ACTUALITE

* * * * NOUVEAU Lundi, 19 juillet 2021. On sait qu’avant la publication du Motu proprio “Traditionis custodes”, une enquête avait été faite par la Congrégation pour la doctrine de la Foi auprès des évêques afin de connaître la situation engendrée par les communautés attachées à la forme extraordinaire de la liturgie romaine. On ne sait pas ce qu'on répondu nos évêques mais connaissant leurs lacunes en liturgie on ne peut que s’interroger. Toujours est-il qu'on aurait aimé savoir ce qu’ils auraient répondu si l’enquête avait porté sur la forme ordinaire. Parions qu’ils auraient répondu que la forme ordinaire est celle dans laquelle sont célébrées les messes paroissiales. Ce qui aurait été un mensonge. Ni plus, ni moins. Car dans les paroisses - sauf très rares exceptions - la forme ordinaire (“conciliaire”) du rite romain n'est jamais intégralement respectée ; et elle ne l’est plus depuis Vatican II. C’est une réalité dont on ne parle jamais, ni dans les débats télévisés, ni dans les publications, alors qu’elle est au coeur du problème. Depuis plus de cinquante ans, on n’a jamais vu un évêque reprendre un de ses prêtres qui bricolait la liturgie ; au contraire, ce sont des évêques eux-mêmes qui ont donné le mauvais exemple. Et aujourd’hui encore, rares sont les messes épiscopales qui respectent la forme ordinaire du rite romain telle qu’elle est donnée dans le Missel dit “de Paul VI”. Le Motu proprio du pape François n’est-il pas, pour notre clergé - évêques en tête - l’occasion de faire leur “mea culpa” en reconnaissant que c’est parce qu’ils ont porté atteinte à la forme ordinaire de notre liturgie que certains fidèles, soucieux d’échapper aux célébrations fantaisistes, sont aller trouver un refuge dans la forme extraordinaire de la liturgie ? L’honnêteté voudrait qu’on pousse nos pasteurs à s’interroger...

* * * * NOUVEAU Lundi, 19 juillet 2021.
À la suite de la publication du Motu proprio du pape François abrogeant les dispositions antérieures touchant à la forme « extraordinaire » de la liturgie romaine, les évêques de France ont publié la note suivante :
« Les évêques de France reçoivent, avec l’ensemble des fidèles de leur diocèse, le motu proprio “Traditionis Custodes” du Pape François rendu public hier. Ils souhaitent manifester aux fidèles célébrant habituellement selon le missel de Saint Jean XXIII et à leurs pasteurs, leur attention, l’estime qu’ils ont pour le zèle spirituel de ces fidèles, et leur détermination à poursuivre ensemble la mission, dans la communion de l’Église et selon les normes en vigueur.
Chaque évêque aura à cœur d’être à la hauteur des enjeux décrits par le Saint Père afin d’exercer la responsabilité qui lui est rappelée dans la justice, la charité, le soin de tous et de chacun, le service de la liturgie et de l’unité de l’Église. Cela se fera par le dialogue et demandera du temps.
Le motu proprio “Traditionis Custodes” et la lettre du Saint Père aux évêques qui l’introduit sont un appel exigeant pour toute l’Église à un authentique renouveau eucharistique. Aucun ne peut s’en dispenser. Les évêques invoquent l’Esprit-Saint pour que l’Eucharistie, “source et sommet de la vie chrétienne”, sacrifice du Seigneur et mémorial de sa Passion et de sa Résurrection, soit chaque jour le lieu où l’Église puise sa force pour devenir ce qu’elle est : “dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain.” (Lumen Gentium, 1). »
Ainsi, plus de 50 ans après la clôture de Vatican II, nos évêques nous annoncent qu’ils sont déterminés à respecter les normes liturgiques en vigueur... Mais que cela demandera du temps. On a beaucoup de mal à comprendre en quoi va consister ce « respect des normes » : remise en place des agenouilloirs par eux supprimés dans nombre d’églises ? Rétablissement de l’usage du chant grégorien par eux supprimé ou drastiquement limité ? Mise à l’écart des « équipes liturgiques » qui font la pluie et le beau temps dans les paroisses ? Attention portée à un “ars celebrandi” véritable ?
