L'ACTUALITE DU JOUR

* * * * NOUVEAU Mercredi, 20 mars 2019. « Afin de détruire un peuple, il faut d’abord détruire ses racines », disait Alexandre Soljenitsyne. Souvenons-nous toujours que les racines de l’Eglise catholique se trouvent dans la liturgie et que, par conséquent, ceux qui ne respectent pas la liturgie participent d’une façon ou d’une autre à la destruction de l’Eglise en tant qu’elle est le peuple de Dieu.

* * * * NOUVEAU Mercredi, 20 mars 2019. Le pape François a refusé la démission du cardinal Barbarin. Qui les médias français invitent-ils pour commenter cette information ? Les Terras, Pedotti, Vallet, Duigou... Bref, les représentants auto-proclamés d’une façon de voir l’Eglise qui non seulement ne correspond plus du tout à ce qu’attendent les nouvelles générations de fidèles mais qui, en plus, furent les promoteurs d’une conception du catholicisme dont les applications pastorales ont partout provoqué un durable dépérissement de la foi.

* * * * NOUVEAU Mercredi, 20 mars 2019. La liturgie est intelligente... mais elle n’est pas intellectuelle.
Elle est intelligente dans le sens où elle a sa source dans l’esprit ; elle n’est pas intellectuelle dans la mesure où elle ne vise pas à discourir sur Dieu, sur la création, sur l’humanité et son devenir. La liturgie se situe ailleurs : elle est au niveau d’une rencontre, d’une communication entre le monde céleste et celui de la terre.
C’est pour cette raison qu’elle n'utilise pas un langage analytique : elle préfère de beaucoup un langage symbolique, beaucoup plus riche et capable, de ce fait, de s’adresser à ce qu’il y a de plus profond dans le coeur de l’homme.

* * * * NOUVEAU Mercredi, 20 mars 2019. Nous nous sommes tellement habitués, en France, à avoir des messes paroissiales médiocres (et souvent même carrément défectueuses) que notre jugement sur la liturgie est bien souvent altéré et que nous en venons à considérer comme exemplaires des célébrations qui ne sont en réalité qu’acceptables faute de mieux. Voici donc, pour y voir un peu plus clair sur ce sujet, quelques éléments de réflexion tirés de l’Exhortation post-synodale Sacramentum Caritatis de Benoît XVI :
- Le ministre ordonné agit au nom de toute l’Eglise lorsqu’il présente à Dieu la prière de l’Eglise et surtout lorsqu’il offre le sacrifice eucharistique. Il est donc nécessaire que les prêtres aient conscience que, dans tout leur ministère, ils ne doivent jamais se mettre au premier plan, eux-mêmes ou leurs opinions, mais Jésus Christ. Toute tentative de se poser soi-même comme protagoniste de l’action liturgique contredit l’identité sacerdotale. Le prêtre est plus que jamais serviteur et il doit s’engager continuellement à être le signe qui, en tant qu’instrument docile entre les mains du Christ, renvoie à Lui. Cela se traduit particulièrement dans l’humilité avec laquelle le prêtre guide l’action liturgique, dans l’obéissance au rite, en y adhérant de coeur et d’esprit, en évitant tout ce qui pourrait donner l’impression d’une initiative propre inopportune.
- La relation entre mystère auquel on croit et mystère que l’on célèbre se manifeste d'une façon particulière dans la valeur théologique et liturgique de la beauté. (...) La beauté de la liturgie fait partie de ce mystère; elle est expression très haute de la gloire de Dieu et elle constitue, en un sens, le Ciel qui vient sur la terre. (...) Tout cela doit nous rendre conscients de l’attention que nous devons avoir afin que l’action liturgique resplendisse selon sa nature propre.
- Puisque la liturgie eucharistique est essentiellement actio Dei dont nous sommes participants en Jésus par l’Esprit, son fondement n’est pas à la disposition de notre arbitraire et il ne peut subir la pression des modes du moment.
- L’ars celebrandi est la meilleure condition pour une actuosa participatio. L’ars celebrandi découle de l’obéissance fidèle aux normes liturgiques dans leur totalité, puisque c’est justement cette façon de célébrer qui a assuré, depuis 2000 ans, la vie de foi de tous les croyants. (...) En soulignant l'importance de l'ars celebrandi, on met par conséquent en lumière la valeur des normes liturgiques. L'ars celebrandi doit favoriser le sens du sacré et l'utilisation des formes extérieures qui éduquent à un tel sens, comme par exemple l'harmonie du rite, des vêtements liturgiques, de l'ameublement et du lieu sacré. Là où les prêtres et les responsables de la pastorale liturgique s'emploient à faire connaître les livres liturgiques et les normes liturgiques en vigueur, mettant en évidence les grandes richesses de la Présentation générale du Missel romain et de la Présentation des Lectures de la Messe, la célébration eucharistique en tire profit. Dans les communautés ecclésiales, on croit peut-être déjà les connaître et pouvoir porter un jugement éclairé sur elles mais, souvent, il n'en est pas ainsi.
- Pour un ars celebrandi correct, il est tout aussi important d'être attentif à toutes les formes de langage prévues par la liturgie: parole et chant, gestes et silences, mouvements du corps, couleurs liturgiques des vêtements. (...) La simplicité des gestes et la sobriété des signes, effectués dans l'ordre et dans les moments prévus, communiquent et impliquent plus que le caractère artificiel d’ajouts inopportuns.
- Un aspect important de l'art sacré est certainement l'architecture des églises, dans lesquelles doit ressortir l'unité entre les éléments constitutifs du choeur: autel, crucifix, tabernacle, ambon, siège. A ce propos, on doit garder présent à l'esprit que l'architecture sacrée a pour but d'offrir à l'Église qui célèbre les mystères de la foi, en particulier l'Eucharistie, l'espace le plus adapté au déroulement approprié de son action liturgique.
- Dans l’ars celebrandi, le chant liturgique occupe une place importante. (...) Dans la liturgie nous ne pouvons pas dire qu'un cantique équivaut à un autre. À ce sujet, il convient d'éviter (...) l'introduction de genres musicaux qui ne sont pas respectueux du sens de la liturgie. En tant qu'élément liturgique, le chant doit s'intégrer dans la forme propre de la célébration. Par conséquent, tout – dans le texte, dans la mélodie, dans l'exécution – doit correspondre au sens du mystère célébré, aux différents moments du rite et aux temps liturgiques. Enfin, tout en tenant compte des diverses orientations et des diverses traditions très louables, je désire que (...) le chant grégorien, en tant que chant propre de la liturgie romaine, soit valorisé de manière appropriée.
- L'Eucharistie est par nature Sacrement de la paix. Cette dimension du Mystère eucharistique trouve dans la célébration liturgique une expression spécifique par le rite de l'échange de la paix. (...) Il a paru toutefois opportun de modérer ce geste, qui peut prendre des expressions excessives, suscitant un peu de confusion dans l'assemblée juste avant la Communion. Il est bon de rappeler que la sobriété nécessaire pour maintenir un climat adapté à la célébration, par exemple en limitant l'échange de la paix avec la personne la plus proche, n'enlève rien à la haute valeur du geste.
- Le Concile Vatican II avait opportunément voulu un développement particulier de la participation active, pleine et fructueuse du peuple de Dieu tout entier à la célébration eucharistique. (...) Nous ne devons pas cependant nous cacher qu'une certaine incompréhension, précisément sur le sens de cette participation, s'est parfois manifestée. (...) En réalité, la participation active souhaitée par le Concile doit être comprise en termes plus substantiels, à partir d'une plus grande conscience du mystère qui est célébré et de sa relation avec l'existence quotidienne.
- Pour mieux exprimer l’unité et l'universalité de l’Eglise (...) il est bon que [des] célébrations soient en langue latine (...). On ne négligera pas la possibilité d'éduquer les fidèles eux-mêmes à la connaissance des prières les plus communes en latin, ainsi qu'au chant en grégorien de certaines parties de la liturgie.
- Une situation (...) est créée dans certaines circonstances pastorales où (...) les célébrations en petits groupes sont favorisées. (...) Les petits groupes doivent servir à unifier la communauté [ecclésiale], non à la fragmenter.

* * * * Lundi, 18 mars 2019. A voir : la bande annonce d’un film intitulé « Leur souffle » et qui est consacré aux moniales séparées de l’agitation de ce monde... Cliquer ici.

