L'ACTUALITE

* * * * NOUVEAU Jeudi, 21 janvier 2021. La relation entre l’architecture et la liturgie : A LIRE ICI

* * * * Mardi, 19 janvier 2021.
Dans un moment d’égarement, j’ai lu le dernier Motu proprio du pape François : « Spiritus Domini ». Ce qui était particulièrement intéressant n’était pas que les femmes puissent être officiellement lectrices et acolytes : non. Ce qui était intéressant, c’est de voir la stratégie employée par le pape pour changer les choses. Un coup de stylo, une inspiration de l’Esprit Saint et voilà que les femmes pourront accéder aux sanctuaires jusqu’ici réservés aux ministres de l’autel.
En lisant le Motu proprio, on est - si tant est qu’on tienne à la Tradition catholique - étonné, confus. « Spiritus Domini » commence par parler vaguement de charismes : on en a tous, écrit le pape qui rappelle qu’ils servent à édifier l’Église. Fort bien. Mais soudain, ces charismes sont « appelés ministères parce qu’ils sont publiquement reconnus et institués par l’Église ». Transformer tous les charismes en ministères devant être reconnus par l’Église est pour le moins curieux, surtout si l'on considère le contexte de ce Motu proprio.
« La vérité rend libre » disait le pape Jean-Paul II. Ici, la vérité oblige à dire qu’avec son Motu proprio, le pape François approuve cette désobéissance qui, des années durant, a conduit certaines femmes à jouer aux acolytes et aux lectrices avec les encouragements des évêques diocésains. En résumé, la désobéissance est assimilée à un charisme.
Et ensuite ? François va-t-il approuver les péchés contre le sixième commandement sous prétexte que les gens les commettent de toute façon ? Va-t-il rendre la présence au messes dominicales facultative parce que de moins en moins de gens vont à l’église ? Après tout... On sait que quand on dépasse les bornes, il n’y a plus de limites.
L’idée des charismes et des ministères étant passablement confuse, François tente alors de s’en sortir en replaçant les « ministères laïcs » dans un contexte prétendument historique. Il explique que « suivant une vénérable tradition, l’accueil des “ministères laïcs”, que saint Paul VI régula dans le Motu Proprio “Ministeria quaedam” (17 août 1972), précéda en préparation la réception du sacrement de l’ordre, tout en conférant ces ministères à d’autres fidèles masculins convenables. » Autrement dit, si le pape dit qu’il va pleuvoir, il devra pleuvoir. Ou du moins devra-t-il y avoir une pluie que ne verront que ceux qui sont suffisamment saints et éclairés. Si François annonce que la “vénérable tradition” suivie par Paul VI pour ce qui concerne les ordres mineurs peut être rejetée au nom d’une « perspective contemporaine », alors il faut que les choses soient ainsi pour ceux qui sont assez éclairés pour les voir ainsi.
Le pape François poursuit : « Certaines Assemblées du Synode des Évêques ont souligné la nécessité d’approfondir doctrinalement le sujet... » Nous sommes en 2021. Nous sommes dans une crise mondiale. Et ce qui est le plus important, c’est d’autoriser des femmes à faire les lectures et à servir à l’autel. François sait-il que dans de nombreux pays, il y aura bientôt davantage de femmes dans le chœur des églises que de fidèles dans les nefs ? Sait-il que dans les pays où la pratique dominicale reste vive, la question des lectrices et des acolytes femmes ne se pose pas ?
En continuant la lecture du Motu proprio, on découvre que François évoque la nécessité de changer ce qui est en place. Le P. James Martin qui milite depuis longtemps pour le sacerdoce féminin et la bénédiction des couples homosexuels a dû bondir de joie en lisant de tels propos. Il va pouvoir changer ce qui est en place ! Et le pape de lâcher au passage une bombe sur le Code de Droit canonique qui précise que « les laïcs hommes qui ont l’âge et les qualités requises établies par décret de la conférence des Évêques, peuvent être admis d'une manière stable par le rite liturgique prescrit aux ministères de lecteur et d’acolyte » (Can. 230 - § 1). A quoi bon conserver un rite liturgique qui n’a plus guère de sens ?