Il est vrai que pour un célébrant, ouvrir le Missel romain à la bonne page et traiter la liturgie en respectant avec intelligence et piété les indications données dans la Présentation générale de ce même Missel peut demander du temps... Beaucoup de temps quand, durant tellement d’années, on a laissé faire tout et n’importe quoi.


* * * * NOUVEAU Lundi, 19 juillet 2021.
Le philosophe allemand Nietzsche disait que le diable se cache dans les détails.
À la lecture du récent Motu proprio du pape François et de la Lettre qui l’accompagne, certains “détails” ne manquent pas d’interroger. D’abord, le document a été initialement publié en italien. Ensuite, celui qui en est l’auteur connaît mal la liturgie et pratique peu la langue de l’Église. Enfin, le style d’écriture ne correspond pas du tout à celui du pape François. Détails...
Remarquons encore que le rédacteur du document semble aussi totalement ignorer que vouloir le respect du l’Ordo liturgique actuel s’apparente à un vœu pieux semblable à celui de Paul VI distribuant le livret “Iubilate Deo” dans l’espoir qu’un minimum de grégorien soit conservé dans les liturgies paroissiales.
Vœu pieux, en effet. Car tant de mauvaises habitudes ont été introduites - parfois au burin - dans les célébrations paroissiales, qu’il sera très difficile, voire impossible, d’obtenir partout, dans des délais raisonnables, des liturgies conformes au Missel actuel.
Vœu pieux encore quand il s’agit de favoriser la “participatio actuosa” des fidèles. On oublie, en effet, que cette “participation” à la liturgie transformée par Mgr Bugnini et ses caudataires en “participation active” n’a rien en commun avec celle que souhaitait déjà promouvoir Saint Pie X en son temps.
Si beaucoup de fidèles qui ont toujours voulu une célébration digne, correcte et pieuse de la liturgie actuelle, avec plus de latin et de grégorien, peuvent se dire satisfait de ce que le pape François ait, d’une certaine façon, retracé la route à suivre, on ne peut pas pour autant oublier que la pratique négligente du clergé postconciliaire a communiqué ses erreurs au peuple lequel n'est plus que très grossièrement orientée vers les règles liturgiques. C’est ainsi qu’a été sapée et effacée la dimension religieuse de la vie ecclésiale dans son ensemble et que, dans nombre de paroisses, le contact avec la réalité sacramentelle de l’Église ne se fait plus guère.

* * * * Samedi, 17 juillet 2021. Le pape François a abrogé le Motu proprio « Summorum pontificum » de Benoît XVI qui rendait possible, sans restriction particulière, la possibilité de célébrer la liturgie romaine en suivant les rites indiqués dans le missel dit « de Saint Pie V ». Cette abrogation découle du récent Motu Proprio « Traditionis Custodes » signé de François et dont le contenu est expliqué dans une lettre qui a été adressée aux évêques du monde entier. Notons au passage que si ce Motu proprio est autant suivi d’effet que l’ont été les Motu proprios précédents, les fidèles attachés à l’ancienne liturgie pourront continuer sans problème à faire comme ils ont fait jusqu’ici en se prévalant, au besoin, du fait que la liturgie voulue par Vatican II - et qui est la norme - n’est, d’une façon générale, pas mise en œuvre par les fidèles qui se prévalent du Concile. Mais revenons plutôt sur les explications données par le pape François :
« Comme mon prédécesseur Benoît XVI l’a fait avec “Summorum Pontificum”, j’ai moi aussi l’intention d'accompagner le Motu proprio “Traditionis custodes” d’une lettre illustrant les raisons qui m’ont conduit à cette décision. Je m'adresse à vous avec confiance et parrhésie (en usant d’un franc-parler -ndldr-), au nom de ce partage du “souci de toute l’Église, qui contribue par excellence au bien de l’Église universelle”, comme nous le rappelle le concile Vatican II.
Les raisons qui ont poussé saint Jean-Paul II et Benoît XVI à accorder la possibilité d'utiliser le Missel romain promulgué par saint Pie V et publié par saint Jean XXIII en 1962 pour la célébration du sacrifice eucharistique sont évidentes pour tous. La faculté, accordée par indult de la Congrégation pour le Culte Divin en 1984 et confirmée par saint Jean-Paul II dans le Motu proprio “Ecclesia Dei” de 1988, était avant tout motivée par la volonté de favoriser la recomposition du schisme avec le mouvement mené par Mgr Lefebvre. La demande, adressée aux Évêques, d’accueillir généreusement les “justes aspirations” des fidèles qui demandaient l’usage de ce Missel, avait donc une raison ecclésiale pour recomposer l’unité de l'Église.