* * * * Lundi, 18 mars 2019. Le banc de communion qui existait autrefois dans toutes les églises a disparu presque partout sous l’ardeur destructrice du clergé des années post-conciliaires. Il n’a été conservé que là où le service des monuments historiques demandait qu’il soit conservé en raison de sa valeur. Le banc de communion était cette barrière devant laquelle les fidèles s’agenouillaient pour recevoir la communion.
Mais le banc de communion n’avait pas que cette fonction « pratique » ; il avait aussi une fonction « symbolique » étroitement liée au sens de la liturgie. Il permettait de faire une claire distinction entre le sanctuaire, l’espace le plus sacré de l’église, et la nef ; entre le prêtre exerçant le sacerdoce ministériel et le peuple exerçant le sacerdoce commun à tous les baptisés. Le banc de communion mettait ainsi en valeur le sanctuaire afin de rappeler le « Saint des Saints » du culte juif d’où notre liturgie tire son origine. Dans l’Ancien Testament, la loi mosaïque dictait les conditions que devait respecter un prêtre (propreté, vêtements, offrandes) pour entrer dans le « Saint des Saints » (Lév. 16, 2-5). Dans le Nouveau Testament, Saint Luc montre le rôle du prêtre en tant que médiateur sacré de Dieu : Zacharie se rend dans le Temple pour offrir l’encens de la prière du soir, tandis que le peuple, demeuré dehors, le soutient dans la prière (Luc 1, 8-11).
Au fil des siècles, notre liturgie a développé et codifié des parallèles identifiables avec le culte de l’Ancien Testament ; elle a même tenu compte d’un ordre qui apparaît dans la description de la liturgie céleste dont nos messes devraient être un reflet. Dans la Jérusalem céleste, en effet, les élus ne sont pas présentés à la façon d’une foule indisciplinée : ils sont disposés selon un certain ordre que reprennent d’ailleurs nombre de peintres : le « cosmos » n’est pas le « chaos »
Le sacrifice du Christ a inauguré l’Alliance nouvelle et éternelle et chaque messe est la réactualisation du sacrifice de la croix lié de façon indissociable à la résurrection du Sauveur. Tel est le sens de l’acclamation « Mysterium fidei... » introduite dans la liturgie romaine suite à la restauration du rite romain demandée par Vatican II. Même si, au moment de la mort du Christ, le rideau du Temple de Jérusalem s’est déchiré (Mt 27, 51), la distinction entre le prêtre et le peuple (et entre la sanctuaire et la nef) est demeurée intacte. Mais dans l’Eglise, cette distinction doit être comprise en termes de complémentarité. Si la messe remplace et achève le culte juif, c’est toujours en continuité avec les enseignements scripturaires. Christ n'est pas un révolutionnaire. Il nous le dit lui-même : « Ne pensez pas que je suis venu pour abolir la loi ou les prophètes ; je ne suis pas venu pour les abolir, mais pour les accomplir. » (Matthieu 5, 17).
Par conséquent, ce que doit clairement signifier notre liturgie chrétienne, c’est l’unité de notre foi et notre confiance en la Révélation divine dont une des caractéristiques est la stabilité.
Dans notre liturgie eucharistique, la « liturgie de la Parole » remplace le culte de la synagogue tandis que la « liturgie eucharistique » proprement dite accomplit et remplace les sacrifices du Temple. Le tabernacle remplace l’Arche sacrée de la synagogue contenant les rouleaux sacrés de la Torah. La Parole faite chair dans l’Eucharistie accomplit la parole de Dieu dans les Ecritures.
L’autel de nos églises devient à la fois l’autel sacrificiel de l’Agneau de Dieu et un signe du Corps de Christ Lui-même. Et le banc de communion met en évidence l’espace cultuel, limitant ainsi le Saint des Saints du sanctuaire.
De cette façon, le banc de communion invite les fidèles à se montrer confiants et respectueux lorsqu’ils s’approchent du Saint des Saints. Cette « barrière » met en valeur l’autel comme lieu de sacrifice où « le cœur [des justes] est censé être l’autel de Dieu » (Cf. Saint Grégoire-le-Grand). Les fidèles ne peuvent présenter leurs dons au Père que par la main du prêtre. En retour, le prêtre ne peut pas déposer le pain et le vin sur l’autel si les fidèles (représentés par les acolytes) ne lui donnent pas librement les matières du sacrifice. Ainsi, prêtre et peuple, tête et corps, sanctuaire et nef sont des éléments respectivement complémentaires dans l’Eglise adorante.
L’intelligence de notre foi dépend d’une formation catéchétique et théologique solide. Mais notre foi s’enrichit de notre rencontre avec les signes de la liturgie, y compris ceux qui ont trait à l’architecture sacrée.
Depuis que le clergé a, avec l’aval des évêques, supprimé les bancs de communion, les fidèles s’approchent du lieu où est donnée la communion et, après avoir reçu l’Hostie, se hâtent de regagner leurs places. Dans ces conditions, il est impossible d’établir un lien entre la réception de la communion et le festin des noces de l’Agneau : la réception de la communion devient un acte individualiste et non plus une démarche commune. Le prêtre reste immobile, distribuant les hosties à la façon d’un automate ; les gens font la queue, comme à la caisse du super-marché.
Rétablir les bancs de communion dans les églises a d’importantes implications théologiques et psychologiques. Le prêtre qui franchit le banc de communion pour pénétrer dans l’espace sacré se sent séparé de l’assemblée, même s’il engage les fidèles dans sa prière. Il est davantage conscient de son rôle de médiateur dans la prière et le culte. Son rôle de ministre du Christ devient plus clair lorsqu’il quitte l’autel - le Saint des Saints - et s’avance vers le banc de communion pour donner la communion aux fidèles agenouillés.
Ne perdons pas de vue qu’il existe une relation étymologique remarquable entre le mot « pasteur » et le mot « pain » : les deux termes contiennent la racine « pa » qui ramène à l’idée de « nourriture ». Ainsi, la distribution de la communion constitue une partie essentielle de la prêtrise. Et ce point nous permet de comprendre pourquoi nous devrions toujours considérer comme véritablement « extraordinaire » - c’est-à-dire hors normes - les laïcs qui distribuent la communion (et qui, lorsqu’ils peuvent légitimement le faire, doivent se tenir non à côté du prêtre mais à l’extérieur du sanctuaire).
Quand les fidèles s’approchent du sanctuaire pour recevoir le Corps du Christ, là où il y a encore un banc de communion, lorsqu’ils s'agenouillent, ils disposent d’un bref moment pour contempler l’autel, le tabernacle, le crucifix... et tout le sanctuaire. Ils ne sortent de leur contemplation que durant les quelques secondes qui précèdent la réception de l’Hostie, lorsqu’ils voient le prêtre s’approcher d’eux. Quant au prêtre, justement, il ne reste pas immobile, planté là « comme une pompe à essence », disait un cardinal. En se déplaçant d’un fidèle à l’autre, il manifeste sa sollicitude paternelle et assure le service à la table du Seigneur où les fidèles se retrouvent en famille.
Cette façon de reconsidérer le rôle du banc de communion redonne une autre dimension à la façon de recevoir le Corps du Christ.
Souvenons-nous que la liturgie doit doit nous donner un avant-goût de la gloire céleste et de la communion des saints : « Alors j’ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre s’en étaient allés et, de mer, il n’y en a plus. Et la Ville sainte, la Jérusalem nouvelle, je l’ai vue qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu, prête pour les noces, comme une épouse parée pour son époux. Et j’entendis une voix forte qui venait du Trône. Elle disait : “Voici la demeure de Dieu avec les hommes ; il demeurera avec eux, et ils seront ses peuples, et lui-même, Dieu avec eux, sera leur Dieu. Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus (...)” » (Apoc 21, 1-4).
Le banc de communion est un élément que l’on pourrait qualifier de « constitutif » de notre liturgie. Il n’est pas qu’un simple élément de mobilier : il nous conduit à avoir une plus claire vision du sens de notre démarche lorsque, en participant à la liturgie, nous nous approchons du sanctuaire pour recevoir le Corps du Christ mort et ressuscité.

* * * * Dimanche, 17 mars 2019. Réponses brèves à huit questions courantes :

Question 1. Le concile Vatican II a-t-il réformé la liturgie ?
Réponse : Non. Le Concile n’a fait que définir les grandes lignes d’une restauration de la liturgie romaine encombrée de pratiques qui s’étaient empilées les unes sur les autres au cours des siècles bien qu’elles n’aient jamais fait partie du rite romain.

Question 2. Avant le concile Vatican II, la liturgie romaine n’avait-elle jamais varié ?
Réponse : Si. Au cours des siècles, la liturgie romaine n’a jamais été uniforme au sens strict du terme (ce qui ne signifie pas qu’elle ait été anarchique ou laissée à la libre disposition des célébrants). Elle a beaucoup varié au point que ce que nous appelons aujourd’hui « liturgie romaine » est en réalité une liturgie « romano-franque » née d’une hybridation des rites datant des VIIIe et IXe siècles.

Question 3. Le Concile a-t-il aboli l’usage du latin dans la liturgie romaine ?
Réponse : Absolument pas ! Au contraire, Vatican II a demandé que l’usage du latin soit conservé et que les fidèles sachent « suivre » la liturgie quelle que soit la langue employée pour la célébrer : le latin aussi bien que la langue usuelle de leur pays.

Question 4. Le latin a-t-il été abandonné parce que les fidèles ne le comprennent plus ?
Réponse : Non. On sait que, pour différentes raisons, le latin employé en liturgie n’a jamais été véritablement compris par les fidèles. D’ailleurs, les fidèles font-ils davantage attention à ce qu’ils disent et à ce qui est dit durant la messe depuis qu’on utilise les langues courantes ? C’est très loin d’être sûr. Preuve que l’accès à la liturgie ne se fait pas uniquement par le biais de la langue employée mais plutôt en entrant progressivement - et de façons très variées selon les individus et leurs mentalités respectives - dans le jeu subtil de toutes les composantes de la célébration : gestes, sonorités, ambiance générale, etc.

Question 5. Le Concile a-t-il rendu obligatoire la célébration « face au peuple » ?
Réponse: Absolument pas ! Le Concile demeure silencieux sur cette question et le Missel actuel part toujours du principe que l’orientation de la liturgie, c’est-à-dire sa célébration face à l’Orient, doit être conservée. La célébration face au peuple est une possibilité et non une obligation. Il faut se souvenir que le but de toute authentique liturgie est de rendre sensible la présence réelle de Dieu sur l’autel et non d’avoir une vue directe sur la figure du célébrant.

Question 6. Quel est le rôle de l’animateur liturgique ?
Réponse : Après Vatican II, le rôle de l’animateur était d’aider les fidèles à assimiler les nouvelles pratiques liturgiques issues du Concile. L’animateur devait donc être un personnage transitoire. Mais peu à peu, sa présence s’est imposée dans la majorité des paroisses. L’expérience de ces dernières années montre que cette présence n’a rien apporté de très positif - sauf rares exceptions - dans la façon de vivre et de saisir la liturgie de l’Eglise. Il faut savoir qu’il n’y a guère qu’en France (et dans quelques pays francophones) qu’il existe des « animateurs liturgiques ». Le seul véritable « animateur » de la liturgie est, bien sûr, le Seigneur présent silencieusement sur l’autel.

Question 7. Un prêtre a-t-il le droit de changer la liturgie ou de l’adapter à ses goûts pour x raisons ?
Réponse : En aucun cas. Sur cette question, le texte de la Constitution sur la Liturgie et celui du Missel qui en est issu sont très clairs : personne n’a le droit de modifier la liturgie. La liturgie peut simplement être « adaptée » à des circonstances particulières totalement indépendantes de la volonté du célébrant. Mais « adapter » signifie « accorder » en fonction des possibilités locales et non « déformer » ou « altérer ».

