ACTUALITE

* * * * NOUVEAU Mercredi, 16 juin 2021. « Il en est des âges de la vie humaine comme des diverses contrées du monde : chaque âge a son esprit spécial, ses vertus spéciales, ses vices spéciaux ; chaque âge a ses sciences, ses inventions, sa littérature, sa politique, son développement ; chaque âge se croit distinct des autres, et en cela il a raison ; il s’imagine être meilleur que les autres, mais en cela il se trompe. Probablement, il ne vaut ni plus ni moins que les autres. Quant à ce qui regarde les choses essentielles, tous les âges sont à peu près sur le même niveau ; mais chacun d’eux a sa manière d’être et demande à être traité en conséquence. Telle est la raison pour laquelle l’Église paraît agir différemment avec les différents âges. Dans un certain sens, on peut dire que l’Église marche avec le monde. C’est dans le même sens que l’on dit que le berger abandonne les brebis fidèles pour aller à la recherche de celle qui erre loin du troupeau. Chaque âge est une brebis errante séparée de Dieu, et il est du devoir de l’Église de la chercher, de la ressaisir et de la lui ramener, autant, toutefois, que cela est en son pouvoir. Nous ne devons pas traiter légèrement cette différence des âges. Chacun d’eux demande à être persuadé d'une manière particulière. Tous trouvent dans la religion leurs difficultés propres, ont leurs tentations propres, leurs folies spéciales. L’œuvre de Dieu ne peut jamais s’achever dans le cours d’un seul âge ; il faut le recommencer dans l’âge suivant ; les raisons anciennes deviennent inutiles, parce qu’elles cessent d’être convaincantes, et les méthodes de l’âge passé ne conviennent plus, parce que les choses ont changé. C’est pour cela que la théologie revêt des aspects nouveaux, que les ordres religieux, d’abord florissants, tombent ensuite en décadence, que la dévotion a ses modes et ses vicissitudes, que les coutumes changent, que la discipline se modifie, et que l’Église se place dans des relations différentes vis-à-vis des gouvernements du monde. »

P. Frédéric-William Faber, oratorien

* * * * NOUVEAU Mercredi, 16 juin 2021. Celui qui parcours la France et assiste à la messe dans des paroisses différentes peut facilement constater que l’Église a, grosso modo, deux visages : celui de la foi catholique et du bon sens, et celui de la désacralisation fruit d’un progressisme aujourd’hui maladif et essoufflé mais toujours à l’œuvre. Celui qui est à l’origine de cette « Église biface » n’est autre que Satan : sa tactique est d’arriver non pas à supprimer la messe, mais de peu à peu la remplacer par une célébration humaniste de la fraternité. Sa stratégie est double. D’une part, il veut amener certains prêtres à tellement altérer leur intention quand ils célèbrent l’Eucharistie, qu’ils en viennent à célébrer un semblant de Cène protestante plutôt que la messe catholique. Les notions de sacrifice et de présence réelle, n’apparaissent plus clairement. D’autre part, il s’arrange pour que dans une messe globalement bien célébrée soient éparpillés quelques éléments relevant plus ou moins d’idées piochées dans le siècle. Nous sommes alors là dans un processus de profanation de l’Eucharistie. Dans les deux cas, Satan se réjouit : les fidèles catholiques - qui de plus est les pratiquants ! - sont bernés et finissent par s’éloigner de l’Église.
Comprendre cette tactique démoniaque permet de saisir les fondements de la crise liturgique et, partant, de faire un choix : fréquenter telle paroisse et éviter telle autre.

* * * * Lundi, 14 juin 2021. Le chant et la musique dans la liturgie : OUVRIR ICI

* * * * Lundi, 14 juin 2021. La position d’un moine bénédictin à propos de la réforme liturgique :
« La réforme liturgique était nécessaire dans le rite latin de l’Église catholique. Le concile Vatican II a eu raison de la décréter. Dans les faits, cette réforme a échoué. En beaucoup d’endroits, l’authentique liturgie catholique n’existe plus et le mystère eucharistique est falsifié et dénaturé. Les causes principales sont les suivantes : le manque d’une vraie vie intérieure, une fausse conception des rapports entre ministère ordonné et laïcat, un grand nombre de chants en langue vernaculaire qui privilégient l’émotionnel et qui occultent la richesse de la doctrine et, last but not least, les nouveaux autels placés devant les anciens maîtres-autels pour permettre une célébration vers le peuple et non plus vers le Seigneur qui vient vers nous.
Si, dans les années qui viennent, la situation ne s’améliore pas ou si elle continue à se dégrader, je ne vois d’autre solution pour les catholiques lucides, que de revenir à la liturgie du missel de 1962, dans l’attente du jour où une vraie réforme sera faite, dans l’esprit de l'authentique Vatican II. »

Heureusement, il y a des monastères et quelques paroisses (conduites par de valeureux prêtres) qui ont compris Vatican II et en appliquent les idées sans les accommoder au goût du jour. Et on remarque aussi que le jeune clergé - hélas trop peu nombreux et obligé de composer avec des situations difficiles - est de plus en plus appliqué à respecter et à faire comprendre ce qu’a vraiment voulu le Concile. La tempête qui à provoqué la désacralisation de la liturgie semble désormais derrière nous ; mais tel un tsunami, elle aura laissé une Eglise passablement dévastée.

* * * * Dimanche, 13 juin 2021. Nous apprenons avec la plus grande joie que les bénédictins de l’abbaye de Flavigny (Côte d’Or) vont redonner vie à Solignac, magnifique ensemble abbatial situé au sud de Limoges. Rappelons que les moines de Flavigny célèbrent la liturgie exactement comme le concile Vatican II a demandé qu’elle soit célébrée, c’est-à-dire dans le respect de la Tradition nettoyée des usures du temps (cf. Benoît XVI). Voir la vidéo ici.