Cette faculté a été interprétée par beaucoup au sein de l’Église comme la possibilité d’utiliser librement le Missel romain promulgué par saint Pie V, déterminant une utilisation parallèle au Missel romain promulgué par saint Paul VI. Pour régler cette situation, Benoît XVI est intervenu sur la question bien des années plus tard, régulant un fait au sein de l’Église, en ce que de nombreux prêtres et de nombreuses communautés avaient “avec reconnaissance utilisé la possibilité offerte par le Motu proprio” de saint Jean-Paul II. Soulignant combien cette évolution n’était pas prévisible en 1988, le Motu proprio “Summorum Pontificum” de 2007 entendait introduire “une réglementation juridique plus claire”. Faciliter l'accès à ceux - y compris les jeunes - “qui découvrent cette forme liturgique, se sentent attirés par elle et y trouvent une forme particulièrement appropriée pour eux, de rencontre avec le Mystère de la Très Sainte Eucharistie”, Benoît XVI a déclaré “le Missel promulgué par saint Pie V et réédité par le bienheureux Jean XXIII comme une expression extraordinaire de la même lex orandi”, accordant une “possibilité plus large d'utiliser le Missel de 1962.” [...]
Treize ans plus tard, j’ai chargé la Congrégation pour la Doctrine de la Foi de vous envoyer un questionnaire sur l’application du Motu proprio “Summorum Pontificum”. Les réponses reçues ont révélé une situation qui m’angoisse et m’inquiète, confirmant la nécessité d’intervenir. (Il serait intéressant de savoir si les réponses données par les évêques correspondent à la réalité. Il est permis d’en douter... - ndllr -) [...]
Je suis également attristé par les abus de part et d’autre dans la célébration de la liturgie. Comme Benoît XVI, je stigmatise moi aussi que “dans de nombreux endroits les prescriptions du nouveau Missel ne sont pas célébrées fidèlement, mais il est même compris comme une autorisation voire une obligation à la créativité, ce qui conduit souvent à des déformations à la limite de ce qui est supportable”.
Mais je suis néanmoins attristé par une utilisation instrumentale du Missale romanum de 1962, de plus en plus caractérisée par un rejet croissant non seulement de la réforme liturgique, mais du concile Vatican II, avec l’affirmation infondée et insoutenable qu’il a trahi la Tradition et “la vraie Église”. (C’est là que se situe le nœud du problème : si les évêques donnaient ordre à leurs prêtres de respecter le déroulement et la dignité de la liturgie restaurée à la suite de Vatican II, les choses pourraient être en grande partie réglées. Quand on voit des évêques qui célèbrent l’Eucharistie dans des cirques au milieu des clowns et des éléphants, on comprend que des fidèles puissent avoir de bonnes raisons de préférer l’ancienne liturgie - ndlr -)
Douter du Concile, c'est douter des intentions mêmes des Pères, qui ont exercé leur pouvoir collégial de manière solennelle cum Petro et sub Petro dans le Concile œcuménique et, finalement, douter du Saint-Esprit lui-même qui guide l’Église. (Saint Père, veuillez prendre en compte que ce n’est pas tant du Concile que doutent les fidèles que de la compétence et de la volonté des clercs de le mettre en œuvre - ndlrl -)
(...) Puisque “les célébrations liturgiques ne sont pas des actions privées, mais des célébrations de l’Église, qui est « sacrement de l'unité”, elles doivent se faire en communion avec l'Église. (...) »


* * * * Samedi, 17 juillet 2021. Avec le Motu proprio “Traditionis Custodes”, le pape François vient d’abroger un autre Motu proprio, “Summorum pontificum”, par lequel le pape Benoît XVI avait libéralisé l’usage du Missel romain dit “de Saint Pie V” à l’aide duquel les fidèles qualifiés de “traditionalistes” pouvaient célébrer la liturgie en respectant l’intégralité des rites en usage jusqu’à Vatican II.
