ACTUALITE

* * * * NOUVEAU Mercredi, 13 octobre 2021. Pour calmer le débat liturgique et lui trouver une issue qui soit dans la ligne de ce l’Église entend réaliser à travers la prière liturgique, il faudrait que :
1. Les fidèles catholiques attachés à l’utilisation du Missel romain avalisé par le pape S. Pie V reconnaissent que l’expression « messe traditionnelle » n’a strictement aucun sens. En effet : dès lors qu’une action liturgique est accomplie sous une des formes liturgiques reconnues par l’Église qui expriment et garantissent intégralement la transmission de la foi reçue des Apôtres, elle soit être reconnue « catholique » sans qu’il soit nécessaire d’ajouter le qualificatif « traditionnel » lequel, en fait, s’applique davantage à une certaine esthétique des célébrations qu’à son fond théologique.
Rappelons qu’au cours des siècles passés, toutes les liturgies catholiques - toutes, sans exceptions - ont subi des modifications rituelles de plus ou moins grande importance et que certaines de ces liturgies ont même totalement disparu. Or, jamais ces modifications ou ces disparitions n’ont donné lieu à des revendications du type de celles que nous connaissons aujourd’hui dans le cadre de la liturgie romaine ; jamais ne fut qualifié de « traditionnel » ce qui se faisait antérieurement aux modifications ou aux disparitions.
2. Les évêques actuels reconnaissent que la « pastorale liturgique » promue par leurs prédécesseurs a conduit à ancrer dans l’esprit des clercs et des laïcs des façons de célébrer l’Eucharistie qui sont en totale contradiction avec la liturgie restaurée à la suite de Vatican II. De là vient que dans une majorité de paroisses qui n’ont toujours pas rompu avec ces façons erronées de célébrer l’Eucharistie, les messes n’expriment plus et ne transmettent plus la foi reçue des Apôtres.
Les erreurs exprimées dans ces deux points font que lorsque dans l’Église postconciliaire, on parle de liturgie, plus personne ne peut s’entendre car le mot « liturgie » lui-même ne recouvre plus la même réalité chez les uns et les autres.


* * * * NOUVEAU Mercredi, 13 octobre 2021.
Selon le média autrichien « Express », des chercheurs de l’organisation d’archéologie biblique « Doubting Thomas Research Foundation » auraient découvert l’emplacement exact du mont Sinaï sur lequel, selon l’Ancien Testament, Dieu a donné à Moïse les Dix Commandements.
Le Sinaï biblique serait l’actuel Jabal Maqla situé dans le Gebel al-Lawz en Arabie saoudite. Plusieurs indices sont en faveur de la justesse de la thèse des archéologues :

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- La montagne a un sommet qui apparaît noirci. Or, la Bible dit que « la montagne du Sinaï était toute fumante, car le Seigneur y était descendu dans le feu » (Ex 19, 18).
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- Sur le chemin on trouve un imposant rocher fendu sur lequel apparaissent des traces laissées par une érosion due à une grande quantité d’eau alors que l’endroit se trouve dans zone où il pleut très peu. Revenons de nouveau à ce qu’enseigne la Bible : « Le Seigneur dit à Moïse : “Passe devant le peuple, emmène avec toi plusieurs des anciens d’Israël, prends en main le bâton avec lequel tu as frappé le Nil et va ! Moi, je serai là, devant toi, sur le rocher du mont Horeb. Tu frapperas le rocher, il en sortira de l’eau, et le peuple boira ! » Et Moïse fit ainsi sous les yeux des anciens d’Israël » (Ex 17, 5-6).
Les recherches se poursuivent pour tenter de trouver des traces d’un lieu de culte où aurait été adoré le veau d’or ainsi que des sépultures des idolâtres tués par les Lévites après que Moïse soit revenu de la montagne. Toujours selon la Bible : « Moïse vint à la porte du camp et dit : “À moi, les partisans du Seigneur !” Et tous les fils de Lévi se groupèrent autour de lui. Il leur dit : “Ainsi parle le Seigneur, le Dieu d’Israël : Mettez l’épée au côté, parcourez le camp de porte en porte, et tuez qui son frère, qui son ami, qui son proche !” Les fils de Lévi exécutèrent la parole de Moïse et, parmi le peuple, il tomba, ce jour-là, environ trois mille hommes » (Ex 32, 26-28).
Rappelons que le mont Sinaï est considéré comme l’un des lieux saints les plus importants pour les chrétiens, les juifs et les musulmans.

* * * * Mardi, 12 octobre 2021. A l’occasion de la parution prochaine du nouveau Missel Romain en langue française (dont l’usage entrera en vigueur le 28 novembre, 1er Dimanche de l’Avent) la Congrégation pour le Culte divin propose un ouvrage indispensable, clair et précis, dans lequel se trouve une longue introduction (38 pages sur 104) due au cardinal Robert Sarah et qui se présente sous forme d’un enseignement doctrinal et d’une méditation sur la sainte Messe : Présence du Christ dans la sainte Eucharistie et accueil du croyant ; La sainte Messe et le retour glorieux du Christ Notre Seigneur ; Le don de Dieu dans l’Eucharistie face à la caducité du monde ; Le silence sacré avant, pendant et après la sainte Messe…
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Ce livre est destiné aux familles, aux paroisses, aux centres spirituels et de formation, aux lieux de pèlerinage, aux mouvements catholiques ainsi qu’aux communautés religieuses, monastères, séminaires, universités…
L’ouvrage répond aux questions suivantes (liste non exhaustive) :
- Qu’est-ce que le Missel romain ?
- Formes ordinaire et extraordinaire du Rite romain
- D’où viennent les textes du Missel romain ? Une longue histoire…
- Pourquoi une nouvelle traduction ?
- Composition du Missel Romain (explication de l’Ordinaire de la Messe)
- Quels sont les principaux changements ?

À commander aux éditions Artège (4,90€).