Il y aurait bien d’autres choses à dire à propos du nouveau Motu proprio. D’abord qu’il ne donne pas les véritables raisons pour lesquelles les femmes peuvent devenir des acolytes et des lectrices. Le simple fait d’être une épouse, une mère ou même une religieuse n’est-il pas suffisant ? Est-ce plus valorisant pour une femme de servir un homme (prêtre) à une table (autel) devant une assemblée de plus en plus réduite et souvent vieillissante ? Ensuite, François répond-il à un vieux rêve féministe ou bien, comme il est légitime de le penser, veut-il préparer les esprits à la prochaine étape qui sera le sacerdoce féminin ?
Quoi qu’il en soit, ce qui ressort le plus dans “Spiritus Domini”, c’est l’utilisation dévoyée du terme “ministère”. Rien de surprenant. Quelle est la paroisse qui n’a pas un bataillon de ministres de quelque chose ? Il y a le ministère du réglage des micros, le ministère du chant, le ministère du décorum... Il y a aussi le ministère des signes : la personne qui l’exerce change l’ordonnancement de l’église aussi souvent qu’elle peut, ce qui lui permet de se sentir importante. On n’a pas encore songé à créer un ministère des ministères, mais cela ne saurait tarder : il serait chargé de distribuer les rôles aux fidèles qui veulent se sentir indispensables. Il va de soi que tous ces ministères pourraient être considérés comme des charismes.
Demeurent deux problèmes : le premier est que le sentimentalisme qui gouverne l’Église n’est pas un ministère ; le second, est que transformer le mot “ministère” en mantra n’a aucun fondement théologique.
Gageons que le ministère le plus utile aujourd’hui serait celui de la sauvegarde de l’Église. Pas besoin de Motu proprio pour l’exercer en toute légitimité.

D’après Daniel Milette

* * * * Samedi, 16 janvier 2021. La liturgie est-elle une œuvre d’art ?
Si l’on considère comment la liturgie est mise en œuvre dans certains monastères, on peut répondre « oui » sans hésiter. Dom Guéranger ne disait-il pas que « la liturgie est la divine esthétique de notre foi » ?
À présent, si l’on participe à une messe paroissiale, la réponse qu’on pourra donner sera sûrement plus hésitante : autel inesthétique, vêtements liturgiques disgracieux (parfois mal ajustés), célébrant aux attitudes d’autant plus relâchées ou ostentatoires qu’elles ne correspondent pas à l’humilité et à l’effacement demandé par la liturgie, chants réduits à quelques ritournelles sans intérêt, etc.
Pourtant la liturgie qui nous est transmise par l’Église possède en elle-même tout ce qui nous permet d’en faire une œuvre d’art apte à ouvrir les cœurs par l’émerveillement et la fascination qu’elle peut générer.
Mais pour que la liturgie soit œuvre d’art au sens théologique de l’expression, il faut que ceux qui sont chargés de la célébrer aient préalablement appris à respecter ses deux composantes essentielles : son rythme propre et son harmonie interne. Car il ne saurait y avoir de liturgie qui soit œuvre d’art à la gloire de Dieu sans le rythme associé à l’harmonie. Pour certains, ce respect est quasi inné ; pour d’autres, il devra être appris, exercé jusqu’à ce qu’il devienne comme naturel, évident.
Le rythme de la liturgie concerne l’enchaînement logique des divers « épisodes » qui composent le rite : chant d’entrée, préparation pénitentielle, Kyrie, Gloria, oraison, première Lecture, etc. Chacun de ces « épisodes » doit être à sa juste place, accompli comme il doit l’être, et doit inviter à passer en douceur à l’ « épisode » suivant. L’harmonie touche à la qualité des rapports que les composantes de la liturgie - gestes, chants, objets, occupation de l’espace... - entretiennent les unes avec les autres : « Le lien profond entre la beauté et la liturgie doit nous rendre attentifs à toutes les expressions artistiques mises au service de la célébration. Un aspect important de l’art sacré est certainement l’architecture des églises, dans lesquelles doit ressortir l'unité entre les éléments constitutifs du chœur : autel, crucifix, tabernacle, ambon, siège. » (Cf. Benoît XVI, Exhortation Sacramentum caritatis, n°41.)