Il faut avoir l’honnêteté de reconnaître que pour les fidèles qui voulaient prier et élever leur âme, cette forme de la liturgie romaine devenue “extraordinaire” avait été un refuge au moment où, tout de suite après Vatican II, la partie la plus influente du clergé s’employait à transformer la liturgie en l’exact opposé de ce que l’Église demandait qu’elle soit. Les messes paroissiales étaient alors marquées par une débauche d’innovations toutes plus aberrantes les unes que les autres (le pape François, reprenant les termes exacts de Benoît XVI, y fait d’ailleurs allusion dans sa Lettre aux évêques). Aujourd’hui, on n’a plus idée de de ce que furent ces aberrations dont certaines portaient un coup fatal à la foi. En bien des endroits, il en reste pourtant
quelque chose de pitoyable...
Le pape François revient donc sur “Summorum pontificum” et, avec son nouveau Motu proprio, rappelle qu’il n’y a qu’un seul rite romain dont la forme, aujourd’hui, est déterminée par l’usage du Missel publié à la suite de Vatican II. C’est ce Missel qu’il faut désormais suivre toujours et partout, nous dit François à la suite du cardinal Ratzinger (cf. Lettre au professeur Lothar Barth).

Capture d’écran 2021-07-17 à 09.55.34
Alors suivons François et rappelons à quoi nous engage très clairement son Motu proprio :
1. À ce que la liturgie soit célébrée dignement, sans ajouts, suppressions ou modifications (cf. Vatican II, Const. Sacrosanctum Concilium, n.22 ; Présentation générale du Missel romain) ;
2. À ce que le chant grégorien ait la première place (Id. n.116 ; Présentation générale du Missel romain) ;
3. À ce que la liturgie soit célébrée en langues vernaculaires (selon des textes approuvés) soit en latin (Id. n.36 ; Présentation générale du Missel romain) ;
4. À ce que la liturgie soit célébrée sur des autels qui soient des autels et non des caisses ou des tables de salons et qu’elle soit célébrée aussi bien « face au peuple » que « versus orientem » (Cf. Présentation générale du Missel romain).
En outre, quand le Missel actuel ne donne pas de précisions à propos de tel ou tel rite, c’est l’usage romain traditionnel qui prévaut (règle liturgique de base que tout célébrant devrait connaître et appliquer).
Ainsi donc, grâce au Motu proprio du pape François, tous les fidèles devraient pouvoir trouver dans leurs églises paroissiales une liturgie identique dans sa forme et totalement respectueuse des indications contenues dans le Missel actuel - ce qui est très rarement le cas actuellement -. En outre rien ne peut plus s’opposer à ce que les fidèles qui le souhaitent puissent participer à des messes célébrées en latin « versus orientem ». Cette possibilité devrait d’ailleurs leur être offerte dans toutes les églises cathédrales et paroissiales.
Dans tous les cas, la dignité de la liturgie doit prévaloir et l’impréparation doit être bannie.
Pour finir, soulignons une autre qualité du Motu proprio de François : il met clairement les évêques face à leurs responsabilités. C’est eux - et eux en premier - qui doivent donner l’exemple de liturgies irréprochables ; c’est à eux d’interdire enfin à leurs prêtres d’introduire des fantaisies et des variations dans leurs façons de mettre en œuvre le Missel restauré à la suite de Vatican II.


* * * * Samedi, 17 juillet 2021.
Un cas typique de confusion entre le psychique mâtiné de sensualité exacerbée et la spiritualité authentique. Cliquer ici.
On ne s’explique pas pourquoi un évêque n’interdit pas dans son diocèse ce genre de célébration qui donne libre cours à un sentimentalisme quasi pathologique risquant à tout moment de déboucher sur certaines dérives dont les esprits malléables sont friands.
Ce qui est rassurant, c’est de savoir que cette fausse religion ne peut que s’éteindre d’elle-même puisqu’elle ne transmet rien.


* * * * Samedi, 17 juillet 2021.