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* * * * Vendredi, 11 juin 2021. Message envoyé par un internaute :
« L’un des derniers articles publiés sur le site de Pro Liturgia, d’un grand intérêt, commence par : « Le sujet qui devrait être en tête de liste des préoccupations actuelles dans nos diocèses et nos paroisses est bien la liturgie ». Cette seule phrase suscite le commentaire que je me permets de vous livrer.
La liturgie est un sujet sérieux et grave. Les orthodoxes la considèrent comme centrale dans la vie chrétienne et toute leur formation spirituelle, qu’ils soient laïcs ou religieux, y est fermement amarrée. Dans un reportage sur les journées d’études liturgiques du centre Saint-Serge, à Paris, diffusé il y a quelques années, son directeur tenait des propos sans ambigüité à ce sujet. On est loin de la logorrhée du « Service National de Pastorale Liturgique » (« et sacramentelle » depuis peu) !
Du côté oriental, on préserve la source et tout ce qui irradie de l’intérieur la vie spirituelle, tandis que du côté occidental liturgistes et autres exégètes intellectualisants des années 1950 ont desséché, désincarné la liturgie, la livrant toujours davantage aux fruits de leurs circonlocutions cérébrales. Abordé sous cet angle, le retour à l’unité dans l’Eglise du Christ n’est pas pour demain.
Devant la tristesse du spectacle que laissent nos églises vides, et pourtant soucieux de les remplir de fidèles, les évêques français persistent à organiser des synodes diocésains (où l’on retrouve souvent les mêmes personnes et les mêmes invités) pour « insuffler un nouvel élan missionnaire », « redynamiser la mission »... Bref, comme si, en quelque sorte, chacun d’eux cherchait à se positionner vis-à-vis de ses confrères, en faisant comme eux (et si possible mieux) sur le thème : « comment attirer le chaland ; forces et faiblesses de la pastorale ». Comment « remonter le moral des troupes » ? Au moyen de quel événement ?
Comment mais jamais pourquoi. La forme mais jamais le fond. Les conséquences mais jamais les causes... Et à chaque fois c’est reparti pour un tour. Alors, entre une célébration d’ouverture et une Messe de clôture (généralement organisées dans des stades ou des palais des expositions (lieux sacrés s’il en est), se succèdent des sessions produisant cahiers synodaux et rapports d’étape naturellement votés en assemblée plénière en fin de parcours. De tout ce travail législatif sort un épais catalogue de bonnes résolutions (tenant généralement sur plusieurs dizaines de pages) que l’on retrouve formulées autrement après chaque synode et avec le vocabulaire à la mode du moment. En parcourant cette paperasse, on se dit que, décidément, rien n’a changé dans l’Eglise en France depuis 50 ans. Les gens se font plaisir mais tournent en rond. Pour renouveler un genre passablement usé, la dernière trouvaille consiste à organiser un synode diocésain se déroulant dans les paroisses (les cadres vieillissants seraient-ils devenus moins mobiles ? A moins que ce ne soit pour mieux atteindre des fidèles peu au fait des « démarches synodales »). On change les modalités en pensant que celles-ci sont la clé de résolution des problèmes. Malheureusement, l’expérience démontre que ce n’est pas ainsi que l’on remplit les églises ; si les synodes diocésains (et autres conciliabules du même acabit) donnaient du fruit, ouvraient les portes du ciel, cela se verrait !
Dans le christianisme, un synode est une assemblée délibérative d’ecclésiastiques. Observons en passant notre conception occidentale du synode où celui-ci fonctionne comme une assemblée de parlementaires en débat (non élus mais cooptés), laquelle diffère notablement de la conception orientale, orthodoxe. Ainsi par exemple, dans l’Eglise russe, le Saint-Synode (ou « concile » permanent) est une institution collégiale placée au sommet de la hiérarchie religieuse. Composé aujourd’hui du patriarche, de sept membres permanents (métropolites) et cinq membres tournants choisis dans le reste de l'épiscopat, le Saint-Synode est notamment chargé de désigner les nouveaux évêques, de nommer les recteurs des séminaires et des académies de théologie, de pourvoir à la nomination des supérieurs monastiques (d’après wikipedia). Décidément, les deux poumons de l’Eglise jadis indivise ne respirent pas le même air...
Comprendra-t-on un jour, dans l’hémisphère occidental, que les bonnes intentions ne remédient pas à la désertion des églises ? Les fidèles participants aux commissions et autres groupes de travail ont le sentiment d’œuvrer pour l’Eglise mais en réalité ils vivent en circuit fermé, « autoréférentiels » comme l’avait dit Benoît XVI aux évêques de France ; ce ne sont pas des résolutions qui feront (re)venir les fidèles dans les paroisses. Si beaucoup ont décroché, tandis que ceux à qui leurs parents n’ont pas transmis la foi (et qui cherchent) sont de plus en plus nombreux à rester sur le seuil, c’est parce qu’ils ont le sentiment de trouver devant eux un club d’initiés qui ne se reconnaissent que dans le « faire » et dans l’ « agir » : « faire Eglise », agir ou « s’engager » pour (ou contre). Un milieu où l’on est d’autant plus considéré que l’on est « militant ». Or, un engagement caritatif (et le « paraître » qui va avec) ne se suffit pas à lui-même : il demeure stérile s’il n’est pas nourri.
Depuis des années, l’Église, en France, fait tout à l’envers. L’épiscopat, piégé par le langage des convenances médiatiques autant que par certaines postures mondaines, n’a rien vu, n’a rien compris. A-t-il conscience que les fidèles se trouvent spirituellement en danger ? Que sont, pour lui, tous ceux dont la foi a été stérilisée par le résultat de plusieurs décennies de pastorales où l’Essentiel a été sacrifié sur les autels de la mode, des tendances ? Le résultat des enquêtes ou des études sur la connaissance de leur religion par les catholiques en France est à cet égard particulièrement éloquent ! Dramatique !
Beaucoup frappent à la porte. Mais une fois celle-ci ouverte, ce qu’ils découvrent lorsqu’ils la franchissent suscite guère leur enthousiasme : les « célébrations » apparaissent comme d’aimables divertissements « autour de », comme des robinets d’eau tiède laissant chacun assoiffé. A contrario, une liturgie ordonnée, tournée vers le sacré et la transcendance, tendue vers les réalités d’En-Haut (Col 3, 1-2), suscite une ferveur intérieure, touche les cœurs. On peut ainsi observer dans les grandes villes combien les liturgies dignes, soignées (et parfois même célébrées en latin) attirent un nombre croissant de jeunes parmi lesquels certains n’avaient jusqu’alors aucun contact avec l’Eglise. Tout ceci démontre que la solution existe ; il suffit de vouloir l’appliquer (ce qui suppose évidemment de la clairvoyance et un certain courage.)
L’avenir de l’Église s’annonce très compliqué ; comment faire face aux nombreux (et terribles) défis qui se présentent à elle ? Pas seulement climatiques ou environnementaux, mais aussi - et surtout - sociaux, culturels, spirituels et religieux, civilisationnels, donc comportementaux, donc environnementaux. Le substrat chrétien de la société française part en lambeaux. Va-t-il subsister ? Combien de temps ? Que va-t-il en rester ? La nature ayant horreur du néant, le vide spirituel ambiant sera tôt ou tard, et d’une manière ou d’une autre, comblé par les plus entreprenants. N’y-a-t-il pas urgence car non-assistance à personnes en danger ? »

* * * * Mercredi, 9 juin 2021. La place et l’importance du latin dans la liturgie : CLIC ICI