* * * * Lundi, 11 octobre 2021. C’est au moment où, en Allemagne, l’Église catholique perd toute crédibilité en s’empêtrant dans la « synodalité » que le pape François lance, à Rome, un synode qui devra traiter de... la synodalité dans toute l’Église.
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On peut s’attendre à la publications de documents que personne ne lira et qui iront rejoindre une quantité d’autres documents qui jaunissent depuis des années dans les caves des palais épiscopaux.
Lancer l’Église sur les chemins de la « synodalité », c’est prendre le risque de voir un certain nombre de fidèles préférer s’engager sur des chemins de traverse au lieu de marcher sur la voie - certes étroite mais sûre - tracée par Jésus.
Lancer les fidèles sur les chemins de la « synodalité », c’est aussi prendre le risque de leur présenter l’Église une, sainte, catholique et apostolique comme un corset, comme une vieille institution sclérosée et handicapante. C’est, d’une certaine façon, ne plus voir que seule l’Église est capable d’élargir l’horizon des personnes qui lui font confiance. Mettre sa confiance dans l’Église est une expérience qu’une institution « synodalisée » - autrement dit, éclatée en multiples réseaux - risque de rendre impossible à plus ou moins brève échéance.
Une « Église synodale » (appelons-la comme on voudra) deviendra à coup sûr une Église de bureaucrates s’employant à parler savamment de diverses questions mais incapables de vivre de ce que propose l’Église depuis sa fondation, à savoir la vie sacramentelle.
Quiconque serait conquis par l’ « Église synodale » souhaitée par le pape François finira inévitablement par souhaiter la disparition du sacerdoce ministériel, ou du moins par vouloir que les évêques et les prêtres soit choisis démocratiquement parmi les fidèles en phase avec les idées élaborées au sein des structures synodales. Où irait l’Église si les prêtres, les évêques - ou le pape lui-même - devaient soumettre leur ministère aux applaudissements des majorités ? Jésus a-t-il demandé aux Apôtres de donner leur avis au sujet du sacrifice de sa vie qu’il allait accomplir ? Non. Sans sondages d’opinions, Jésus seul a choisi la croix.
C’est dans cette croix que se trouve le salut des hommes ; pas dans les synodes !

* * * * Dimanche, 10 octobre 2021. SOCIETE, MORALE, EGLISE... CLIQUER POUR OUVRIR

* * * * Vendredi, 8 octobre 2021. Après le « rapport Sauvé », doit-on attendre quelque chose de nos évêques qui aille plus loin que des excuses et des « nous ne savions pas » ? Probablement pas. Et ce pour la simple raison que ce sont les évêques eux-mêmes - du moins certains d’entre eux qui avaient le vent en poupe - qui ont laissé le laxisme et le relativisme gangréner l’Église.
Certes, les problèmes de pédophilie ne datent pas d’aujourd’hui ; il y en a toujours eu (souvenons-nous que même le célèbre serment d’Hippocrate y fait allusion). Mais ce qui s’est passé ces cinquante dernières années, c’est une acceptation des déviances quand ce n’était pas tout simplement un encouragement des comportements « hors normes » : dans les séminaires diocésains comme dans les paroisses, il était de bon ton d’afficher des excentricités liturgiques allant de pair avec des égarements faussant tant la doctrine que la morale. Et cette réalité-là, les évêques préfèrent ne pas la voir puisqu’elle est le fruit de leur manque de courage, de leur répulsion à vouloir corriger des erreurs enkystées dans « leurs » projets pastoraux parés de toutes les vertus.
Certains demanderont quel est le rapport entre la liturgie et la morale. Une étude mériterait approfondie devrait être faite pour répondre à cette question. Toutefois, on peut déjà reconnaître que parmi les prêtres qui sont ou ont été soupçonnés d’inconduite morale se trouvent généralement ceux qui, voulant passer pour des « types sympathiques » aux yeux des fidèles, ont laissé de côté les règles liturgiques du Missel romain pour organiser des célébrations se voulant joyeuses et vivantes. On en est donc rapidement venu à oublier qu’il y a toujours eu - et ce, depuis les temps apostoliques - une fécondation mutuelle de la morale et de la liturgie. L’enseignement de Vatican II ne laisse d’ailleurs aucun doute à ce sujet : « La liturgie par laquelle (...) s’exerce l’œuvre de notre rédemption est à la fois humaine et divine, visible et riche de réalités invisibles, fervente dans l’action et occupée à la contemplation, présente dans le monde et pourtant étrangère. Mais de telle sorte qu’en elle ce qui est humain est ordonné et soumis au divin ; ce qui est visible, à l’invisible ; ce qui relève de l’action, à la contemplation ; et ce qui est présent, à la cité future que nous recherchons. » (Const. Sacrosanctum Concilium)
Dès lors qu’on s’est attelé à « fabriquer » des célébrations où l’humain prenait le pas sur le divin, ou la contemplation était supplantée par l’action (ou plus exactement un « activisme »), on a ouvert tout grand la porte par laquelle pouvaient s’engager tous les problèmes auxquels est aujourd’hui confrontée l’Église : les séminaires sont devenus des sortes d’abris pour jeunes en mal d’identité et l’on a ordonné prêtres des candidats suffisamment faibles pour espérer trouver dans le sacerdoce un baume permettant de cicatriser leurs troubles.
Quand donc nos évêques comprendront-ils et reconnaîtront-ils officiellement ces choses au lieu de se perdre dans des discours de repentance certes nécessaires mais inopérants ?