Dans la Bible, l’arc-en-ciel a été un signe d’espoir et, pour Noé, le signe de l’alliance avec Dieu (Gn 9, 13). Ces dernières années, l’arc-en-ciel a été largement utilisé pour orner certaines chasubles ainsi que les banderoles et les panneaux placés dans les églises et pour présenter les nombreux mouvements interparoissiaux (chacun étant souvent réduit à deux ou trois personnes) par lesquels on tentait vainement de faire oublier que plus rien ne fonctionnait véritablement dans les paroisses.
download
Mgr Joseph Strickland, évêque de Tyler (Texas) s’oppose à l’usage de l’arc-en-ciel dans les églises car il est devenu « un signe de fierté coupable et de rébellion contre les commandements de Dieu. » L’évêque a terminé son message adressé aux fidèles par un appel à la prière pour le monde et l’Église afin que soient rejetées « les idoles artificielles de notre temps » et que l’homme soit à nouveau invité à « s’incliner devant Dieu Tout-Puissant ».

* * * * Mercredi, 14 juillet 2021. La crise liturgique que nous vivons et qui aboutit à ce que nombre de messes actuelles sont devenues le berceau d’un nouveau paganisme (cf. Joseph Ratzinger, Hochland, oct. 1958), est impressionnante tant par sa radicalité que par sa persistance.
Il s’agit d’une crise inédite dans l’histoire de l’Église, puisque même durant les époques particulièrement sombres au cours desquelles une grande partie du clergé était inculte et parfois menait une vie peu exemplaire, le patrimoine liturgique, en tant qu’expression complète et objective de la foi, était globalement transmis.
Comment surmonter cette crise actuelle qui a fait passer l’Église du statut de « communauté de saints » à celui de « communauté de convictions convenables » ? C’est une question à laquelle il est difficile de répondre quand on sait que c’est une importante partie du clergé, aujourd’hui la plus âgée, qui est à l’origine de cette mutation. De fait, quand, après avoir passé dans la moulinette des séminaires les plus progressistes de l’après Concile, on a passé le plus clair de son ministère à tout renier et à tout détruire, à remplacer la foi catholique par des sentiments ou des appréciations dans l’air du temps, ce n'est pas à 70 ans passés que l’on va prendre le chemin inverse. Cela peut se comprendre et, par conséquent, il est inutile d’attendre quoi que ce soit de ce côté-là.
Faut-il alors compter sur les jeunes prêtres ? Il faut savoir qu’eux n’ont rien appris de solide au cours de leurs années passées dans un séminaire ou durant leurs stages en paroisses : ils sont très souvent de bonne volonté mais ne savent rien. Avec eux, tout n’est pas perdu, mais tout est souvent très compliqué. Beaucoup de jeunes prêtres récemment ordonnés sont conscients du problème que risque de faire naître une formation trop superficielle et mal orientée, mais souvent ils le sous-estiment largement. En outre, tous n’ont pas conscience qu’ayant été « formés » par des clercs appartenant à la génération des destructeurs de la liturgie, le néant de leurs maîtres a forcément fini par déteindre peu ou prou sur leurs propres manières de voir les choses, de concevoir l’Église et « sa » liturgie. Beaucoup de ces jeunes prêtres sentent les problèmes mais n’ont pas les outils intellectuels leur permettant de les analyser, de les surmonter, de les expliquer aux fidèles dont ils ont la charge. Il devient donc difficile de leur faire comprendre que s’ils ne se forment pas eux-mêmes en liturgie, ils n’arriveront à rien et risqueront de vivre leur sacerdoce d’une façon si peu épanouissante que certains d’entre eux finiront par sombrer dans la dépression ou même par envisager de quitter la prêtrise.
Avec ces jeunes prêtres, on peut aborder les problèmes par petites touches : ils sont généralement assez ouvert au dialogue et aiment l’Église ainsi que sa liturgie. Parfois plus pour des raisons de sensibilité personnelle que pour des raisons théologiques ou doctrinales solidement établies, mais qu’importe : il faut savoir saisir la balle au bond et profiter de toutes les occasions pour débattre avec eux. Souvent, ils se diront d’accord avec leur interlocuteur. Mais cela reste très insuffisant : comment feront-ils sans repères solides lorsqu’ils seront nommés dans un secteur paroissial au milieu de confrères décadents et de laïcs incompétents voulant tout contrôler, tout gérer ?