Question 8. Le non-respect de la liturgie que l’on constate actuellement est-il un résultat du Concile ?
Réponse : Tout historien sérieux sait qu’il y a toujours dans l’Eglise des prêtres célébrant fidèlement la liturgie et des prêtres plus ou moins indisciplinés. Au cours des siècles, des papes ont lancé des appels pour plus de discipline liturgique et de grands saints témoignent de ce qu’ils ont vu des prêtres blesser la liturgie d’une façon qui leur était devenue habituelle sinon normale Le meilleur missel mis entre les mains d’un célébrant désinvolte ne donnera jamais une liturgie irréprochable... Tout comme un excellent piano mis sous les doigts d’un mauvais musicien ne permettra jamais d’entendre l’exécution parfaite d’un « Nocturne » de Chopin.

* * * * Dimanche, 17 mars 2019.
On pourrait se poser la question des raisons d'être des normes liturgiques. La créativité, la spontanéité, la liberté des enfants de Dieu, un bon sens ordinaire ne suffisent-ils pas pour garantir une liturgie pleinement satisfaisante ? Pourquoi le culte de Dieu devrait-il être régimenté par des rubriques et des règles ? Ne suffit-il pas d’enseigner tout simplement au peuple la beauté et la nature élevée de la liturgie ?
Les normes liturgiques sont nécessaires parce que « le culte public intégral est exercé par le Corps mystique de Jésus-Christ, c’est-à-dire par le Chef et par ses membres. Par suite, toute célébration liturgique, en tant qu’oeuvre du Christ prêtre et de son Corps qui est l’Eglise, est l'action sacrée par excellence dont nulle autre action de l’Eglise ne peut atteindre l’efficacité au même titre et au même degré » (
Sacrosanctum Concilium, n. 7).
La célébration eucharistique étant le sommet de la liturgie, personne ne devrait s’étonner si, au cours des temps, l’Eglise a développé des mots, des actions, et donc des directives, pour ce qui constitue l’acte suprême du culte dû à Dieu.
Les normes eucharistiques ont été conçues pour exprimer et protéger le mystère eucharistique et, de plus, pour manifester que c’est bien l’Eglise et non le prêtre seul avec sa communauté qui célèbre le sacrifice du Christ. Comme l’a dit Saint Jean-Paul II, « [les normes liturgiques] sont une expression concrète du caractère ecclésial authentique de l’Eucharistie ; tel est leur sens le plus profond. La liturgie n’est jamais la propriété privée de quelqu’un, ni du célébrant, ni de la communauté dans laquelle les Mystères sont célébrés » (
Ecclesia de Eucharistia, n. 52). Il s’ensuit que « le prêtre qui célèbre fidèlement la Messe selon les normes liturgiques et la communauté qui s’y conforme manifestent, de manière silencieuse mais éloquente, leur amour pour l’Eglise » (Ibid.).
Il est évident qu’une conformité simplement extérieure ne suffit pas. La foi, l’espérance et la charité exigent, en plus de la participation à l’Eucharistie, une solidarité avec ceux qui sont dans le besoin. Cette dimension est soulignée à l’article 5 de l’Instruction «
Sacramentum Caritatis » : « Il est évident aussi qu’une observance purement extérieure des normes est contraire à la nature même de la sainte Liturgie, voulue par le Christ Seigneur pour rassembler son Eglise, afin que celle-ci forme avec lui “un seul corps et un seul esprit”. C’est pourquoi l’attitude extérieure doit être éclairée par la foi et la charité qui nous unissent au Christ et les uns aux autres, et suscitent en nous l’amour envers les pauvres et les affligés. »
Est-il important de prêter attention aux abus ? Est-il important de les signaler, de les dénoncer ? Une tentation à laquelle il faut résister est celle qui estime que c’est une perte de temps de prêter attention aux abus liturgiques. On a écrit que les abus ont toujours existé et qu’ils existeront toujours ; par conséquent, nous devrions nous préoccuper que de ce qui est positif dans les célébrations et laisser de côté les détails.
Cette objection, partiellement vraie, peut nous induire en erreur car tous les abus au sujet de la Sainte Eucharistie n’ont pas le même poids. Quelques uns, graves, menacent de rendre le sacrement invalide. D’autres manifestent un manque de foi eucharistique. D’autres encore, les plus nombreux aujourd’hui, contribuent à semer la confusion parmi le peuple de Dieu et tendent à désacraliser les célébrations eucharistiques. Les abus, quels qu’ils soient, ne sont jamais à prendre à la légère.
Bien sûr, tous les membres de l’Eglise ont besoin d’une formation liturgique. Selon le Concile Vatican II, « il est donc très nécessaire qu’on pourvoie en premier lieu à la formation liturgique du clergé » (
Sacrosanctum Concilium, n. 14). Mais il est également vrai que « dans tel ou tel contexte ecclésial, des abus contribuent à obscurcir la foi droite et la doctrine catholique sur cet admirable Sacrement » (Ecclesia de Eucharistia, n. 10). « Il n'est pas rare que les abus s’enracinent dans une fausse conception de la liberté » (Instruction Redemptionis Sacramentum, n. 7). « Ces actes arbitraires ne favorisent pas le véritable renouveau espéré par le Concile Vatican II » (Instruction Redemptionis Sacramentum, n. 11). « De tels abus n’ont rien à voir avec l’esprit authentique du Concile et ils doivent être corrigés par les pasteurs, avec une attitude de fermeté prudente » (Saint Jean-Paul II, Lettre Apostolique pour le 40e anniversaire de la Constitution Sacrosanctum Concilium ; Spiritus et Sponsa, n. 15).
A ceux qui de leur propre autorité modifient les textes et les rites liturgiques, il est important de faire remarquer que « la sainte Liturgie est intimement liée aux principes doctrinaux ; aussi, l’usage de textes et de rites, qui ne sont pas approuvés, a pour conséquence que le lien nécessaire entre la
lex orandi et la lex credendi s’affaiblit ou vient à manquer » (Instruction Redemptionis Sacramentum, n. 10).

* * * * Samedi, 16 mars 2019. « (...) Les rites et les formules liturgiques de prière ne doivent pas être considérés comme quelque chose de privé, qui est l’affaire de tout un chacun, de telle paroisse, de tel diocèse ou de telle nation. En réalité, ces formules et ces rites sont l’affaire de l’Eglise universelle dont ils expriment la prière vivante. C’est pourquoi personne n’a le droit de changer ces formules, d’en introduire de nouvelles, de leur en substituer d’autres. Cela est exclu en raison de la dignité même de la liturgie par laquelle l’homme s’entretient avec Dieu : cela est exclu également en raison du bien des âmes et de l’efficacité de l’action pastorale qui serait alors compromise.
A ce propos, il est bon de se rappeler ce principe de la Constitution sur la liturgie : « Le gouvernement de la liturgie dépend uniquement de l’autorité de l’Eglise. » (
Sacrosanctum Concilium n. 22, 1) En vous parlant de ces principes qui doivent guider votre activité, Nous ne pouvons pas passer sous silence certaines façons d’agir que l’on constate dans différentes parties de l’Eglise et qui sont pour Nous un grand motif de préoccupation et de souffrance. Nous voulons parler en premier lieu d’un état d’esprit existant chez beaucoup : on supporte mal tout ce qui vient de l’autorité de l’Eglise, tout ce qui est prescrit par une loi. C’est ainsi que, dans le domaine de la liturgie, il arrive parfois que, de leur propre chef, les Conférences épiscopales elles-mêmes vont plus loin qu’il ne faut. Il arrive souvent aussi que l’on fasse des expériences arbitraires et que l’on introduise des rites qui sont en opposition flagrante avec les règles données par l’Eglise. Il n’est personne qui ne voit que cette façon d’agir non seulement blesse gravement la conscience des fidèles, mais nuit à la bonne mise en oeuvre du renouveau liturgique, qui demande que chacun fasse preuve de prudence, de vigilance, et surtout de discipline. » (Allocution de Paul VI au “Consilium” de liturgie, le 14 octobre 1968)
En regard des propos de Paul VI, on peut se demander comment il se fait que Vatican II ait pu donner lieu à tant de déviations.
Trois explications peuvent être données. Premièrement, en France, une partie du clergé vivait depuis 1789 dans une sorte de crainte ou du moins de complexe. Deuxièmement, le clergé fonctionnait largement à l’aide de “ismes” : autoritarisme, ritualisme, fixisme, dévotionisme. etc. Troisièmement enfin, la pensée catholique d’une bonne partie clergé était - et demeure aujourd'hui encore - d’une évidente faiblesse.
Une telle asthénie dans la conduite des affaires de l’Eglise ne pouvait que provoquer un désir d’air frais : Vatican II, qui arrive à ce moment et dans un tel contexte, ne sera ni expliqué ni compris, mais servira simplement de prétexte à un grand défoulement collectif.

* * * * Vendredi, 15 mars 2019. C’est devenu une évidence : si le pape s’interdit de condamner l’homosexualité et, dans le même temps, accorde sa protection personnelle à des évêques « prédateurs », c’est parce qu’il est tenu au silence par les puissants lobbies homosexuels infiltrés de longue date dans l’Eglise. En termes clairs : « Si tu condamnes officiellement nos tendances sexuelles, nous révélerons ce que nous savons de toi. » Que savent-ils de Jorge Bergoglio ? Ce n’est pas à nous de le dire. Nous ne pouvons que rappeler que du temps où il était en Argentine, le Père Bergoglio s.j. a été « expédié » en Allemagne pour, officiellement, y faire des études (l’Allemagne est tout de même très éloignée de l’Argentine, reconnaissons-le) et qu’un dossier établi par le P. Kolvenbach, supérieur des Jésuites, avait été envoyé à Rome pour informer le pape d’alors, Jean-Paul II, qu’il y avait un « problème Bergoglio ». Enfin, souvenons-nous du rôle joué par la « maffia de Saint-Gall » pour faire élire un cardinal - le peu connu archevêque de Buenos Aires - gagné aux idées les plus avancées et en même temps les moins claires.
Ce que le cardinal Bergoglio ne pouvait pas savoir, en acceptant de succéder à Benoît XVI pour « réformer » l’Eglise dans le sens souhaité par les laxistes et les progressistes de tout poil occupés à faire sauter la liturgie, la morale et le droit canonique, c’est ce que son passé pour le moins ambigu finirait par apparaître en pleine lumière.
Attendons : il y aura encore d’autres surprises dans les jours à venir. Il n’est pas même impossible que l’Eglise ait un jour prochain deux papes émérites...