* * * * Jeudi, 7 octobre 2021.
Que voit et expérimente aujourd’hui un catholique européen ?
Réponse : un exode massif hors des églises ; un esprit du temps anti-chrétien, « anti-divin »... Autant de bourrasques qui soufflent dans l’Église et balaient des feuilles fanées. En même temps, on observe le développement de ce qu’on pourrait appeler un « christianisme crypto-apostat ». Une réalité qui aurait été impensable... même sous les pires dictatures du 20e siècle.
Chose nouvelle : désormais, ce ne sont plus seulement les chrétiens tièdes et peu intéressés à la foi de leur baptême qui quittent l’Église ; ce sont aussi ceux qui souhaitent protester contre des structures ecclésiales qui n’ont jamais produit quoi que ce soit et qui sont aujourd’hui en ruine, sans aucun avenir. Ces structures tournent à vide sans inviter ceux qui en font partie à se soucier de ce que devrait être l’Église de Jésus-Christ.
Un bon nombre de fidèles sont actuellement déçus, perdus, ne reconnaissant plus l’Église qui leur était familière. Certains cherchent alors un havre spirituel dans les communautés davantage liées aux valeurs stables et sûres de la Tradition chrétienne ; pour autant, ils ne sont pas « traditionalistes » au sens où on l’entend actuellement.
Cette apostasie de masse et cette perte de la foi n’ont-elles pas été évoquées par Jésus lui-même lorsqu’il parlait de signes annonçant son retour imminent ? Il est évident que les germes du modernisme anti-chrétien et fondamentalement matérialiste sont à nouveau à l’œuvre. Au XXe siècle, les deux guerres mondiales et la résistance aux idéologies de l’époque n’avaient fait que ralentir les avancées de ce modernisme. Mais le voici de retour. Dans l’Église, il s’est manifesté en 1968, lors de la publication de l’encyclique « Humanae vitae » de Paul VI. Un grand nombre de théologiens alors bien en vue refusèrent immédiatement ce document qui abordait les questions fondamentale de l’amour humain. À y regarder de plus près, les prises de positions de ces théologiens correspondaient à l’incompréhension croissante du célibat sacerdotal : au nom de l’amour humain et de l’hédonisme, il n’était pas rare, à cette époque, de voir des assemblées paroissiales applaudir lorsqu’à la fin d’une messe le célébrant annonçait qu’il allait se marier ou « vivre en couple » avec son « petit ami ». Les Pays-Bas furent à la pointe de ces manifestations ; la Belgique et la France rejoignirent rapidement le mouvement alors qualifié de « printemps de l’Église ».
En même temps se produisit ce qui allait aboutir au chaos liturgique dénoncé par Jean-Paul II et par Benoît XVI et qui se manifestait à travers des célébrations où l’assemblée locale prenait la place de Dieu : dans un grand nombre d’église paroissiales et de séminaires diocésains, les livres liturgiques officiels devaient obligatoirement être remplacés par des publications douteuses, certains prêtres allant même jusqu’à imposer des célébrations eucharistiques dont les rites et les prières sortaient de leur propre imagination.
Revenaient alors à l’esprit des fidèles les plus avisés les paroles de Jésus à propos de « l’abomination de la désolation installée dans le lieu saint » (Mt 24, 15).
Aujourd’hui, les résultats de ces errances et les signes de la désolation se multiplient : certains pasteurs les découvrent à l’occasion du problème des prêtres pédophiles mis au devant de la scène. Au pire, ils se taisent ; au mieux ils se disent profondément choqués sans pour autant oser regarder du côté des origines de la crise actuelle.
Celle-ci, déjà en germe au XIXe siècle, a profité de Vatican II pour se déchainer : sécularisation des structures ecclésiastiques, abandon des sacrement, départ de nombreux prêtres, séminaires où l’on s’attachait à former des prêtres capables de contester tout ce que l’Église entendait enseigner aux fidèles... En parallèle, des prêtres demeurés en place et qui, gagnés par l’esprit des Lumières anti-chrétien, s’affirmaient éducateurs, responsables de paroisses, travailleurs sociaux, animateurs de « messes karaoké »... Reprenons les thèmes des homélies et des chants introduits dans la liturgie au cours des années post-conciliaires. Sous un mince glaçage de bons sentiments chrétiens, il n’y est bien souvent question que d’environnement, de migration, de sauvegarde de la forêt tropicale, du changement climatiques, des conflits sociaux... Mais que viennent faire ces sujets au cours d’une messe ? Est-il nécessaire d’aller à l’église pour entendre une énième fois les sanglots de la bien-pensance médiatique ?
Voilà pour l’actualité récente.
Qu’en est-il du futur ? Aux chrétiens de Thessalonique qui s’effrayaient de la situation de leur temps, l’Apôtre Paul écrivait : « (...) Si l’on nous attribue une inspiration, une parole ou une lettre prétendant que le jour du Seigneur est arrivé, n’allez pas aussitôt perdre la tête, ne vous laissez pas effrayer. Ne laissez personne vous égarer d’aucune manière. Car il faut que vienne d’abord l’apostasie, et que se révèle l’Homme de l’impiété, le fils de perdition, celui qui s’oppose, et qui s’élève contre tout ce que l’on nomme Dieu ou que l’on vénère, et qui va jusqu’à siéger dans le temple de Dieu en se faisant passer lui-même pour Dieu. » (2 Thes 2, 2-4).
Ne pas se laisser égarer... Il faut que vienne l’apostasie...
Si nous regardons calmement la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui et que nous songeons à ce que pourra être celle de demain, nous ne pouvons que considérer le caractère provisoire du présent. N’oublions pas non plus ce que Jésus a dit au sujet l’avenir de son Église sur terre : il n’a pas parlé de triomphe éclatant mais plutôt de persécutions à endurer. C’est donc évident : l’Église, le « corps mystique du Christ » dont nous sommes membres, ne peut pas suivre un chemin différent de celui qu’a pris Jésus-Christ et qui l’a mené à sa gloire via le Golgotha.
Si seul le Ciel sait à quelle étape de ce chemin nous sommes arrivés aujourd’hui, une chose demeure certaine : l’Église ne se révélera dans toute sa splendeur et sa gloire qu’au dernier jour, lorsqu’elle sera devenue la Jérusalem céleste vers laquelle, ici-bas, nous avançons. C’est cette vérité que nous apprend Saint Jean à travers les images magnifiques de son Apocalypse.
En attendant, il nous faut marcher, avancer...
Les chrétiens qui désirent progresser sans s’égarer ont à leur disposition une boussole fiable : le « Catéchisme de l'Église catholique ». Publié en 1992, il n’a rien perdu de sa sûreté en matière doctrinale. Il contient tout l’enseignement de l’Église tel qu’il nous a été donné à travers les Écritures et tel qu’il a pris forme dans le processus de la Tradition vivante guidée par Saint-Esprit. La vie, le culte, la morale, la pastorale doivent se fonder sur cet enseignement s’ils veulent « demeurer dans la vérité », comme le disent l’Évangile et les lettres de saint Jean. En suivant cette boussole qu’est le « Catéchisme », nous sommes sûrs de ne pas passer à côté du but qu’il nous faut atteindre et que nos prêtres devraient plus souvent nous rappeler.
En regardant la situation actuelle de l’Église, laquelle est caractérisée par la confusion dans la doctrine de la foi, l’arbitraire et le relativisme à tous les niveaux, on devine facilement l’importance que doit avoir une solide connaissance de l’enseignement de l’Église. Dans les situations difficiles comme celles que nous vivons aujourd’hui, en plus d'un témoignage clair de la vérité, il faut veiller à conserver et à privilégier un style de discussion interne à l’Église qui puisse réponde aux exigences de l'Évangile : servir la vérité dans l’amour (au sens chrétien du terme !)
Le catéchisme nous parle de foi, de charité, d’espérance. Ce sont les vertus dites « théologales », ainsi appelées parce que les capacités de croire, d’aimer et d’espérer sont des grâces de Dieu qui sont données - pour ainsi dire, versées à la personne rachetée - par le sacrement du baptême. Grâce à leur puissance, nous sommes capables de résister aux multiples adversités du monde actuel.
« Ne perdons pas la tête ; ne nous laissons pas effrayer... » (2 Th 2, 1-3).

