr Gänswein a été interrogé sur « l’Eglise synodale » initiée par la Conférence épiscopale allemande pour discuter de questions morales, du célibat sacerdotal et de la possibilité d’ordonner des femmes. Mgr Gänswein a été très clair : « Les voies synodales - ou quel que soit le nom qu’on puisse leur donner - ne peuvent jamais être engagées par un évêque ou une conférence épiscopale pour discuter de questions de doctrine importantes susceptibles d’affecter l’Eglise universelle. » Et d’ajouter : « Si la Conférence des évêques allemands croit pouvoir donner le ton aux autres conférences épiscopales, alors elle s’engage sur une mauvaise voie. Les questions importantes ne peuvent pas être discutées par une partie de l’Eglise mais par toute l’Eglise. »
De son côté, le cardinal Müller, ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi, a fait remarquer qu’avec la réforme de la Curie voulue par le pape François, « on est en train de transformer l’institution de la Curie en une simple bureaucratie, un pur fonctionnalisme, et pas en une institution d’Eglise ».

* * * * Lundi, 15 juillet 2019. Ce dimanche 14 juillet a été l’occasion de voir une nouvelle fois le défilé militaire dans l’avenue des Champs Elysées.
On aura remarqué qu’il n’est venu à l’idée d’aucun des militaires, quel que soit son grade, de se mettre tout à coup à faire des choses excentriques : ne pas porter la tenue prescrite, refuser de marcher au pas, se gratter le nez, porter son képi de travers... Si un militaire se mettait à improviser, il se ferait immédiatement sanctionner. Ce que tout le monde trouverait normal.
Il n’y a guère que dans l’Eglise catholique que l’on peut se permettre les improvisations les plus farfelues et les comportements les plus grotesques.
Bien sûr, on peut répondre que la messe n’est pas une cérémonie militaire. C’est vrai. Mais, tout comme une cérémonie militaire, elle est un rituel, et même bien plus que cela, car elle n'exprime pas seulement des vertus humaines, mais rend présent une Personne : le Créateur de toute chose. Raison de plus de respecter le rituel de la liturgie à la lettre, avec ce supplément d’âme qui le transfigure et le transforme en authentique culte divin ; raison de plus pour montrer que le culte rendu à Dieu mérite au moins autant de soin et de préparation, sinon plus, qu’un hommage rendu à la nation.

