ACTUALITE

* * * * NOUVEAU Mercredi, 15 septembre 2021. Au cours de ses expériences, le psychologue allemand Wolfgang Köhler (1887-1967) avait remarqué que son chimpanzé Sultan, après plusieurs essais infructueux pour résoudre un problème, semblait subitement capable d’inventer un instrument lui permettant de trouver une solution ponctuelle. Mais il demeurait totalement incapable de transmettre quelque chose de sa découverte.
Le philosophe Alexander Rüstow en vint alors à formuler le principe suivant : « Ce qui manque en réalité aux animaux par opposition à l’homme, c’est à proprement parler non pas l’esprit mais la tradition : la tradition étant la capacité de transmettre ce qui a été produit par l’esprit et, le conservant de génération en génération, de l’accroître et de l’enrichir. »
Ainsi, les animaux sont-ils incapables de transformer une découverte ponctuelle en tradition et par conséquent sont incapables d’entrer dans un rapport à la réalité qui crée l’Histoire.
Depuis Vatican II, en liturgie, nous inventons beaucoup : chaque célébrant, chaque communauté, chaque paroisse, chaque équipe liturgique... invente « sa » façon de célébrer la liturgie en vue de rendre les messes plus « attractives ».
Mais que transmettent ces diverses façons de célébrer ? Quelles traces laissent-elles dans les cœurs et les esprits ? Qu’apportent-elle de génération en génération ? Peuvent-elles s’enrichir si elles ne sont qu’éphémères ?
Depuis Vatican II, en rejetant le principe de la tradition qui est à la base de toute liturgie authentique, beaucoup ont fini par adopter - sans le savoir - le comportement décrit par Alexander Rüstov sur la base des observations de Wolfgang Köhler.
N’est-il pas urgent de nous interroger : que transmettent de génération en génération certaines liturgies paroissiales qui, à première vue, sont plaisantes et attirantes ?


* * * * NOUVEAU Mercredi, 15 septembre 2021.
Dimanche dernier, à 15h., Mgr Luc Ravel, archevêque de Strasbourg, a confié la paroisse Saint-Etienne de Mulhouse à deux prêtres et à un diacre membres de la Communauté Saint-Martin. Comme le veut le Concordat en vigueur en Alsace et Moselle, les clefs de l’église ont été remises symboliquement au nouveau curé par Mme la maire de Mulhouse. A la messe qui a suivi assistaient des élus du Conseil municipal, le préfet du Haut-Rhin ainsi que M. Bockel, ancien ministre originaire de Mulhouse. Une sorte de “laïcité française à l’alsacienne”...
Cliquer ici pour retrouver les propos clairs et courageux de l’évêque de Tulle au sujet de la Communauté Saint-Martin.

* * * * NOUVEAU Mercredi, 15 septembre 2021.
Quand on parle aujourd’hui de « chant liturgique », on ne retient bien souvent que l’adjectif « liturgique ». Mais puisque, dans nos communautés paroissiales, personne ne sait plus trop ce qu’est la liturgie, on en arrive très vite à penser que n’importe quel chant peut être considéré comme « liturgique » dès lors qu’il est prévu pour être chanté au cours d’une messe.
On oublie alors une chose très importante : avant qu’il y ait du « chant liturgique », il faut qu’il y ait... de la liturgie ! Autrement dit, il faut d’abord célébrer l’Eucharistie comme l’Église demande qu’elle soit célébrée. C’est seulement ensuite qu’une personne compétente et nourrie de spiritualité liturgique peut se lancer dans la composition d’un chant.
Ensuite, il faut voir le chant ainsi composé a les qualités requises pour pouvoir être considéré comme « liturgique » c’est-à-dire trouver sa place dans une célébration, à un moment bien précis - l’entrée, l’offertoire, la communion... etc. - et pour un jour bien particulier de l’année liturgique. On voit tout de suite qu’un ensemble de chants ne suffit pas à constituer un « répertoire » stable et faisant corps avec la liturgie. De loin pas ! On devine aussi que la majorité des cantiques entendus aujourd’hui dans les églises ne répondent pas du tout à ces critères. Ce sont des chants passe-partout, interchangeables, choisis en fonction de critères subjectifs qui sont souvent en contradiction avec l’objectivité de la liturgie.
Mais avec toutes ces considérations, on n’a toujours pas répondu à la question : quelles sont les qualités (musicales, esthétiques...) qui font qu’un chant est « liturgique » ?
La réponse à cette question essentielle est à chercher dans la Constitution conciliaire « Sacrosanctum Concilium ». Au n°83, où l’on traite de l’Office divin, il est dit que « le Souverain Prêtre de la Nouvelle et Éternelle Alliance, le Christ Jésus, prenant la nature humaine, a introduit dans notre existence terrestre cette hymne qui se chante éternellement dans les demeures célestes ; il s’adjoint toute la communauté des hommes, et se l’associe dans ce cantique de louange. »
On lit bien : « Le Christ Jésus... a introduit dans notre existence terrestre cette hymne qui se chante éternellement dans les demeures célestes. » C’est très important ! C’est capital même ! Cela signifie que le seul chant véritablement liturgique n’est pas celui que nous composons ici-bas, mais celui qui se chante dans la liturgie céleste - dont nos liturgies terrestres sont une préfiguration, un pâle reflet - et que le Christ, par son incarnation, a introduit dans nos célébrations en nous invitant à nous y associer.
Autrement dit, lorsque nous arrivons à la messe, nous devrions prendre conscience que la partition est déjà écrite et le chant déjà commencé... depuis avant les commencements du temps Au cours d’une messe, nous sommes simplement invités à gagner notre place d’où - nous disent les préfaces qui introduisent au « Sanctus » - nous pouvons joindre nos voix à celles des anges. Ce qui sous-entend aussi qu’une liturgie qui n’est pas chantée ou qui n’est que partiellement chantée est un non-sens.
Nous devons chanter à l’unisson du chœur des anges. Or, une chose est certaine : les anges ne chantent ni n’importe quoi ni n’importe comment. Mais sommes-nous, sommes-nous certains que les anges chantent ? Réponse : Oui. A Noël, les bergers de Bethléem les ont entendus ; et les paroles qu’ils chantaient nous ont même été rapportées, probablement parce qu’elles ont été dites à la Vierge Marie qui les a gardées dans son cœur de mère. Ces paroles étaient très importantes ; elles contenaient déjà les bases d’une profonde théologie puisqu’elles enseignaient que si les hommes veulent trouver la paix - celle du cœur et de l’esprit en premier lieu - ils devaient commencer par glorifier Dieu.
Si les bergers ont eu le privilège d’entendre ce chant, ce message angélique (n’oublions pas que les anges sont les messagers de Dieu), c’est pour une raison simple : les bergers sont des gens peu bavards... « Ils veillaient », nous dit le récit évangélique. Ils étaient à l’écoute ; ils étaient attentifs.
À la messe, nous devrions apprendre faire comme eux pour entendre - ou du moins deviner - le chant des anges présents dans nos liturgies et dont une mission est de « porter nos offrandes sur l’autel céleste », comme le disent les Prières eucharistiques.
Mais les anges ne font pas que chanter !
Dans certaines peintures ou sculptures, les artistes du Moyen-Âge ont représenté des anges musiciens. Or, quand on les observe attentivement, on en voit qui tiennent des partitions et montrent du doigt la ligne musicale. Autrement dit, ils ont « la bonne partition » et apprennent aux hommes ce qu’il faut chanter et peut-être aussi comment il faut chanter. Ils illustrent parfaitement la parole du Psalmiste : « In conspectu angelorum, psallam tibi Deus meus » - en présence des anges, je te chanterai ô mon Dieu -. On pourrait aussi traduire : sous le contrôle des anges, je te louerai, mon Dieu.
C’est donc le chant des anges qui est à l’origine de notre chant liturgique. Or, pour avoir une idée plus juste de ce qu’est le chant des anges, il faut passer de longues heures dans le silence, la méditation, la prière devant le tabernacle... On ne connaît ne plus beaucoup de compositeurs « liturgique » qui le font : de nos jours, ils sont plus devant leur ordinateur que devant le tabernacle ; ils écoutent plus la télévision que le silence... C’est probablement ce qui fait que certains chants entendus dans les églises rappellent des airs de spots publicitaires.
Niklaus Harnoncourt (1929-2016), qui fut le spécialiste reconnu de la musique baroque, expliquait que « si les hautes civilisations anciennes ont noté leur musique, on a tout lieu de croire que ce fut toujours a posteriori. Car le compositeur n’est pas comme chez nous un assembleur de sons travaillant sur du papier ; c’est un improvisateur qui joue ou chante ce qu’il conçoit, qu’il retient, et le répète devant des auditeurs, qui le retiennent
leur tour. Aussi l’écriture musicale ne s’adresse-t-elle pas en premier lieu aux praticiens. Si l’on cherche représenter les sons, ce n’est ni pour composer, ni pour lire l’exécution, mais dans un but théorique ou pédagogique, ou encore pour rendre hommage un texte vénéré et jug digne d’être transmis la postérité. Le principe des notations anciennes est donc, en général, d’ordre analytique, intellectualiste... »
Conclusion : l’authentique chant « liturgique » n’est pas constitué par la musique que nous introduisons dans la liturgie « pour faire beau » ou parce qu’elle correspond à nos goûts. Il est constitué par les textes et les mélodies qui font corps avec lui, et que nous recevons de l’Église par le moyen de « sa » liturgie directement inspirée du culte qui se célèbre de toute éternité dans la Jérusalem céleste.
L’inspiration née de la contemplation et du contact permanent avec la liturgie sacrée fut incontestablement l’ « outil » de ceux qui nous ont légué notre
répertoire grégorien ainsi que les hymnes qui constituent la trame des liturgies orientales.

* * * * Mardi, 14 septembre 2021. Les textes du « Chemin synodal » initié per des évêques et des fidèles allemands qui se disent ou se croient catholiques ne laisse plus aucune place au doute : ce que souhaitent du plus profond de leur cœur les animateurs et les animateuses qui invitent à s’engager sur ce périlleux « chemin », ce n’est ni plus ni moins que la disparition du catholicisme. On peut toutefois leur accorder qu’une bonne partie du travail a déjà été fait sans leur concours dans certaines paroisses. Passons.

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Demain, personne - aucun évêque, pas même celui de Rome - ne pourra dire : « Je ne savais pas ce qui se passait dans les diocèses. »
Dans le texte de base du « Chemin synodal » allemand, plus rien n’est laissé en place : à l’aide de considérations pourvues de « spikes » pour s’accrocher (comme le caronavirus), de pièges sémantiques, d’attrape-nigauds, de demi-vérités et de sentimentalisme à l’eau de rose, les responsables du « Chemin » mettent en place une anthropologie totalement incompatible avec tout ce que les Saintes Écritures et l’Église ont reconnu comme « anthropologie chrétienne ».
Les évêques qui, le jour de leur sacre, ont fait le serment de « transmettre la foi reçue des Apôtres et conservée toujours et partout dans l’Église, d’une manière pure et intégrale » sont, s’ils ne veulent pas être parjures, désormais confrontés à la plus grande épreuve de leur vie.
Finiront-ils par s’affaler sous les pressions et dire « oui » à tout ou bien « il faut voir » ou encore se taire (tout cela revenant au même) à un catalogues d’énoncés et de propositions conduisant à égarer les fidèles catholiques non seulement en Allemagne mais partout où se propage la gangrène du « Chemin synodal » ? Le pape François se décidera-t-il à dire une parole forte et claire obligeant chacun à se positionner ? On peut craindre le pire...