* * * * Lundi, 4 octobre 2021. Chacun de nous possède un degré particulier d’une fierté qui, parfois, conduit vers les sommets vertigineux de l’orgueil. Souvent dans les pièces de Sophocle ou de Shakespeare, par exemple, le héros tragique est fait preuve d’un orgueil démesuré qui le conduit droit à sa chute. Les mots « humain » et « hubris » (la passion démesurée) n’ont aucun lien étymologique : le premier terme a des racines latines tandis que le second a des racines grecques. Cependant, dans la vie, ils sont clairement associés. En fait, nous n’avons pas besoin de regarder l’exemple d’Œdipe ou d’Othello pour savoir comment l’orgueil agit dans nos propres vies. Chaque fois que nous péchons, c’est parce que nous préférons l’orgueil à un vrai bien, c’est parce nous préférons notre propre volonté à celle de Dieu.
D'autre part, les humains sont aussi capables de faire preuve d’une grande humilité. Comme saint Jean-Baptiste l’a annoncé et comme le Christ l’a clairement montré par sa passion et sa mort, l’humanité trouve son véritable fondement non pas dans l’orgueil démesuré de l’hubris, mais dans la vertu d'humilité (le mot « humilité » partage une racine étymologique commune avec « humain », les deux termes étant liés au mot latin « humus » qui signifie « terre » ou « poussière »).
Mais si l’orgueil et l’humilité sont les pôles entre lesquels nous naviguons dans notre vie quotidienne, ces deux concepts sont également essentiels dans notre approche de la liturgie, laquelle est la source et le sommet de la vie éternelle. Notre nature déchue nous pousse-t-elle vers l’orgueil, vers l’humilité, ou vers un hybride des deux ? Quant à la liturgie, peut-elle être efficace et fructueuse si nous la falsifions, si nous la traitons avec désinvolture ?
Tout d’abord, regardons ce qui se passe lorsque nous choisissons l’orgueil comme étoile polaire pour célébrer la liturgie. Notre orgueil joue un rôle assez puissant dans les relations de l’âme avec Dieu : même si le Christ souhaite nous nourrir de sa grâce, pouvons résister à sa puissance salvatrice. « Voici ma grâce », nous dit Dieu. Mais nous fermons la bouche et le cœur, et proclamons en général : « Que MA volonté soit faite ».
Prenons l’exemple d’une histoire récente. Deux jeunes prêtres découvrent que leur ordination sacerdotale était invalide puisque leurs baptêmes alors qu’ils étaient enfants étaient invalides. En effet, au moment où ils devaient être reçus dans l’Église par le sacrement du baptême, le ministre, soit par ignorance (bien que cela soit difficile à imaginer) soit en pensant savoir mieux que l’Église comment baptiser (une forme d'orgueil), avait changé les paroles de la formule sacramentelle et avait dit « Nous vous baptisons… ». Rappelons que pour être valide la formule baptismale doit utiliser la première personne du singulier : « Je vous baptise… » Ce ministre, servant sa propre volonté plutôt que celle de Dieu, a privé ces jeunes de la grâce que Dieu donne dans le contexte ecclésial.
Mais même si la question de la validité du sacrement n’est pas en jeu, les ministres de la liturgie peuvent se mettre au premier plan et, par leurs façons de faire, soulever des questions de licéité liturgique. Qu’est-ce qu’une liturgie illicite mais toujours valable ? La « validité » vient de ce que chaque élément essentiel d’un sacrement est bien présent dans la célébration : c’est bien la matière du sacrement qui est employée (par exemple, de l’eau pour le baptême et non une boisson énergisante), que ce sont les mots justes qui sont prononcés (par exemple, « Ceci est mon corps » à la consécration), que ce soit le bon ministre qui officie (par exemple, un évêque pour une ordination sacerdotale plutôt que le concierge de la cathédrale), et que celui qui officie ait une intention qui ne laisse pas de place au doute (c’est-à-dire qu’il fait très clairement ce que l’Église a l’intention de faire comme elle a l’intention de le faire).
Cependant, ce qui est « valide » peut être « illicite ». Car, même lorsque les éléments essentiels qui viennent d’être énumérés sont sans nul doute présents, il est nécessaire que le ministre suive les lois de l’Église lors de la célébration d’un sacrement. Si cette adhésion aux normes est présente, la célébration est dite « licite » ; sinon, elle est « illicite ». Un prêtre qui porte son étole sur sa chasuble ou sur un simple habit civil, par exemple, enfreint une règle liturgique. Le lecteur qui change les mots de la lecture croyant ainsi la rendre plus facile à comprendre rend illicite sa proclamation de l’Écriture. Le sacristain qui propose d’employer une miche de pain pour célébrer l’Eucharistie dans l’Église d’Occident peut se considérer comme responsable d’un « krach liturgique », puisque la loi exige que le pain utilisé à la messe dans le rite romain soit de pur froment et sans levain. Bien que ces « adaptations » illicites (elles ont été et sont encore nombreuses, comme l’a reconnu le pape François) n’amoindrissent pas l’action du Christ, elles affaiblissent le pouvoir qu’a la liturgie de sanctifier le peuple de Dieu et, en fin de compte, privent Dieu de la pleine adoration qui lui est due.
Toutes les règles liturgiques, que nous les jugions essentielles ou accessoires, doivent être suivies. La Constitution sur la sainte liturgie de Vatican II pose comme toute première norme que « personne, même prêtre, ne peut ajouter, supprimer ou changer quoi que ce soit dans la liturgie de sa propre autorité » (n. 22). Puisque nous ne sommes pas les auteurs de la liturgie, nous n’avons pas l’autorisation de la changer, pas même d’un « iota » ou d'un titre ». Saint Paul lui-même nous donne l’exemple à suivre en matière de liturgie lorsqu’il dit : « J’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur, et je vous l’ai transmis. » (1 Co 11, 23)
Les prêtres et les autres ministres de l’autel ne sont de loin pas les seuls participants aux liturgies à être tentés d’introduire des modifications non autorisées, illicites ou même rendant invalides à nos célébrations. La liturgie a, de par sa nature, un caractère « objectif », transcendant et universel. Comme il lui est impossible de rendre compte des préférences particulières de chacun, la liturgie offre ce qui est commun à tous les membres de l’Église. Cette caractéristique de la liturgie peut rendre une célébration froide, distante et impersonnelle, ce qui est aujourd’hui particulièrement détesté par beaucoup qui sont gagnés par les idéologies du « moi je ». Mais la liturgie perd bien plus qu’elle ne gagne lorsqu’elle s’adapte aux besoins et aux goûts personnels et particuliers. Un célébrant peut vouloir rendre la liturgie plus attrayante aux yeux d’une assemblée – et nombre d’assemblées accueillent et encouragent souvent les ministres de l’autel à adapter la liturgie à elles. Mais de cette façon, l’assemblée et ses membres recherchent plus une célébration qui leur ressemble qu’une liturgie qui reflète le Christ. Il s’agit d’un processus dicté par un orgueil qui nous pousse à tracer et à suivre notre propre « chemin liturgique » et qui nous fait perdre de vue le chemin menant à Dieu.
Le véritable dynamisme de la liturgie est tout le contraire – et saint Jean-Baptiste est notre guide à cet égard lorsqu’il déclare : « Lui, il faut qu’il grandisse ; et moi, que je diminue. » (Jn 3, 30). Ce conseil tombe au bon moment puisque, dans l’Église occidentale, nous célébrons la Nativité de Jean-Baptiste le 24 juin, juste au moment du solstice d’été lorsque la lumière commence à diminuer (et ce, jusqu’au solstice d’hiver juste avant le 25 décembre, lorsque la lumière augmente à nouveau). La nativité de saint Jean-Baptiste a été récemment fêtée en Orient le 23 septembre, juste après l’équinoxe d’automne, lorsque les heures de clarté diminuent par rapport aux heures de nuit. On peut ainsi dire que même la nature donne l’impression de savoir que Jean « n’était pas la lumière, mais qu’il est venu témoigner de la lumière » (Jn 1, 8).
L’humilité de Jean-Baptiste devrait inspirer les ministres de la liturgie à « prendre du recul » afin de laisser le Christ rayonner à travers eux. Un prêtre doit veiller à transmettre aux fidèles l’idée selon laquelle la vérité que contient la liturgie ne dépend ni de la personnalité ni des qualités humaines du prêtre (même si celles-ci ne sont pas sans importance). Comme Père bénédictin Dom Aidan Kavanagh l’a fait remarquer un jour : « Le ministre de la liturgie devrait être aussi inintéressant qu’un verre d’eau froide, pure et rafraichissante » – suffisamment translucide pour que la Lumière du monde illumine l’assemblée réunie autour d’un célébrant.
Dans le cœur des fidèles - clercs ou laïcs -, tout orgueil qui déforme notre humanité rachetée doit être radié. Seul Dieu peut nous sauver ; mais son action salvatrice nécessite notre collaboration, nécessite que nous nous disposions à Le laisser agir en nous. En d’autres termes, la liturgie doit nous apprendre à sortir de notre propre chemin pour pouvoir prendre celui qui nous conduit vers la Jérusalem céleste.
L’orgueil est le premier péché ; celui qui est à la base des péchés ultérieurs. Au fond, il le vice qui a le plus besoin d’être éradiqué ; il peut l’être grâce à des célébrations liturgiques à la foi valides et licites. À cette fin, le Christ demeure le modèle à suivre : « Il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père. » (Phil. 2, 8).
Jean-Baptiste donne là un témoignage que chacun de nous devrait pouvoir entendre dans la liturgie.