* * * * Lundi, 15 juillet 2019. LA MESSE EN LATIN ET GREGORIEN (suite)
Il est important de rappeler ici ces principes essentiels - même si ce n’est que trop brièvement - à une époque comme la nôtre où la musique qu’on fait à la messe n’est souvent plus qu’un élément ajouté ou superposé à la liturgie dans l’espoir qu’elle apparaîtra moins ennuyeuse. Dans l’Eglise des premiers siècles au sein de laquelle s’est élaboré le rite romain, les mélodies appelées à faire corps avec l’action sacrée par excellence n’étaient conçues ni comme une distraction, ni comme une expérience artistique parmi d’autres, ni comme un divertissement d’esthètes, ni comme un ornement dont on pouvait dire qu’il plaît ou qu’il ne plaît pas, qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas.
De par sa nature, le chant était destiné à solenniser les paroles sacrées spécifiques de l’Office célébré et, de ce fait, il était inconcevable qu’il puisse être modifié, changé, au gré des fantaisies de n’importe quel clerc - chantre ou célébrant -. Le chant liturgique était conçu pour qu’il puisse commenter la vérité des textes sacrés au-delà des simples mots, afin que les phrases modulées puissent toucher, de façon personnelle, l’âme des fidèles à tel ou tel moment particulier de la célébration liturgique.
Le chant liturgique était élaboré dans la méditation et la contemplation, afin que les vérités chrétiennes puissent être exprimées dans un langage différent des simples paroles humaines. Pour le compositeur de chant liturgique, il ne s’agissait ni de démontrer, ni d’expliquer, mais de donner les moyens d’accéder à une vision dépassant le regard simplement humain. (Cf. Paul-Augustin Deproost).
A l’inverse des cantiques utilisés au cours des célébrations liturgiques actuelles et qui sont trop souvent inspirés de modes musicales ambiantes et éphémères, le chant liturgique de l’Eglise d’Occident des premiers siècles trouve son principe vital le plus intime dans la Parole de Dieu et dans la réponse de l’homme à cette Parole de Dieu, insérées l’une et l’autre dans le cadre sacramentel de la liturgie nourrissant sans cesse la vie de la communauté chrétienne et de chacun de ses membres. Dans ce cadre, la « symbiose » du texte et de la mélodie est tellement intime, tellement homogène, que le texte devient bien plus qu’un simple substrat du chant : par les articulations et les respirations qu’il impose aux acteurs de la liturgie, il influence et organise la structure profonde de la composition mélodique des textes sacrés en pénétrant jusqu’aux ramifications les plus ténues de leur flux rythmique.
Le chant sacré authentique vit donc de la Parole insérée dans le contexte très concret de la liturgie. Ainsi, dès les premiers siècles, le texte sacré et la liturgie cont constitué la structure form
elle du chant, déterminant ensemble la variété des formes mélodiques et la multiplicité des styles de composition. (Cf. L. Agustoni et J.B. Göschl).
Et ce sont ces formes et ces styles qui ont constitué le répertoire dit « grégorien », lequel a été transmis jusqu’à ce qu’au nom d’une fausse interprétation ou application de Vatican II, on le fasse quasiment disparaître des célébrations actuelles et aussi, par voie de conséquence, de la mémoire et de la piété eucharistique des fidèles.

A suivre.

* * * * Dimanche, 14 juillet 2019. On parle souvent de la « révérence » due au Seigneur, c’est-à-dire à cette marque de profond respect intérieur souligné par le souci de tout faire devant la Majesté divine comme il convient que ce soit fait.
On parle moins souvent de l’obligation de la « courtoisie ». Pourtant, marque de bienséance devrait toujours accompagner la révérence. En liturgie, la « courtoisie » est ce qui devrait nous pousser à soigner tout à la fois notre tenue, notre langage, notre expression corporelle et gestuelle. Elle n’est pas quelque chose à mettre au second plan, derrière le rite ou la parole. Elle est ce qui manifeste autant la révérence due à Dieu que le respect dû aux membres de l’assemblée liturgique. Elle conduit à ne pas déranger le fidèle qui souhaite le silence de la prière, à veiller à ne pas faire des gestes de façon machinale quand on est célébrant... Les saluts que doivent se faire le prêtre et les servants avant et après l’encensement, avant et après le rite du lavement des mains, par exemple, relèvent d’une forme de courtoisie qui participe à la convenance du culte divin.
La courtoisie devrait consister en cette préoccupation naturelle de vouloir la forme convenable et correcte du culte qui, par conséquent, écarte tout ce qui est dérisoire, surfait ou mal fait. Elle est comme le socle sur lequel s’appuie l’authenticité du fond qu’il faut mettre en valeur pour qu’il puisse être transmis le plus fidèlement possible.
La courtoisie, en tant que « forme de qualité » n’est pas l’ennemie de la profondeur de la liturgie mais, bien au contraire, son auxiliaire fondamental : elle ajoute une force au rite à accomplir ; en impressionnant et en subjuguant le fidèle, elle évite tout ce qui relève du passionnel, c’est-à-dire la verbosité autant que les gesticulations inutiles.
La passion de la courtoisie ne devient une perversion qu’à partir du moment où elle occulte le fond de la liturgie ; qu’à partir du moment où elle transforme le rite en cérémonial ampoulé et, à la longue, forcément ennuyeux.
Pour échapper à cette dérive qui peut menacer toute célébration liturgique, il est nécessaire que les ministres de l’autel veillent à faire subtilement coexister le souci d’un langage chanté et gestuel irréprochable avec l’attrait d’une intelligence toujours en éveil.

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