ACTUALITE

* * * * NOUVEAU Vendredi, 14 mai 2021. Un texte du Père Louis Bouyer. Écrit en 1968, il n’a pas pris une ride en 2021 :

BOUYER II
« La culture proprement chrétienne, et sa capacité de s’ouvrir à la culture humaine en général, ne repose pas seulement sur des recherches savantes, quelque importantes qu’elles soient. Elle suppose un soubassement, ou plutôt un humus vital, où tous, les chrétiens les plus cultivés comme les plus ignorants, doivent plonger leurs racines, et qui est lui-même le terrain de base de cette culture. Ce soubassement, cet humus, c’est la vie liturgique seule, dans toute sa plénitude humaine et sacrale, avec l’interprétation vécue de la Parole de Dieu qu’elle seule nous procure, qui peut le constituer.
Une fois de plus, ici, il faut dire les choses sans ambages : il n'y a pratiquement plus de liturgie digne de ce nom, à l’heure actuelle, dans l’Église catholique.
La liturgie d’hier n’était plus guère qu’un cadavre embaumé. Ce qu’on appelle liturgie aujourd’hui n’est plus guère que ce cadavre décomposé.
Une fois de plus, il y aurait trop à dire sur ce sujet. Nulle part peut-être la distance n’est plus grande, voire l’opposition formelle, entre ce que le Concile avait produit sur ce sujet et ce qu’on en a fait. Sous le prétexte d’ « adapter » la liturgie, on a simplement oublié qu’elle est et ne peut être que l’expression traditionnelle du mystère chrétien dans toute sa plénitude de source jaillissante. J’ai passé la plus grande partie peut-être de ma vie sacerdotale à tâcher de l’expliquer. Mais j’ai maintenant l’impression - et je ne suis pas le seul - que ceux qui ont pris en main d’autorité l'application (?) des directives du Concile sur ce point ont tourné le dos délibérément à tout ce qu’un Beauduin, un Casel, un Pius Parsch avaient entrepris et à quoi j'avais essayé vainement d'ajouter ma petite pierre. Je ne veux pas apporter ou paraître apporter plus longtemps ma caution, si peu qu’elle vaille, à ce reniement et cette imposture. [...] Quand on aura tout mis par terre, il faudra bien y revenir. »

Louis Bouyer,
La décomposition du catholicisme, Paris, Aubier, 1968.

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Une messe respectueuse des principes liturgiques
dont le respect est demandé par Vatican II

* * * * NOUVEAU Vendredi, 14 mai 2021. L’une des richesses du chant grégorien tient au fait qu’il n’ouvre pas seulement sur un contenu doctrinal accessible à la seule raison, mais qu’il rend notre « intelligence émotionnelle » apte à accueillir la célébration de la foi reçue des Apôtres et transmise fidèlement par l’Église. C’est ce qui fait que le chant grégorien est infiniment plus riche et plus « pastoralement performant » que les cantiques et les refrains qu’on fait chanter au cours des liturgies actuelles.
Alors que le chant grégorien éduque notre capacité de réception afin qu’elle puisse
s’ouvrir sur l’Absolu, le cantique ne joue trop souvent que sur les goûts et les sentiments des fidèles ou, ce qui est pire, sur la sensiblerie partagée au sein d’une assemblée particulière.
Là où le grégorien transmet une connaissance à l’aide de formules musicales que l’on pourrait qualifier d’objectives tellement elles sont étroitement liées aux paroles sacrées de l’Écriture ou de la liturgie, là où il réalise une parfaite symbiose entre la phrase musicale et la phrase verbale, le cantique dissocie la mélodie du texte : il n’y a plus que des notes au-dessus des syllabes et des syllabes au-dessous des notes ; il n’y a plus guère de relation entre l’air chanté et les mots, si bien qu’une mélodie peut se suffire à elle-même pour évoquer des états d’âme, c’est-à-dire des sentiments subjectifs qui ne font souvent que jouer sur les ambiguïtés des tempéraments des individus sans pour autant faire appel à leur foi.
A l’inverse du chant grégorien qui n’est qu’au service de la liturgie - c’est-à-dire au service de la louange de Dieu - le cantique utilise les célébrations pour ne traduire que des affects ou des états passionnels plus ou moins prononcés. Il s’agit alors de plaire à telle communauté rassemblée, d’évoquer quelques bons sentiments ou de créer une atmosphère de convivialité exacerbée. Mais ceci est-il digne d’une authentique assemblée liturgique chrétienne ? Les païens n’ont-ils pas, eux aussi des « bons sentiments » ?
Nous savons que tous les réformateurs qui ont cherché à édulcorer la foi ou à supprimer certains dogmes qui les dérangeaient ont toujours commencé par limiter puis interdire les chants constitutifs de la liturgie - donc le grégorien - pour les remplacer par des cantiques*. Ceci fait, c’est la liturgie elle-même qui, devenue « gazeuse », fut remplacée par des célébrations altérables et altérées n’ayant plus qu’un lointain rapport avec la foi reçue des Apôtres et transmise par l’Église. Cette réalité historique ne devrait-elle pas faire réfléchir nos évêques et les pousser à redonner au chant grégorien la première place dans les célébrations liturgique, comme le demande expressément le concile Vatican II et la version la plus récente du Missel romain ?