* * * * Vendredi, 1er octobre 2021.
Le « Symbole des Apôtres » - le Credo - peut nous aider à mieux comprendre - à « dévoiler » - l’acte d’adoration que nous faisons en disant avec révérence le nom de Jésus.
En effet, notre vocabulaire est non seulement chargé de sens mais aussi chargé de références historiques. Ainsi, les propres sont-ils les plus puissants appels. Dale Carnegie, auteur de « Comment gagner des amis et influencer les gens », insiste : « Rappelez-vous que le nom d’une personne est, pour cette personne, le son le plus doux et le plus important, quelle que soit la langue dans laquelle il est employé. »
Prononcer le nom de Jésus est un acte d’adoration profond et admirable. Le nom Jésus tire son origine de l’hébreu et signifie « délivrer pour secourir » ou encore « sauveur ». C’est un nom qui à lui seul englobe Dieu, l'homme, l’histoire et l’éternité ; un nom qui associe une identification personnelle à la prophétie d’Isaïe : « Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous). » (Is. 7, 14). Jésus de Nazareth est pour toujours « Dieu avec nous ».
Les Évangiles, l’enseignement de l’Église et le Symbole des Apôtres dévoilent la signification unique du nom de Jésus. « Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité. » (Jn 1, 14) Jésus est le Verbe, la deuxième Personne de la Sainte Trinité, vrai Dieu et vraie homme qui assume la nature humaine.

Je crois en Dieu, le Père tout-puissant,
Créateur du ciel et de la terre.
Et en Jésus Christ, son Fils unique, notre Seigneur ;
qui a été conçu du Saint Esprit, est né de la Vierge Marie.


À travers son nom, est évoquée la mission salvatrice de Jésus. « Je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé. » (Jn 6, 38). Jésus, le Verbe incarné, accomplit une autre prophétie d’Isaïe : « Ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli la mission pour laquelle j’ai été envoyé. » (Is. 55, 11). Accomplir la volonté du Père :

Il a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié,
est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers ;
le troisième jour est ressuscité des morts,
est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant,
d’où il viendra juger les vivants et les morts.


Cette mission accomplie après la croix, la résurrection, l’ascension, ne rend pas le Verbe distant, loin de nous. Elle n’efface pas le sens du nom Emmanuel : Dieu avec nous.
En envoyant sur nous le Saint-Esprit, Jésus accomplit sa promesse selon laquelle « c’est l’esprit qui fait vivre... Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie. » (Jn 6, 63.) Son Esprit purifie nos cœurs contrits du péché et, par le baptême, nous incorpore à son corps mystique, qu’est l’Église :

Je crois en l’Esprit Saint,
à la sainte Église catholique,
à la communion des saints,
à la rémission des péché.