La liturgie doit donc être réalisée avec un constant souci d’unité et de dignité naturelle. Concrètement, ce souci conduira à refuser les « messes fourre-tout » (type « messes télévisées ») où chacun tient absolument à caser « le truc » qu’il a préparé dans le souci de rendre la célébration plus « vivante » et plus « participative ».
Ce souci conduira à rappeler à l’organiste que la messe n’est pas « son » concert ; à rappeler aux choristes que la liturgie n’est jamais faite pour se donner en spectacle ; à rappeler au célébrant que son premier devoir est de se faire oublier - de se rendre transparent - pour laisser toute la place au Seigneur...
Ce souci conduira à travailler la juste mesure des gestes, le bon placement des voix, la symétrie des mouvements des servants d’autel. La désinvolture et le misérabilisme doivent ici être autant évités que l’enflure à la Fellini ou le kitsch hollywoodien façon « Amour, gloire et beauté ».
La liturgie doit être « harmonieusement rythmée » pour que l’âme du fidèle puisse s’ouvrir à la contemplation au cours d’un voyage sans heurts qui, suivant l’itinéraire défini par l’Église, va de l’introït du jour à l’ « ite missa est ». Tout ce qui contribue à réaliser et à préserver cette unité liturgique est bénéfique ; tout ce qui contribue à la perturber - par l’insertion de commentaires, par le « pathos » ou par l’amplification de certains rites au détriment d’autres - est néfaste et même périlleux pour la foi tout comme pour l’équilibre psychologique de certains fidèles fragilisés par les épreuves de la vie.


* * * * Vendredi, 15 janvier 2021.
Un récent article de « La Croix » nous annonçait qu’un tiers des pratiquants (déjà peu nombreux en temps ordinaire) n’avait pas repris le chemin des églises depuis le début de la pandémie.
L’effondrement de la pratique était prévisible. Nos célébrations paroissiales étaient déjà pour la plupart des moments d’ennui pour beaucoup de fidèles à cause de la fadeur de la liturgie ; elles sont désormais, en plus, devenues des moments barrés d’interdits et de pesantes contraintes qui rendent à peu près impossible à beaucoup de fidèles une participation effective au Mystère célébré. La politique - suicidaire sur le plan pastoral - consistant à rendre obligatoire une pré-inscription des fidèles pour assister aux offices engendre une exclusion des plus démunis, des plus simples et en décourage beaucoup d’autres.

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Il résulte de tout cela qu’à l’occasion de cette pandémie, et ce malgré le dévouement remarquable d’une minorité de prêtres et de fidèles, l’Église a clairement manqué son rendez-vous avec l'histoire. Une fois de plus.
Nous payons aujourd’hui le prix de décennies de choix pastoraux désastreux qui ont engendré un catholicisme mou, attachés à une doctrine vague, à une spiritualité irénique et niaise, à des liturgies fades, médiocres et indigentes. Il est évident qu’un tel modèle ecclésial ne pouvait que s’effondrer dès qu’un événement un tant soit peu dramatique allait frapper la société. Cet effondrement - ou plutôt cette accélération d’un effondrement déjà en cours depuis longtemps - se réalise aujourd'hui sous nos yeux. Et les catholiques eux-mêmes - à commencer par leurs pasteurs, surtout ceux d’une certaine génération - en sont les premiers responsables.
Il aurait fallu intensifier les actions de charité, de solidarité et d’aide aux plus démunis au niveau paroissial. Mais même dans ce domaine-là, à part quelques exceptions remarquables, nos paroisses moribondes n’ont pas été à la hauteur.