* Cf. Wilhelm Bäumker,
Das Katholische Kirchenlied, Freiburg im Breisgau, 1891.

* * * * Mercredi, 12 mai 2021. Pour écouter le chant d’entrée de la messe de l’Ascension du Seigneur, cliquer ici ; pour écouter le chant de l’Alleluia qui précède la proclamation de l’Evangile du jour, cliquer ici ; pour écouter le chant de communion, cliquer ici.

* * * * Mercredi, 12 mai 2021. Lors de la visite du pape Jean-Paul II en France, en 1997, les évêques et les prêtres avaient revêtu des chasubles aux coloris pour le moins discutables. Elles étaient signées du couturier Castelbajac. Elle marquaient l’entrée d’un style coloré dans les églises. On dit qu’en coulisses, certaines personnes se réjouissaient de ce qu’on avait ainsi pu faire la promotion d’un apparat qui - eu moins de loin - rappelait les couleurs du « célèbre » drapeau arc-en-ciel.

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Aujourd’hui, les couleurs de ce drapeau arc-en-ciel apparaissent dans de nombreuses églises paroissiales ainsi que sur nombre de sites internet diocésains qui se veulent les vecteurs d’un catholicisme irradiant. C’est d’autant plus sympathique que l’arc-en-ciel est, dans la Bible, le signe de l’alliance établie avec Dieu après le déluge.
Mais à y regarder de plus près, ces couleurs posent deux problèmes : le premier - le moins « grave » - est qu’elles sont kitch à souhait. Elles sont comme une manifestation du mauvais goût qui caractérise nombre des célébrations liturgiques. Le second problème est que ces couleurs sont celles de l’idéologie véhiculée par le « gender mainstreaming ». Cette idéologie s’appuie sur de prétendues études scientifiques pour affirmer qu’il existe un « genre social » qui peut être différent du genre « biologique ». Au demeurant, le mot anglais « sex » qui désigne la nature sexuelle spécifique des hommes et des femmes a été remplacé par « gender » lors de la Conférence mondiale des Nations Unies qui s’est tenue à Beijing (Pékin) en 1995. Les féministes qui participaient activement à cette rencontre ont avancé l’idée selon laquelle « l’hétérosexualité obligatoire » était à l’origine de l’oppression que doivent subir les minorités sexuelles. Par conséquent, les hommes et les femmes doivent disparaître et accepter la diversité des genres : personnes hétérosexuelles, homosexuelles, bisexuelles et transsexuelles (LGBT).
Voilà exactement ce qu’évoquent les couleurs de l’arc-en-ciel que l’on retrouve dans nos églises, que ce soit dans les chœurs ou sur des panneaux vantant le dynamisme (!?) des nouvelles unités pastorales. En regardant ces couleurs qui s’affichent dans nombre de sanctuaires, le fidèle est invité à reconnaître - qu’il en ait conscience ou pas - qu’aucune catégorie sexuelle ne doit être considérée comme une norme sociale pouvant imposer l’union ou le mariage d’un homme avec une femme.
Croit-on que ces propos sont exagérés ? Pas du tout. Dans un nombre croissant de paroisses de pays alémaniques, les fidèles sont invités à dire un « Notre Père » dont les paroles initiales sont : « Notre Père et notre Mère... » Dans le même temps, Mgr Bätzing, Président de la Conférence des évêques d’Allemagne, plaide pour que les femmes puissent accéder au sacerdoce comme les hommes (ce qui revient à vouloir l’établissement d’un simili-sacerdoce asexué) et pour que les personnes de même sexe puissent se marier religieusement.
Ne serait-il pas bon de faire disparaître les couleurs arc-en-ciel de nos sanctuaires comme des sites internet paroissiaux ou diocésains ? Elles sont en effet devenues le symbole de ces communautés (le plus souvent minoritaires mais championnes de l’agit-prop) qui s’emploient à briser l’unité de l’Église sans laquelle la foi se limite à n’être plus qu’un ramassis de sentiments dans lesquels chacun peut trouver ce qui lui faut pour se fabriquer une vie religieuse adaptable aux croyances les plus incohérentes.