* * * * Lundi, 13 septembre 2021.
À lire le dernier Motu proprio « Traditionis custodes » sur la liturgie, signé du pape François, le rite romain existerait sous deux formes, du moins pour ce qui concerne la Messe : l’ « extraordinaire », célébrée avec le Missel dit « de S. Pie V » et l’ordinaire, célébrée avec le Missel de « S. Paul VI ».
Cette façon de voir les choses permet de croire que les informations qui parviennent aux oreilles du pape via les évêques sont totalement fausse. Car si la forme « extraordinaire » existe bel et bien, est respectée par les prêtres qui choisissent de la célébrer, il n’en va pas du tout de même avec la forme « ordinaire » : cette dernière a fait, dès les lendemains du concile Vatican II, l’objet de dégradations tellement systématisées qu’il n’est pas possible d’imaginer qu’elles n’ont pas été orchestrées par une frange influente du clergé qui voulait priver les fidèles de la prière officielle de l’Église.
Très rapidement, ce sont des formes « dévoyées » de la liturgie qui sont venues remplacer, dans la grande majorité des paroisses, ce que l’on se plaît encore à faire passer pour la forme « ordinaire », pour la forme voulue par Vatican II. Il y a là une grande tromperie à laquelle des fidèles dupés ou complaisants ont fini par adhérer ; tromperie qui fait que tous les débats sur la liturgie sont faussés ; tromperie qui fait que le Motu proprio « Traditionis custodes » risque d’accentuer les problèmes au lieu de les régler avec intelligence et dans la paix.
Tant que dans les paroisses on ne trouvera pas la « forme ordinaire » célébrée fidèlement, dignement, tant qu’on voudra faire passer les célébrations actuelles pour pleinement conformes à ce qui a été voulu par le Concile, tant que les choses ne seront pas clairement définies et dites, tous les documents pontificaux sur la liturgie n’apporteront rien, ne changeront rien, n’engageront aucune possibilité d’améliorations ; la « tambouille liturgique » continuera à mijoter et plaira à des assemblées désormais habituées à faire passer l’ambiance et le sentimentalisme avant la foi et l’adoration. Autrement dit, à déconnecter la « lex orandi » de la « lex credendi ».
Finissons tout de même par une note d’optimisme : la génération qui s’est employée à démanteler la liturgie est en train de passer. Ce qu’elle laisse derrière elle, ce sont des paroisses vides où ne subsistent plus que des « comités théodule » qui tournent à vide. Peu à peu, une nouvelle génération de prêtres et de fidèles se lève et, ici et là, avec beaucoup de courage, s’emploie à redresser ce qui peut l’être en se montrant appliqués à mettre en œuvre la véritable liturgie reçue de l’Eglise. Le redressement de la liturgie qui semblait encore impensable dans les années 1980, quand en pleine crise fut fondée notre association Pro Liturgia, semble devenir peu à peu réalisable. Demeurons fermes dans la foi.

* * * * Lundi, 13 septembre 2021. Dans les paroisses qui ont la chance de posséder un orgue (dans ce domaine, l’Alsace est particulièrement gâtée puisqu’il y a au minimum un orgue par église) se pose un nouveau problème : trouver des organistes qui soient autres choses que des virtuoses. Être virtuose, c’est bien... à condition d’être « aussi » au service du chant liturgique et de la liturgie elle-même.
Il se trouve que dans nombre de paroisses, pour avoir de l’orgue le dimanche et les jours de fêtes, on fait appel à des organistes qui ne connaissent rien en liturgie et qui acceptent de jouer et d’accompagner n’importe quoi.
C’est peut-être l’occasion de rappeler quelques principes de base :
1. L’organiste « liturgique » n’est pas là pour faire une musique qui traduit ses propres sentiments du moment à l’aide d’improvisations ;
2. L’organiste « liturgique » doit aider à la prière des fidèles. Ce qui implique que ses accompagnements doivent demeurer discrets : on ne soutient pas un chant en l’écrasant sous le plenum d’un instrument sous prétexte que « ça fait plus festif ». Car plus on accompagne fort, moins les fidèles font attention à ce qu’ils chantent ; moins ils font attention à contrôler leur voix.
3. La première école de l’organiste « liturgique » doit être celle de l’accompagnement du chant grégorien, « chant propre de la liturgie romaine ». À la différence des cantiques actuels qui semblent avoir été composés en mettant des syllabes sous des airs, les mélodies grégoriennes sont nées des paroles sacrées de la liturgie : elles se nourrissent de ces paroles et les dilatent ;
l’accompagnement du grégorien doit permettre à ces paroles de s’exprimer librement par la voix des fidèles. On est là à l’opposé des accompagnements qu’on entend si souvent quand par exemple on chante la doxologie (qui n’est pas une merveille liturgiquement parlant) : « Par lui, avec lui et en lui AMEN, à toi le Père tout-puissant dans l’unité du Saint Esprit AMEN, tout honneur et toute gloire pour les siècles des siècles AMEN » Souvent, pour souligner chaque « amen », l’organiste augmente le volume sonore de son instrument. Sauf à imaginer que le Seigneur est sourd, ce crescendo qui veut “faire de l’effet” tient plus de la musique d’un générique de péplum hollywoodien que de l’accompagnement de la formule conclusive de la prière eucharistique.
Tels sont des rappels qu’il convient de faire si l’on veut qu’un organiste qui se veut « liturgique » demeure dans son rôle qui, comme celui du célébrant, ne consiste pas à dominer une célébration.


* * * * Samedi, 11 septembre. Depuis plusieurs années, une mode s’est emparée des personnes - parmi lesquelles des catholiques - qui assistent à des obsèques ou à l’hommage rendu à un défunt : c’est d’applaudir.
Jusqu’à présent, on applaudissait à la fin d’un spectacle particulièrement réussi ou à la fin d’un concert. Applaudir était une manifestation de joie, de bonheur, de satisfaction...
De nos jours, le sens du sacré ayant été évacué, respecter un défunt par le silence et le recueillement a disparu, comme on l’a encore vu dernièrement lors de l’hommage rendu à Jean-Paul Belmondo.
A quand des applaudissements devant les monuments aux morts, le 14 juillet ou le 11 novembre, pendant la sonnerie aux morts ? Ceux qui sont tombés au champ d’honneur ne méritent-ils pas que nous leur manifestions notre joie de les savoir disparus ?

* * * * Jeudi, 9 septembre 2021. Mgr Aupetit, archevêque de Paris, a annoncé aux prêtres de son diocèse qu’il réduisait fortement le nombre de messes célébrées selon le missel de 1962. À lire les journalistes qui ont annoncé cette « réduction », on pourrait croire qu’à Paris, plusieurs dizaines de messes étaient célébrées selon la forme « extraordinaire », terme qui ici doit être entendu au sens de « non conforme à ce qui devrait normalement se faire ».
Parallèlement, Mgr Aupetit a également annoncé qu’une messe sera célébrée en latin selon la forme « ordinaire » (donc avec le Missel dit “de Paul VI”) à l’église Notre-Dame-du-travail située dans le 14ème arrondissement.
La célébration eucharistique en latin avec le Missel restauré à la suite de Vatican II répond pleinement aux souhaits exprimés en leur temps par le pape Benoît XVI (Exhortation « Sacramentum caritatis ») et aux règles précisées dans le Code de Droit canonique (Can. 928). Rappelons également qu’il a été souvent reconnu que si certains fidèles se rendaient dans les églises où la Messe était célébrée selon la forme « extraordinaire », c’est parce dans les paroisses où l’on disait suivre la forme « ordinaire », la liturgie était habituellement désacralisée quand elle n’était pas tout simplement sabotée et détournée de son objectif. Souhaitons que l’initiative prise par Mg Aupetit concernant la messe en latin célébrée à Notre-Dame-du-Travail (et que nous espérons exemplaire dans sa mise en œuvre) puisse faire réfléchir d’autres paroisses et d’autres diocèses.


* * * * Jeudi, 9 septembre 2021.
Les Vêpres de la Nativité de la Vierge Marie à l’abbaye d’Einsiedeln (CH) chantées en grégorien avec versets polyphoniques selon la tradition de cette communauté bénédictine : cliquer ici.

* * * * Dimanche, 5 septembre 2021. “De tribune en tribune : les souvenirs d'un organiste engagé (1954-2020)” A lire ici