De plus, les pasteurs ont depuis longtemps évacué de leur enseignement tout ce qui a trait aux fins dernières, au sens de la mort. L’institution s’est révélée totalement incapable d’apporter des réponses à la fois humbles, réconfortantes et profondes, aux questionnements de nos contemporains.
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Dans le domaine spirituel, il n’y a plus depuis longtemps, ni dans le clergé ni chez les fidèles, de formation sérieuse à la prière, à la vie spirituelle. Les enseignements des Pères de l’Église et des auteurs spirituels sont oubliés. Les fidèles et les prêtres de terrain sont laissés démunis spirituellement face à un matérialisme et à une sécularisation de plus en plus agressifs. Résultat : beaucoup s’éloignent de la pratique, voire perdent la foi ; beaucoup de prêtres quittent le ministère, certains, hélas, allant jusqu’au suicide.
Pourtant nous devrions savoir qu’une liturgie profondément enracinée dans la « noble simplicité » de l’authentique tradition chrétienne est la meilleure école de prière et donc le meilleur outil pour une vie intérieure vraiment profonde qui seule permet de tenir dans le difficile contexte actuel.
Mais nos évêques ainsi que les clercs et les fidèles d’une certaine génération, aveuglés par des décennies d’une pastorale désastreuse, ne semblent pas s’en apercevoir.


* * * * Mercredi, 13 janvier 2021.
Durant les années du christianisme naissant, le culte était assez simple : la coupure avec le judaïsme ainsi que le milieu du paganisme demandaient une grande prudence dans le domaine du culte chrétien. La première épître de Saint Paul aux Corinthiens témoigne de cette méfiance qu’avaient les fidèles chrétiens vis-à-vis des cultes païens : l’airain qui résonne et les cymbales qui retentissent font un bruit - une musique - qui ne correspond pas au culte réservé au vrai Dieu, au Dieu unique (Cor. 13, 1). Dans le Nouveau Testament, les rites observés dans le Temple ne sont pas qualifiés de cultuels et le terme « autel » n’est pas repris pour désigner la table du sacrifice eucharistique. Les lieux du culte chrétien primitif ne sont pas calqués sur le modèle des temples païens mais des maisons gréco-romaines dites « basiliques ».
Plus tard, les rituels chrétiens empruntent à diverses sources : les habitudes juives donnent naissance au dimanche (qui commence le samedi soir avec, aujourd’hui, les premières vêpres) ainsi qu’à des rites de purification et au chant des psaumes (qui sera à l’origine du chant grégorien) ; les Grecs et les Romains fourniront les formules liturgiques et la terminologie sacrificielle...
Cette évolution du symbole religieux lié aux rites liturgiques, permet de distinguer trois degrés :
1. Ce qui est étranger acquiert peu à peu droit de cité par adaptation ;
2. Ce qui relève de formes primitives est modifié par lente désintégration avant d’être placé dans un contexte différent ;
3. Certaines valeurs jusqu’alors traditionnelles sont réduites et simplifiées par dégradation.
Ainsi, pour ce qui est de la « fraction du Pain », ancêtre de notre messe, la pratique des origines est simple et familière. Elle se déroule dans des maisons et se rattache à un repas auquel seuls les chrétiens donnent un sens particulier. Assez tôt cependant, en raison de certains désordres qui ont lieu dans les assemblées devenues plus nombreuses (Cor. 11), la « fraction du Pain » se détache de ce qui pourrait la faire ressembler à un repas ordinaire et se déroule en un lieu permettant de distinguer les ministres du culte et les membres de l’assemblée ; dans le même temps, la table mobile en bois sur laquelle se déroule l’Eucharistie se transforme en bloc de pierre rappelant la sépulture d’un martyr ; quant au sanctuaire, il est nettement délimité (barrière, degrés).