Lire aussi ici :
Benoît-et-moi.

* * * * Vendredi, 15 mars 2019. Début mars, le président de RCF Côtes d’Armor a démissionné. Il a été suivi par quatre membres du Conseil d’Administration de la radio chrétienne. En effet, Mgr Moutel, évêque de Saint-Brieuc, a décidé de censurer une émission consacrée au livre de Jean-Frédéric Poisson, invité de l’émission, « L’islam à la conquête de l’occident, une stratégie dévoilée », dans lequel l’auteur explique comment 57 pays musulmans ont signé un texte officiel visant à conquérir la civilisation occidentale.
On savait que Mgr Moutel n’avait jamais lu les textes de Vatican II (les messes célébrées dans son diocèse sinistré l’attestent) ; on apprend aujourd’hui que cet évêque n’écoute pas non plus les propos du pape François appelant à moins d’autoritarisme de la part du clergé.

* * * * Vendredi, 15 mars 2019. Le cardinal Danneels est décédé. Que le Seigneur daigne lui pardonner ses turpitudes et tout le mal qu’il aura fait à l’Eglise dont il se voulait le serviteur.

* * * * Vendredi, 15 mars 2019. Lors de sa dernière rencontre, la Conférence des Evêques d‘Allemagne a pris quelques décisions contraignantes précisant son « chemin synodal » pour un renouveau et une « transformation » (sic) de l’Eglise.
Selon le Cardinal Marx, Président de la Conférence épiscopale et proche collaborateur du pape François, il serait nécessaire de « déconstruire les rouages du pouvoir » au sein du clergé, du célibat et de la morale sexuelle dans l’Eglise. Lors d’une conférence de presse, le cardinal Marx a affirmé que la morale sexuelle de l’Eglise n’avait pas encore réussi à intégrer des « connaissances décisives » acquises par la recherche en théologie et en sciences humaines. Mgr Marx a ainsi fait remarquer que l’Eglise n’avait porté jusqu’ici que peu d’attention à la signification de la sexualité sur le plan personnel.
Il semblerait donc qu’en Allemagne aussi, on veuille s’attaquer ouvertement au célibat. C’est dans cette optique que le Cardinal Marx aimerait préciser dans quelle mesure le célibat doit toujours faire partie intégrante du rôle de témoin qu’assume le prêtre.
On est bien - en Allemagne comme en France ou en Suisse - sur le chemin tracé par le pape François et qui conduira, en faisant un « petit détour » par l’Amazonie, à remettre en cause le célibat ecclésiastique.

* * * * Vendredi, 15 mars 2019. Faut-il à tout prix savoir jouer du violon pour goûter un concerto ? Faut-il avoir fait des études d’astronomie pour admirer un ciel étoilé ? A ces deux questions, tout le monde répond « non ».
Alors comment se fait-il qu’à la messe on veuille absolument savoir ce que fait le célébrant à l’autel ? Comment se fait-il qu’on veuille comprendre tout ce qui se dit, se chante et se prie ? Une célébration transformée en « show » ou en leçon de catéchisme serait-elle plus efficace pour alimenter notre foi ? Ne serait-il pas plus réconfortant de savoir - sans toujours chercher à tout voir et à tout comprendre - que ce qui est fait à l’autel par le célébrant est bien fait, est fait comme l’Eglise veut que cela soit fait ?
Car ce qu’on ne distingue pas très bien ou qui n’est pas très bien compris en liturgie demande d’abord - pour autant que la célébration ne soit pas gauchie par le célébrant - de la confiance et un acte de foi un peu plus fort. Ce qui n’est peut-être pas plus mal et au moins aussi important que de tout voir, tout entendre pour, dit-on, pouvoir « comprendre ».
Le fait d’avoir l’impression - car ce n’est souvent qu’une impression - de toujours tout comprendre et le fait d’organiser les célébrations de façon à ce que tout puisse être vu, immédiatement saisi, peut donner l’impression qu’en se disposant de tout effort on arrivera quand même à pénétrer le véritable sens de la liturgie. Ce n’est peut-être pas la meilleure des méthodes dans la mesure où elle conduit à s’arrêter simplement à ce qui donne l’impression de pouvoir être facilement saisi, sans conduire au-delà, sans chercher à discerner ce qui est caché et qui demeure pourtant l’essentiel de toute célébration eucharistique.
En outre, très souvent, ceux qui, de bonne foi, veulent toujours faire en sorte que tout soit simple, visible et compréhensible ne donnent généralement à voir que ce qu’ils veulent et peuvent faire voir, négligeant ainsi bien d’autres aspects essentiels du Mystère célébré. La célébration liturgique finit alors par ressembler à ces bouquets dont on tourne le beau côté vers l’assemblée et le côté le plus fané, vers l’autel ou le tabernacle. Ce qu’on voit au cours des actuelles célébrations liturgiques, c’est l’ « explicite », que l’on pourrait désigner par l’expression « le tourné vers nous » ; il conviendrait cependant de se demander si Dieu n’agit pas autant - sinon plus - dans ce que nos sens ne perçoivent pas directement, c’est-à-dire dans l’ « implicite », que l’on pourrait désigner par l’expression « le tourné vers Lui ».
Depuis les premiers âges chrétiens jusqu’au XIIIe siècle la liturgie romaine a su user du mystère et de l’ « implicite ». Puis, à partir du XIIIe siècle et jusqu’à Vatican II, en passant par Trente, cet « implicite » fut conservé mais de façon différente, de façon maladroite et parfois abusive par le développement de l’allégorique permettant de prêter aux rites des significations qu’ils n’avaient jamais eues ; la liturgie s’est alors progressivement transformée en acte purement cérémoniel exclusivement dû au Seigneur, indépendamment des fidèles qui y prenaient part. On venait alors à la messe pour simplement y « assister », comme l’a fait remarquer le cardinal Ratzinger lui-même dans l’avant-propos de son ouvrage sur « L’esprit de la liturgie » (Ed. Ad Solem). Il fallait corriger cette façon de voir la liturgie ; ce fut le projet du « mouvement liturgique » amorcé au cours du XIXe siècle et qui devait se concrétiser par la restauration de la liturgie romaine faisant suite à deux conciles : Vatican I et Vatican II.
Mais aussitôt après Vatican II, comme par réaction à cet état de fait, certains célébrants qui avaient très mal saisi le but véritable de la réforme conciliaire, se sont mis à abuser de l’ « explicite » dans leurs façons de traiter la liturgie, au point que leurs célébrations n’apparaissent aujourd’hui plus que comme un dû de Dieu à son peuple, lequel fait ce qui lui plaît... et imagine que ce qui lui plaît doit aussi plaire à Dieu.
En fin de compte, à la messe, il est loin d’être certain qu’il faille à tout prix « toujours » - le mot « toujours » a ici toute son importance - tout comprendre de ce qui se fait et de ce qui se dit et chante. Surtout si le souci de tout comprendre aboutit au massacre systématique d’une liturgie qui s’est développée organiquement au cours des siècles.
Ces considérations devraient nous permettre de saisir que la « forme ordinaire » et la « forme extraordinaire » du rite romain ne s’excluent pas mutuellement, comme l’a magistralement démontré le pape Benoît XVI dans son Motu proprio « Summorum pontificum » : elles ne s’opposent que dans certains de leurs abus respectifs dont nul ne saurait nier que les plus criants apparaissent dans bien des célébrations actuelles, lesquelles ne sont malheureusement que des pauvres ersatz de l’authentique liturgie de l’Eglise.