* * * * Dimanche, 5 septembre 2021. La Constitution dogmatique « Lumen Gentium » (LG) de Vatican II définit l’Église de plusieurs façons. Mais parmi ces définitions, l’une d’elle a pris le pas sur les autres : l’Église « Peuple de Dieu » (LG 9-17). Cette expression a souvent été utilisée pour présenter une Église dans laquelle les décisions seraient prises par « la base » - la « communauté locale » - et remonteraient vers le sommet, c’est-à-dire les évêques et le pape.
En 1966, le Père jésuite Avery Dulles écrivait que « Lumen Gentium » avait un ton « démocratique » dans la mesure où le document conciliaire parlait de la mission de l’Église en termes de « service plutôt que de domination ». Dans une traduction en anglais des textes de Vatican II, une note avait été ajoutée pour expliquer l’utilisation de l’expression « peuple de Dieu ». L’auteur de la note indiquait que cette expression répondait à un « désir profond du Concile de mettre davantage l’accent sur le côté humain et communautaire de l’Église et de moins insister sur les aspects institutionnels et hiérarchiques qui avaient souvent été survalorisés dans le passé. » Ce parti pris « anti-hiérarchique » s’est ancré dans les esprits et a continué de croître dans certains milieux de sorte qu'en 2011, le père Richard McBrien, professeur de théologie, pouvait interpréter l’expression « Peuple de Dieu » de cette façon : « Qui ou qu’est-ce que l’Église ? C’est d’abord et avant tout des personnes. C’est aussi une institution. Mais c’est avant tout une communauté. L’Église, c'est nous. » Ce « principe du Peuple de Dieu », comme il l’appelait alors, devait s’exprimer « dans les conseils paroissiaux, dans les communautés de base, dans la création de nouveaux ministères - et plus particulièrement dans des ministères liés à la liturgie - dans l’éducation et la justice sociale. » Cette insistance postconciliaire sur l'Église en tant que « peuple de Dieu » en est venue à éclipser le concept ecclésiologique peut-être le plus important : la notion que l’Église est l’action continue du Christ dans le monde, opérant mystiquement en tant que chef associé aux membres de son Corps mystique. L’Église n’est donc pas une institution statique : elle est un corps vivant, toujours en mouvement.
Quand on lit attentivement les Constitutions “Sacrosanctum Concilium” et “Lumen Gentium” de Vatican II, on constate qu’elles sont toutes deux dans la ligne de l’Encyclique “Mystici Corporis” de Pie XII qui éclaire la notion de “Peuple de Dieu”. Cette dernière s’impose comme un appel à la participation des laïcs en vertu de leur appartenance au Corps mystique du Christ qui s’est offert en sacrifice. En effet, le chapitre de « Lumen Gentium » intitulé « Le Peuple de Dieu » affirme que ce peuple « a pour chef le Christ » (LG, 9). Et quelques lignes plus loin, le document aborde la nature hiérarchique de l'Église, notant que le sacerdoce ministériel des prêtres et le sacerdoce commun des laïcs diffèrent en essence et pas seulement en degré. Le passage complet est ainsi rédigé : « Le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel ou hiérarchique, qui ont entre eux une différence essentielle et non seulement de degré, sont cependant ordonnés l’un à l’autre : l’un et l’autre, en effet, chacun selon son mode propre, participent de l’unique sacerdoce du Christ. Celui qui a reçu le sacerdoce ministériel jouit d’un pouvoir sacré pour former et conduire le peuple sacerdotal, pour faire, dans le rôle du Christ, le sacrifice eucharistique et l’offrir à Dieu au nom du peuple tout entier ; les fidèles eux, de par le sacerdoce royal qui est le leur, concourent à l’offrande de l’Eucharistie et exercent leur sacerdoce par la réception des sacrements, la prière et l’action de grâces, le témoignage d’une vie sainte, leur renoncement et leur charité effective » (LG, 10). Comme dans les écrits de Pie XII, Vatican II affirme que les fidèles, de par le sacerdoce royal auquel ils participent, concourent activement à l’offrande de l’Eucharistie.
« Sacrosanctum Concilium » développe et confirme cet enseignement en rappelant très clairement que la liturgie n’est pas une action du « Peuple de Dieu » per se mais une action du Christ exerçant son sacerdoce : « Le Christ est toujours là auprès de son Église, surtout dans les actions liturgiques » (SC, 7). Et puisque la nature du Christ inclut son Corps mystique, le culte public que l’Église rend à Dieu est accompli par la Tête et les membres de ce Corps mystique (SC, 7). Les intentions de Vatican II deviennent alors plus claires. La Mère Église désire « que les fidèles soient conduits à cette participation pleine, consciente et active aux célébrations liturgiques » précisément pour qu’ils participent à l’action du Christ. Puisque c’est la méthode choisie par Dieu pour sanctifier son peuple, la participation des fidèles à la liturgie est « le but à considérer avant tout » (SC, 14).
En restaurant la liturgie « Sacrosanctum Concilium » a appelé à retrouver la nature communautaire « et » sacrificielle du Culte divin en sorte que le Corps mystique puisse agir le plus parfaitement possible. Les rubriques de la célébration eucharistique devaient donc tenir compte du rôle des personnes (SC, 31). Il était demandé aux ministres du culte de faire resplendir les rites et, pour cela, qu’il n’y soit ajouté aucun élément qui pourrait en obscurcir le sens. C’est-à-dire que la liturgie devait être célébrée en veillant à lui conserver sa « noble simplicité » qui est le signe distinctif du rite romain (SC, 34, 48). Quant aux questions concernant l’usage des langues vernaculaires (SC, 36) et les adaptations au « génie et aux traditions des peuples » (SC, 37-40), elles étaient censées permettre aux réalités de la liturgie de pénétrer l’esprit et le cœur des fidèles, en faisant d’eux des participants plutôt que des « étrangers ou des spectateurs silencieux » (SC, 48).
En célébrant la liturgie avec tout le soin voulu par Vatican II, le Peuple de Dieu ne devait pas être vu comme une foule d’individus pieux, mais comme le Corps mystique du Christ. Comme le note encore « Lumen Gentium », « il a plu à Dieu de rassembler les hommes en tant que peuple » (LG, 9). Ce rassemblement des hommes ne doit pas être oublié... à condition qu’il n’apparaisse pas comme une fin en soi mais soit une préparation à « l’alliance nouvelle et parfaite réalisée par l’union au Christ » faisant de l’humanité un « sacerdoce royal » (LG, 9) apte à offrir le seul véritable sacrifice.
Vatican II souhaitait pouvoir transformer le monde en fortifiant la grâce de l'Église, en insistant sur la vie christique qui rend la vie humaine toujours plus divine. La source de cette vie christique, bien sûr, était la liturgie sacrée et l’offrande de soi en tant que membre du Corps mystique du Christ. Sans une compréhension approfondie de la théologie du Corps mystique avant le Concile, les laïcs étaient pouvaient parfois être comparés à des cerfs assoiffés cherchant les ruisseaux de la vie du Christ. Il semble raisonnable de se demander s’il n’en va toujours de même pour une grande partie des laïcs « pro-Vatican II » aujourd'hui. En effet, la riche théologie de la « participation » à la liturgie souffre fréquemment du poids des banalités liturgiques venant s’ajouter à une catéchèse demeurée trop longtemps « au ras des taupinières ». Et ainsi la « participation des fidèles » se perd-elle dans un activisme vide, stérile et fatigant.
Le but de Dieu est clair : il désire partager sa propre vie divine avec ses créatures afin d’être « tout en tous » (SC, 48 ; 1 Co 15, 28). Ce qu’Il demande, c’est que son peuple puisse se livrer à son amour miséricordieux manifesté dans la liturgie reçue et offerte par son Église. Telle est la base d’une nouvelle évangélisation « par » la liturgie. Voilà quelle fut la véritable espérance de Vatican II. Rien d’autre.

D’après Denis McNamara

* * * * Mercredi, 1er septembre 2021. L’opération qu’a dû endurer le pape François début juillet s’est avérée plus grave qu’on ne l’a dit. « Un infirmier m’a sauvé la vie », a dit le pape à la chaîne de télévision espagnole « Cope ».
François a dû subir une ablation d’une partie de son côlon au cours d’une intervention chirurgicale qui a duré trois heures. Un diagnostic avait montré une « diverticulite sclérosante » ainsi qu’une inflammation sévère de l’ensemble de la paroi intestinale.

* * * * Mercredi, 1er septembre 2021. « Il est loin d’être prouvé qu’un rituel liturgique simplifié soit plus efficace qu’une liturgie plus complexe, dans la mesure où un symbole liturgique qui se saisit facilement n’est jamais aussi riche de sens qu’un symbole qui se présente sous de multiples facettes et dont la richesse, de ce fait, n’est saisie qu’avec le temps.
Bref, la simplification ou l’appauvrissement des rites ne permet d’obtenir ni une meilleure compréhension de la liturgie, ni la “participation” à la célébration telle qu’elle est souhaitée par Vatican II. »
Card. Francis Georges, conférence pour le 40e anniversaire de la Constitution “Sacrosanctum Concilium”.

* * * * Mercredi, 1er septembre 2021. Qui veut mieux connaître l’histoire de la liturgie romaine doit connaître l’histoire du chant qui lui est apparenté : le « chant grégorien ». C’est une histoire qui, bien que complexe, permet d’avoir une vision d’ensemble sur la naissance, l’évolution et la diffusion des mélodies sacrées constitutives de notre liturgie.
On appelle « Graduel » le livre qui contient toutes les pièces grégoriennes destinées à être chantées au cours de la messe célébrée selon le rite romain. Sur la base des découvertes historiques et musicales les plus récentes, cet ouvrage a été révisé, mis à jour, pour répondre à la demande expresse des pères conciliaires (cf. Const. Sacrosanctum Concilium, n. 117.)
Il semblerait que ce soit Dom Denys de Sainte-Marthe (1650-1725), Supérieur général de la Congrégation de Saint-Maur qui, faisant écho à une longue tradition bien installée dans l’Église, aurait attribué à saint Grégoire-le-Grand (590-604) la paternité de l’ « Antiphonaire » d’où est issu notre « Graduel » actuel. En réalité, on est là en présence de la superposition de deux réalités : d’une part, les renseignements historiques donnés dans la « Vie de saint Grégoire » par Jean Diacre et, d’autre part, l’existence d’un répertoire liturgique parvenu jusqu’à nous. Au passage, il faut préciser que l’expression « chant grégorien » se rencontre déjà au IXe siècle, mais qu’elle ne deviendra vraiment courante qu’au XIXe siècle pour finir par désigner tout chant monodique en latin en usage dans l’Église romaine.
Les études les plus récentes des manuscrits qui sont à la source du « Graduel romain » permettent de diviser la tradition - que nous appellerons « grégorienne » pour simplifier les choses - en deux grandes familles : la famille de l’Est et la famille de l’Ouest, les deux étant séparées grosso modo par les Alpes et la vallée du Rhin. Cependant, on constate que ces deux familles sont les branches d’un même tronc. Cette réalité apparaît clairement quand on considère l’unanimité du répertoire : la même tradition musicale se retrouve de l’Irlande à la Sicile et de l’Espagne à la Pologne. Il faut donc bien convenir que le répertoire grégorien est un, même s’il existe ici ou là quelques variantes de détail. On a là la preuve de l’existence d’un archétype commun dans lequel il est possible de faire une distinction entre les textes et les mélodies.
Mais comment faire pour retrouver cet archétype quand on sait que les premiers témoins d’un « Antiphonaire » en usage pour la messe remontent à la fin du VIIIe siècle et qu’ils demeurent relativement rares avant le début du IXe siècle ?
Ces rares témoins d’avant le IXe siècle peuvent être répartis en trois groupes :
1. Le groupe qui ne donne que les textes mais aucune indication musicale ;
2. Le groupe qui donne des indications musicales mais non les mélodies ;
3. Le groupe des documents notés.
Tous ces manuscrits se retrouvent au nord de la Loire, dans un espace allant de la Bretagne à la Bavière et se répartissent selon deux axes, Ouest-Est et Nord-Sud, qui se croisent en Lotharingie.
Après avoir déterminé de façon probable où se situe l’archétype de notre « Graduel » grégorien, il conviendrait d’en préciser la date.
A partir de leurs recherches, les liturgistes ont pu conclure que l’ouvrage reproduirait un modèle romain compilé peu avant 741. Il s’agirait de l’ « Antiphonaire » qui fut envoyé à Pépin-le-Bref par le pape Paul Ier. Mais ceci ne vaut que pour le texte littéraire. Pour le texte musical, la question est bien plus complexe étant donné qu’il n’existe pas de traces de notation.
Si le texte littéraire vient de Rome, faut-il chercher à la même source le texte musical ? Ici apparaît une nouvelle difficulté : les manuscrits romains notés sont tous relativement tardifs (XIIIe siècle) et présentent des mélodies différentes de celles données par l’ « Antiphonaire » dont on tente de trouver l’origine. Ce que l’on découvre, cependant, c’est que le psautier romain fut abandonné au profit du psautier gallican dont l’usage fut préconisé par Charlemagne et qui fut généralisé dans la liturgie avant 780.
Que peut-on en déduire à la lumière des textes et des mélodies dont les premières traces se trouvent dans les manuscrits liturgiques les plus anciens ?
Que le « chant grégorien » dérive du chant en usage à Rome et qu’il a été adopté par les Francs moyennant des transformations du texte littéraire et du texte musical opérées dans le nord-est des Gaules. C’est ce que démontre la structure modale de notre répertoire grégorien : elle traduit une certaine influence orientale (également présente dans le chant mozarabe.)
Quant à la notation neumatique, elle procède d’un système complexe probablement élaboré depuis la fin du VIIIe siècle à partir de signes prosodiques et phonétiques déjà employé par les copistes et modifiés dans le sens d’une intention « chironomique », c’est-à-dire dans le but de traduire sur le parchemin les gestes de la main que faisait un maître de chœur face à sa schola pour aboutir à la meilleure exécution possible du chant.
C’est par cette notation neumatique - à laquelle le bon plaisir de certains interprètes contemporains ne doit pas vouloir faire dire plus qu’elle ne dit - que s’est opérée la diffusion du chant grégorien moins d’un siècle après sa composition.
Pour conclure, on peut avancer que notre « Graduel » qui contient les pièces grégoriennes de la messe et qui est en usage aujourd’hui selon la volonté de l’Église (cf. Vatican II), a été composé vers 760-790, très vraisemblablement dans le nord-est des Gaules, par transformation d’un modèle romain.
L’introduction de ce chant alors nouvellement composé a conduit tout naturellement à opérer des modifications au sein-même de la liturgie. L’étude du chant grégorien prouve que, bien avant Vatican II, notre liturgie dite « romaine » a connu des modifications : son histoire est loin d’avoir été simple et régulière.