Non seulement la messe réactualise le drame de la croix et de la résurrection, mais la liturgie sacrée tout entière nous fait revivre aussi le mystère de l’Incarnation. La liturgie de la Parole est la voix de Jésus qui révèle notre histoire et notre destin ; si les prières nous donnent de pouvoir invoquer son nom dans la foi, c’est uniquement pour glorifier le Père : « Tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. » (Jn 14, 13-14.)
La liturgie de l’Eucharistie accomplit et complète la Liturgie de la Parole : elle ne fait qu’un avec elle pour réaliser un seul et même acte de culte par lequel nous nous associons au Verbe par la Sainte Communion. Le prêtre, qui a reçu le sacerdoce de Jésus lors de son ordination, partage le rôle de médiateur de Jésus et invoque le Saint-Esprit sur les dons au moment de l’épiclèse précédant immédiatement la consécration du pain et du vin. La Parole se fait à nouveau chair et habite parmi nous.
C’est à travers notre humanité que la grâce nous unit au corps ressuscité et glorifié du Christ et nous permet d’anticiper la gloire céleste : « Ce que nous proclamons, c’est, comme dit l’Écriture, ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas venu à l’esprit de l’homme, ce que Dieu a préparé pour ceux dont il est aimé. » (1 Cor. 2, 9).

[Je crois] à la résurrection de la chair
et à la vie éternelle.
Amen.


Lorsque la grâce nous incite à prononcer le nom de Jésus avec révérence, non seulement nous l’adorons, mais nous devenons ses amis. Nous acceptons de partager avec Lui son intimité divine à travers son humanité : « Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. » (Jn 15, 15). Lorsque nous disons « Jésus » avec révérence, nous découvrons la grandeur de notre humanité et nous voyons l’action de la Providence dans l’histoire. Nous découvrons que l’avenir s’inscrit dans la victoire sur le mal, sur Satan. Le nom de Jésus que nous disons nous fait déjà entrer dans l’éternité de Dieu. En son nom, notre parole devient sa parole.
Aucun mot n’est plus sacré, plus « total » et plus chargé de sens que le saint nom de Jésus : « Qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers. » (Phil. 2, 10).

* * * * Mercredi, 29 septembre 2021. Né le 4 octobre 1542 à Montepulciano, dans la province de Sienne, Robert Bellarmin est admis en 1560 dans la Compagnie de Jésus à Rome. Après avoir étudié la philosophie et la théologie il devient recteur du Collège romain et Provincial des jésuites à Naples. Après son retour à Rome, il est créé cardinal en 1599 par le pape Clément VIII. En 1602, il est archevêque de Capoue mais le pape souhaite le voir revenir auprès de lui pour travailler au sein des organes de la Curie romaine. Robert Bellarmin meurt à Rome, le 17 septembre 1621, alors que beaucoup le considèrent déjà comme un saint. Il sera béatifié en 1923 par le pape Pie XI, puis canonisé en 1930 et enfin proclamé docteur de l'Église en 1931.
Robert Bellarmin n’est pas seulement le défenseur du Siège apostolique et de la doctrine de la foi. En tant que théologien plongé dans les questions de la Réforme catholique et de la « restauration de la liturgie » (preuve que la liturgie n’a jamais été ce fleuve tranquille que certains se plaisent à imaginer), Robert Bellarmin s’occupe aussi de la musique pour laquelle il a une réelle aptitude.
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Dans son autobiographie, Robert Bellarmin raconte que dans sa jeunesse, il avait facilement appris à chanter et à jouer de divers instruments. Lorsqu’il fut recteur du Collège romain, que saint Ignace de Loyola avait ouvert en 1551 pour garantir un enseignement gratuit aux enfants de Rome, il apprit la musique aux jeunes élèves : « Le Collège romain est lieu de musique, avec autant de chœurs qu’il y a de métiers et de fonctions. En effet, chacun, dans sa chorale particulière, chante la partie qui lui est assignée. Il en résulte une parfaite concorde parce que tous, par l’harmonie qui les unit, sont d’accord sur le partage des règles propres à chacun ou communes à tous. Par conséquent, que tous continuent à chanter dans le chœur complet ; qu’ils chantent dans l’observance d’une discipline commune ; ou qu’on les fasse chanter dans un chœur réduit où l’un fait office de professeur, l’autre d’élève. Quant au recteur, son rôle sera de soutenir les voix, de battre la mesure, d’indiquer le tempo ; il devra indiquer les départs et les moments de s’arrêter. Ainsi tout sera fait avec mesure et harmonie. Mais, étant donné que le recteur a été placé dans un bureau où il n'a pas exercé auparavant, certaines erreurs peuvent lui échapper et ainsi briser l’harmonie. Par conséquent, il sera permis à chacun de l’avertir de ses erreurs. Il devra se montrer reconnaissant de la faveur ainsi reçue. »
Lors du procès de béatification de Robert Bellarmin, un jésuite qui avait été son contemporain à Naples et l’avait eu comme provincial pendant plus de deux ans témoigne : « Il prenait beaucoup de plaisir à la musique. Pendant les temps de récréation, il chantait en harmonie avec d’autres ; la même chose s’est produite à Capodimonte, quand nous avons mangé sur la terrasse. Lui-même n’avait pas une bonne voix, mais il tenait sa partie musicale avec talent. Il a composé des poèmes et les a adaptés à des textes musicaux, puis il les a fait chanter […]. Il soutenait que grâce à ce divertissement on pouvait éviter les commérages et autres inconduites pendant les moments de loisirs. »
Durant trois années passées comme archevêque de Capoue, il fut non seulement un phare de doctrine et d’ardeur apostolique, mais aussi le défenseur et l’organisateur de la musique dans sa cathédrale. Il tenait à ce que « les services sacrés soient célébrés avec majesté et dévotion », en veillant à « conserver une musique de grande qualité, capable d’éveiller et d’élever les hommes aux choses spirituelles, pénétrant plus facilement les louanges divines par les sentiments de l'âme, lorsqu'elles sont tempérées par la douceur de l'harmonie. »
Dans la monumentale « Controversiæ » - son œuvre capitale qui rappelle l’orthodoxie catholique face aux problèmes soulevés par la Réforme - on trouve des règles touchant au chant et à la musique dans la liturgie.
Le 28 août 1608, Robert Bellarmin devient membre d’une commission de trois cardinaux instituée par Paul V et qui est chargée de la « révision » du chant grégorien. Les musiciens romains, présidés par Felice Anerio (1560-1614), auront pour tâche de corriger les erreurs qui, avec le temps, ont défiguré les mélodies. Cependant, ces musiciens, imprégnés de l’esprit de la polyphonie du XVIe siècle et non du chant liturgique, ne savent pas du tout comment s’acquitter de leur tâche : leur édition médicéenne du Graduel, publiée en 1614, montre une mauvaise connaissance du chant grégorien. Cependant, grâce au cardinal Bellarmin, ce Graduel ne recevra jamais l’approbation officielle du Siège apostolique. Pourtant, c’est cette édition qui sera utilisée (sous le nom d’ « édition de Ratisbonne ») pour chanter la liturgie jusqu’à ce que vers 1850, les Bénédictins de l’abbaye de Solesmes entament une nouvelle réforme du chant grégorien reposant sur l’étude des premières notations médiévales.
Dès lors, les corrections de certaines versions fautives des pièces grégoriennes peuvent être entreprises et l’on comprend que le principe de base de l’interprétation du « chant propre de la liturgie romaine » consiste non à égrener des notes mais à chanter de façon intelligible un texte, des mots, en respectant les accents verbaux latins et la valeur de chaque note dont la durée n’est pas fixe mais étroitement associée au « temps syllabique » (le temps qu’il faut pour articuler correctement une syllabe).