* * * * Vendredi, 15 mars 2019. Les papes Jean XXIII, puis Paul VI, avaient insisté sur la nécessité d’une solide formation liturgique pour les prêtres et les futurs prêtres. A son tour, le concile Vatican II avait indiqué que pour favoriser la participation pleine et active de tous les fidèles à la liturgie restaurée - participation qui correspond à la nature de la liturgie -, il fallait que les pasteurs et soient correctement formés pour être capables à leur tour de former les fidèles laïcs. La Constitution « Sacrosanctum Concilium » précisait d’ailleurs très clairement que l’enseignement de la liturgie devait être placé parmi les disciplines nécessaires et majeures dans les séminaires et les maisons d’études des religieux et devait être donné dans sa perspective théologique et historique aussi bien que spirituelle, pastorale et juridique (cf. n°14-16).
Où ces instructions ont-elles été appliquées ? Pas dans les séminaires de France en tout cas. Elles ne le sont toujours pas, plus d’un demi-siècle après Vatican II.
Cette absence de formation explique en grande partie l’ignorance du clergé actuel en matière de liturgie. On trouve, en effet, de très nombreux prêtres et évêques pour lesquels la liturgie de l’Eglise est une sorte de monde qui leur est totalement étranger : lorsqu’ils célèbrent une Messe ou un Office, ces prêtres donnent l’impression de ne jamais très bien savoir ce qu’ils ont à faire. Chez eux, les gestes, les déplacements, les attitudes, les tons de voix, les parties qu’ils doivent chanter... sont généralement très approximatifs, donnant ainsi aux célébrations liturgiques un caractère plus « personnel » et aléatoire qu’ « ecclésial » et incontestablement catholique.
Il est totalement vain de demander à cette génération de clercs de faire preuve de dignité à l’autel : elle en est incapable. Il est vain de lui demander de chanter du grégorien : elle ne sait pas. Il est vain de lui demander d’étudier la liturgie : elle ne veut pas. Pour elle, tout ce qui pourrait aller dans le sens d’une redécouverte de la dignité, du chant propre de la liturgie romaine - le chant grégorien -, du respect des règles liturgiques apparaît comme un « retour en arrière ».
« Retour en arrière » : cette expression a le pouvoir d’exaspérer toute une vieille génération de clercs et de fidèles laïcs.
« Quoi ? Vous voudriez qu’on chante de nouveau en latin et que notre curé mette une chasubles à la messe ? Vous n’y pensez pas : ce serait un retour en arrière ! » Pour certains, ce serait marcher sur les traces de Benoît XVI qui, comme on le sait, fut présenté comme un champion des « retours en arrière ». Ce serait réintroduire des usages que des fidèles qui se croyaient bien inspirés ont jetés par-dessus bord. Ce serait trahir des années d’une pastorale dévastatrice qui avait été parée de toutes les vertus... et dont on évalue aujourd’hui les dégâts : églises vides, séminaires fermés les uns après les autres, chute des vocations.
Curieusement, ceux qui craignent le plus ces prétendus « retours en arrière » sont aussi ceux qui, depuis des années, n’avancent plus, n’évoluent plus, en restent à des idées passablement usées datant des années 70. Ils sont des « passéistes » d’un nouveau genre, des « néo-tradis » : eux qui étaient farouchement opposés à tout ce qui pouvait de près ou de loin ressembler à de la tradition ne semblent pas pouvoir comprendre qu’en se réclamant de qui passait pour « moderne » dès les lendemains de Vatican II, ils apparaissent totalement « décalés » aux yeux des nouvelles générations de fidèles.
Le problème, avec les clercs appartenant à cette génération carencée en formation liturgique, c’est qu’ils dépensent une énergie considérable pour imaginer des célébrations liturgiques « aguichantes » censées plaire aux fidèles. Ils dépensent d’ailleurs tellement d’énergie en réunions où il question de préparer les messes dominicales, qu’il ne leur en reste plus plus méditer, pour prier l’Office : « Nous sommes fatigués, nous n’avons plus le temps », disent-ils. Il leur manque alors l’aliment spirituel qui leur permettrait de comprendre la liturgie de l’intérieur, de la vivre en profondeur pour ce qu’elle est vraiment.
Et c’est parce qu’ils ne comprennent plus la liturgie de l’intérieur qu’ils sont devenus incapables de la vivre en profondeur ; nombre d’entre eux ne parviennent plus faire rayonner la célébration dont ils sont les acteurs. Alors, ils s’obstinent à vouloir compenser la stérilité de leurs célébrations par de l’activisme : ils parlent, expliquent, bougent, animent, accueillent... Ils « font » beaucoup « autour » de la liturgie... parce qu’ils ne savent plus « être dans » la liturgie.
N’ayant reçu aucune formation solide, ils ne peuvent rien transmettre : de messe en messe, ils décapent les rites comme pour désapprendre aux fidèles l’art d’accéder au culte divin pour prier « dans et avec » la liturgie.

* * * * Jeudi, 14 mars 2019. A « Pro Liturgia », nous avons toujours pensé que Satan connaissait bien mieux les textes conciliaires que la plupart de nos évêques et de nos prêtres. Il les a étudiés à fond et quand il a lu que l’Eglise considérait la liturgie comme la source et le sommet de sa vie, il s’est dit que pour ébranler fortement l’Eglise, il suffisait de s’attaquer à la liturgie. Et donc, il s’est employé à gazouiller à l’oreille de nos pasteurs que le Concile était une merveilleuse chose... à condition de bien le comprendre. C’est-à-dire de le comprendre et de l’appliquer avec l’intrépidité du chrétien authentique qui ose vivre de l’esprit des textes magistériels réinterprétés en fonction des situations et de l’évolution du monde.
La stratégie satanique a fonctionné : la liturgie fut contrefaite au nom de l’ « esprit du Concile » et adaptée selon les besoins de la pastorale afin que puisse être engagée une sape douce mais continuelle des fondements de la foi catholique.
On dit que Satan ne peut pas s’agenouiller car il est dépourvu de genoux. L’agenouillement fut bien la première chose qui fut interdite dans les séminaires diocésains et qui fut rendu impossible dans les églises paroissiales. Ce n’était que le début du processus basé sur ce mot attribué à Alfred Jarry : « Une fois qu’on a dépassé les bornes, il n’y a plus de limites. »
Oui, si l’on veut savoir ce qu’a dit et voulu le Concile, mieux vaut interroger Satan que nos évêques. Puis faire l’exact contraire de ce que le Malin (j’étais tenté d’ajouter : « et certains pasteurs ») dit de faire.

* * * * Jeudi, 14 mars 2019. Message reçu d’un internaute :
« On a beaucoup parlé dans les médias de ré-information du lobby homosexualiste qui sévit dans l’Église catholique romaine.
J’aimerais vous livrer quelques faits relatifs à la Suisse, où vous pouvez facilement imaginer que le statut salarial élevé des prêtres pèse de tout son poids en la matière. (Souvenez-vous du salaire mensuel de 20 000 francs suisses du curé de Zug).
Dans le diocèse de Bâle, l’évêque est considéré par ceux qui le fréquente comme homosexuel. Dans ce même diocèse, le vicaire épiscopal du Jura pastoral est manifestement inverti ; son pseudonyme est “Karl Lagerfeld”, eus égard à ses tenues vestimentaires excentriques et colorées.
Nous avions dans le Jura, jusqu’il y a peu, une assistante pastorale très influente, ouvertement lesbienne, vivant “en couple” avec une licenciée en théologie qui enseignait le catéchisme dans certaines écoles du canton du Jura.
Lors de la dernière visite du pape Jean-Paul II en Suisse, en 2004, le service de sécurité privé (hors police cantonale et armée) a été géré par la communauté gay du canton de Fribourg et environ.
Dans le diocèse de Fribourg précisément, l’ “official” (sorte de vicaire général) est bien connu du milieu homo. Il n’a pas été reconduit après la nomination de l’évêque actuel. Mais curieusement, il est aujourd'hui secrétaire particulier du... Nonce apostolique à Berne.
(...) Non, il n'est pas exagéré de dire que l’homosexualisme à infiltré le Vatican et l’Eglise (...) de la cave au grenier, si j’ose dire ! »

* * * * Jeudi, 14 mars 2019. Le drame qui se joue actuellement dans l’Eglise vient que désormais, d’une façon ou d’une autre, c’est le ministère pétrinien en son essence qui est atteint par les déviations ambiantes.
Mais en réalité, tous les problèmes qui éclatent aujourd’hui sont plus anciens : la « maffia » homo-progressiste commençait déjà à monter en puissance dans les dernières années du pontificat de Saint Jean-Paul II et à commencer à s’emparer des leviers du pouvoir en profitant de la faiblesse physique du Pape du fait de sa maladie (de toute façon, Saint Jean-Paul II, même quand il était encore en bonne santé, était prioritairement tourné vers l’Eglise universelle et ne s’intéressait guère aux affaires de la Curie).
La « maffia » homo-progressiste était déjà à l’œuvre dans certains séminaires diocésains où elle préparait les mentalités des candidats au sacerdoce qui, une fois prêtres, ont été nommés à des postes de responsabilité en fonction de leurs capacités à s’impliquer dans un travail de sape de l’Eglise. Les membres les plus influents de la « maffia » ont été bien aidés par tous ces prélats caméléons (ceux qui étaient wojtyliens avec Jean-Paul II, puis ratzingériens avec Benoit XVI, et enfin bergogliens avec François) dont plusieurs menait une double vie, ce qui en dit long sur l’authenticité de leur vocation initiale et la profondeur de leurs convictions.
Le 15 avril 2008, dans l’avion qui l’emmenait aux Etats-Unis, Benoit XVI, répondant aux journalistes, déclarait au sujet des affaires d’abus sexuels : « Je crois que nous devons agir à trois niveaux : tout d’abord au niveau de la justice et au niveau politique. (...) Nous exclurons de manière absolue les pédophiles du ministère sacré ; c'est totalement incompatible. Celui qui s’est rendu coupable de pédophilie ne peut pas être prêtre. (...) Seules des personnes saines et qui ont vie personnelle profondément enracinée dans le Christ et dans les sacrements peuvent être admises au sacerdoce. (...) »
Mais comme on le sait, Benoît XVI a été un pape isolé, très peu soutenu. Souvenons-nous : du temps où il était à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, on le surnommait déjà le « Panzerkardinal » ; et lorsqu’il fut élu pape, des journalistes faisant preuve d’une stupidité qui n’avait d’égal que leur incompétence s’empressèrent de répéter que le jeune Joseph Ratzinger avait été dans les jeunesses hitlériennes. Affirmation qui montre le peu d’intelligence des journalistes puisque, du même coup elle était aussi une insulte jetée à la figure des Malgré-Nous lorrains et alsaciens qui, eux aussi, avaient dû plier devant les nazis s’ils ne voulaient pas terminer dans un camp d’extermination dont l’un fut construit sur le sol alsacien, au Struthof - ce qu’une majorité de Français ignorent encore. Le pape Benoît ne fut même pas soutenu par nos « si bons évêques » de France, le cardinal Vingt-Trois allant même jusqu’à faire, à son sujet, une déclaration qui fut considérée insultante par la presse étrangère.
Pour toutes ces raisons et bien d’autres que nous ignorons, Benoît XVI n’a pas pu faire le grand ménage qui aurait permis de bloquer la « maffia de Saint-Gall » dont les membres aussi influents que perfides (au sens étymologique du terme) sont aujourd’hui au au Vatican où ils semblent bénéficier de la protection de celui qu’ils ont réussi à faire élire suite à la démission de Benoît XVI.