* * * * Mercredi, 12 mai 2021. Dans certaines « unités paroissiales » du diocèse de Strasbourg (mais pas que), les jeunes (de plus en plus rares) qui font encore leur profession de foi sont invités à fabriquer des messes au cours desquelles, outre classiques stupidités qui vident les églises (panneaux, témoignages, bavardages et commentaires...), ils présenteront des panneaux sur lesquels est inscrit ce à quoi ils croient et qui n’est rien d’autre qu’une porte ouverte sur n’importe type d’opinion : « Nous croyons en Dieu le Père, Dieu fort et intelligent, mais aussi tendre comme une mère. Tu es le créateur de l’univers, de la terre, de la nature et de l’homme. Dieu Père, plein d’amour, présent dans les bons et mauvais moments, tu es proche de nous, tu es à l’écoute de nos prières, et tu nous guide. Tu as envoyé ton Fils pour sauver l’humanité. Nous croyons en Jésus, fils de Dieu, tu es né de la Vierge Marie, vous vous êtes enfui en Égypte. Après avoir appris le métier de charpentier, tu as quitté ta famille pour te retirer dans le désert ou tu as résisté aux tentations. Tu as enseigné les disciples et tous ceux qui t’ont suivi. Tu as guéri les malades, pardonné les péchés et fait des miracles. Tu es mort pour nos péchés alors que tu n’avais rien fait de mal. Tu es ressuscité et monté au ciel devant tes disciples. Nous croyons en l’Esprit-Saint, l’Esprit Saint est invisible comme l’air, il est représenté par des langues de feu, le vent ou la colombe. L’Esprit Saint nous aide et nous guide, nous le rencontrons dans la prière lorsque nous l’appelons. Il nous conseille, nous fait découvrir l’amour, la bonté et nous rend courageux. »
Rappel : « Le droit de régler l’organisation de la liturgie dépend uniquement de l’autorité de l’Église ; il appartient au Siège apostolique et, selon les règles du droit, à l’évêque. (...) C’est pourquoi absolument
personne d’autre, même prêtre, ne peut, de son propre chef, ajouter, enlever ou changer quoi que ce soit dans la liturgie. » (cf. Vatican II, Const. Sacrosanctum Concilium, n. 22 ; Missel romain, Présentation générale).

* * * * Mardi, 11 mai 2021. Le 3 février dernier, au cours de son audience générale qui, en raison de la pandémie, se déroulait dans la bibliothèque du Palais apostolique du Vatican, le pape François a déclaré qu’il est essentiel pour les chrétiens de participer à la liturgie et a rappelé qu’ « un christianisme sans liturgie est probablement un christianisme sans Christ, sans le Christ perçu dans sa totalité. »
« Il n’y a pas de spiritualité chrétienne qui ne soit enracinée dans la célébration des saints mystères », a encore déclaré le pape qui a ajouté que « souvent, on observe une tendance à revendiquer la plus grande pureté présumée d’une religiosité ne dépendant pas de cérémonies extérieures considérées comme un fardeau inutile ou même nuisible. » Cependant, la liturgie est l’acte fondateur de l’expérience chrétienne : « c’est un événement, une présence, une rencontre. C’est une rencontre avec le Christ. »
Lorsque les premiers chrétiens ont prié et adoré, ils l’ont fait en « actualisant à l’aide de la lumière du Saint-Esprit les gestes et les paroles de Jésus. Saint Paul écrit, dans sa Lettre aux Romains : “Je vous exhorte donc, frères, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos corps en sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu ; ceci est votre culte spirituel.” La vie est appelée à devenir un culte de Dieu, mais cela ne peut se faire sans la prière, en particulier la prière liturgique. »
Et le pape d’ajouter encore : « La liturgie, précisément en raison de sa dimension objective, demande à être célébrée avec ferveur, afin que la grâce déversée à travers le rite ne soit pas dispersée mais atteigne l’expérience de chacun. Le Catéchisme explique cela très bien : “La prière intériorise et assimile la liturgie pendant et après sa célébration”. »
Et de conclure : « Au cours des dernières décennies, beaucoup a été fait. La constitution Sacrosanctum Concilium du concile Vatican II représente un point central de ce long voyage. Elle réaffirme l’importance de la liturgie divine pour la vie des chrétiens, qui y trouvent cette médiation objective requise par le fait que Jésus-Christ n’est pas une idée, ni un sentiment, mais une personne vivante, et son Mystère, un événement historique. »
La question qui demeure et que nous posons depuis longtemps à Pro Liturgia est la suivante : comment et où trouver cette « méditation objective » dont parle le pape François dans des célébrations liturgiques paroissiales élaborées à partir du subjectivisme des uns et du sentimentalisme des autres ?