* * * * Mardi, 8 juin 2021.
Une question mérite d’être posée : quel est l’avenir du chant grégorien dans nos liturgies paroissiales ?
Dans les années qui ont suivi le concile Vatican II, le chant grégorien fut combattu de toutes parts ; il fut l’objet d’attaques dans les églises, dans les diocèses, dans les séminaires bien plus qu’ailleurs et ce malgré les directives très claires de la Constitution « Sacrosanctum Concilium » en son article 116. Des actions indéniablement dévastatrices étaient alors menées par des groupes influents qui ne supportaient plus qu’on puisse un mot de latin au cours d’une messe... Au même moment, des voix autorisées (hélas, pas celles de nos évêques !) s’élevaient pour attirer l’attention sur les graves conséquences que pourrait entrainer l’abandon systématique du chant grégorien dans la liturgie ; ces voix étaient de réels encouragements à cette époque où l’on assistait à la dissolution de scholae grégoriennes et au renvoi d’organistes ou de maîtres de chœurs trop attachés au patrimoine grégorien et désireux d’appliquer les directives conciliaires dans une totale fidélité à l’Église.
Malgré des pressions d’une incroyable perfidie (on supprimait les scholae pour pourvoir dire après coup qu’on ne trouve plus personne pour chanter) venant du sein de l’appareil clérical, le grégorien a pu se maintenir ici et là, de façon sporadique. Mieux : dans la dernière édition du Missel romain, il a été ajouté un article qui n’existait pas précédemment et qui rappelle une nouvelle fois que le chant grégorien, en tant que « chant propre de la liturgie romaine » (et non musique qui fait joli), doit occuper la première place dans les célébrations.
Mais quels sont les prêtres et les évêques qui prennent le temps d’étudier la Présentation générale du Missel romain et tiennent à en appliquer les principes ? Ils sont rares, peut-être en raison d’un manque de solide formation, peut-être aussi parce que nouvellement nommés dans une paroisse, il découvrent l’ampleur de la dévastation liturgique.
Un autre fait mérite d’être souligné : les jeunes qui pratiquent aujourd’hui aiment le chant grégorien ; ils en reconnaissent la valeur... et s’étonnent que leurs aînés poussent des cris d’orfraies dès qu’ils entendent une pièce grégorienne ou, plus simplement encore, dès qu’ils assistent à une messe célébrée comme elle doit l’être. Ces aînés ne comprennent d’ailleurs pas comment il peut se faire que leurs enfants ou leurs petits-enfants réclament que l’on remette dans la liturgie tout ce qu’eux se sont employés à supprimer sous prétexte que des célébrations appauvries et privées de sacralité allaient susciter un « printemps de l’Église », un retour à une foi plus « authentique ».
Cette lente mais indéniable renaissance du chant grégorien semble aujourd’hui d’autant plus fructueuse qu’elle est l’œuvre de personnes ou de groupes qui n’ont jamais attendu la moindre reconnaissance officielle ni le moindre soutien des autorités ecclésiastiques et qui ont dû agir dans un contexte peu favorable au développement et à la pratique assidue du grégorien. À ceci, il faut ajouter qu’en l’espace de deux générations, la transmission du répertoire grégorien ne s’est plus faite dans les paroisses : il est donc devenu difficile de demander à des jeunes fidèles de chanter ne serait-ce qu’un « Credo » ou un Ordinaire complet. Ce n’est pas que ces jeunes ne veulent pas : c’est simplement parce que leurs aînés ne leur ont rien transmis, les ont privés de ce qui contribue à la beauté et au recueillement.
A la décharge de ces aînés, il faut reconnaître que dans bien des paroisses, le chant grégorien n’était autrefois plus chanté que par habitude, souvent sans réelle souci d’une qualité de l’exécution. Quoi qu’il en soit, durant ces années postconciliaires d’intense « anti-grégorianisme », les chercheurs ont eu du temps libre pour travailler en toute liberté et ainsi préparer un retour du grégorien sur des bases plus solides, gage d’un véritable renouveau qui, cependant, devra se faire non à partir de la musicologie qui ouvre sur un « grégorien de concert » alambiqué mais de la prière C’est en ce sens qu’on peut parler aujourd’hui d’une véritable « renaissance » du chant grégorien, principalement dans les paroisses et les séminaires où l’on parvient à échapper au diktat d’une pastorale liturgique qui a depuis longtemps donné les preuves de sa stérilité.
On ne rappellera jamais assez le rôle joué, dans les années 70, par l’abbaye de Solesmes pour que cette renaissance puisse avoir lieu et puisse se faire dans les meilleures conditions. C’est dans ce « climat bénédictin » que se sont régulièrement retrouvés, autour des Pères E. Cardine, J. Hourlier, G.M. Oury, et du Chanoine Jeanneteau ceux qui, à cette époque, n’étaient que de jeunes étudiants qui ne se résignaient pas à l’abandon d’un
patrimoine musical et spirituel multiséculaire que l’Église leur avait transmis et qu’elle entendait conserver et promouvoir. La ténacité de ces fidèles semble porter des fruits et ce, pour plusieurs raisons.
L’une d’elles est qu’il est indéniable que toutes les tentatives faites pour remplacer - souvent à la hussarde - le chant grégorien par des cantiques et des petits refrains n’ont pas donné les fruits attendus : quelques évêques commencent à le reconnaître aujourd’hui et admettent que leurs liturgies faites pour attirer les fidèles... n’attirent plus grand-monde. Ainsi, paradoxalement, c’est en voulant à tout prix faire tout chanter par les fidèles, au nom de la « participation active », qu’on a réduit les assemblées dominicales au silence. Alors qu’autrefois une assemblée était capable, dans la plus petite des paroisses, de chanter plusieurs « ordinaires » et certains « propres » grégoriens, aujourd’hui, le fidèle qui passe pour exemplaire, ne sait plus que répéter quelques vagues enfilades de notes qui ne laisseront aucune trace dans l’histoire de la liturgie. Lassés d’une telle médiocrité - ou d’un tel vide spirituel - les jeunes générations qui n’ont pas vécu les combats d’arrière-garde que se livraient les « anti » et les « pro » grégorien à la suite du Concile aspirent maintenant (même si c’est parfois de façon confuse ou maladroite) au retour d’un chant liturgique de qualité, vecteur d’une authentique spiritualité catholique et d’une liturgie non théâtralisée ferment de comportements factices de la part des ministres de l’autel.
Face à un tel retour de balancier auquel nos évêques ne s’attendaient pas, il faut se demander si la suppression programmée du chant grégorien ne fut pas, dans les années 70, le résultat d’une désacralisation qui était déjà latente avant Vatican II et dont le résultat, aujourd’hui, apparaît sous la forme d’un déficit liturgique, d’une pauvreté des signes, d’un oubli de la symbolique, d’une méconnaissance de l’esthétique et, ici ou là, d’un évident refus des prières de l’Église dont, rappelons-le nous ne sommes pas les maîtres. Quoi qu’il en soit de la réponse qu’on pourra donner à cette interrogation, il est indéniable que les assemblées sont aujourd’hui provoquées à remettre à leur vraie place les composantes d’une expression religieuse authentique, expression dont le chant grégorien est une composante privilégiée à côté d’autres possibilités légitimes.
C’est dans ce contexte que le chant grégorien répond aujourd’hui à de nouvelles aspirations, à un
désir d’authenticité et d’intériorité : il s’offre donc aux générations nouvelles comme une possibilité de découvrir les richesses spirituelles de notre liturgie, à la condition d’être présenté de façon saine et épanouissante et non pas de manière nostalgique et passéiste.
Et quid de la compréhension du latin, demanderont certains ? Voilà bien le dernier souci des jeunes générations qui sont, elles, habituées à vivre dans un univers médiatisé exploitant le son pour diffuser des messages et communiquer les émotions les plus variées. Dans un univers où les Ipad et les tablettes distillent des chants dont les paroles demeurent pour beaucoup en grande partie impénétrables, les jeunes ont compris ce que certains de leurs aînés se refusent toujours à admettre, à savoir que le sens d’un chant peut parfois communiquer davantage par la forme de sa composition que par les seules paroles. Si maintenant nous transposons cet exemple donné par certaines musiques actuelles dans le domaine de la liturgie, nous comprenons mieux pourquoi le fait de saisir le mot à mot d’un chant - ce qui nécessite une concentration intellectuelle dont peu de fidèles sont capables - n’a pas obligatoirement de rapport avec la portée que doit avoir tel ou tel chant dans le contexte spécifique de la liturgie.
Par conséquent, le chant liturgique est au moins autant une affaire de connivence qu’une affaire de raison : entrer dans le chant grégorien, c’est d’abord être « en connivence » avec la liturgie de l’Église ; c’est faire l’expérience de la liturgie avec son intelligence, certes, mais aussi avec son cœur, son imagination et sa mémoire. Le problème est toutefois devenu complexe après le passage de ce clergé postconciliaire qui n’a eu de cesse de provoquer un dramatique « alzheimer liturgique » chez les fidèles qui pratiquent encore.