* * * * Jeudi, 14 mars 2019. Une troisième plainte a été déposée contre Mgr Luigi Ventura, Nonce apostolique en France, pour « agression sexuelle ». Une plainte similaire a également été déposée au Canada où Mgr Ventura fut en poste de 2001 à 2009.
Précisons que les prêtres pressentis pour être évêques en France sont des candidats présentés par Mgr Ventura. Comme nous l’avions dit dans nos articles précédents, la « maffia » est bien en place dans l’Eglise et ne néglige aucun moyen pour parvenir plus ou moins discrètement à ses fins partout où elle le peut. La pièce se joue en trois actes :
Acte 1. Anesthésie spirituelle des fidèles à l'aide de liturgies sympathiques qui n’ont plus qu’un rapport lointain avec la célébration de la foi de l'Eglise.
Acte 2. L’anesthésie opérant, gaver les fidèles de propos tels que “ouverture”, “progrès”, “tolérance”, “évolution”... Et si certains réagissent encore, ne pas hésiter à les culpabiliser en leur citant quelques versets d’Evangile où il n'est question que de “charité envers l'autre”.
Acte 3. Tout ayant été chamboulé, mettre en place les structures paroissiales et diocésaines qui permettront aux prêtres les plus douteux d’opérer en toute légitimité pour achever de transformer l'Eglise catholique en ICM (Internationale des Cerveaux Mous) capables de donner à l’Evangile autant de valeur qu’à l'histoire des trois petits cochons.

* * * * Jeudi, 14 mars 2019. Propos du cardinal Ratzinger relatifs au Missel romain de l’après-concile (1) :
« [Réformer] était en harmonie avec la grande tradition de l’Eglise latine, parce que l’Eglise latine a toujours considéré que la liturgie était une réalité qui était née dans la période apostolique, qui avait grandi et s’était développée, et qui continue à grandir et à se développer. Et une partie de la réforme liturgique, une grande partie, se retrouve simplement, par exemple, dans le choix plus grand des préfaces. D’autres points, une structure plus simple de l’année liturgique, et aussi, disons-le, l’emploi de la langue vernaculaire, étaient en principe, des éléments positifs.
Puis le Cardinal passa au « côté dangereux de la traduction ». « Fallait-il traduire la liturgie dans tous les dialectes ? Fallait-il que les traductions soient toujours plus libres ? Et fallait-il les soumettre à toutes les nouvelles idées ? » - Il insista pour dire que les déclarations du Concile permettaient « les langues vernaculaires, comme cela se doit, mais que le Concile disait aussi que la langue première de la liturgie est et serait toujours le latin. » Il pensait aussi « que les réformes ont été trop brusques, quelques unes même exagérées, pas bien réfléchies. »
Ratzinger était préoccupé par l’effet de ces changements sur la foi des gens. Le nouveau Missel légitime, dit-il, « n’implique pas qu’il faut maintenant considérer le Missel précédent comme quelque chose d’entièrement interdit, exclu, négatif, comme quelqu’un qui aurait attrapé la lèpre […] Même d’un point de vue purement sociologique, si une société interdit soudainement, comme la pire chose à éviter et à proscrire, ce qu’il y a peu de temps elle considérait comme la chose la plus sainte, la plus essentielle et la plus vénérée dans cette société, cela équivaut à l’autodestruction de cette société. » - « L’ancienne liturgie latine doit être protégée, toujours »
« Le continuel recours à de nouvelles traductions, et aussi la liberté, parfois exagérée, laissée au prêtre, si bien que la liturgie apparaît comme une chose arbitraire, laissée au caprice du prêtre et de la communauté, cette liturgie-là est aussi destructrice. Parce que le sens de la liturgie, c’est justement que la foi de l’Eglise, qui vient avant moi, qui n’est pas créée par moi, devient présente en des formes séculaires, non pas pétrifiée mais vivante, une réalité qui me précède, qui n’est pas sujette aux changements arbitraires. »

(1)
La vision spirituelle de Benoît XVI, éd Fides, Québec, 2006, p. 79-80. Traduction de Let’s God’s Light shine forth. The spiritual vision of Pope Benedict XVI, ouvrage paru aux Etats-Unis en 2005, de Robert Moynihan, né en 1936, docteur en théologie, fondateur de la revue américaine Inside the Vatican. Il a interviewé le Cardinal 22 fois.
(2) J. Ratzinger cite plus haut les réformes instaurées par Pie X et Pie XII.

* * * * Mercredi, 13 mars 2019. Mgr Athanasius Schneider vient de créer son site internet (voir ici).
Dommage que sur sa page d’accueil il ait mis une photo donnant de lui l’image d’un prélat de la tendance « lefebvriste » (ce qu’il n’est pas).
Mgr Schneider est un excellent évêque, vraiment catholique. Mais une difficulté vient de ce qu’il semble bloqué sur des schémas post-tridentins qu’il a du mal à dépasser pour aller vers une approche de la liturgie vraiment traditionnelle (Mgr Lefebvre avait le même problème, idem pour le cardinal Burke et c’est l'un des gros problèmes des « traditionalistes » en général). Cette difficulté peut s’expliquer par l’histoire personnelle de Mgr Schneider : il est issu d’une famille allemande très catholique qui a dû se battre pour conserver la foi sous le communisme ; et donc cette posture de résistance ne lui a pas permis de « digérer » Vatican II en purifiant la spiritualité catholique des scories amassées depuis la Contre-Réforme (en particulier tout ce décorum néo-sulpicien très lourd, avec ces candélabres immenses et ces chasubles rigides), contrairement à ce qu’a su faire le cardinal Sarah qui, lui, a une approche plus « monastique » et donc plus profonde de la liturgie.
Ces blocages sur les schémas tridentins et baroques ou - pire - rococos risquent de desservir Mgr Schneider en le faisant passer pour un prélat qui veut simplement revenir au passé (alors qu’il faut revenir à la Tradition et non au passé, qui est truffé d’erreurs) et, par ricochet, donne une image caricaturale de l’Eglise et de sa liturgie.
Le problème de nombre d’excellents prélats actuels, c’est qu’aucun d’eux n’est véritablement « liturgiste », ce qui est normal puisqu’un évêque n’a pas à être « liturgiste », la liturgie devant couler de source. Dans le monde oriental, la liturgie est authentique non parce que le clergé est composé de spécialistes de liturgie, mais parce que la chaîne de la transmission ne s’est pas interrompue à la suite d’un concile mal compris et n’a pas été déformée par un clergé déboussolé.
Le problème, en Occident, est que nous subissons les conséquences de cinq siècles au moins de déviations et d’erreurs liturgiques, ce qui conduit certains catholiques sincèrement fidèles à se raccrocher à des formes rituelles qu’ils considèrent comme les plus traditionnelles mais qui bien souvent ne le sont pas vraiment.

* * * * Mercredi, 13 mars 2019.
Iriez-vous consulter un médecin aussi peu versé en médecine que le sont nos pasteurs en théologie et en liturgie ? Sûrement pas. Et vous auriez bien raison.
Feriez vous confiance à votre pharmacien s’il vous disait qu’il préfère vous donner tel médicament de son invention plutôt que celui qui vous a été prescrit par votre médecin ? Sûrement pas. Et vous auriez encore raison.
Curieusement, nous sommes attentifs à la compétence de ceux qui exercent la médecine du corps tandis que l’inaptitude caractérisée de ceux qui exercent la médecine des âmes nous laisse totalement indifférents. Qu’un médecin ou un pharmacien aggrave la santé d’un patient en raison de son incompétence, et c’est le scandale assuré ; qu’un prêtre « bousille » systématiquement la liturgie en raison d’un déficit de formation qui le pousse à donner la priorité à ses lubies, et c’est l’indifférence obligée.


* * * * NOUVEAU Mercredi, 13 mars 2019.
Faut-il supprimer la Congrégation pour la Doctrine de la Foi ?
Peu après la fin du sommet sur les abus sexuels, la revue « Bild » a publié une « grandiose » idée de réforme à engager. Une idée qui ne date pas d’hier mais reste pourtant d’un comique achevé : la revue parle en effet de supprimer la Congrégation pour la Doctrine de la Foi !
Bien sûr, pour le public, cette congrégation représente l’ancien Office de la Sainte Inquisition. Et rien dans l’Eglise n’est l’objet d’autant de légendes et de théories du complot que ce dicastère de la Curie romaine.
Pourtant la mission de cette congrégation est parfaitement décrite dans l’article 48 de la Constitution apostolique « Pastor Bonus » : « la mission particulière de la congrégation pour la Doctrine de la Foi est de faire connaître et de protéger, dans l’ensemble du monde catholique, l’enseignement de l’Eglise concernant la foi et les mœurs ; de plus elle s’occupera de tout ce qui touche de près ou de loin ce domaine ».
Cette mission se trouve fondée par les textes bibliques et reste profondément ancrée dans la Tradition de l’Eglise.
Les enseignements de l’Eglise concernant la foi et les mœurs ne planent pas dans le vide en état d’apesanteur ! Ils relèvent de la Révélation divine et, en tant que tels, sont confiés à l’Eglise ; ils ne sont pas solubles dans un biblicisme relâché ou dans le relativisme ambiant. La foi se fonde sur les Ecritures et la Tradition qui entretiennent entre elles une relation vivante et réciproque. Il appartient précisément au ministère pétrinien de les équilibrer et de les présenter au monde de façon authentique et dans un langage compréhensible selon les époques. Rien que cela montre à l’envi le ridicule de la proposition faite par « Bild ».
En s’appuyant sur la constitution « Pastor Bonus », on pourrait retenir trois missions confiées à la congrégation pour la Doctrine de la Foi, et les exprimer ainsi dans un langage contemporain :
La congrégation est d’abord le tribunal qui juge les manquements aux règles concernant la foi et les mœurs. A l’encontre de tous les préjugés qui s’expriment aujourd’hui, il faut rappeler que la Sainte Inquisition n’avait en son temps qu’un seul but : établir la vérité.
Une autre mission très importante attachée à cette congrégation pourrait être désignée par l’expression : « contrôle de qualité ». Tous les dicastères du Vatican soumettent en effet leurs documents à la congrégation pour la Doctrine de la Foi, pour autant qu’ils concernent la foi et les mœurs. Même les papes soumettaient autrefois leurs sermons, leurs discours et leurs enseignements à cette congrégation pour en assurer la qualité et la rectitude.
La troisième mission consiste à animer deux groupes de réflexion, ce qu’on nomme parfois des « think tanks », à savoir la commission biblique pontificale et la commission internationale de théologie. Dans l’optique de réformer la congrégation pour la Doctrine de la Foi, une bonne idée serait aujourd’hui de développer davantage ces groupes de réflexion afin de mieux communiquer avec un monde qui s’éloigne toujours davantage de la foi.
Si l’on réfléchit, ne serait-ce qu’un moment, à la proposition de bas étage de la revue « Bild » de supprimer la congrégation pour la Doctrine de la foi, on en arrive rapidement à la conclusion qu’elle est d’une bêtise insondable. Le genre de « foi libre et ouverte » (qu’on retrouve entre autres chez Mmes Pedotti et Soupa - n.d.l.r. -) que décrit l’article en question n’a jamais existé. Elle serait anti-biblique.
Malgré tout ce qu’on a pu en dire, les Lumières ont été un fruit de l’Occident chrétien et sont ancrées dans sa Tradition spirituelle. Sans la foi, pas de congrégation pour la Doctrine de la foi, elle qui est censée la protéger. Une telle instance n’entrave en rien un débat vivant autour des questions de foi : au contraire, elle le garde en vie. Et s’il arrive qu’on prononce des sanctions à propos d’un enseignement faussé, ce ne sera pas le fait du bon vouloir du cardinal préfet de la congrégation, ou d’un mouvement d’humeur de sa part, mais le résultat d’une procédure soigneusement menée.
Plutôt que de vouloir supprimer la congrégation pour la Doctrine de la Foi, ne serait-il pas plus important de la développer et de la renforcer en ces temps de crise ? Bref de faire l’exact contraire de ce que préconise le postulat insensé de la revue « Bild ».