* * * * Lundi, 30 août 2021. Le pape François a nommé son maître de cérémonie, Mgr Guido Marini (56 ans) évêque de Tortona (Piémont). Mgr Marini, originaire de Gênes, a été responsable de l’organisation liturgique des services pontificaux pendant près de 14 ans. Docteur en Droit canonique et titulaire d’un diplôme en psychologie de la communication, il avait été nommé par Benoît XVI au poste qu’il a occupé jusqu’aujourd’hui. Il n'a pas encore été annoncé qui sera responsable de la préparation et de la mise en œuvre des liturgies papales.
Dès l’élection du pape Bergoglio, il y avait eu des spéculations concernant un remplacement de Mgr Marini. Ce dernier avait un sens de la liturgie (Vatican II appliqué de façon « traditionnelle ») qui ne correspondait pas au style qu’entendait affirmer le pape François, lequel est très peu intéressé par la liturgie et son rapport étroit avec la doctrine.
On a raconté que, dans la sacristie, lorsque Mgr Marini a présenté au pape nouvellement élu la « mozette », une cape en velours rouge avec ourlet de fourrure blanche, François aurait refusé de la porter en disant : « Le carnaval est terminé. » Cette anecdote n’a toutefois jamais été confirmée.
Pour le moment, on ne sait pas qui sera le nouveau responsable de la préparation et de la mise en œuvre des liturgies papales. Si c’est un prélat se situant dans la ligne du pape, alors il est à craindre que la désaffection des fidèles aux célébrations ira en s’accentuant.
La messe du 15 août à la cathédrale de Tortona (un blabla introductif, un chantre assourdissant, un orgue désaccordé, un célébrant qui parle à Dieu en regardant l'assemblée, des chants aux mélodies sans le moindre rapport avec les textes...) :
voir ici.

* * * * Lundi, 30 août 2021. La mouvance traditionaliste, marginale à l’échelle de l’Eglise universelle, apparaît aux yeux du pape François comme homogène et globalement hostile à la messe dite « de Paul VI » et à Vatican II.
Il semble ne la connaître qu’à travers les informations qui lui parviennent et dont l’objectivité mériterait d’être vérifiée. Vue de Rome, la France, où la réalité de cette mouvance, nettement visible, est plutôt diverse, ne constitue qu’un cas particulier.
Jean-Paul II et Benoît XVI ont certes bien tenté de recoudre la tunique déchirée par les dérives de l’après-concile (déjà en germe dès les années d’après la seconde Guerre Mondiale si ce n’est depuis la crise du modernisme issu de la Renaissance) en permettant la célébration de la messe avec les anciens livres (appelée improprement « tridentin ») afin de maintenir l’unité des fidèles dans l’Eglise romaine. Hélas, l’enrichissement mutuel des deux « formes » liturgiques appelé de ses vœux par Benoît XVI n’ayant jamais connu véritablement le moindre début de commencement de part et d’autre, la situation s’est enlisée.
Constatant sur ce plan l’échec de « Summorum Pontificum » et percevant parallèlement la triste réalité de deux types d’assemblées distinctes, étrangères l’une à l’autre, au sein même de l’Église romaine, François a pris le taureau par les cornes (ce qui peut expliquer la tonalité de son Motu proprio). Une question en passant : le texte de « Traditionis Custodes » est-il bien de sa main, lui qui passe pour être ni sensible ni attentif aux questions liturgiques ?
En décidant à sa manière de juguler la célébration de la messe avec le Missel donné par son prédécesseur Jean XXIII, le pape actuel, en définitive, appelle surtout à mieux célébrer la messe « selon l’Ordo révisé » (et non pas « réformé » - les protestants ne célèbrent pas de messe) qui, à l’instar du précédent, transmet depuis sa promulgation la norme liturgique pour toute l’Eglise romaine.
Se basant sur des apparences, certaines analyses distinguent deux ethos différents selon les « formes » du rite romain. En réalité, ce sont bien plutôt les manières de célébrer la liturgie, la tenue (les postures) des célébrants, les ajouts et changements arbitraires introduits ex nihilo qui confèrent au Missel de 1969 un éthos étranger à sa substance ; ce Missel découlant de son devancier, en quoi son éthos serait différent ?
En plaçant en regard les deux éditions du Missel romain (1570/1962 et 1969/2002), on s’aperçoit que le rite romain, à travers l’ordonnancement de ses parties constitutives, demeure inchangé. Le texte latin - le seul qui soit la référence - est bien celui de la messe. Seul véritable point « dur », la modification de l’Offertoire : elle suscite maintes controverses. Mais il faut rappeler que l’Offertoire actuel est plus proche de celui qui se faisait avant l’ajout de prières qui n’avaient pas leurs sources dans la liturgie. Quoi qu’il en soit, il y a toujours consécration et le déroulement liturgique n’a pas changé à la suite de Vatican II. C’est donc toujours la messe !
Benoît XVI a dit aux évêques : « Il n’y a aucune contradiction entre l’une et l’autre édition du Missale Romanum. [...] Ce qui était sacré pour les générations précédentes reste grand et sacré ».
L’Église de Rome tout entière, « tradis » inclus, ne règlera les questions complexes liées à la restauration liturgique et au concile Vatican II, qu’en les envisageant selon l’approche incontournable développée par Benoît XVI du renouveau dans la continuité. En est-elle capable ? Et le veut-elle ?
Non seulement possible mais voulue par le concile Vatican II et portée par « Sacrosanctum Concilium », la célébration de la messe de façon orientée, en latin et chantée en grégorien devrait être impérativement promue et soutenue. Et assumée par les évêques, gardiens du dépôt de la foi et garants de la liturgie dans leur diocèse !
Dans un contexte de désert spirituel grandissant, où le sentimentalisme fait office de placebo, il devient urgent de commencer, en « mettant le paquet » sur l’orientation du célébrant.
Au contraire de ce que nous voyons couramment, la restauration liturgique décidée par le Concile n’a jamais ni supprimé l’orientation du célébrant ni contraint ou obligé celui-ci à officier face au public. Il n’existe aucune mention formelle à ce sujet. Le §299 de l’ « Instruction Générale du Missel Romain » (IGMR, 2002), relatif à l’autel, ne fait qu’évoquer vaguement une possibilité.
Bien plus, la mention « se tournant vers les fidèles » est précisée cinq fois dans le Missel actuel : §124 (ouverture), §146 (Orate fratres), §154 (rite de la paix), §157 (Ecce Agnus Dei…), et §165 (prière après la communion). Ainsi que, naturellement, pour la bénédiction finale. Tout ceci ne prouve-t-il pas que le célébrant devrait « normalement » officier tourner vers l’orient géographique ou liturgique (abside) ?
L’abandon à terme de l’ancien Missel voulu par l’actuel évêque de Rome suppose comme préalable indispensable un usage du Missel actuel qui soit véritablement conforme à la Tradition et à la pratique léguée du rite romain. C’est le prix à payer par l’Église tout entière pour le retour à l’unité. Quel programme !

* * * * Vendredi, 27 août 2021. Le pape François constate la baisse de fréquentation des églises pour la messe dominicale. C’est ce qui ressort d’un communiqué publié le 23 août dernier.
On oublie généralement que cette baisse ne date pas de Vatican II ; elle avait commencé bien avant le dernier Concile comme le montrent toutes les études et les statistiques. Mais la façon désordonnée avec laquelle les évêques ont mis en œuvre la liturgie restaurée à la suite du Concile n’a sûrement pas arrangé les choses. Elle les a même aggravées. Souvenons-nous des années 1970 et suivantes : il fallait faire revenir les fidèles à la messe et la majorité des prêtres ont cru y parvenir en « bazardant » la liturgie, en faisant l’exact contraire de ce que « Sacrosanctum Concilium », puis le Missel révisé, demandaient de faire. Cette stratégie destructrice a encore cours dans la majorité des paroisses et des cathédrales (il suffit de voir à quoi ressemblent les messes de communions solennelles ou les funérailles des stars du show business) où l’on pense pouvoir redresser la situation en élaborant des célébrations dont le « kitsch » et l’artifice censés plaire sont sans rapport avec la dignité et la « noble simplicité » qui caractérisent toute liturgie, et plus spécialement la liturgie romaine.
Un certain clergé influent et bien en vue, soumis aux idéologies du temps, porte en grande partie la responsabilité de cette chute de la pratique dominicale que constate le pape François et que nous constatons avec lui. Et autour de ce clergé à la doctrine déformée et déformante se trouvent les fameuses « équipes d’animation liturgique » qui n’ont jamais rien su animer mais sont toujours parvenues à faire fuir les fidèles.
Enfin, à ces causes de la désertification des églises on peut - on doit ! - ajouter la sécularisation de la société et le fait que pour une majorité de gens, la vie se déroule au jour le jour, sans souci de l’avenir et encore moins de ce qui se passe après la mort. Par conséquent, assurer son salut est bien la dernière des préoccupations de celles et de ceux qui se rendent encore dans une église, que ce soit régulièrement ou occasionnellement : les simili-rites qu’ils voient faire plus ou moins maladroitement par des clercs se donnant en spectacle ne sont sûrement pas faits pour subjuguer les assistances et leur faire sentir qu’ils « participent par un avant-goût à cette liturgie céleste qui se célèbre dans la sainte cité de Jérusalem à laquelle nous tendons » (Sacrosanctum Concilium, n. 8).
La société s’est sécularisée... et un certain clergé soixante-huitard lui a emboîté le pas comme pour avoir sa part dans ce processus de sécularisation qui, pensait-on, devait libérer l’Église de vieilles contraintes devenues excessives au cours du temps. L’abandon de l’habit religieux - dont le port est pourtant obligatoire pour les clercs - fut l’un des symptômes de la sécularisation dont rêvaient nombre de prêtres et d’évêques déguisés du jour au lendemain en « cadres légèrement supérieurs » (Cf. André Frossard, Lettre aux évêques). Le saccage de certains sanctuaires fut un autre symptôme : la messe devait être célébrée sur des caisses ou des tables ; exit le latin et le grégorien auxquels les jeunes qui fréquentent aujourd’hui certaines abbayes voient comme un moyen efficace de les « happer », de les entraîner dans une dimension purement et hautement spirituelle.
Relisons Benoît XVI qui était, bien avant François, conscient de cette situation d’abandon de la pratique dominicale. Non seulement il connaissait la réalité, mais en plus il l’analysait et proposait des solutions (qui ne furent jamais suivies par les évêques) pour sortir de la crise. Avec le pape François, les choses ont pris un tour différent : s’il reconnaît l’ampleur de la crise, il devrait aussi reconnaître que ce n’est pas en louant l’œuvre de Martin Luther et en plaçant des reproductions de la Pachamama dans les églises qu’il pouvait espérer la ralentir. Bien au contraire !
Le pape François devrait savoir - et nos prêtres avec lui - que si déjà on fait la démarche d’aller à la messe dominicale, ce n’est ni pour être accueilli par un « mot de bienvenue », ni pour voir les moulinets d’un animateur ou d’une animatrice « liturgique », ni pour écouter de misérables petits chants qui tentent vainement de produire un effet faussement festif, ni pour voir un célébrant qu’on devine étranger à l’ « esprit de la liturgie », fut-il respectueux des rites. Non ! On va à la messe - on doit aller à la messe - pour reprendre contact avec le sacré que traduisent ensemble les rites, la beauté née de la liturgie elle-même et enfin l’effacement des ministres de l’autel. Il n’est pas nécessaire d’aller dans une paroisse dite « traditionaliste » pour trouver ces éléments qui sont l’essence-même de la liturgie : il suffit d’exiger de nos prêtres et de nos évêques qu’ils mettent rapidement et partout un terme aux pitreries qui ont eu cours après Vatican II et qu’ils aient une solide formation liturgique leur permettant de mettre en œuvre le culte divin tel que transmis par l’Église. Il suffit de leur rappeler à temps et à contretemps que « tous les fidèles du Christ disposent du droit de bénéficier d’une véritable liturgie qui soit conforme à ce que l’Église a voulu et établi, c’est-à-dire telle qu’elle est prescrite dans les livres liturgiques et dans les autres lois et normes. » (Instruction “Redemptionis Sacramentum”).
Parions que commencer par appliquer ce principe pourrait changer bien des choses au sein de l’Église et, par ricochet, dans nos sociétés en mal de sacré, en mal de valeurs, en mal de repères.