Et puis, chez nombre de ces jeunes prêtres se pose un autre problème : ils sont très préoccupés par l’évangélisation. Ce qui est tout à leur honneur. Mais, en manque de repères solides et parfois insatisfaits par le milieu paroissial ou clérical dans lequel ils sont obligés d’exercer leur ministère, ils ont facilement tendance à se lier à des mouvements charismatiques en pensant que cette tendance peut apporter quelque chose dans l’annonce de la foi. Or, à moins d’avoir été nommé aumônier d’un de ces mouvements et d’avoir reçu de l’évêque une mission spécifique à accomplir, un prêtre diocésain nommé dans une paroisse n’a pas à s’investir dans des mouvements qui, très souvent, ne respectent pas la liturgie de l’Église, ou qui vivent en cercles clos en marge de la paroisse, ou encore qui, du fait d’un leader qui a pris trop de pouvoir sur des esprits en perpétuelle recherche, peuvent très vite conduire à de dangereuses dérives. Les exemples n’ont malheureusement pas manqué ces derniers temps.
Bien sûr, s’il est nommé dans une paroisse où de tels mouvements charismatiques sont établis, un jeune prêtre ne peut pas couper tous les ponts avec les membres de ces mouvements : ils existent et il faut bien, d’une manière ou d’une autre, les intégrer en acceptant de participer de temps à autre à l’une de leurs célébrations. Sauf que, du coup, le jeune prêtre qui n’aura eu aucune formation liturgique solide aura tendance à relativiser l’authentique liturgie reçue de l’Église : il lui donnera sa place, certes, mais parmi d’autres formes qu’il pensera tout aussi légitimes parce qu’il ne verra en elles que l’expression de « sensibilités » méritant être respectées au sein de tout l’arsenal d’expériences pastorales que propose son diocèse.
Comme on le comprend, la situation actuelle dans laquelle se trouve l’Église ajoutée au manque de formation du jeune clergé rend tout très compliqué.
Les évêques sont d’ailleurs face aux mêmes difficultés : il faut reconnaître, pour atténuer leur responsabilité, que leur rôle est bien plus difficile aujourd'hui qu’il y a 60 ans, obligés qu'ils sont de jongler entre des tendances opposées au sein même de leurs diocèses respectifs. Et comme, en plus, il est un fait reconnu par des cardinaux et des théologiens de renom qu’aujourd’hui beaucoup de ces pasteurs diocésains sont médiocres sur le plan théologique et intellectuel autant qu’opportunistes pour différentes raisons... Très rares sont, en France, les évêques ayant de solides connaissances en liturgie et capables de mettre en œuvre et de vivre intérieurement, de façon fidèle et digne, le rite romain restauré à la suite de Vatican II. A cette formation insuffisante s’ajoute le fait que nombre d’entre eux sont timorés et ne veulent rien entreprendre dans des diocèses durablement parasités par cette génération de clercs destructeurs qui ne comprennent rien à rien mais occupent encore des postes de responsabilité dans les structures diocésaines d’où ils attirent à eux tous les laïcs se prévalant d’un Concile qu’ils n’ont jamais ni étudié, ni compris, ni appliqué.
C’est dire qu’il faudra encore attendre de nombreuses années pour voir enfin, dans les paroisses, des célébrations liturgiques conformes à ce que l’Église a établi. Et aussi pour retrouver, dans ces mêmes paroisses, des fidèles catholiques acceptant de comprendre ce qu’est la célébration de la foi, ce qu’est fondamentalement la liturgie.