D’après Peter Winnemöller, sur Kathnet (Trad. MH/APL)

* * * * Mercredi, 13 mars 2019. D’après « Témoignage Chrétien », les deux simili co-papesses néo-conservatrices Christine Pedotti et Anne Soupa aimeraient que soit « décanonisé » Jean-Paul II et qie soient censurés ses enseignements. Une question et une remarque :
Question : comment se fait-il que ces deux dames qui n’ont jamais suivi que leurs idées et rarement les enseignements de l’Eglise s’intéressent soudain à ce qu’a dit et fait saint Jean-Paul II ?
Remarque : la facilité avec laquelle ces deux dames ont pu - avec le soutien de quelques vieilles mitres qui ont ruiné leurs diocèses (Noyer, Doré, Rouet...) - se faire un nom dans une certaine sphère ecclésiale a de quoi étonner sinon inquiéter. Suffirait-il de dire n’importe quoi pour passer pour des doctoresses de l’Eglise ?


* * * * Mercredi, 13 mars 2019.
Le mercredi des Cendres, le pape François reçoit en grande pompe des représentants des mouvements LGBT avec, à leur tête, un prêtre qui se dit “marié” avec un autre homme.
En Argentine, Mgr Gustavo Zanchetta, ami et confident de Mgr Jorge Bergoglio, est mis en accusation suite à ce qu’on a trouvé sur son smartphone (et qui ne laisse aucun doute sur ses activités et ses goûts) et suite à des plaintes portées contre lui. Aussitôt, le pape lui offre de venir au Vatican et crée un poste spécial pour lui (il fallait bien justifier sa venue et sa présence). Le prédateur est hébergé à Sainte-Marthe.
On apprend que le pape a invité personnellement Mgr Zanchetta à participer à ses cotés aux exercices de Carême.
On sait par ailleurs que François a refusé que le terme « homosexualité » soit employé dans les documents destinés à régler la question des clercs prédateurs.
Cette accumulation de faits, ajoutée à d’autres (admiration pour Martin Luther, communion eucharistique pour tous...), permet légitimement de considérer que l’Eglise est dans une situation d’une exceptionnelle gravité. Si, comme on en a le pressentiment, une « maffia » s’est véritablement emparé du Saint-Siège, alors le catholicisme va entrer dans une longue période d’hibernation.
D’une certaine manière, la catastrophe est déjà là : la crise de la liturgie qui est désormais bien installée dans les esprits (il ne faut pas se faire d'illusions : il n’y a guère qu’en France qu’on observe est très léger retour vers des options plus traditionnelles ; partout ailleurs, on est encore dans une logique de course au progressisme) fait que l’immense majorité des fidèles qui se disent catholiques ont une approche et une pratique de la foi qui n’est déjà plus vraiment catholique ; les scandales sexuels massifs (qui continuent et continueront, puisque Rome ne fait pas le ménage) et la faillite des évêques dans la gestion de ces affaires ont ruiné la crédibilité de l’Eglise pour un siècle au moins et compromettent très sérieusement la « nouvelle évangélisation », laquelle restera donc à l’état de pur slogan sans réalité concrète.
Enfin, le pire, ce sont ces ruptures doctrinales radicales que préparent certains cerveaux déréglés qui se cachent sous les mitres épiscopales ou se réfugient dans les « comités de la jupe » de tous poils : ils ne manqueront aucune occasion pour arriver à leurs fins.
A partir du moment où l’on a rompu avec l’essentiel, c’est à dire la liturgie - source et sommet de la vie de l’Eglise - et la spiritualité qui en découle, l’écroulement de tout le reste va nécessairement suivre. Surtout si à l’effondrement de la spiritualité authentique s’ajoute une ignorance partagée et une inculture théologique généralisée qu'on constate même dans le haut clergé.
C’est donc la porte ouverte à l’ordination de femmes diaconesses, puis prêtresses et enfin évêquesses, à l’abolition du sacerdoce ministériel, à la remise en cause complète de l’ascèse, de la mystique, de la doctrine morale... Bref, c’est la marche vers une anglicanisation libérale de l'Eglise et à la rupture complète et définitive avec toute la foi catholique telle qu’elle a été transmise depuis 2000 ans dans la fidélité au plan voulu par Dieu pour sauver les hommes.
Il faut bien comprendre que nous marchons les yeux fermés au bord d’un précipice.

* * * * Mardi, 12 mars 2019. En 1968, le P. Louis Bouyer, Oratorien, faisait un constat alarmant au sujet de la formation du clergé. Il demeure plus que jamais d’actualité :
« Les réformes dont l’Eglise a un besoin plus urgent que jamais se situent pour la plupart aux trois plans du clergé en général, du laïcat et de l’épiscopat. Mais elles sont toutes dominées par un problème de base qui est un problème de culture.
Le christianisme catholique, c’est-à-dire le vrai et intégral christianisme, n’est pas plus une culture qu’il n’est une action politique, même en prenant ce dernier mot au sens le plus élevé qui n’a, hélas, pas grand-chose de commun avec ce qu’on appelle aujourd’hui la politique. Mais, s’il est vrai qu’on ne peut concevoir un christianisme qui ne se traduirait pas en action sur le plan de la cité, on peut encore moins le concevoir se développant autrement que dans une culture.
Le christianisme, répétons-le une fois encore, est une vérité de vie, et la culture n’est pas autre chose que la pensée informant la vie humaine tout entière, ou cette vie devenant consciente d’elle-même, par tous les moyens de méditation et de réflexion qui sont à la portée de l’homme. Un christianisme qui ne se pense pas, ou qui voudrait se penser en dehors de la vie, de la vie tout entière, n’est pas viable. La pensée proprement chrétienne n’est pas seulement l’affaire de spécialistes, auxquels on pourrait la laisser, comme leur affaire propre. Elle intéresse - elle doit intéresser - tous les chrétiens, à la mesure de leurs capacités. Mais elle intéresse au premier chef les clercs qui ont la tâche de former et d’entretenir la vie de leurs frères.
Saint François de Sales disait rondement que, dans sa jeunesse, “prêtre” était devenu synonyme d’ignorant et de débauché. Nous n’en sommes pas encore là, mais nous y courons. Le clergé est en train de perdre le sens des exigences ascétiques, et tout simplement morales, de sa vocation. il y a beau temps, un demi-siècle au moins, qu’il a commencé à perdre le sens de ses exigences intellectuelles. La répression du modernisme a eu comme résultat de persuader les responsables de sa formation que moins il en saurait et plus “sûr” serait son enseignement. (...) Depuis le Concile, la situation, loin de s’améliorer, a brusquement empiré. La plupart des séminaires ne sont plus que des écoles de bavardage, où l’on discutaille à perte de vue sur tout, sans rien étudier sérieusement, et surtout sans apprendre à étudier. La tâche des facultés de théologie n’a jamais été de former les seuls professeurs de séminaires, mais d’entretenir dans le clergé une élite intellectuelle aussi nécessaire à la vie des paroisses et des différents mouvements d’apostolat qu’à la formation des clercs en général. Le souci actuel de l’épiscopat, en France à tout le moins, semble être de les remplacer, dans cette dernière tâche, par des instituts practico-pratiques où les maîtres des clercs futurs seraient formés seulement à ce qu’on appelle la catéchèse et la pastorale, ce qui, concrètement, signifie aujourd’hui, les trois quarts du temps, une pédagogie sans contenu doctrinal et la logomachie ésotérique où une trop grande part de l’Action catholique s’est empêtrée. (...) Les évêques semblent avoir oublié depuis longtemps qu’une bonne formation idéologique n’est pas désirable seulement pour les futurs professeurs, mais pour tous les prêtres appelés à des responsabilités pastorales importantes. »