* * * * Lundi, 7 juin 2021.
Selon les règles liturgiques actuelles transmises par l’Église à la suite de Vatican II, le calice utilisé à la messe doit être recouvert d'un voile. Force est de constater que les fidèles font tellement peu attention à ce qui se fait dans leurs paroisses respectives qu’ils seraient majoritairement incapables de dire, à l’issue d’une messe, si le calice est ou n’est pas recouvert d’un voile. On peut répondre à leur place : c’est très rarement le cas.
Comme la plupart des vêtements liturgiques portés par les ministres de l’autel, le voile du calice remplit à sa façon la fonction d’un « parement » symbolique qui participe à l’expression du mystère célébré.
Certains célébrants sont tentés de se passer du voile du calice car ils ne le considèrent que comme une décoration sans véritable importance. Pourtant, le voile n’a pas seulement une fonction décorative : au cours de la célébration de la messe, il nous rappelle la nécessité d’une dignité du culte si souvent ignorée de nos jours.
Un voile recouvre le calice au moment où celui-ci est porté de la crédence à l’autel, au cours de la messe, au début l’offertoire, puis lorsqu’il est de nouveau porté à la crédence après qu’il ait été purifié au cours des rites qui achèvent la communion. Ce voile est généralement de la même couleur que la chasuble et que l’étole portés par le célébrant. Actuellement simple pièce de tissu de forme carrée, le voile nous vient du « sacculum » - petit sac - qui était utilisé dans les liturgies anciennes pour transporter les vases sacrés avec respect.

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Aujourd’hui encore, le voile du calice remplit plusieurs fonctions. Il est un signe utile aux paroissiens habitués à entendre ou à réciter les antiennes d’entrée et de communion lors des messes en semaine. Ainsi, quand le prêtre célèbre la mémoire d’un martyr, par exemple, il utilise un voile de calice rouge indiquant avant même le début de la messe, lorsque le calice est préparé sur la crédence, que la célébration du jour honore tel ou tel martyr.
Le voile du calice est surtout utile pour souligner la « relation-distinction » entre les deux parties principales de la messe : la liturgie de la Parole et la liturgie eucharistique à proprement parler. Tout comme l’évangéliaire qui contient la Parole de Dieu est orné d’une belle couverture, de même les vases sacrés (calice et patène) qui contiendront le Corps et le Sang du Seigneur doivent être ornés d’un voile qui marque la dignité de leur utilisation. Et puisque le calice est le signe visible de l’Eucharistie, il semble approprié qu’il demeure voilé tout au long de la première partie de la messe, c’est-à-dire au cours de la liturgie de la Parole.
La source de la signification symbolique du voile du calice se trouve dans les Écritures. Dans le Livre de l’Exode qui donne aux Hébreux sortis d’Égypte des indications sur le culte devant être rendu à Dieu, il est précisé qu’un voile séparait le Saint des Saints du reste du Temple : « Un tabernacle fut construit. Dans la partie antérieure, appelée le lieu saint, étaient le chandelier, la table, et les pains de proposition. Derrière le second voile se trouvait la partie du tabernacle appelée le saint des saints, renfermant l’autel d’or pour les parfums ainsi que l’arche de l’alliance, entièrement recouverte d’or. » (Heb. 9, 2-4)
Découvrir le calice est le premier geste liturgique ayant un lien direct avec l’autel : ce geste introduit aux rites de l’offertoire pendant lesquels le pain et le vin sont présentés au célébrant par les acolytes représentant l’assemblée des fidèles. Le retrait du voile après la liturgie de la Parole signifie donc que les mystères sacrés vont pouvoir être accomplis. Une nouvelle fois, cette action est un écho symbolique de ce qu’enseigne l’Écriture : « Jésus poussa de nouveau un grand cri, et rendit l'esprit. Et voici que le voile du temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas, la terre trembla, les rochers se fendirent, les sépulcres s’ouvrirent, et plusieurs corps des saints qui étaient morts ressuscitèrent. » (Mat. 27, 50-51) Le voile du temple déchiré au moment précis de la mort de Jésus marque le passage de l’Ancienne Alliance à la Nouvelle Alliance promise par Jésus lors de la Dernière Cène : « Il prit de même la coupe, après le souper, et la leur donna, en disant : cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang, qui est répandu pour vous. » (Lc 22, 20) Ôter le voile du calice signifie passer de la liturgie de la Parole (Ancienne Alliance) à la liturgie de l’Eucharistie (Nouvelle Alliance) afin d’avancer vers la « liturgie céleste » déjà évoquée par la beauté du calice que l’on découvre alors.
L’Église, soucieuse de la convenance de sa liturgie, demande que les vases sacrés soient réalisés en métal noble ; s’ils sont faits d’un métal susceptible de rouiller ou qui soit moins noble que l’or, ils seront normalement dorés à l´intérieur. Les calices et les autres vases destinés à recevoir le Sang du Seigneur auront leur coupe en une matière non poreuse. Quant au pied, il pourra être fait d’autres matières, solides et dignes. Au jugement de la Conférence des évêques, après confirmation des actes par le Siège Apostolique, les vases sacrés peuvent être faits aussi en d’autres matières solides que, dans une région donnée, tout le monde juge nobles, comme l’ébène ou d’autres bois durs, pourvu que ces matières conviennent à l’usage sacré. On donnera toujours la préférence aux matières qui ne se brisent ni ne s’altèrent facilement. Il fut un temps où il était de bon ton de célébrer l’Eucharistie dans des pots en terre cuite ; cette mauvaise habitude semble avoir disparue de nos jours. (Cf. Présentation générale du Missel romain)
Dès qu’un calice est utilisé pour la célébration de la messe, il ne doit pas être profané par une utilisation quelconque. Il est un vase sacré : il a été « mis à part » (c’est le sens du mot « sacré ») pour les choses saintes. Un calice doit donc être aussi noble et beau que possible dans la mesure où il est l’expression de la respectueuse adoration que nous devons manifester lorsque, par la liturgie, nous célébrons la Présence Réelle.
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Le calice est également un signe de notre dignité de baptisés. Lorsque Jésus-Christ s’est fait homme, il a totalement assumé la nature humaine. De cette façon, il a fait de l’homme un « vase sacré » à l’image de la Vierge Marie qui a reçu le Fils de Dieu en son sein par la puissance de l’Esprit Saint. En regardant le calice à la messe, au moment de l’élévation, nous pouvons nous souvenir de ce que nous sommes devenus - et ce que nous pouvons devenir - par l’Incarnation du Seigneur. Dans la personne de Jésus-Christ, la nature divine et la nature humaine sont devenues inséparables ; ainsi l’Incarnation nous révèle-t-elle la dignité de la famille humaine comme l’a souligné Saint Augustin lorsqu’il a affirmé : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu. » L’évêque d’Hippone ne voulait pas dire que chaque être humain peut individuellement devenir un « dieu » : il n’y a qu’un seul Dieu. Il voulait nous enseigner que nous « devenons Dieu » en étant incorporés au Corps mystique du Christ par le baptême mais sans pour autant perdre notre identité distincte de serviteurs et de servantes du Père.
Enfin, le calice utilisé à la messe nous rappelle que la liturgie et les fidèles qui y participent n’appartiennent plus au monde profane, mais uniquement à Dieu. Les baptisés sont dans le monde mais pas du monde (Jn 17, 16) : à la façon des vases sacrés, nous sommes destinés à être les réceptacles de la divinité du Christ ; nous sommes invités à être son tabernacle.
Le voile du calice est un rappel de ces vérités de notre foi qui sont souvent cachées à la vue et de ce fait finissent par être oubliées. Si nous croyons vraiment à l’Incarnation, pourquoi ne ferions pas un geste liturgique qui évoque cette réalité ? Le dévoilement du calice à chaque messe est ce rappel symbolique des dons inestimables que nous fait le Seigneur ; c’est un geste qui, tout en étant simple, souligne notre obligation de révéler et cultiver la splendeur de la dignité inestimable de l’homme en tant qu’il est le fils adoptifs de Dieu en Jésus-Christ.