* * * * NOUVEAU Vendredi, 27 août 2021.
À en croire certains articles récents publiés sur les réseaux sociaux, la publication du Motu proprio « Traditionis custodes » par le pape François aurait mis le monde catholique en ébullition.
Ceux qui avancent de tels propos gagneraient peut-être à sortir de leur microcosme paroissial « tradi » pour se rendre compte que le Motu proprio en question n’a provoqué nulle ébullition à l’échelle de l’Église universelle.
Il n’a provoqué aucune ébullition dans les paroisses fréquentées par des fidèles de moins en moins nombreux et de plus en plus âgés - qui acceptent depuis des années les célébrations liturgiquement dégradées - et souvent même délabrées - qui sont célébrées dimanche après dimanche depuis des années ;
Il n’a provoqué aucune ébullition là où la liturgie restaurée à la suite de Vatican II est célébrée comme elle doit l’être, c’est-à-dire solidement ancrée dans la Tradition, sans ajouts, omissions ou modifications, chantée en grégorien et éventuellement « versus orientem ».
Disons les choses franchement : pour la grande majorité des pratiquants, le Motu proprio est passé totalement inaperçu et n’aura rien changé. Preuve que la liturgie n’est pas un sujet qui passionne les fidèles pratiquants, lesquels - il suffit de les interroger pour s’en rendre compte - ne savent plus rien à propos des messes auxquelles ils se rendent et pensent que la première raison d’être d’une célébration (messe dominicale, mariage, funérailles) est de correspondre aux goûts de ceux qui la fréquentent. La liturgie n’est pas davantage un sujet qui passionne les prêtres et les évêques lesquels, à quelques exceptions près, n’ont plus que de très vagues idées (parfois même fausses) à son sujet.