* * * * Mardi, 12 mars 2019. Vouloir que les prêtres puissent être mariés atteste d’une grave perte de la notion de sacerdoce chez des fidèles - et parmi eux des évêques - qui se veulent catholiques. Beaucoup ne savent plus, aujourd’hui, ce qu’est le ministère sacerdotal.
La prêtrise, contrairement à ce que croient de nombreux catholiques, n’est pas une « fonction » : elle un « état » de vie librement accepté et assumé.
Quand un homme se marie, il choisit librement un état de vie qui implique pour lui d’assumer les fonctions d’époux, de père, d’éducateur des enfants, etc. On ne choisit pas de devenir époux ou épouse comme on choisit d’être boulanger ou fraiseur.
On est boulanger ou fraiseur durant le temps légal de travail, et après on passe à autre chose. Par contre, on est époux tout le temps, à chaque instant sa vie. Il en est de même pour la prêtrise au sens catholique du terme : la prêtrise est d’abord un état de vie permanent et non une fonction assumée de telle heure à telle heure et qui, éventuellement, donnerait des droits ou des privilèges.
La prêtrise, en tant qu’état de vie assumé, oblige donc à deux choses : une disponibilité totale dépassant le cadre d’une famille, et une vie identifiée à celle du Christ.
Cette identité essentielle est telle que le prêtre, à la messe, dit bien au moment de la Consécration du pain et du vin : « Ceci est MON corps... Ceci est MON sang » et non pas « ceci est le corps du Christ, ceci est le sang du Christ ».
« MON » : le prêtre est totalement identifié à Celui dont il est le ministre.
Si l’on perd de vue ce point essentiel qui fonde le sacerdoce, alors le prêtre devient effectivement un homme comme les autres : il peut s’adapter au comportement de ses « potes », il peut se faire tutoyer et se faire appeler par son prénom ; il peut se marier ou se « pacser » et, le jour où il est fatigué ou malade, il peut demander à sa femme (ou à son « petit ami », puisqu’il faut bien vivre avec son temps) d’ « animer » la messe à sa place... Puisqu’il ne s’agit plus que d’ « animer ».
Cependant, selon l’enseignement reçu du Christ et transmis par l’Eglise fidèle à la foi reçue des Apôtres, telle n’est pas la prêtrise, tel n’est pas le sacerdoce.
Un homme ne choisit lui-même pas d’être prêtre. C’est l’Eglise, par le biais de l’évêque, qui le choisit et l’invite à dire « oui » à son désir de servir le Seigneur et son Eglise. Ce « oui » répondu à l’invitation de l’évêque doit être une réponse libre et responsable venant au terme d’une réflexion préalable nécessitant une réelle maturité spirituelle et affective.
C’est cette maturité qui fait que l’homme qui répond « oui, me voici » accepte de s’associer pleinement au ministère de Jésus. Le « oui » n’est pas comparable à la signature d’un contrat à durée déterminée ou à un “pacs” - on vit ensemble mais sans qu’il soit question de fidélité -. Le « oui » est l’affirmation une alliance indéfectible qui saisit toutes les composantes de la vie humaine : l’amour, l’affection, la sexualité, la fidélité, les difficultés, les joies, les moments de déprime et d’interrogation...
Or, par les temps qui courent, toutes ces notions capitales sans lesquelles le sacerdoce ne peut pas être convenablement compris ont souvent été perdues de vue à partir du moment où l’on a vu les prêtres, habillés comme tout le monde, voulant paraître comme tout le monde, célébrant une messe qui ressemblait de plus en plus à un simple « happening », voulant passer de moins en moins de temps à prier pour avoir plus de temps à planifier des réunions généralement aussi épuisantes que stériles.
Alors oui : si l’exercice du sacerdoce se limite à gérer le bien matériel des paroisses et à animer des réunions de secteur, un prêtre peut être marié. Et encore mieux : une femme peut très bien être prêtre. Elle exercera la « fonction » aussi bien que n’importe quel homme... et peut-être même mieux.
Mais le prêtre n’est pas un “fonctionnaire” paroissial ; il n’est pas qu’un gentil organisateur de kermesses et de célébrations dominicales « intéressantes ». Il est avant tout « en état permanent de représentance de Dieu ». Il est « le représentant de Dieu sur terre », disait-on autrefois. Ce qui est parfaitement exact mais a été perdu de vue dans nos sociétés matérialistes où la foi se dilue dans les idées mondaines et où les connaissances religieuses se font de plus en plus vagues.
Cette notion de l’ « état sacerdotal » est tellement enracinée dans la foi chrétienne, tellement au coeur de l’enseignement même du Christ, que l’Eglise a toujours su qu’un prêtre, même mécréant, incroyant, voleur, libidineux... célèbre validement les sacrements lorsqu’il a l’intention de faire ce que veut faire l’Eglise. C’est bien la preuve que le prêtre ne s’appartient plus »: il est l’ « instrument » par lequel Dieu agit au milieu des hommes. Il est nécessaire de rappeler ce point alors que l’Eglise est aujourd’hui confrontée aux problèmes des prêtres homosexuels et pédophiles, plus homosexuels que pédophiles, d’ailleurs.
Prenons un exemple. Beethoven a composé des sonates pour piano. Si un artiste médiocre joue l’une de ces sonates sur un piano désaccordé, l’auditeur n’entendra rien de très beau. Cependant, l’incompétence de l’artiste ou la défaillance de l’instrument enlève-t-elle quelque chose à la qualité de l’oeuvre de Beethoven ? Non. Viendra-t-il à l’idée de quelqu’un de vouloir interpréter cette sonate sur un violon alors qu’elle a été écrite tout spécialement pour le piano ? Non.
Comme dans cet exemple du mauvais interprète massacrant Beethoven sur un piano désaccordé, dans le cas de la prêtrise, la faiblesse de l’homme qui exerce le sacerdoce n’amoindrit pas la puissance de l’oeuvre accomplie par Dieu. Et si la partition écrite par le Seigneur a été spécialement composée pour être interprétée par des hommes célibataires, il ne convient pas qu’elle soit interprétée par des hommes mariés et encore moins par des femmes : la vérité du sacerdoce doit passer avant nos arrangements à courte vue, car la prêtrise n’est ni adaptable ni interchangeable au nom d’une prétendue « exception » que beaucoup confondent avec un relativisme qui ignore la vérité objective.
Si Beethoven a composé pour le piano, on n’ira pas chercher un violoniste pour interpréter son œuvre. Non pas que le violoniste soit moins bon que le pianiste, mais tout simplement parce qu’un concerto écrit pour piano ne se joue pas au violon.
Si le Christ a voulu que son sacerdoce ministériel soit exercé par des hommes prêtres 24h/24, ce n’est pas à nous de décider qu’il puisse en être autrement. En instituant le sacerdoce, au cours de la dernière Cène, Jésus a expressément demandé que sa partition soit jouée par des hommes totalement disponibles. Il ne revient donc ni à l’Eglise, ni à chacun d’entre nous, de trahir sa volonté en falsifiant sa partition. C’est ainsi : dans le projet de Dieu pour l’humanité, le sacerdoce ministériel accompli au nom et à la place du Christ n’est pas réductible à l’exercice d’une charge exercée de façon temporaire.
On répond que, pourtant, chez les Protestants, les pasteurs peuvent se marier. Cet argument que l’on trouve souvent dans la bouche des fidèles catholiques, montre la méconnaissance qu’ils ont de leur propre religion. Dans le Protestantisme, la notion de sacerdoce ministériel - c’est-à-dire de prêtrise - n’existe pas. Le pasteur n’est pas un prêtre : il est un « lecteur-prédicateur » dont la compétence est affirmée par le port de la toge du théologien. Martin Luther avait d’ailleurs bien vu les choses. En bon théologien attaché à l’enseignement de la Bible, il savait bien quelle doit être la spécificité du sacerdoce ministériel. Mais comme il estimait cette spécificité trop exigeante - à tous les points de vue -, il a simplement supprimé la notion de prêtrise. Du coup, il fut également obligé de supprimer certains sacrements : dans le protestantisme, il n’y a plus ni Eucharistie, ni Pénitence, ni Sacrement des Mourants... Ayant aboli le sacerdoce ministériel, Martin Luther se devait, en toute logique, de supprimer la « messe papiste » : plus de prêtre, plus de messe. Il a alors remplacé la célébration eucharistique par la Cène, qui n’est pas, comme chez les catholiques, la réactualisation du sacrifice du Calvaire, mais simplement une façon symbolique de « faire mémoire » des faits passés.
Alors que le prêtre catholique donne la communion en disant à chaque fidèle « le Corps du Christ », ce qui est une claire affirmation de la réalité eucharistique, le pasteur protestant donne le pain et le vin en ne disant rien, laissant chaque fidèle totalement libre d’y voir ce qu’il veut bien y voir. (On peut ici souligner que de bricolages liturgiques en bricolages liturgiques, la réalité de l’Eucharistie est devenue moins affirmée, ce qui fait que de plus en plus de catholiques reçoivent aujourd’hui la communion à la façon des fidèles protestants, sans voir dans l’hostie autre chose qu’un symbole...)
En conclusion, on peut dire que s’il y a actuellement tant de confusions touchant à la notion de prêtrise (même chez certains évêques si l’on en croit les récents propos de Mgr Wintzer, archevêque de Poitiers), c’est parce que les bricolages liturgiques ont conduit les fidèles catholiques à penser que désormais, chacun pouvait se fabriquer une religion à la carte, celle qui nous arrange, avec un peu de ça et un peu de ci, en fonction des modes : des femmes-prêtres? Pourquoi pas. Des prêtres mariés ? Pourquoi pas. Des prêtres concubins ou divorcés demain ? Pourquoi pas.
Ni l’émotionnel ni les problèmes pastoraux locaux ne peuvent tenir lieu de saine réflexion. On ne construit pas la foi catholique en l’adaptant aux tendances ou aux problèmes du jour (surtout quand on est soi-même à l’origine des problèmes) : les Evangiles n’ont pas été écrits après une « réunion de secteur » des Apôtres et le relativisme ne saurait en aucun cas devenir le propre d’une religion qui se doit d'enseigner aux hommes quel est le sens véritable de leur existence et quel est le rôle du sacerdoce ministériel dans le plan de Dieu.

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