* * * * Samedi, 5 juin 2021.
Vatican II : le vrai concile et le faux concile : LIRE ICI

* * * * Jeudi, 3 juin 2021. Jeudi de la Fête-Dieu : pour écouter l’hymne de la liturgie du jour, cliquer ici. Pour voir le Salut du Très Saint Sacrement à la cathédrale de Cologne (avant la pandémie), cliquer ici.

* * * * Jeudi, 3 juin 2021. L’Église catholique en France : l’analyse pessimiste, mais réaliste car loin des « diocèses en fête » et des « paroisses vivantes » de ces dernières années.
Au cours d’une messe célébrée à Rome, Mgr Éric de Moulins-Beaufort, président de la conférence épiscopale de France et archevêque de Reims, a dressé mardi le portrait d'un pays largement déchristianisé et qune veut plus croire à quelque chose qui vient d’En-Haut. En France, on a « longtemps cru que la vie terrestre prépare la vie éternelle », mais cette conviction n’a désormais plus cours. (Ce qui s’explique quand on voit que les funérailles catholiques sont partout remplacées par un « hommage au défunt » s’achevant par un « dernier adieu » sur fond de chansons profanes -ndlr-)
Mgr de Moulins-Beaufort ne s’arrête toutefois pas à ce constat négatif pour l’Église. Il encourage les chrétiens à jouer un rôle là où « les sociétés occidentales sont de plus en plus des sociétés de frustration ».

* * * * Jeudi, 3 juin 2021. Le 1er juin dernier, le pape François a fait paraître la Constitution apostolique « Pascite Gregem Dei » qui modifie le code de Droit canonique sur deux points : les abus contre les mineurs et les personnes fragiles et les pressions faites pour obtenir l’ordination sacerdotale des femmes. Ces « nouveautés » sont l’aboutissement d’un travail entamé par le pape Benoît XVI en 2007. Elles visent à répondre de manière adéquate aux besoins de l’Église dans le monde entier et à permettre aux pasteurs d’éviter des maux plus graves qui pourraient porter atteinte à l’unité des fidèles.
La plupart des commentaires trouvé sur internet et portant sur la nouvelle Constitution apostolique n’abordent que la question des « abus » et passent sous silence la question de l’ordination des femmes qui fait actuellement débat en Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas et, de façon plus discrète, en France. Puisqu’il s’agit là d’un point qui touche directement à la liturgie, voyons ce que disent à ce sujet quelques nouveaux articles du Droit canonique :
« Canon 1379 - § 1. Encourt la peine latæ sententiæ d’interdit ou aussi de suspense s’il est clerc :
§ 3. Aussi bien celui qui a tenté de conférer l’Ordre sacré à une femme, que la femme qui a tenté de recevoir l’Ordre sacré [...].
Can. 1382 - § 1. Qui jette les espèces consacrées, ou bien les emporte, ou bien les recèle à une fin sacrilège [...] ; le clerc peut de plus être puni d’une autre peine, y compris le renvoi de l’état clérical.
§ 2. Qui est coupable de consécration à une fin sacrilège d’une seule matière ou des deux dans la célébration eucharistique, ou en dehors d’elle, sera puni suivant la gravité du délit, y compris par le renvoi de l’état clérical. »