* * * * Jeudi, 26 août 2021. LA RESURRECTION DE « SACROSANCTUM CONCILIUM »
« Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, le troisième jour, il ressuscite. » (Luc 9, 22)
Toute grande œuvre de l’Église suit le chemin de la vie terrestre du Christ. Portée par l’Esprit Saint elle commence dans un printemps de joie, puis arrive l’hiver de la passion et de la mort apparente et, enfin, elle fleurit dans l’été de la résurrection et de la gloire. La théologie carmélitaine enseigne cette vérité avec une précision particulière au sujet de l’ascension spirituelle des âmes. Celles-ci ne peuvent qu’atteindre la perfection en traversant l’épreuve que saint Jean de la Croix nomme « la nuit de l’esprit », formée de tourments terribles, intérieurs et extérieurs, que sainte Thérèse d’Avila décrit en détail dans la sixième demeure de son « Château intérieur ».
Ceci est tout aussi vrai pour l’œuvre des conciles. Le grand archevêque, missionnaire et intellectuel, le vénérable Fulton Sheen, affirmait ainsi, en 1979, peu avant sa mort : « Les tensions qui ont eu lieu après le concile ne sont pas étonnantes pour ceux qui connaissent entièrement l’histoire de l’Église. C’est un fait historique qu’à chaque fois qu’il y a une descente importante de l’Esprit Saint, tel que pendant un concile œcuménique, il y a toujours des attaques supplémentaires de l’anti-Esprit, du démon. » (A Treasure in Clay, p. 308)
En effet, après le concile de Nicée, au IVe siècle, la crise dite « arienne » qu’il était censé corriger s’empira au contraire, au point il où fallut convoquer, 50 ans plus tard, le concile de Constantinople pour y mettre enfin un terme. Et que dire du grand concile de Trente, qui répondit brillamment, point par point, aux divers « réformateurs » protestants ? Il eut lieu de 1545 à 1563, et les guerres de religion qui mirent l’Europe à feu et à sang, entre catholiques et protestants, elles, commencèrent… en 1562.
Qu’en fut-il de la réforme liturgique des deux derniers siècles ? Née brillamment au XIXe siècle dans les cœurs, les esprits et les lieux de cultes de profonds théologiens et hommes d’Église, elle fut peu à peu portée jusqu’au Magistère, d’abord avec la réforme du bréviaire de saint Pie X, ensuite avec celle de la Semaine sainte du vénérable Pie XII et, enfin, le concile œcuménique Vatican II consacrait les fruits de ce travail dans sa constitution « Sacrosanctum Concilium », qui donna les principes théologiques et pratiques généraux d’une réforme d’ensemble du culte catholique. Voici, pourrait-on dire, les « mystères joyeux » de la réforme liturgique.
Mais que se passa-t-il ensuite ? Il est difficile de décrire l’ampleur du désastre qui arriva, de la passion et de la mort qu’a traversé cet aspect si essentiel de la vie de l’Église catholique. Peut-être pourrions-nous commencer par l’illustrer avec cette description de la place du culte au congrès mondial de la revue « Concilium » de 1970, cinq ans après la clôture de Vatican II, qui regroupait alors l’élite mondiale de la théologie catholique. Tracey Rowland, membre actuelle de la Commission théologique internationale, rapporte ainsi l’expérience du père dominicain Cornelius Ernst, alors présent : celui-ci s’est « plaint que les organisateurs aient conçu le congrès comme un événement politique, un exercice pour faire pression sur les autorités de l’Église […] ; qu’il n’y ait pas eu de messe les jours de semaine ; que la messe du dimanche ait été différée pour le bénéfice des médias et dominée par une chorale d’écoliers belges chantant des airs sautillants […] » (Catholic Theology, p. 91)
La description est brève, mais suffisante pour que quiconque est familier de « Sacrosanctum Concilium » puisse saisir la contravention la plus totale de son enseignement dans ce qui devrait être une rencontre hautement spirituelle. Moins d’une décennie après l’écriture et l’adoption de ce texte, il était déjà manifestement ignoré et méprisé par ceux qui auraient dû être les mieux placés pour le comprendre et le vivre. On pourra mentionner, en passant, que la débâcle manifeste de « Sacrosanctum Concilium » pesa certainement lourdement dans les facteurs qui poussèrent, en 1972, les pères Hans Urs Von Balthasar, Joseph Ratzinger et Henri de Lubac à fonder « Communio », la revue qui devait heureusement prendre le relai comme figure de proue de la recherche théologique catholique.
Si l’état de la liturgie était tel parmi l’élite de l’Église, malheureusement sur le terrain, dans les paroisses, diocèses et communautés religieuses, les choses n’allaient pas autrement. Sans passer trop de temps sur ceci - les descriptions seraient longues, et les abus sont encore dans la mémoire de beaucoup - nous citerons simplement le constat d’un des plus grands artisans du renouveau liturgique du milieu du XXe siècle, qui était un soutien initialement enthousiaste des efforts de réforme postconciliaires, le père Louis Bouyer. En 1968, trois ans après la clôture du concile, il affirmait : « Une fois de plus, ici, il faut dire les choses sans ambages : il n’y a pratiquement plus de liturgie digne de ce nom, à l’heure actuelle, dans l’Église catholique. La liturgie d’hier n’était plus guère qu’un cadavre embaumé. Ce qu’on appelle liturgie aujourd’hui n’est plus guère que ce cadavre décomposé. » (La décomposition du catholicisme, p. 144)
Le constat est on ne peut plus sévère. Le culte catholique serait donc passé d’un état dominant de formalisme souvent creux, vécu sans en pénétrer véritablement le sens, et donc avec peu de profit spirituel, à un état de chaos généralisé. Plutôt que de faire revivre la liturgie, les premiers efforts de réforme pour la faire sortir de son état « embaumé, » l’auraient plutôt amenée à celui pire encore de « décomposé. » Avant, il restait au moins la forme. Ensuite, même pas cela. Les principes et règles fondamentales du culte catholique n’étaient plus réellement vécus, ni dans les gestes, ni dans les cœurs.
La liturgie est donc bien morte au courant des années 1960. Après le printemps de la redécouverte par le mouvement liturgique de ses principes théologiques, historiques et spirituels, qui furent ensuite consacrés par le magistère, elle fut conduite à sa flagellation, son humiliation et, finalement, à son meurtre.
« “Femme, pourquoi pleures-tu ?” Elle leur répond : “On a enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où on l’a déposé.” » (Jean 20, 13)
Cependant, l’Église est indéfectible. Elle ne peut pas s’effacer devant les portes de l’Enfer, et cela implique que ses attributs essentiels possèdent cette grâce aussi. L’Église aura ainsi toujours une hiérarchie et des sacrements valides, elle préservera toujours le dépôt de la foi, et elle ne perdra jamais, au moins totalement, l’essence de sa liturgie. Le peuple de Dieu est par nature un peuple de prêtres, de sacrifice et de louange, une assemblée vouée au culte. Toute mort concernant sa liturgie sacrée ne peut donc qu’être apparente et elle ne peut qu’être permise temporairement par la volonté du Très Haut pour la purification de son peuple, pour l’amener à un plus grand rayonnement de sa Gloire, même si un tel châtiment peut durer quarante années dans le désert.
Où en sommes-nous aujourd’hui ?
« Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai. » (Jean 2, 19)
Méditons le passage du livre des Rois dans lequel, pendant la rénovation du Temple ordonnée par le roi Josias, il y eut une découverte inattendue : « Le grand prêtre Helcias dit au secrétaire Shafane : “J’ai trouvé le livre de la Loi dans la maison du Seigneur.” […] Après avoir entendu les paroles du livre de la Loi, le roi déchira ses vêtements. […] Le roi fit convoquer auprès de lui tous les anciens de Juda et de Jérusalem. […] Il s’engageait à suivre le Seigneur en observant ses commandements, ses édits et ses décrets, de tout son cœur et de toute son âme, accomplissant ainsi les paroles de l’Alliance inscrites dans ce livre. Et tout le peuple s’engagea dans l’Alliance. » (2 Rois 22-23)
On avait alors perdu le Livre de la Loi ! Au point de l’avoir oublié… Mais quand le grand roi Josias entendit pour la première fois les paroles inspirées, il engagea une réforme générale de la religion et de la liturgie des Hébreux, qui était tombée dans un chaos à peu près complet, jusqu’à un culte idolâtrique, rendu aux Baals et autres divinités païennes, qui se tenait dans le Temple de Salomon.
Ne sommes-nous pas dans une situation analogue ? Qui peut lire les paroles inouïes en majesté de « Sacrosanctum Concilium » sans sentir quelque chose comme le déchirement intérieur de Josias ? Nous avons tellement erré ! Et la parole de l’Église de Dieu est si grande, belle et vraie !
Que faut-il faire ? Il est l’heure de la résurrection, qui doit tout d’abord avoir lieu dans nos cœurs et nos actes. Comme le peuple de Dieu sous la conduite de Josias, il faut revenir à l’attitude la plus fondamentale dans le service du Seigneur : « Ecoute, Israël ! » (Deut 6, 4)
Oui, écoute ! Que dit vraiment le saint Concile ? Voilà la voie à suivre. Résumons sa spiritualité :
« La liturgie est le sommet vers lequel tend l’action de l’Église, et en même temps la source d’où découle toute sa vertu. » (SC §10)
Oui, rien n’est plus important que la liturgie car « tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta pensée. C’est le premier et le plus grand commandement. » (Mt 22, 37-38). Et la liturgie est le lieu où nous servons Dieu, où nous l’aimons, le plus directement, le plus immédiatement et le plus puissamment.
Dans toutes les autres circonstances de la vie, nous honorons le Seigneur en lui offrant le sacrifice d’actes qui ont pour objet immédiat et premier des choses du monde. Mais dans son culte sacré, nous lui offrons le sacrifice de sa propre Parole, de son Corps et de son Sang. Rien ne peut être supérieur à cela, et par nul autre moyen nous pouvons entrer dans une communion plus profonde et plus complète avec Lui. C’est seulement dans le Temple que l’eau vive peut-être puisée avec une telle profondeur pour le salut du monde. Il ne peut donc rien y avoir au-dessus de la liturgie dans la vie de l’Église. La pensée du contraire serait le signe que l’on est tombé dans une forme d’idolâtrie ou une autre religiosité, mettant quelque chose au-dessus du service du Très Haut.
Ensuite, la liturgie se reçoit. « C’est pourquoi absolument personne d’autre, même prêtre, ne peut, de son propre chef, ajouter, enlever ou changer quoi que ce soit dans la liturgie. » (SC §22) La source de la liturgie est la Tradition, et le Saint-Siège est le modérateur premier de celle-ci. Ce qui resterait ensuite de décisions graves sont confiées aux évêques. Voilà les règles à suivre, et les seules. Comme le culte de l’ancienne alliance, dont les règles sont déployées en détail dans le Pentateuque, le culte de la nouvelle alliance se reçoit et ne s’invente pas. Nous adorons Dieu selon la manière qu’il nous donne de le faire par son Église, et cela passe par la Tradition, le Saint-Siège et la hiérarchie épiscopale. Les initiatives liturgiques ne respectant pas ces fondements et qui ont fleurie ces cinq dernières décennies sont donc des attitudes absolument anticatholiques et sacrilèges.
Ensuite, la liturgie doit être vécue de manière toujours plus profonde par le chrétien : « Cette participation pleine et active de tout le peuple est ce qu’on doit viser de toutes ses forces dans la restauration et la mise en valeur de la liturgie. Elle est, en effet, la source première et indispensable à laquelle les fidèles doivent puiser un esprit vraiment chrétien ; et c’est pourquoi elle doit être recherchée avec ardeur par les pasteurs d’âmes, dans toute l’action pastorale, avec la pédagogie nécessaire. » (SC §14)
Qu’entend le Concile par l’expression de « participation pleine et active » ? Cela signifie que la liturgie ne peut pas rester qu’un acte extérieur et formel pour être vécue en vérité. Le chrétien doit tendre toujours plus à vivre intérieurement et réellement les actes que le culte lui donne d’accomplir. Et cela doit être « recherché avec ardeur. »
Ainsi, le « Kyrie eleison » doit être une réelle imploration de la miséricorde de Dieu, comme celle du publicain de l’Évangile qui, par cette humilité, « était devenu un homme juste. » (Lc 18, 14) Le « Sanctus » doit être une exultation parmi les Séraphins. La consécration doit être un moment d’oblation et d’adoration totale devant le Mystère le plus élevé de Dieu se rendant présent sur l’autel.
Chaque geste, antienne, lecture et chant doit devenir progressivement un moment, une action, vécue toujours plus pleinement dans sa vérité. D’ailleurs, que seraient nos cultes sinon ? Qu’est-ce qu’un homme qui dit « credo, » mais ne croit pas ? Qui se mettrait à genoux, et n’adorerait pas ? Qui se frapperait la poitrine sans se repentir ? De son trône dans le Tabernacle, le Seigneur ne serait-il pas en train de le regarder comme les pharisiens ? « Hypocrite ! »
Et, bien sûr, cette sincérité, cette droiture, ne peut pas se limiter au temps de culte pour que la liturgie soit vécue pleinement. Celle-ci ne peut que véritablement vivre et rayonner si elle est vécue dans une vie chrétienne sincère et fervente en tous ses autres aspects essentiels : « Pour obtenir cette pleine efficacité, il est nécessaire que les fidèles accèdent à la liturgie avec les dispositions d’une âme droite, qu’ils harmonisent leur âme avec leur voix, et qu’ils coopèrent à la grâce d’en haut pour ne pas recevoir celle-ci en vain. » (SC §11) Il serait, en effet, impossible d’essayer d’entrer dans les mystères les plus élevés de Dieu, déployés dans le culte, sans par ailleurs que nous fassions de réels efforts de cheminement vers la sainteté. Cela implique, au minimum, d’adhérer pleinement à la foi de l’Église, de rejeter tous les péchés, de cultiver les vertus et en particulier la charité, d’avoir une vie de prière personnelle et de pénitence régulière, et de participer à la hauteur de ses moyens à l’apostolat de l’Église. En d’autres termes, cela implique de chercher à vivre l’Évangile en toutes ses dimensions.
Car la liturgie est bien la source et le sommet de la vie chrétienne. Comme Moïse montant converser avec le Seigneur au Sinaï, le chrétien va s’y ressourcer et adorer son Dieu, et il en revient ensuite, rayonnant de grâces, apporter la lumière au monde. Elle est à la fois le lieu où le baptisé puise l’eau vive à répandre, et l’autel où il offre ensuite les mérites acquis au Dieu trois fois saint. Mais si cette vie n’est vécue que partiellement, le cycle, pour ainsi dire, de réception et de transmission des grâces est rompu. Nous arriverions à l’autel les mains vides, en imposteurs. Nous nous présenterions pour recevoir le salaire des moissonneurs sans avoir moissonné. « Comment es-tu entré ici, sans avoir le vêtement de noce ? » (Mt. 22, 12) Et le Seigneur ne saurait tolérer un serviteur qui ne porte l’eau vive à personne. « Tout arbre qui ne porte pas de bons fruits est coupé et jeté au feu. » (Mt. 7, 19) Seule une âme véritablement animée par l’Esprit de l’Évangile, configurée au Logos éternel, peut traverser le rideau du Temple pour vivre ce qui se déroule dans le saint des saints.
Cependant, si la théologie et la spiritualité de « Sacrosanctum Concilium » sont bien vécues dans leur intégralité, en vérité, la liturgie devient le lieu par excellence où l’on va - comme l’écrivait saint Grégoire de Nysse, au sujet de la vie spirituelle - « de commencement en commencement, par des commencements qui n’ont pas de fin. » L’on s’y élève à Dieu avec une puissance inégalable, et l’on obtient en retour des grâces extraordinaires pour le monde. Car la liturgie est « l’action sacrée par excellence dont nulle autre action de l’Église ne peut atteindre l’efficacité au même titre et au même degré. » (SC §7)
Comment donc sauver le monde ? Que ressuscite « Sacrosanctum Concilium » ! Prenons aujourd’hui la constitution du saint Concile et lisons là à nouveau, comme Josias, les anciens, et le peuple de Juda. « Ecoute, Israël ! » Et puis, surtout, faisons ensuite ce qu’elle dit : « Quiconque entend ces paroles que je dis et les met en pratique, sera semblable à un homme prudent qui a bâti sa maison sur le roc. » (Mt 7, 24) L’Esprit Saint aujourd’hui s’adresse à nous, comme à saint Augustin, peu avant son illumination : « Tolle, lege », « prend, lis ! » Si comme lui, nous voulons recevoir la grâce de la régénération spirituelle, de la résurrection, nous devons obéir à la Parole sacrée. Il n’y a pas d’autre voie. Et quand cela sera fait, la crise actuelle de la liturgie sera alors bien rapidement un mauvais souvenir, comme le sont aujourd’hui la crise arienne et tant d’autres, et l’Église rayonnera d’une gloire, d’une splendeur qui nous est difficilement concevable, nous qui sommes nés au désert.
Et cela arrivera, avec certitude, car toute mort apparente du Corps mystique du Christ, où d’un de ses attributs essentiels, ne peut que mener à sa résurrection qui aura infailliblement lieu « au troisième jour. » Qu’il vienne !

Source :
Esprit de la Liturgie.