* * * * Mardi, 28 septembre 2021.
Le 13 septembre 2021 marquait le centième anniversaire de la naissance d’Alexandre Dmitrievich Schmemann. Peu ont entendu parler de lui.
Alexandre Schmemann est né en 1921 en Estonie, dans une famille russe ayant des ancêtres allemands baltes du côté de son père. Alors qu’il est encore jeune, la Révolution russe oblige sa famille à quitter la maison et à s’installer à Paris. Dans la capitale, Alexandre fait des études et fréquente la cathédrale Saint-Alexandre-Nevski où il devient enfant de chœur puis sous-diacre. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il étudie à l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge à Paris. C’est là qu’est façonnée sa vision du monde. En 1943, il épouse l’Allemande Juliana Ossorguine, alors étudiante à la Sorbonne. Schmemann est ordonné prêtre en 1946.
Le Père Alexandre Schmemann donne une importance capitale à la liturgie qu’il considère comme la source de la seule vraie théologie liturgique. Les vrais « liturgistes » - enseigne-t-il - ne sont pas les théologiens universitaires qui ont fait de savantes études, mais les fidèles ordinaires qui fréquentent humblement les églises.
De nombreuses activités occupent le temps du Père Schmemann alors qu’il s’est installé en Amérique : la vie de famille, l’enseignement, les sermons hebdomadaires diffusés en russe sur Radio Liberty (qui bénéficie d’une large audience en Union soviétique et qu’écoute le célèbre dissident Alexandre Soljenitsyne), des engagements dans le cadre de rassemblements panorthodoxes et œcuméniques et, bien sûr, la rédaction de nombreux articles et livres.
Au fil du temps, la Père Schmemann s’intéresse de moins en moins à la théologie « académique » : il s’adresse plus au peuple qu’aux théologiens.
La « théologie liturgique », telle qu’on la désigne ordinairement, a ses racines dans la collaboration et l’influence mutuelle des spécialistes russes et occidentaux (en particulier français) du XXe siècle. Les théologiens orthodoxes - au nombre desquels se trouve Schmemann - qui se sont installés dans le « Paris russe » s’engagent avec les grandes figures catholiques du « mouvement théologique » des années 1930 à 1950 qui préparent le terrain pour le concile Vatican II. À la même époque, un autre mouvement de renouveau, le « mouvement liturgique », est déjà en marche en Occident. C’est dans ce milieu que le Père Schmemann apprend tout à la fois la « théologie liturgique », la « philosophie du temps » et le véritable sens du « mystère pascal ».
Jusqu’au milieu du XXe siècle, l’étude de la liturgie dans les écoles religieuses orthodoxes était surtout axée sur l’apprentissage des rubriques. Ce n’était d’ailleurs pas différent dans l’Église catholique : les études liturgiques étaient centrées sur la théologie morale, le droit canon et, pour l’histoire des rites liturgiques eux-mêmes, sur l’histoire générale de l’Église. Avec le « mouvement liturgique », la liturgie devient un domaine spécifique des études théologiques. Schmemann y perçoit un danger : il pense que c’est déjà assez grave que la théologie soit devenue confinée au monde universitaire et ainsi coupée à la fois du culte et de la piété et qu’il ne faudrait pas qu’en plus, la liturgie devienne un sujet d’études parmi tant d’autres. La « théologie liturgique », telle que Schmemann la conçoit, n’est ni la « liturgiologie » - l’étude du développement des rites à travers l’étude des livres liturgiques - ni une théologie « de » la liturgie. Elle soit plutôt être une théologie qui est implicite dans l’expérience liturgique de l’Église et jaillit directement de la liturgie.
Pour le Père Schmemann, la liturgie est la condition même de la théologie ; elle est ce qui permet de « parler de Dieu » parce que Dieu se révèle et agit dans la liturgie. Peu de spécialistes de la liturgie - voire aucun - à l’époque de Schmemann (et encore aujourd’hui) auraient contesté que la liturgie soit une source principale de la théologie, la source de la théologie par excellence. Mais pour le Père Schmemann cette vision des choses demeure très insuffisante : la liturgie, selon lui, est « la condition même de la théologie ». Aussi utile que puisse être l’étude de la liturgie pour comparer les manières grecques et slaves de célébrer l'Eucharistie ou pour retracer l’évolution des rites, de l’hymnographie, des fêtes liturgiques, etc., il faut aller plus loin. Car en effet, ces études ne nous apprennent rien au sujet de l’adoration de Dieu, sur ce que signifie rendre grâce, bénir, se lamenter, consacrer, offrir un sacrifice... D’où la définition de la « théologie liturgique » que propose le Père Schmemann : elle est « l’élucidation du sens du culte » c’est-çà-dire la révélation du Christ tel que cru et compris dans l’Église à travers la pratique de son culte public et authentique où l’Écriture et la Tradition prennent vie.
Le Père Schmemann avait ce qu’on appelle parfois une « imagination sacramentelle ». On le voit dans sa polémique contre la « religion » considérée par beaucoup comme « une partie de la vie, un compartiment sacré, par opposition à tout le reste considéré comme profane ». Sa façon de regarder le monde, de voir le « naturel » imprégné de « surnaturel » - ou mieux : de voir toute réalité « chargée de la présence et de la promesse du Christ » - va constituer le défi que le Père Schmemann lance à la laïcité contemporaine. C’est ce qui explique que sa théologie liturgique ait été succinctement décrite comme « une eschatologie vécue ». Elle est toujours centrée sur le futur Royaume de Dieu qui déjà vécu dans ce monde.
« Toute l’histoire de l’Église - déplore le Père Alexandre Schmemann - a été marquée par de pieuses tentatives visant à réduire l’Eucharistie pour la rendre « acceptable », à la diluer dans la piété, à la réduire au jeûne et à la préparation, à l’arracher aussi bien de l’Église (ecclésiologie) que du monde (cosmologie, histoire) ou du Royaume (eschatologie). » Il exprime sa vocation de « théologien liturgique » en termes de « lutte pour l’Eucharistie » contre les assauts réductionnistes du cléricalisme et de la laïcité.