Au IVe siècle, après l’édit de Milan, la célébration eucharistique devient un acte officiel qui, en tant que tel, est rehaussé de tout ce qui peut lui donner de la solennité, de la beauté, de la dignité : cierges, vêtements des ministres du culte, choristes chargés d’exécuter des chants spécifiques accompagnant les différentes « étapes rituelles » constituant la liturgie... Parallèlement se développe la doctrine touchant au sacrifice eucharistique et l’idée selon laquelle la liturgie obéit à des normes objectives qui sont la juste expression de la foi.
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la liturgie prend les allures d’un pur cérémonial, d’une chorégraphie que le goût baroque achèvera d’accentuer : le respect des rubriques dont beaucoup de prêtres ignorent tant les origines que le sens font de la messe un spectacle dont le bon déroulement est contrôlé pas des maîtres de cérémonies spécialistes des subtilités des rubriques de plus en plus nombreuses dans les livres liturgiques : « S’il vous arrive de vous tromper, disait l’un d’eux aux jeunes acolytes, trompez-vous dignement et dans un bon ordre ! »
Le mouvement liturgique contemporain aura pour but de « défiger » la liturgie. Malheureusement, ce projet livré à des clercs n’ayant à l’époque aucune formation liturgique sérieuse (il leur suffisait de savoir répéter docilement - ou mécaniquement - les gestes rituels) va aboutir non à une redécouverte des principes de la célébration de la foi mais à une désorganisation généralisée de la liturgie eucharistique qui, de ce fait, ne peut plus être le sommet et la source de la vie de l’Église (Vatican II, Const. sur la Liturgie).
« Plus que jamais les choses s’évanouissent. Celles qui étaient tangibles sont repoussées par un agir sans image ! » (Reiner Maria Rilke)

* * * * Mardi, 12 janvier 2021. Le christianisme naissant a eu des accents polémiques dans le monde gréco-romain : la nouveauté radicale de l’Évangile et la foi en son absolue vérité pour toute personne, quelle que soit sa culture, ont eu pour conséquence de condamner ce qui était considéré comme sacré dans le paganisme ambiant.
Par crainte d’être mis sur le même plan que les autres religions qui foisonnaient dans le monde gréco-romain, les premiers chrétiens ont renoncé à utiliser un autel (au sens où nous l’entendons actuellement) pour célébrer l’Eucharistie, à utiliser des images ainsi que des instruments de musique pour rendre un culte à Dieu. Par mesure de précaution, il ont souvent même évité de parler de « sacrifice ». Cependant, dans l’établissement du christianisme, il y a eu deux mouvements. Le premier a consisté à se séparer des usages du monde païen afin de devenir autonome ; le second a consisté à reprendre certains de ces usages pour leur donner un sens nouveau.
Si le christianisme naissant s’était totalement séparé des usages et des symboles utilisés dans le paganisme, il serait devenu porteur d’une foi réduite à une croyance de raison et de sentiments, comme c’est souvent le cas dans le cadre des célébrations actuelles où le sentiment - le sentimentalisme - est le seul critère permettant de juger d’une liturgie.
On doit toutefois noter que certains éléments du paganisme traditionnel n’ont pas trouvé de place dans le culte chrétien : il y a toujours eu une volonté de rejeter tout ce qui pouvait aboutir à une divinisation de la nature et à une sorte d’exaltation du monde des instincts. Même les pratiques à caractère extatique comme le parler en langues (la « glossolalie ») furent assez rapidement évacuées afin de permettre une édification solide et équilibrée de l’Église.
Il faut donc se montrer prudent lorsqu’on cherche à rendre une célébration liturgique plus « accessible », plus « parlante », mieux adaptée à tel ou tel type d’assemblée : plus l’esprit de foi est faible, plus son jugement critique dans ce qui relève de la liturgie devient faible, et plus le danger grandit de voir des éléments naturels chercher à s’émanciper jusqu’à finir par dominer la foi et l’étouffer. Plus que jamais, si elle veut jouer le rôle du levain dans la pâte, l’Église doit lutter contre l’opiniâtreté du primitif qui s’extasie devant le retour des vieilles idoles (chants inspirés d’airs profanes, décorations de pacotille, autels réduits à des caisses ou à des tables de salons, célébrants perpétuellement dans l’agitation et le bavardage...) dans le cadre des célébrations liturgiques.