* * * * Lundi, 10 mai 2021. Le site internet de Pro Liturgia est resté silencieux suite à un incendie d’OVH qui s’est déclaré à Strasbourg et a détruit nombre de serveurs d’hébergements de sites internet. Nous avons été touchés... mais pas coulés.
Un grand merci pour les nombreuses personnes qui se sont inquiétées de la (trop longue) panne et qui en ont profité pour nous dire combien Pro Liturgia avait un rôle important à jouer dans le paysage liturgique. Notre site va redevenir opérationnel d'ici peu de jours grâce à notre “ami-dépanneur” qui ne ménage pas sa peine pour réparer ce qui doit encore l’être. Nous lui adressons un merci tout spécial.
Enfin, notre gratitude s’adresse aux responsables de sites internet qui oeuvrent comme Pro Liturgia pour la découverte et le respect de la liturgie de l’Église, essentiellement sous sa forme “ordinaire”. Il est bon de savoir que nous sommes nombreux à marcher dans la même direction.

* * * * Lundi, 10 mai 2021. Le 2 juillet 1988, le pape Jean-Paul II écrivait dans son Motu proprio “Ecclesia Dei adflicta” qu’ « à la racine [de l’acte schismatique posé par Mgr Lefebvre], on trouve une notion incomplète et contradictoire de la Tradition. (...) Le résultat auquel a abouti le mouvement promu par Mgr Lefebvre peut et doit être une occasion pour tous les fidèles catholiques de réfléchir sincèrement sur leur propre fidélité à la Tradition de l'Église, authentiquement interprétée par le Magistère ecclésiastique, ordinaire et extraordinaire, spécialement dans les Conciles œcuméniques, depuis Nicée jusqu'à Vatican II. De cette réflexion, tous doivent retirer une conviction renouvelée et effective de la nécessité d’approfondir encore leur fidélité à cette Tradition en refusant toutes les interprétations erronées et les applications arbitraires et abusives en matière doctrinale, liturgique et disciplinaire. »
On notera que le pape demandait à tous les fidèles de « refuser les applications arbitraires en matière liturgique ». Très concrètement, cela voulait dire qu’un catholique digne de ce nom devait fuir la grande majorité des messes qui se font depuis Vatican II lesquelles, comme cela a été prouvé maintes et maintes fois, s’écartent presque toutes des données du Missel romain restauré à la suite du dernier Concile.
Le 30 janvier dernier, le pape François, s’adressant aux membres du Bureau catéchétique de la Conférence épiscopale italienne, a déclaré que « le Concile est le magistère de l’Église. Soit vous êtes avec l’Église et donc vous suivez le Concile, et si vous ne suivez pas le Concile ou si vous l’interprétez à votre manière, comme vous le souhaitez, vous n’êtes pas avec l’Église. »
Sur un ton que l’on pourrait qualifier de plus sec, François ne disait pas autre chose que ce qu’avait dit Jean-Paul II avant lui.
Là encore, si l’on devait tirer les conséquences des propos du pape, il faudrait reconnaître que la grande majorité des prêtres et des évêques de France « ne sont pas avec l’Église » puisqu’ils sont, dans le sillage de leurs prédécesseurs, tous champions des réinterprétations du Concile ayant conduit à une normalisation de liturgies toutes plus ou moins bricolées.
Il y a les paroles des papes. A quand les actes courageux des fidèles ?