* * * * Jeudi, 3 juin 2021. LA COHERENCE EUCHARISTIQUE ET LA CONDAMNATION DU PECHE PAR MGR SAMUEL J. AQUILA, EVEQUE DE DENVER (USA)
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« Pour que l’Eglise puisse vivre l’Eucharistie dans toute sa cohérence, nous devons être prêts à affronter des fidèles catholiques prisonniers de lourdes fautes.
Lors de ma première messe en tant que prêtre, et lors de toutes les messes que j’ai célébrées depuis, j’ai toujours tenu à dire secrètement l’une des deux prières que tous les prêtres du monde prient avant de recevoir le Corps et le Sang de notre Seigneur : « Seigneur Jésus-Christ, que cette communion à ton Corps et à ton Sang n’entraîne pour moi ni jugement ni condamnation, mais qu’elle soutienne mon esprit et mon corps et me donne la guérison ».
Cette prière reflète bien ce que Saint Paul écrivait dans sa première Lettre aux Corinthiens. Paul y exhortait l’Église naissante à vivre sa foi de façon authentique, complète et intègre. Il demandait aux Corinthiens de se souvenir que « celui qui aura mangé le Pain ou bu la Coupe du Seigneur d’une manière indigne devra répondre du Corps et du Sang du Seigneur. On doit donc s’examiner soi-même avant de manger de ce Pain et de boire à cette Coupe. Celui qui mange et qui boit, mange et boit son propre jugement s’il ne discerne pas le corps du Seigneur. » (1 Cor 11, 27-29).
Ces paroles contiennent tout l’amour de l’Eglise pour ceux qui osent s’approcher de l’autel ; ce sont des paroles de réconfort et de miséricorde qui nous sont adressées par l’Esprit Saint pour nous protéger et nous sauver. Mais elles comportent aussi une sérieuse mise en garde : nous qui confessons la foi de l’Eglise, nous avons à vivre selon ce que l’Église nous commande ; car Jésus-Christ nous appelle, à travers son Église, à la conversion, au pardon et à la sainteté. S’approcher de l’Eucharistie dans un autre état d’esprit signifie attirer sur nous le jugement de Dieu.
Si Saint Paul confirme l’immense force conférée par l’Eucharistie, il nous met aussi en garde devant le danger de la recevoir sans discernement. C’est un danger qui touche au sacré, qui va de pair avec notre liberté de mener une vie cohérente ou incohérente, une vie en accord ou non avec la vérité de Dieu et les vérités enseignées par l’Eglise. Cette vérité est certes difficile à exprimer, difficile à entendre aussi, mais c’est la vérité de l’Amour. En nous approchant de l’Eucharistie de façon légère et sans redouter la possibilité d’un jugement, voire d’une condamnation, nous mettons véritablement en danger notre salut éternel.
Pourtant, peu d’entre nous, et en particulier nous les évêques, parlons aujourd’hui de cette menace de condamnation. Nous avons développé une pédagogie centrée exclusivement sur l’acceptation des choses telles qu’elles sont. A savoir que nous sommes, bien sûr, tous appelés à nous aimer d’un amour héroïque et à accueillir l’étranger et le pécheur dans le mystère de l’infinie miséricorde de Dieu mais que, d’une certaine façon, cet amour est devenu unidimensionnel. L’amour est certes miséricordieux, mais un amour authentique est aussi fondé sur la vérité. Jésus nous en donne de nombreux exemples à travers son ministère : pensons aux figures de Pierre et à celles des Apôtres, de la femme accusée d’adultère, de Zachée, de la Samaritaine... L’amour et la condamnation sont toujours proches l’un de l’autre, et l’Amour authentique en a conscience. L’amour sait que le fait de s’approcher de l’autel pour recevoir l’Eucharistie exige une saine crainte devant le Seigneur.
Je me suis permis de vous proposer ces réflexions après avoir beaucoup prié et longuement réfléchi à la situation de l’Eglise en ces temps de défi. Ces dernières années, on a accordé une importance énorme à la politique, à l’économie et à l’écologie. Une grande partie de notre société vit dans un monde imprégné par les médias et par les informations qu’ils diffusent jour après jour. Même l’Église, y compris par ses évêques, semble trouver plus de sens dans le souci du maintien de l’ordre social et physique que dans les préoccupations surnaturelles. Mais, bien que ces choses soient importantes et doivent être considérées avec sérieux, elles ne sont pas le but ultime pour lequel nous avons été créés, le but qui justifie l’existence de l’Église, à savoir la participation à la mission du Christ, le Sauveur, qui est d’amener les âmes au salut et à la vie éternelle.

Le cadrage ou l’art de formuler les questions

Les interrogations touchant à la dignité requise pour recevoir l’Eucharistie sont souvent liées à des réflexions politiques : de quelle manière l’Eglise peut-elle témoigner de la vérité de son existence dans un monde hyperpolitisé ? Peut-il arriver que des évêques qui osent parler un langage clair, conséquent et cohérent, fassent fuir les fidèles ? Et une telle situation pourra-t-elle être exploitée politiquement ? Ce sont là des questions sérieuses pour notre société moderne, mais elles nous éloignent toujours plus du sujet.
La question de la cohérence eucharistique ne concerne pas en premier lieu le droit canonique ou la discipline ecclésiale. Sans vouloir ignorer ces domaines, elle concerne avant tout le domaine de l’amour, et en particulier l’amour du prochain. Pour Saint Paul, il est clair qu’il y a un danger pour l’âme lorsqu’une personne reçoit le Corps et le Sang du Christ de manière indigne. Cette mise en garde s’adresse à tout catholique, mais prend un caractère plus pertinent encore lorsqu’elle s’applique aux faux témoignages posés par nos dirigeants politiques ou par d’autres personnalités publiques et qui concernent les vérités fondamentales de l’existence humaine.
Si l’Église minimise le problème de la réception indigne de l’Eucharistie, c’est qu’elle aime mal ceux qui persistent à mettre leur âme en danger. Vouloir échanger « la politesse » et le « respect humain » contre la vie éternelle n’est pas un bon « deal ». Et moi, en tant qu’évêque, je considère que ce serait faire preuve de négligence de ma part que de garder le silence lorsque des personnes que je suis appelé à aimer mettent leur âme en danger. Elles se mettent en danger, et moi aussi je me mets en danger : au jour du jugement dernier on me demandera de quelle façon j’ai aimé mon prochain ; et je ne voudrais pas me voir accusé de négligence dans ma mission - qui est de proclamer l’Ecriture et l’enseignement de l’Eglise - simplement parce que ma façon d’aimer aurait été impopulaire, désagréable ou inadaptée à ce temps.
Le caractère public de l’Eucharistie implique aussi de considérer la façon dont l’Église gère sa réalisation concrète. Le droit canonique précise : « (…) ceux qui persistent avec obstination dans un péché grave et manifeste, ne seront pas admis à la sainte communion. » (Can 915). Les textes du droit canonique concernant l’Eucharistie ont été élaborés en vue du bien des croyants et sont destinés à protéger l’authenticité et le mystère de la rencontre avec le Christ ressuscité. Ils doivent leur existence à la volonté de l’Église d’aimer tout homme et à son désir de le voir atteindre son but, à savoir son union à Dieu. Le droit canonique et l’amour ne s’excluent pas mutuellement.
L’enseignement de Jésus lui-même concernant l’Eucharistie a été dès le début une sorte de défi. L’Évangile de Saint Jean (Jn 6, 52-59) identifie la Révélation concernant l’Eucharistie comme l’origine de la révolte et de la division parmi les disciples de Jésus, au point que beaucoup ont cessé de le suivre. Jésus ne les empêche pas de se détourner de lui ; il ne leur demande pas de s’abstenir de réagir au nom d’une « sensibilité pastorale ». Il les laisse partir parce que la participation à l’Eucharistie (pour « manger la Chair du Fils de l’homme et boire son Sang ») suppose que l’on croit à ce que l’on fait et que l’on vive en accord avec sa foi telle que l’Église l’enseigne depuis les premiers siècles. C’est ce consentement dans la foi et la vie qu’elle suppose que Pierre exprimera dans sa réponse à Jésus, lorsque celui-ci demande aux Apôtres : « Voulez-vous partir, vous aussi ? » Simon-Pierre répond : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint de Dieu. » (Jn 6, 67-69)