* * * * Lundi, 11 janvier 2021. Le rite a été depuis la préhistoire et jusqu’à une période récente le seul moyen qu’avait l’homme pour donner un sens à son existence et dominer les angoisses de la vie. Chesterton disait que « l’homme était ritualiste avant même de savoir parler ». Aujourd’hui, peu se soucient de connaître le rôle des rites ; la grande majorité des catholiques pratiquants ne savent plus ce qu’est un rite, quel est sa fonction, pourquoi il a sa place à tel endroit d’une liturgie et pas ailleurs. Les rites et les rituels ont été relégués dans une sorte d’armoire à vieilleries : de temps à autre, on les en sort, on les dépoussière un peu et on les utilise plus ou moins maladroitement comme pour donner un semblant de lustre à une cérémonie. Les rites ? À quoi bon ? En a-t-on besoin dans une société qui base son avenir sur l’avoir, sur les consolations artificielles que procure Mammon ? Et pourtant... N’est-ce pas en période de crise, de pandémie, que l’on redécouvre la nécessité des rites ? N’est-ce pas à ces moments-là que leur agencement liturgique donne du sens à nos existences ?
Le rite ne se situe pas au terme d’une évolution religieuse, mais à son commencement : il est la forme première d’un culte rendu à Dieu et non le résultat de laborieuses réflexions menées en groupes. L’Église catholique elle-même n’a jamais songé à fabriquer des rites qui, mis ensemble, auraient permis l’élaboration d’une liturgie ; l’Église n’a fait que s’approprier des usages qu’elle a comme « triés » en jugeant certains convenables en tant qu’expression orthodoxe de sa foi et d’autres inappropriés en tant que porteurs d’une théologie bancale voire malsaine pour l’équilibre psychologique des fidèles.
Les rites ainsi conservés ont pu être agencés de façon à former la liturgie : liturgie eucharistique évidemment, mais aussi liturgie des Heures (Laudes, Vêpres, Complies, etc.) venant rythmer le cours du temps.
La liturgie ainsi élaborée est humaine par excellence : au milieu des tribulations de ce monde, elle permet à l’homme de s’assurer une zone où il lui sera possible de vivre tranquillement. Cependant, la liturgie ne devient un acte cultuel que dans le cadre de la religion et à son service.
Le pouvoir d’accomplir les rites liturgiques est conféré par un mandat ou une consécration, ce qui est la même chose dans le contexte chrétien : « Nul ne s’attribue cette dignité, s’il n’est appelé de Dieu, comme le fut Aaron. Et Christ ne s’est pas non plus attribué la gloire de devenir souverain sacrificateur, mais il la tient de celui qui lui a dit : Tu es mon Fils, Je t’ai engendré aujourd’hui ! » (Héb. 5, 4-5 ; Chant d’entrée de la messe de la nuit de Noël).
Ce n’est donc jamais sa voix que doit faire entendre le serviteur du culte, mais celle de Dieu. Voilà pourquoi l’Église a toujours exigé de ses ministres du culte non qu’ils soient exempts de tout péché mais qu’ils accomplissent correctement les rites liturgiques en ayant l’intention de faire ce que fait l’Église. Une réalité qui a été réaffirmée au moment du dernier Concile.
À l’opposé de ce principe, les Donatistes enseignaient que l’impureté de celui qui confère un sacrement annulait l’efficacité de ce dernier. L’origine de cette erreur venait d’une opinion qui s’imaginait que la puissance sacrée est affectée par celui qui en est l’intermédiaire. Saint Augustin luttera contre cette doctrine erronée en mettant en lumière que la grâce n’est pas dépendante de l’instrument.