* * * * Mercredi, 25 août 2021.
À chaque fois qu’un ministre de l’Église, simple prêtre ou évêque, fait intervenir son propre jugement de valeur dans une célébration eucharistique, il n’y a plus de possibilité d’accéder à une compréhension intégrale de la liturgie.
Autrement dit, aussitôt qu’un prêtre délivre sa façon personnelle de traiter la liturgie et non la façon dont l’Église demande que soit célébrée le culte divin, il se comporte comme un simple fidèle laïc et non plus comme le pasteur qu’il doit être. De ce fait, il perd son statut de ministre de l’Église et ses diverses façons de célébrer l’unique liturgie le mettent en scène mais « sa » célébration elle-même n’agit plus guère : elle n’est plus qu’une représentation, qu’une sorte d’effet de surface. Elle tend à créer une situation pendant laquelle le fidèle suspend sa raison afin de ne se laisser porter que par la théâtralité du célébrant.
Toute liturgie transformée en représentation possède des aspects fictionnels. Certes, le célébrant portera toujours - du moins l’espère-t-on - une aube et une chasuble. Il parlera toujours d’un siège ou en se tenant à l’autel... Mais il ne s’efforcera plus que de « faire vrai » à l’aide d’artifices tels que les tons de voix chaleureux, les regards appuyés sur l’assemblée des fidèles, les hochements de tête venant souligner chaque mot d’une oraison... Pourquoi « faire vrai » ? Parce que s’il ne fait pas vrai, il supposera que personne ne fait attention à lui, à sa personne.
En liturgie, l’apparence fait la moitié du travail. Le statut de ministre de l’Église fait l’autre moitié. En revanche, ces deux moitiés ne garantissent ni la rectitude de la « lex orandi », ni la vérité doctrinale des interventions personnelles du célébrant. De plus, le « programme de la célébration » élaboré par telle commission paroissiale crée un autre biais qui, le cas échéant, fera faire et dire tout autre chose que ce que croit transmettre le « célébrant en représentation ». D’où la question : la liturgie doit-elle transmettre une information authentiquement catholique ou doit-elle permettre de jouer sur le vedettariat de tel célébrant afin de créer une illusion de célébration liturgique ?
Aujourd’hui, nombre de célébrants communiquent et produisent des signes. En réponse, leurs représentations ne génèrent plus que des « effets de croyance » qui, à plus ou moins brève échéance, ont des conséquences dramatiques : égarement des fidèles, chute de la pratique dominicale, extinction des vocations... Présentés comme des pasteurs avenants, ces célébrants « en représentation » dès qu’ils sont à l’autel sont accueillis par certains groupes de fidèles comme des prophètes, voire des messies. Mais à y regarder de plus près, on voit qu’ils ne savent célébrer que des oripeaux de liturgie : la doctrine, le silence et l’adoration sont remisés. Désormais, c’est leur parole seule qui apparait comme un acte de foi. Parmi les croyants qui les suivent, se développent alors différents mouvements auxquels on adhère non plus en fonction d’un acte de foi mais en fonction de la sympathie que dégage leur « leader ».
Ces derniers, fort de leur succès auprès de telle ou telle catégorie de fidèles, sont généralement persuadés du bien fondé de leurs conceptions de la liturgie, de leurs actions pastorales et de leur opposition à telle conception du culte divin. Ils ne se remettent jamais en cause, ne doutent jamais d’eux. Quant aux fidèles qui les suivent, ils demeurent toujours certains de leur engagement même quand l’Église aimerait les voir emprunter d’autres voies pour célébrer sa foi.
Afin de remédier à leur incompétence en matière de liturgie, certains pasteurs se considèrent comme d’autres « autorités » en créant des évènements : synodes diocésains, messes festives, rassemblements interparoissiaux... Pour eux, l’essentiel est de se faire voir et de se faire entendre « en représentation », quitte, à défaut de passer pour d’authentiques ministres au service de l’Église, à se présenter comme des gestionnaires de convictions pastorales.
Sur ces convictions pastorales se greffent de nouvelles « valeurs liturgiques » qui sont loin d’être aussi fines qu’il y paraît. Certes, les effets de conviction ajoutées à la mise en scène de célébrations eucharistiques fondées uniquement sur des théories fantaisistes peuvent apporter une puissance de foi, mais ne leur donne ni moindre légitimité, ni garantie d’orthodoxie - de foi juste et droite -.
L’ « Ecclesia orans » - l’Église priante - semble actuellement vérolée par cette tendance à la prolifération de mouvances illégitimes qui se servent de leurs propres conviction pour faire passer n’importe quelle type de célébration eucharistique pour de la liturgie. Dans une Église en crise, certains clercs ont besoin d’audience. Leurs directions sont réfléchies : elles songent d’abord à préserver des structures vides sans remettre en cause ceux-là même qui les créent. Par conséquent, la « non-liturgie » ne cesse d’être diffusée dans les paroisses ; non seulement afin de transmettre des erreurs, mais plus encore pour rassurer les destinataires de ces erreurs. La boucle est bouclée : les catégories structurantes du passé s’effondrent les unes après les autres dans les célébrations fictionnelles de « paroisses en marche » et autres « diocèses en fête ». Désormais, un relativisme doctrinal complaisant autorise tacitement le mélange des célébrations liturgiques et leur fusion dans une bataille de rites, autrement dit, de croyances dont la raison a été placardisée.
Au fond, un des rôles du prêtre qui célèbre la liturgie ne consisterait-il pas à faire revenir la raison catholique de son exil involontaire afin qu’elle puisse accompagner les fidèles qui, par célébrations frelatées interposées, l’auraient égarée au cours des années postconciliaires ?

* * * * Lundi, 23 août 2021. Une brève histoire de la liturgie au XXe et au XXIe siècles : C'est à lire ici

* * * * Lundi, 23 août 2021.
En 1970, il y avait encore 50 000 prêtres en France. C’est à cette époque qu’a fleuri le slogan « il y a trop de prêtres ; c’est aux fidèles de prendre l’avenir de l’Église en mains. »
En 2020, il n’y a plus que 6 000 prêtres dont moins de 3 000 ont une charge pastorale (les autres offrant leurs services tant que leur santé le leur permet).
Quant aux fidèles qui devaient prendre l’Église en mains en formant ce fameux « peuple de Dieu qui marche joyeux », ils sont les grands absents et ceux qui s’obstinent à vouloir « jouer au curé » dans les paroisses désormais privées de prêtre ne sont de loin pas les plus appréciés des simples pratiquants.
Certaines estimations donnent entre 2 000 et 3 500 prêtres actifs d’ici trois ans pour une pratique dominicale ne touchant plus que 2 à 3% des fidèles se disant catholiques. Des chiffres qui devraient alerter nos pasteurs diocésains et les pousser à changer de « logiciel pastoral ». Ce qu’ils refusent de faire depuis de trop nombreuses années.
Une chose demeure certaine : parmi les prêtres de demain, les plus « classiques » auront une place croissante mais souvent difficile à tenir. On les reconnaîtra à ce qu’ils porteront la soutane (au moins à l’église), respecteront la liturgie du mieux qu’ils pourront, défendront ouvertement les valeurs du catholicisme, lutteront courageusement contre la « dictature du relativisme », fuiront les compromissions avec la bien-pensance au goût du jour, s’opposeront enfin à toute pastorale s’employant à détruire le peu qui reste de l’Église catholique dans les paroisses.
Bref, les diocèses et les paroisses, après des années de divagations, pourront lentement se libérer de la domination des vieux progressistes responsables du déclin de la foi - progressistes qui n’auront guère pu se renouveler - et ce sera « printemps » annoncé dès les lendemains de Vatican II et si longtemps attendu.
Mais ne nous y trompons pas : d’ici là, de nombreux diocèses seront devenus de véritables déserts religieux. Déjà les séminaires diocésains sont vides et certaines églises ne sont plus ouvertes qu’à l’occasion de funérailles transformées en « hommage au défunt », ce qui, sous couvert de pastorale, est un premier pas vers l’athéisme.
Dans les années à venir, donc, les prêtres « classiques » seront majoritaires.