La question de la conscience

Aujourd’hui nous entendons souvent dire que la décision d’une personne de recevoir ou non l’Eucharistie lui est inspirée avant tout par sa conscience. Le recours à la conscience ne peut pourtant pas valider une décision simplement parce qu’une personne affirme ses propres convictions jugeant de ce qui est bon ou mauvais. Il est nécessaire au préalable que la conscience soit informée et formée pour la rendre apte à discerner vraiment entre le bien et le mal. Une conscience bien formée soumet le cœur, la volonté et la raison de la personne à la volonté de notre Père bien-aimant. Il est important aussi de comprendre qu’une conscience mal formée peut se révéler fausse, et que la conscience ne doit jamais conduire à agir contre la loi de Dieu. C’est Dieu qui définit le bien et le mal et non pas l’homme, et encore moins un gouvernement. Il suffit de constater ce qui est advenu au cours du siècle dernier lorsque des gouvernements malintentionnés ont déclaré bon ce qui était mauvais : on pense au nazisme et au communisme pour ne citer qu’eux.
En tant qu’évêque j’ai le devoir d’aider les croyants qui me sont confiés à former correctement leur conscience. Je suis appelé à poursuivre la mission que le Seigneur a donnée à ses disciples : « Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. S’il ne t’écoute pas, prends en plus avec toi une ou deux personnes afin que toute l’affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins. S’il refuse de les écouter, dis-le à l’assemblée de l’Église ; s’il refuse encore d’écouter l’Église, considère-le comme un païen et un publicain » (Mt 18, 15-18). Je prends cette responsabilité très au sérieux parce que j’ai l’obligation de dénoncer l’erreur qui consiste à dire que tout baptisé catholique peut recevoir la communion simplement parce qu’il le désire. Aucun d’entre nous ne possède la liberté de s’approcher de l’autel de Dieu sans examiner auparavant sa conscience et son esprit de conversion, surtout lorsqu’un péché grave a été commis.
L’Eucharistie est un don, elle n’est pas un dû ; la sainteté de ce don est automatiquement amoindrie par une réception indigne. C’est ce qui rend particulièrement scandaleux le cas de ces personnalités bien en vue qui oeuvrent publiquement contre la loi naturelle, entre autres à travers les thèmes bien connus de l’avortement et l’euthanasie, ou bien d’autres domaines qui ne respectent pas l’enseignement de l’Église sur la dignité humaine.
Au-delà du constat que sans doute beaucoup de fidèles - trop de fidèles - reçoivent l’Eucharistie dans un état de vie objectivement coupé de Dieu, il faut reconnaître une responsabilité encore plus lourde chez les personnalités dirigeantes qui vivent ouvertement et obstinément dans un état de péché grave. Leur exemple conduit les autres vers le péché, et augmente leur propre risque de condamnation lorsqu’ils paraîtront devant le Seigneur. Si l’Église les aime vraiment comme elle le prétend, alors il est plus que nécessaire qu’elle les appelle à la conversion et à une relation intérieure avec chacune des personnes de la Trinité avant que, par une réception indigne de la communion, ils ne mettent en danger leur salut éternel.

L’amour du prochain dans la confrontation avec la Vérité

J’ai bien peur que de nombreux baptisés catholiques ne prennent pas l’Eucharistie au sérieux, et ce, parce qu’ils ne prennent pas le péché au sérieux. La faute en incombe aux mauvaises catéchèses que, moi-même et mes frères évêques, ont beaucoup trop longtemps tolérées. Comment s’étonner en effet de toutes les confusions répandues dans l’esprit de gens alors que l’Eucharistie est devenue un moment parmi d’autre dans nos liturgies, qu’elle est tenue pour pas grand-chose dans les confessionnaux et qu’elle est systématiquement ignorée dans les homélies ? Il ne s’agit en fin de compte que d’un nouvel échec sur le plan de l’amour du prochain. Le véritable amour du prochain est toujours empli de compassion, de bonté et de vérité. Aimer son prochain c’est lui souhaiter de vivre dans la sublime vérité de la messe et la présence réelle de notre Seigneur. C’est dans ce sens que les clercs ont sans doute une responsabilité majeure quant à la possibilité de la réception indigne de l’Eucharistie.
Lorsque Jésus juge ceux qui entendent la Parole de Dieu mais ne la mettent pas en pratique (Lc 6, 46-49), il part du principe qu’il y a bien au départ une proclamation de l’Écriture. En conséquence, il y a ceux qui connaissent l’enseignement de l’Église et le refusent (par exemple sur la sainteté de la vie ou le sens véridique du mariage), mais aussi ceux qui n’entendent pas les mots de l’Évangile parce que les ministres de l’Église ne les ont effectivement pas proclamés.
Ce moment de retour sur soi pour examiner la cohérence de l’Église à propos de l’Eucharistie est pour moi, et pour tous les évêques, une occasion de nous consacrer à nouveau à la prédication centrée sur le Christ, et ce sans nous en excuser. Ce qui remplit nos églises, ce n’est pas une image floue de l’Évangile mais la foi en Jésus, une foi authentique et profonde qui trouve sa source dans un amour personnel de Celui qui est notre Seigneur et notre Sauveur. C’est ainsi que le vivent les saints. Ils nous montrent comment la foi en Jésus conduit à un don radical de notre personne à la volonté du Père, indépendamment des conséquences politiques ou sociales et quel qu’en soit le prix, comme l’attestent aussi les martyrs de notre temps.
Je prie pour que l’Esprit Saint me conduise, moi et toute l’Eglise, à une vie cohérente reposant sur l’Eucharistie et la foi en Jésus comme source et sommet de notre existence. Que ceci nous amène tous à goûter la paix du corps et de l’âme, à vivre l’amour du prochain quel qu’en soit le prix, à expérimenter la joie de l’Evangile en ce monde, et à nous retrouver tous au Ciel ! »