Au sujet des la construction des sanctuaires, une ancienne ordonnance romaine précisait que « si quelqu’un se construit un sanctuaire privé, ce n’est pas un lieu sacré mais un lieu profane. » Cet enseignement prouve que ce qui est sacré a nécessairement un caractère public et qu’un rite privé porte en lui, du point de vue catholique, une contradiction qui lui ôte la possibilité d’avoir des effets légitimes. Tout prêtre vient d’une communauté et est établi pour une communauté. Pour autant, sa consécration ne lui vient pas de la bienveillance du peuple mais uniquement de Dieu. Par conséquent, le prêtre est un médiateur au service de l’Église par le biais de la liturgie qui est une médiation.
La liturgie est impensable sans une introduction rituelle. C’est très net dans la liturgie de Saint Jean Chrysostome qui comporte la prière devant l’iconostase, le revêtement des habits sacerdotaux, l’encensement de l’autel, de l’iconostase, du peuple... Dans la liturgie romaine restaurée à la suite de Vatican II, cette introduction existe aussi bien que simplifiée : procession d’entrée pendant le chant de l’introït du jour, encensement du peuple pendant cette procession (l’encensoir doit déjà être fumant au moment de la procession, ce qu’on oublie trop souvent), encensement de l’autel... Le « mot d’accueil » une rupture dans le rite d’introduction et devrait donc être systématiquement supprimé. Quant à la salutation faite par le célébrant après le signe de Croix (« Gratia vobis et pax... »), elle n’est pas qu’une formule : elle est comme l’ouverture d’une porte invitant les fidèles présents à pénétrer au cœur de l’action liturgique pour ne pas se sentir étrangers à ce qui va se dérouler dans le sanctuaire.
La fin de la liturgie marque l’achèvement d’un parcours sacré : les rites finaux posent un signe afin qu’aucun doute ne puisse subsister quant au bon accomplissement de la liturgie. La formule « Ite missa est » qui, depuis Vatican II, peut être chantée de deux façons selon qu’on est dans le « temps ordinaire » ou dans le « temps pascal » (la façon de chanter en reprenant la mélodie du « Kyrie » - sorte d’anomalie liturgique qui donnait l’impression de revenir au début de la messe - n’est plus prévue) a pour origine le cérémonial de cour byzantin : elle était utilisée pour marquer la fin des audiences et était accompagnée d’un bruit de clés.
Avant de quitter le sanctuaire, le célébrant embrasse l’autel, comme il l’a fait au début de la célébration. Ce geste est un signe d’union, l’expression d’un désir de demeurer proche de Dieu même hors du lieu sacré : celui qui a célébré les saints Mystères ne se coupe pas de la transcendance divine une fois revenu dans le siècle. Le baiser final à l’autel rappelle le discours d’adieu de Jésus : « Je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde » (Mt. 28, 30). La liturgie, comme l’Évangile se termine donc par la certitude que le Seigneur demeure présent. Présence encore accentuée par la bénédiction qui, dans la liturgie restaurée, se fait logiquement avant la formule de renvoi des fidèles et non après comme c’est curieusement le cas dans la forme « extraordinaire » du rite romain.
La suspension du rite liturgique et la dispersion de l’assemblée implique que la célébration ne soit pas rendue vaine par l’intervention de quelqu’un venant souhaiter un « bon dimanche à tous ». A ce sujet, on peut citer Saint Césaire d’Arles : « Celui qui après la psalmodie néglige la prière (nous dirions aujourd’hui : celui qui ajoute quelque chose après les rites finaux -ndlr) ressemble à un paysan qui sème la semence dans son champ mais ne la recouvre pas et l’abandonne aux oiseaux. »
Comme on peut s’en rendre compte à la lumière de ces brèves explications, la liturgie fait beaucoup plus que simplement renforcer ce que font et disent les rites : elle « encercle » l’homme. À son contact, elle rend ce dernier soucieux de l’honneur qu’il doit rendre à sa foi ainsi qu’à l’attitude spirituelle des Anciens qui ont transmis les formes du culte rendu à la gloire de Dieu.


* * * * Jeudi, 7 janvier 2021. L’ART DE CÉLÉBRER LA MESSE : GUIDE LITURGIQUE À L’USAGE DES PAROISSES
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