L’expérience chrétienne du Royaume doit favoriser le but de la « théologie liturgique » : réintégrer la théologie, la liturgie et la piété au sein d’une seule et même vision fondamentale. Le théologien David Fagerberg résume ce qui est ici en jeu : « Séparez la liturgie de la théologie et de la piété, et vous obtiendrez un rituel humain ; séparez la théologie de la liturgie et de la piété, et vous obtiendrez une philosophie religieuse ; séparez la piété de la liturgie et de la théologie et vous obtiendrez une religiosité idiosyncratique. »
Un autre aspect de la « théologie liturgique » du Père Schmemann est dérivé en partie des travaux de Nicolas Afanasiev et qui portent sur l’ « ecclésiologie eucharistique ». Ce modèle de l’Église réunit en un seul concept deux définitions du corps du Christ telles qu'elles se trouvent dans l’enseignement de saint Paul. D'une part, le corps du Christ est le sacrement du Corps et du Sang du Christ partagé par les fidèles, les unissant ainsi en un seul corps ecclésial (1 Corinthiens 10, 16-17) ; d'autre part, le corps du Christ est l’Église (1 Corinthiens 12, 27-28). Les Pères de l'Église se sont particulièrement préoccupés de la relation entre le corps eucharistique et le corps mystique du Christ, autrement dit se sont interrogés sur la manière dont l’ « Eucharistie fait l’Église ». Or, dans le passage de la théologie patristique à la théologie scolastique qui a lieu au début du Moyen Âge, l’attention s’est déplacée vers la question de savoir comment le Christ devient réellement présent dans le sacrement par l’action du prêtre, c’est-à-dire comment l’ « Église fait l’Eucharistie ». C’est à partir de cette inversion que, comme le Père Schmemann le note avec regret, tant le « sens ecclésiologique de l’Eucharistie » que la « dimension eucharistique de l’ecclésiologie » sont tombés dans un oubli général.
Cette intuition va conduire le Père Schmemann à s’efforcer d’améliorer le niveau de la célébration liturgique dans le contexte paroissial : « La liturgie est avant tout le rassemblement de ceux qui doivent rencontrer le Seigneur ressuscité et entrer avec lui dans la chambre nuptiale. Cette joie de l’attente et cette attente de la joie s’expriment dans le chant et le rituel, dans les vêtements sacrés et dans les encensements, dans toute cette « beauté » de la liturgie qui a si souvent été dénoncée comme inutile et même comme une manifestation d’un certain pharisaïsme. Le fléau du culte chrétien a été le minimalisme sous ses diverses formes, que ce soit en faisant le strict minimum nécessaire pour qu’un sacrement demeure « valide », ou en réduisant la nature essentiellement collective de la liturgie à une activité à caractère privé permettant de célébrer des événements familiaux ou des fêtes de groupes. »
Malgré tous ses efforts pour mettre en évidence les thèmes les plus profonds de la liturgie qui avaient subi une éclipse, le Père Schmemann n’a jamais préconisé une vaste réforme rituelle. Au contraire, il a repoussé le point de vue d’autres spécialistes qui interprétaient ses idées comme pouvant devenir les bases d’une réforme liturgique capable de restituer « l'essence » de la liturgie à partir de nombreux vestiges « archéologiques ».
Ici, il faut noter une différence significative entre l'application de la « théologie liturgique » dans les Églises occidentale et orientale. En Occident, les idées que les universitaires ont conçues dans leurs études ont eu une influence directe - et pas toujours heureuse - sur la liturgie, notamment avec la déformation de la réforme du rite romain après Vatican II. Des anciens rites ont été abandonnés sans raison pour être remplacés par de nouvelles pratiques élaborées dans des bureaux. L’expérience de l’Orient a été radicalement différente : le mode de célébration liturgique a changé - la musique a été simplifiée et rendue moins envahissante, les prières « secrètes » sont parfois dites de façon à être audibles, les laïcs reçoivent l’Eucharistie plus souvent que dans le passé - mais les prières et le cérémonial sont restés en grande partie intacts. Ainsi, en Orient, la liturgie a-t-elle continué à être pensée comme reçue de la Tradition et non planifiée et imposée par une autorité locale.
La perspective de l’entrée dans le Royaume ou dans la vie dans l’âge à venir devrait inspirer les fidèles à participer à l’œuvre de Dieu ici et maintenant. C’est en ce sens que le Père Schmemann parle d'un « mouvement d’ascension » intrinsèque à la liturgie qui nous rapproche du trône de Dieu dans son Royaume, ainsi que d'un « mouvement de retour » qui transforme l’Église en lieu de mission : une mission au service du monde, entraînant ce monde dans le Royaume : « L’Eucharistie est toujours le sacrement de la parousie de l’attente du retour du Seigneur. Pourtant, elle est également toujours un commencement, un point de départ : en elle, maintenant, commence la mission. »
Beaucoup de personnes qui n’ont jamais entendu parler du Père Alexander Schmemann savent que le mot « Eucharistie » dérive d’un mot grec signifiant « action de grâces ». En ce qui concerne la contribution de Schmemann à la liturgie, un prêtre catholique de rite byzantin a écrit : « Toute liturgie doit nous fait sentir que nous voulons vraiment adorer, rendre grâce ». Le drame de l'homme moderne est d’être conduit à mener une vie non eucharistique dans un monde devenu lui-même non eucharistique ou même anti-eucharistique.

* * * * Dimanche, 5 septembre 2021.
“De tribune en tribune : les souvenirs d'un organiste engagé (1954-2020)” A lire ici

* * * * L’ART DE CÉLÉBRER LA MESSE : GUIDE LITURGIQUE À L’USAGE DES PAROISSES CLIC ICI

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