* * * * Lundi, 10 mai 2021. L’Église catholique est intolérante, disent certains groupuscules activistes : elle refuse de bénir les couples homosexuels, elle refuse aux femmes l’accès au sacerdoce. Bref, l’Église serait une vieille institution qui manque singulièrement d’ouverture et qui ne comprend pas les changements qui s’opèrent dans les sociétés.
L’Église est intolérante : c’est totalement vrai.
Mais au fait, que signifie réellement « être (ou ne pas être) tolérant » ? Le mot « tolérance » dérive du latin « tollare » qui signifie « endurer », « supporter », « prendre sur soi ». Malheureusement, le principal problème de nos jours vient de ce que même parmi les chrétiens, on ne comprend plus correctement ce terme.
Il faut donc rappeler qu’au cours des 2000 ans d’histoire, les autres religions et les idéologies les plus variées ont toujours été tolérées par l’Église. Les chrétiens les ont tolérées et souvent même endurées, mais ils ne les ont jamais approuvées. Le cardinal Ratzinger disait qu’au sein de l’Église, on est libre de tout dire ; pour autant, on ne peut pas affirmer que tout ce qu’on dit est nécessairement catholique.
Saint Augustin enseignait déjà qu’il faut aimer le pécheur mais détester le péché. Toute la question de la « tolérance » est résumée là : tolérer les positions d’une personne qui est dans l’erreur n’implique pas d’aimer l’erreur. L’Église n’est pas une institution qui peut changer son enseignement à volonté en fonction de ceux à qui elle s’adresse.
Aujourd’hui, on dit que les enseignements de l’Église devraient évoluer. Que faut-il entendre par là ?
Au cours des siècles l’Église a toujours veillé à développer sa doctrine. Mais ce développement a toujours visé une compréhension plus profonde de la doctrine de la foi, jamais l’approbation d’une autre doctrine. L’Ancien Testament était la longue préparation de la venue du Seigneur qui a lui-même dit qu’il est venu accomplir la Loi. Et c’est là que réside la mauvaise compréhension aujourd’hui. On aimerait adapter la Loi aux goûts de l’époque en utilisant « à gogo » le terme « tolérance » pour justifier ces adaptations.
On oublie que le pape, les évêques, les prêtres, sont d’abord des serviteurs. Or, un serviteur ne peut pas changer ou adapter les instructions de son maître, surtout si ce maître est Dieu. Si ce qui était mauvais hier devait être considéré comme juste aujourd’hui, et si ce qui était saint autrefois devait être vu comme faux de nos jours, alors il faudrait admettre la Révélation de Dieu est variable et par conséquent imparfaite ou incomplète.
Nous devons donc comprendre le sens du mot « tolérance » et replacer le terme dans le bon contexte.
Dans l’Eglise, on dit aujourd’hui qu’il faut « tolérer » aussi bien les libéraux et que les conservateurs. Autrement dit, il faut se « supporter » les uns les autres sans chercher à voir qui est dans la vérité et qui s’en éloigne. Une telle position, si elle devenait normative, conduirait inévitablement à la « dictature du relativisme » dont le cardinal Ratzinger a souligné les dangers.
Jésus nous a appris à prier pour nos ennemis.
Pourquoi devrions-nous prier pour eux ? Pour leur permettre de nous imposer leurs erreurs, leurs idéologies ou pour qu’ils se convertissent ? C’est en répondant à cette question qu’on arrive le mieux à percevoir le problème que pose l’idée de « tolérance » telle qu’elle est employée de nos jours.