* * * * Mercredi, 2 juin 2021. L’effondrement du catholicisme que l’on observe aujourd’hui en Allemagne, en France, en Belgique, aux Pays-Bas, en Italie, en Suisse... avait été annoncé il y a 40 ans déjà par des théologiens clairvoyants ainsi que par les fondateurs de « Pro Liturgia ». Mais qui les écoutait à cette époque ?
Une époque durant laquelle le clergé, atteint d’une sorte de syndrome d’euphorie niaise, promettait des églises bien fréquentées grâce à des liturgies frelatées (messes rock et autres joyeusetés) , grâce à des catéchèses vidées de tout contenu (“Pierres Vivantes”, catéchisme hollandais), grâce à des prêtres s’appliquant à paraître comme monsieur-tout-le-monde bien qu’on les reconnaissait sans aucune difficulté à leur verbe haut et à leurs polos rayés, grâce à des évêques habillés d’ « un costume trois-pièces de cadres légèrement supérieurs » écrivait alors l’académicien André Frossard...
Mais qui pouvait raisonnablement suivre ces clercs ? Qui pouvait se montrer admiratif de leurs comportements sans cesse décalés ?
Ces clercs-là, qui n’avaient que les mots « ouverture » et « pluralisme » à la bouche, se sont peu à peu coupés de ce qui devait constituer l’essentiel de leur mission sacerdotale et, partant, se sont hermétiquement fermés à tout ce que le peuple des fidèles était en droit d’attendre d’eux sur le plan spirituel et doctrinal.
À présent, le mal est fait ; les erreurs sont solidement ancrées dans les habitudes et vouloir redresser la situation revient à faire de la haute voltige sans parachute. Autant dire que c’est une mission impossible pour nos évêques actuels qui sont les héritiers des années de plomb post-conciliaires et dont une majorité apparaît davantage comme des des gestionnaires de structures qui tournent à vide que comme des pasteurs s’appuyant sur les deux piliers de l’Église que sont la Tradition et l’Écriture.
De la Tradition, ils n’ont souvent reçu que des morceaux dont ils ne savent pas toujours quoi faire et qui les conduit parfois à penser qu’un culte bousillé est « parlant » et qu’une liturgie soignée est soit un enfantillage, soit procède d’une vision sclérosée du culte. De l’Écriture, ils n’ont conservé que quelques passages qui leur permet d’imaginer que des diocèses plus ou moins protestantisés sont une chance pour les fidèles voulant réfléchir sur leur foi avec les seuls outils de leur conscience individuelle.
Les ornières desquelles ce clergé n’a jamais pu sortir, même s’il a pu les suivre tantôt d’un côté tantôt de l’autre, restent celles où le catholicisme continue à se mouvoir jusqu’à l’enlisement final. Ayons donc le courage de reconnaître que cette situation qui perdure est décourageante et épuisante, spirituellement et psychologiquement, pour les baptisés contraints de composer avec une pastorale établie sur un vague rousseauisme obligeant à l’errance.


* * * * Mardi, 25 mai 2021.
« J’ai la mémoire qui flanche » chantait Jeanne Moreau peu après 1960. Quel rapport entre les paroles de cette chanson et la liturgie ? Celui-ci : on ne se souvient plus toujours de ce que furent les années de l’immédiat après-concile.
On oublie souvent que la dévastation de la liturgie fut programmée « avant » Vatican II par des clercs qui vivaient mal leur sacerdoce et ses exigences, et fut mise en œuvre tout de suite « après » le Concile par ces mêmes clercs et par ceux qui avaient été subjugués par leurs idées avant-gardistes. Rappelons donc - pour ceux qui ont « la mémoire qui flanche » et aussi pour les jeunes générations - comment fut organisée la dévastation de la liturgie romaine. Ce ne fut pas à proprement parler un séisme. Bien au contraire, les changements se firent par petites touches de sorte que les « bons fidèles » puissent penser que, d’une paroisse à l’autre, d’une messe à l’autre, ce qu’on ajoutait ici, ce qu’on enlevait là, ce qu’on modifiait ailleurs ne relevait au fond que de détails qui ne changeaient pas l’essentiel de la liturgie. Ils se sont lourdement trompés, comme le prouve l’état actuel de l’Église dans nos diocèses : séminaires vides, prêtres s’épuisant à maintenir en vie des églises de moins en moins fréquentées, églises paroissiales mises en vente...
Dans toutes les paroisses, après Vatican II, à des rythmes différents selon les messes, on put observer les transformations et les évolutions suivantes :
- installation, en guise d’autels, de tables et de caisses à l’entrée des sanctuaires afin que la célébration puisse se faire le plus près possible des fidèles et, dans le prolongement d’un réaménagement de l’espace liturgique, généralisation des célébrations « face au peuple ». Les quelques prêtres qui luttaient contre cette pratique inédite et continuaient à célébrer la messe sur un maître-autel était moqués : on disait d’eux qu’ils préféraient la messe « fesses au peuple » ;
- suppression de toute pièce de mobilier permettant aux fidèles de s’agenouiller : prie-Dieu et bancs de communion furent démontés, sciés, jetés...
- suppression des confessionnaux, les absolutions collectives devant remplacer la confession individuelle ;
- limitation drastique de l’usage de l’encens, celui-ci n’étant plus utilisé que pour les messes de funérailles (durant l’Absoute remplacée par un « dernier adieu » laissant supposer qu’il y avait déjà eu d’autres adieux) ;
- suppression des messes célébrées en latin puis, en de nombreux endroits, interdiction de chanter des pièces grégoriennes ;
- suppression de certaines prières et de certains rites. Disparurent ainsi : le « je confesse à Dieu » (on sautait directement du « reconnaissons que nous sommes pécheurs » au « Seigneur prends pitié » ; omission du rite du lavement des mains au moment de l’offertoire ; suppression de la prière « délivre-nous Seigneur » faisant suite au « Notre Père ») ;
- obligation de communier debout et de recevoir l’Hostie dans les mains ;
- omission du port de la chasuble par les célébrants ;
- modifications des prières officielles par l’introduction de formulations improvisées ;
- remplacement des textes du commun de la messe (« Gloire à Dieu », « Je crois en un seul Dieu », « Saint le Seigneur » ; « Agneau de Dieu ») par des formulations sans rapport avec la liturgie ;
- distribution de la communion par des fidèles laïcs ;
- généralisation d’une « animation liturgique » assurée par des fidèles à la solde des célébrants les moins enclins à suivre les directives conciliaires et les règles données par missel romain.
Telles furent les principales « blessures » infligées à la liturgie et, par ricochet, à la foi des pratiquants.
Certes, nombre de ces irrégularités qu’on faisait passer pour des normes immédiatement après le Concile ont aujourd’hui disparu. Mais il faut reconnaître que par leur durée et leur généralisation, certaines ont laissé des marques indélébiles dans nombre de célébrations actuelles, l’une de ces marques étant une rupture dans le processus de transmission du sens de la liturgie exprimé par la tradition. Cette rupture voulue par un clergé aussi iconoclaste qu’irréfléchi fait que la grande majorité des liturgies actuelles manquent à la fois de cette vigueur et de cette densité qui devraient faire d’elles une image de la liturgie qui se célèbre de toute éternité dans la Jérusalem céleste.
Ne nous berçons pas d’illusions : ce qui a été rompu restera rompu et les tentatives de redonner leur sens aux célébrations actuelles ne pourra pas se faire en recollant les morceaux de ce qui subsiste de la liturgie d’avant la rupture. Tout au plus pourra-t-on obtenir des messes moins incohérentes et ineptes que celles auxquelles il nous est donné d’assister dans l’immense majorité des églises, mais pour autant on ne communiquera pas durablement le vrai sens de la liturgie aux fidèles. Ignorer cette réalité, c’est continuer à se bercer d’illusions pastorales en tout point semblables à celles qui, immédiatement après Vatican II, auront conduit à miner de l’intérieur le culte chrétien.

* * * * Mercredi, 19 mai 2021. Les origines et les conséquences de la perte du sens de la liturgie : CLIQUER POUR LIRE

* * * * Samedi, 15 mai 2021. Les racines et les limites de l'architecture moderne des églises : CLIQUER ICI

* * * * L’ART DE CÉLÉBRER LA MESSE : GUIDE LITURGIQUE À L’USAGE DES PAROISSES CLIC ICI

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