* * * * Dimanche, 22 août 2021. Les lignes qui suivent se proposent d’améliorer et d’harmoniser le déroulement des rites d’introduction à la messe. Elles se basent sur les indications données dans la « Présentation générale du Missel romain » (PGMR) et la « pratique reçue du rite romain » dont il est question au n. 42 de la même PGMR. Explorer les usages de la pratique reçue du rite romain pour ce qui touche aux gestes, aux attitudes et aux mouvements durant la messe est un acte de réappropriation liturgique nécessaire dans la mesure où cette pratique relevant de la tradition unificatrice a été perdue dans la plupart des messes célébrées selon le « Novus Ordo » qui a fait suite à Vatican II.
De même que l’Instruction sur la traduction des textes liturgiques a demandé de rechercher une correspondance étroite entre les textes latins originaux de la messe et leurs traductions en langues courantes, la PGMR demande que des efforts soient faits pour intégrer dans les célébrations actuelles la manière « traditionnelle » de se conduire pendant la messe. Les célébrants imprégnés de l’ « ars celebrandi » ont l’esprit libre : ils n’ont pas à jeter constamment un coup d’œil sur le « programme » de la célébration élaboré par l’ équipe d’animation liturgique locale ni à se demander comment faire pour que le rite A soit correctement lié au rite B. C’est en s’appuyant sur un modèle établi, ancré dans les normes et la tradition, que le célébrant et les autres ministres sont dégagés de toutes ces contraintes et obligations qui finissent par les empêcher d’entrer plus profondément dans le mystère qu'ils célèbrent. Voyons donc comment organiser les rites initiaux de la messe selon la « tradition reçue » du rite romain.
Le prêtre et le diacre entrent dans le sanctuaire (i.e. le chœur de l’église) et commencent la messe en se tenant debout devant des sièges placés à angle droit par rapport à l’autel. Les sièges sont traditionnellement sur le côté gauche du sanctuaire lorsqu’on fait face à l’autel et si le célébrant est face à la nef ; ils seront placés sur le côté droit du sanctuaire si le célébrant fait face à l’Est liturgique lorsqu’il se tient à l’autel.
Durant toute la durée des rites d’introduction, l’acolyte tient à deux mains le missel ouvert lorsqu’il est devant le prêtre. Au besoin, un autre acolyte tourne les pages du missel si nécessaire ; en l’absence d’un tel acolyte, le célébrant peut tout naturellement tourner les pages lui-même. Certes, le prêtre n’a peut-être pas besoin d’avoir le missel devant lui pour les textes des rites d’introduction : il peut les connaître par cœur. Mais dans l’usage romain, le célébrant avait toujours les textes de la messe devant lui - soit dans le missel, soit sur des tablettes - même lorsqu’il disait certains d’entre eux de mémoire. (Lors d’une messe de semaine, lorsqu’il n’est pas possible d’avoir un acolyte, il n’y a pas d’autre solution que de placer un lutrin devant la chaise du célébrant pour y poser le missel. Soulignons que la PGMR ne prévoit pas la possibilité de commencer une messe le prêtre se tenant debout à l’autel et le missel étant posé sur l’autel lui-même.)
Le missel lui-même donne deux indications différentes concernant la tenue du célébrant lorsqu’il fait le signe de croix qui marque le début de la célébration. À un endroit, il précise que le prêtre doit faire face au peuple pour le signe de croix ET le salut qui suit. À un autre endroit, il indique que le célébrant se tourne vers le peuple pour le saluer (« Gratia Domini nostri Iesu Christi et caritas Dei... » seulement APRÈS avoir fait le signe de croix. La première façon de faire est la plus naturelle. La seconde a du sens si le texte de l’antienne d’entrée n’est pas chanté et que le prêtre le lit dans le missel, ce qui est souvent le cas lors des messes en semaine. Dans ce second cas, le célébrant conclut la lecture de l’antienne d’entrée par le signe de la croix en faisant face au missel comme autrefois le prêtre faisait face au missel pour lire l’antienne de l’introït dont les premiers mots étaient accompagnés par le signe de la croix.
Le signe de croix se fait, bien entendu, de la main droite. La main est complètement étendue et les doigts sont joints pour tracer une croix en allant du front, à la poitrine, à l'épaule gauche, puis à l’épaule droite. Pendant ce temps, la main gauche n’est pas ballante : elle repose sur la poitrine du prêtre ; sa main droite ne va pas plus bas que sa main gauche lorsqu’il fait le signe de croix (Cf. Cérémonial pour les évêques n° 108, note 81). Il n’y a donc aucun « pathos » pour faire ce signe de croix initial. Ensuite, le prêtre joint immédiatement les mains, puis en regardant les fidèles et en tendant les mains vers eux, il leur « offre » le salut liturgique. Le prêtre joint les mains et reçoit la réponse du peuple : « Et cum spiritu tuo ».
À chaque fois que le célébrant s’adresse à l’assemblée des fidèles, il est important qu’il la regarde. Il lui adresse ses paroles, après tout, et il attend une réponse de sa part. Le regard peut communiquer plus que des mots ou même que des gestes. Par son comportement, par son regard (qui ne doit pas être appuyé de façon artificielle), le célébrant établit avec l’assemblée une atmosphère de dialogue qui est essentielle à la bonne célébration de l'Eucharistie. Le prêtre se tient « in persona Christi capitis » - à la place du Christ qui est la tête de son Église - tandis que les fidèles de la nef sont les membres du Corps mystique de Jésus : l’Eucharistie est toujours l’action du « Christ total », chef et membres unis, vécue dans le contexte de l’Église établie hiérarchiquement.
Faisant toujours face à l’assemblée, le célébrant invite à faire l’acte pénitentiel communautaire. Il se tient les mains jointes et peut alors baisser la tête pour engager un bref examen de conscience en silence. Ce faisant, le prêtre modèle l’attitude des fidèles et les engage au recueillement. Autrefois, le « Confiteor » ainsi que les versets du psaume des « prières au bas de l’autel » et le « Kyrie » étaient récités face à l’autel pendant que la chorale chantait l’introït et enchainait avec le « Kyrie ». Dans la liturgie restaurée, lors de ces prières constitutives des rites initiaux de la messe, il convient que le célébrant et les autres ministres (acolytes) se tournent vers l’autel en restant à leurs places respectives.
La célébration de l’Eucharistie est un acte de culte qui fait appel au corps. Il est aussi, par sa nature, dirigé vers Dieu. Historiquement, ces deux composantes de la liturgie étaient signifiées en concentrant son attention sur l’autel, symbole du Christ se tenant au milieu de l’assemblée en prière. Orienter sa prière vers l’autel est donc une façon de nous rappeler, spatialement et corporellement, que le Christ est avec de nous.
En priant le « Confiteor », le célébrant se frappe la poitrine avec sa main ouverte, doigts joints. Il tient sa main gauche sur sa poitrine, en dessous de l’endroit où il frappera sa poitrine avec la main droite. Le prêtre conclut l’acte de pénitence en gardant les mains jointes (donc sans faire de signe de croix) et en disant : « Misereatur nostri omnipotens Deus… ».
L’acte pénitentiel étant terminé, le prêtre commence la prière du « Gloria » qui est un chant de toute l’assemblée (laquelle alterne ordinairement les versets avec la chorale) ne comportant aucun refrain. L’intonation de cet hymne de louange apparenté au « Te Deum » est faite par le prêtre qui garde les mains jointes et se tourne vers l’autel ; un acolyte tient le missel devant lui. Très exceptionnellement, si un célébrant est incapable d’entonner le « Gloria », un chantre peut lancer le chant). Encore une fois, cet hymne est chanté pour glorifier Dieu dans un acte d’adoration. Pour cette raison, nous devons comprendre qu’il s’adresse uniquement à Dieu et qu’il n'est pas chanté par les fidèles s’adressant les uns aux autres comme pourraient le faire les membres d’un groupe rassemblés pour une « manif ». Le célébrant qui rend cette distinction claire par sa tenue aide à sortir la célébration de l’Eucharistie du domaine profane pour la placer résolument dans le domaine des actions sacrées. La PGMR indique que tous les fidèles restent debout pendant le chant du « Gloria ». À deux reprises pendant le chant, tous inclinent la tête au saint nom de « Jésus-Christ ».
Une fois le « Gloria » terminé, le prêtre se tourne vers l’assemblée et, gardant les mains jointes, chante « Oremus ». Il se tourne ensuite vers l’autel et le missel ouvert tenu par un acolyte ou posé sur un lutrin et garde le silence pendant un instant. Encore une fois, il a invité les gens à prier ; il doit donner l’exemple en priant lui-même visiblement en silence. Puis, étendant ses mains ouvertes avec les doigts joints et les paumes face à lui (jamais de gestes exagérés ni de gestes personnalisés en liturgie !), il prie la « collecte » pendant laquelle tous inclinent la tête au nom de Jésus, de Marie ou du saint commémoré ce jour-là. À la fin de cette oraison, le célébrant joint les mains pour dire la conclusion « Per Christum Dominum nostrum » ou une variante convenable de cette formule (cf. Cérémonial des Évêques). Lorsque l’assemblée a répondu « Amen », l’acolyte qui tenait le missel incline la tête vers le célébrant et remet le livre à sa place à côté du siège du célébrant puisque ce dernier utilisera de nouveau le missel pour le « Credo » et pour la prière universelle.

D’après Mgr Marc B. Caron


* * * * Vendredi, 20 août 2021. Les « liturgistes professionnels » sont souvent accusés de trop insister sur les détails rituels : le nombre de coups d’encensoir, la disposition précise des bougies sur l’autel, la manière de nouer le cordon de l’aube... L’exactitude dans ces domaines n’est pas un défaut en soi. Ce qui peut le devenir, c’est lorsqu’une trop grande insistance sur ces questions (le « pinaillage ») finit par passer avant la liturgie elle-même. Rappelons que les précisions rituelles et les rubriques (la plus amusante étant celle qu’on trouve dans le missel “de S. Pie V” où il est dit que le prêtre doit enfiler le bras droit dans la manche droite de son aube et le bras gauche dans la manche gauche) ne sont pas des fins en elles-mêmes : elles sont au service d’une réalité bien plus importante, infiniment plus élevée.
Afin de ne pas se perdre dans les « mauvais sentiers » liturgiques, il est de temps en temps utile de prendre du recul et de regarder d’un œil neuf « ce qui se passe » dans la liturgie : quelles sont ses structures les plus élémentaires ? Au fond, qu’est-ce que la liturgie et où veut-elle nous conduire ?
La Constitution « Sacrosanctum Concilium » de Vatican II nous offre une définition concise de la liturgie au tout début du document : « La liturgie - dit la Constitution - est considérée comme l’exercice de la fonction sacerdotale de Jésus Christ, exercice dans lequel la sanctification de l’homme est signifiée par des signes sensibles et réalisée d’une manière propre à chacun d’eux, et dans lequel le culte public intégral est exercé par le Corps mystique de Jésus Christ, c’est-à-dire par le Chef et par ses membres. » (SC n. 7)
Dans cette définition ou description, nous voyons que l’acte liturgique implique trois personnes, ou groupes de personnes.
Premièrement, la liturgie est un « exercice de la fonction sacerdotale de Jésus-Christ ». Voici quelle est l’essence de la liturgie : l’œuvre du Christ Souverain Prêtre. Jésus, en coopération avec le Père et avec l’Esprit Saint, est le premier ministre de la liturgie, son acteur principal.
Sa « fonction sacerdotale » n’est rien d’autre que le coeur de son mystère pascal - sa souffrance, sa mort, sa résurrection et son ascension - par lequel il est passé du monde déchu à la suite du péché à la glorieuse cité céleste où il siège à la droite du Père. Ce passage a jeté un pont entre la terre et le ciel, de sorte que nous pouvons maintenant, nous aussi, passer avec lui d’une rive à l’autre.
Le projet trinitaire de « construction de pont » est la substance, la raison d’être, de chaque liturgie : la messe, les sacrements, les sacramentaux, la liturgie des Heures, les funérailles... De plus, ce passage peut se faire dès qu’on le veut : le « pont » n’est jamais coupé pour telle ou telle raison. Vue sous cet angle, toute liturgie est donc absolument parfaite et efficace.
Deuxièmement, cette « fonction sacerdotale (ou « office ») de Jésus-Christ est signifiée par des signes sensibles et réalisée d’une manière propre à chacun d’eux ». C’est-à-dire que l’œuvre sacerdotale de réconciliation que Jésus a accomplie dans sa chair il y a environ 2 000 ans s’est transformée en rites et en sacrements utilisant des symboles particuliers. Saint Léon-le-Grand l’a exprimé ainsi : « Ce qui était visible dans notre Sauveur est passé dans ses sacrements. » Mais ce ne sont pas simplement les sept sacrements qui rendent Jésus et son œuvre présents à nous aujourd’hui, même si ce sont les canaux privilégiés. Chaque élément constitutif de la liturgie révèle le Christ, même si c’est de manière plus sobre et plus retenue. Cette manifestation liturgique et sacramentelle du Christ est principalement l’œuvre du prêtre célébrant et des ministres qui l’assistent, ainsi que de l’assemblée.
L’Église compare cette « tâche » à une œuvre d’art - un « ars celebrandi », ou « art de célébrer » - où Jésus est présenté devant son Église en prière par la puissance du Saint-Esprit. Une liturgie parfaite est donc celle où le prêtre et ministres font ce qu’ils ont à faire et rien que ce qu’ils ont à faire avec humilité, dévotion et obéissance aux livres rituels de l’Église.
Troisièmement, la définition trouvée dans « Sacrosanctum Concilium » nous apprend que la liturgie est célébrée « par le Corps mystique de Jésus-Christ, c’est-à-dire par la Tête et ses membres ». Comme cela a été dit plus haut plus haut, le prêtre célébrant occupe une place privilégiée dans l’Église orante : il agit en tant que ministre du Christ qui est à la tête de son Église (in persona Christi capitis). Mais une tête sans corps est aussi morte qu’un corps sans tête : les membres du corps du Christ, chacun des baptisés, doivent donc s’unir à la tête pour participer activement à « l’exercice sacerdotal de Jésus-Christ ». Et tandis que le prêtre dirige la célébration liturgique avec humilité et application, les fidèles - chacun selon ses capacités, que ce soit le nouveau-né de huit jours ou la grand-mère octogénaire - s’engagent pleinement, consciemment et activement dans les rites de la célébration liturgique et non, comme Pie XII le disait dans son encyclique de 1955 sur la musique liturgique, « comme des spectateurs muets et oisifs » (Musicae Sacrae, n. 64).
En résumé, il y a trois « corps d’acteurs liturgiques » qui révèlent l’essence de la liturgie : 1) la Trinité, 2) le prêtre et ses ministres et 3) les fidèles.
La Trinité agit toujours parfaitement ; malheureusement, les acteurs humains fonctionnent parfois moins bien... L’ « ars celebrandi » du prêtre brille lorsqu’il suit l’Église ; il devient terne lorsqu’il suit ses penchants personnels. De même, l’implication des fidèles dans le culte est excellente et bénéfique lorsqu’elle se nourrit d’une participation intelligente nourrie par la contemplation mais tombe à plat lorsqu’elle est passive ou, à l’inverse, soumise à une agitation permanente.
Les détails d’une liturgie sont donc importants : si le diable « se cache » dans les détails, comme disait Nietzsche, Dieu « se révèle » dans ce qui peut paraître secondaire à première vue ; à la condition que le « secondaire » ne nous empêche pas de garder nos yeux fixés sur une vérité plus large que la seule question des rites, à savoir que le sacrifice salvifique de Jésus-Christ demeure substantiellement présent pour l’Église en prière. Tel est l’essentiel qui fait apparaître une célébration liturgique comme vraiment parfaite.

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