* * * * Lundi, 10 mai 2021. Il y a deux grandes voies permettant d’aborder la liturgie : « la première et la seconde » aurait pu dire le Maître de philosophie à Monsieur Jourdain dans la célèbre pièce de Molière. Pour ce qui est de la liturgie, ces deux voies sont complémentaires mais ne se confondent pas.
La première voie consiste à étudier la liturgie pour savoir ce qu’on célèbre et comment il faut célébrer : d’où nous vient tel rite, tel chant, telle oraison et pourquoi leurs places respectives sont ici et pas ailleurs. Cette étude de la liturgie - largement négligée depuis de longues années dans les grands séminaires - est expressément demandée par l’Église : « L’enseignement de la liturgie dans les séminaires et les maisons d’études des religieux doit être placé parmi les disciplines nécessaires et majeures, et dans les facultés de théologie parmi les disciplines principales et il faut le dispenser dans sa perspective théologique et historique aussi bien que spirituelle, pastorale et juridique. (...) » (Cf. Vatican II, Const. Sacrosanctum Concilium, n.16)
En bref : il s’agit de savoir ce qu’on fait et pourquoi on le fait. Surtout lorsqu’on est prêtre et, à plus forte raison, lorsqu’on est évêque à la tête d’un diocèse.
La seconde voie consiste à « entrer » dans la liturgie pour la vivre et pour en vivre. Cette voie-là est incontestablement la principale. Mais pour pouvoir l’emprunter il faut au minimum que trois règles soient respectées :
- la première : que la liturgie célébrée soit vraiment la liturgie de l’Église et non celle imposée par tel célébrant ou telle équipe liturgique. « Le droit de régler l’organisation de la liturgie dépend uniquement de l’autorité de l’Église (...) C’est pourquoi absolument personne d’autre, même prêtre, ne peut, de son propre chef, ajouter, enlever ou changer quoi que ce soit dans la liturgie. » (Id. n.22) Les pasteurs doivent être attentifs à ce que dans l’action liturgique, on observe les lois d’une célébration valide et licite. (Id. n.11) Et aussi : « Tous les fidèles du Christ disposent du droit de bénéficier d’une véritable liturgie qui soit conforme à ce que l’Église a voulu et établi, c’est-à-dire telle qu’elle est prescrite dans les livres liturgiques et dans les autres lois et normes. » (Instr. Redemptionis Sacramentum)
Le non-respect des règles liturgiques par un célébrant qui s’emploie à introduire des pratiques personnelles dans une célébration entraîne immanquablement de l’agacement, de la distraction, des divisions et des troubles parmi les fidèles les plus attentifs. C’est aussi la porte ouverte à la diffusion d’idées erronées sur certains points de doctrine. Le célèbre dicton « lex orandi, lex credendi » (à la façon de célébrer correspond une façon de croire) conduit à affirmer qu’une liturgie altérée ne peut que mener vers une foi appauvrie quand elle n’est pas tout bonnement sinistrée, privée de la doctrine qui la soutient. L’Histoire ainsi que les plus récents sondages sur la foi de certains pratiquants nous le montrent.
- la deuxième : que la liturgie ne soit pas parasitée par les explications du célébrant. La liturgie se célèbre, se vit, et le moment où elle est célébrée et vécue n’est pas le moment durant lequel les rites doivent être expliqués. Un rite expliqué au moment où il doit être accompli se transforme en une simple observance qui le détourne de son sens proprement liturgique, qui lui fait perdre son sens profondément symbolique justifiant sa présence et sa place. « Oui mais les gens ne comprennent pas toujours ce qu’ils voient ou ce qu’on leur demande de faire », nous répliquera-t-on. C’est oublier qu’en liturgie il n’est pas nécessaire de tout comprendre pour « vivre » une célébration ; de la même façon, ce n’est pas parce qu’on ne sait pas fabriquer un violon qu’on est incapable de goûter - de « vivre » - un concerto pour violon et orchestre et ce n’est pas parce qu’un nourrisson ne comprend par les mots que lui dit ou chante sa maman que cette dernière doit se taire.
- la troisième : que le célébrant n’apparaisse pas comme « le » pôle de la liturgie. Si son rôle est incontestablement nécessaire pour garantir une célébration liturgique, il n’en demeure pas moins vrai qu’il n’est « que » le « ministre de l’autel » ; autrement dit qu’il doit apparaître le « serviteur discret » de ce que fait invisiblement le Christ sur et autour de l’autel. Par conséquent, tout célébrant qui, d’une façon ou d’une autre, attire l’attention sur lui (que ce soit par ses attitudes, par l’usage qu’il fait du micro, par ses paroles d’accueils...) ne fait que brouiller la liturgie et, partant, perturber la prière officielle de l’Église à laquelle souhaitent pouvoir s’unir les fidèles. On a souvent dit qu’un célébrant doit être comme la vitre d’une fenêtre : aussi invisible que possible pour que le regard ne s’arrête pas à elle mais puisse se porter au-delà d’elle. Au cours de nos liturgies d’ici-bas, ce que le fidèle doit pouvoir percevoir, c’est une image évocatrice de la liturgie qui se célèbre dans la Jérusalem céleste et non un célébrant occupé à accommoder à sa façon des gestes, des attitudes et des prières qui, mis les uns au bout des autres, ne sont plus que l’image d’une Église de plus en plus laïcisée et banalisée qui se contente d’une célébration d’elle-même


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