* * * * Mercredi, 14 juillet 2021. Selon Jean-Marie Guénois (Le Figaro), la méthode qu’emploie le pape François pour gouverner l’Église déroute de plus en plus : « Le pape souffle le chaud et le froid et laisse apparaître une contradiction entre le discours et la pratique. » Les exemples ne manquent pas et François, qui se présentait comme un ardent défenseur de la synodalité, gouverne seul, souvent par décrets et par les motu proprios. « Il y en a eu 46 depuis l’élection de François : du jamais vu », note encore Jean-Marie Guénois. Et ce dernier d’ajouter : « Le Vatican, et donc l’Église, même s’il ne faut pas réduire l’une à l’autre, traversent une crise profonde qui ne dit pas son nom parce qu’elle n’en a pas mais qui est pourtant bien réelle. C’est une sorte de marasme général, fluide, difficile à saisir, parfois glaçant. (...) On pouvait aimer ou rejeter Jean-Paul II. Apprécier ou douter de Benoît XVI. Les camps, pour ou contre, existaient et étaient très actifs. (...) Sous ces deux papes, il y avait une direction claire qui variait peu et surtout une méthode connue parce que le charisme du pape était soutenu par la constance d’une administration vaticane qui l’assistait. (...) Ces pontificats, chacun dans leur genre, n’en étaient pas moins prophétiques. (...) Ce qui trouble les troupes chez [le pape François], ce n'est pas tant ses options très claires mais sa méthode de gouvernement, très personnelle, autoritaire et variable. Comme une météo instable avec ses orages, ses froideurs, ses canicules et... jamais d'accalmies. (...) Comme observateur (...) je n’ai jamais constaté dans les rangs du Vatican un tel épuisement, de tels clivages, une telle peur surtout. (...) »

* * * * Lundi, 12 juillet 2021. Selon le vaticaniste américain Robert Moynihan, il est urgent de comprendre ce qui s’est réellement passé au moment où se déroulait Vatican II afin lire, de comprendre et d’appliquer les enseignements conciliaires à seule la lumière de l'enseignement constant et traditionnel de l’Église.
Pour ce faire, il faut reprendre le discours prononcé par Benoît XVI en février 2013, à un moment très important de son pontificat puisque, quelques jours plus tard, on apprenait sa démission. Dans son discours, Benoît XVI a dit au clergé de Rome qu’il y avait eu « deux conciles » : un vrai, celui des pères conciliaires et un faux, celui des médias. Pour ces derniers, le Concile se réduisait une lutte politique dans laquelle il convenait de se ranger du côté correspondant le mieux à leur vision du monde. Ce « concile des médias » a été celui qui a prévalu, qui a eu un réel impact sur la vie des paroisses et des diocèses avec pour conséquences de nombreux problèmes qui, à ce jour, sont très loin d’être surmontés. Benoît XVI avait terminé son discours en disant que la tâche la plus urgente à laquelle doivent s’atteler tous les prêtres consiste à retrouver le vrai Concile, à l’expliquer et à en appliquer les enseignements avec une fidélité à toute épreuve.
Appliquer le « vrai Concile », c’est remettre l’Église à l’endroit, c’est-à-dire abandonner cette funeste idée selon laquelle tout ne devrait plus venir que du « peuple », la Hiérarchie se contentant de jouer le rôle d’une caisse de résonance.
Appliquer le « vrai Concile », c’est célébrer une liturgie - pas 36 liturgies au choix ! - dans laquelle l’harmonie et la dignité de la totalité des rites (gestes, attitudes, orientation, chant sacré...) permettent de de saisir sans le moindre effort que Dieu seul est important.

* * * * Lundi, 12 juillet 2021. « Le Seigneur dit [à Élie] : “Sors et tiens-toi sur la montagne devant le Seigneur, car il va passer.” À l’approche du Seigneur, il y eut un ouragan, si fort et si violent qu’il fendait les montagnes et brisait les rochers, mais le Seigneur n’était pas dans l’ouragan ; et après l’ouragan, il y eut un tremblement de terre, mais le Seigneur n’était pas dans le tremblement de terre ; et après ce tremblement de terre, un feu, mais le Seigneur n’était pas dans ce feu ; et après ce feu, le murmure d’une brise légère. Aussitôt qu’il l’entendit, Élie se couvrit le visage avec son manteau, il sortit et se tint à l’entrée de la caverne. Alors il entendit une voix qui disait : “Que fais-tu là, Élie ?” » (1 Rois 19, 11-13)
Pour entendre la voix de Dieu, le bruit ne doit pas dépasser en décibels celui que fait une brise légère, à peine perceptible. Autrement dit, il faut s’appliquer à écouter le murmure discret d’une brise.
Convenons que le silence est ce qui fait le plus défaut dans nos liturgies actuelles : avant le début des célébrations, il y a les pleins-jeux de l’orgue (il faut couvrir le bruit que font les fidèles devenus incapables d’entrer en silence dans une église) ; puis vient un chant qui, généralement, n’a rien d’apaisant puisque l’assemblée est invitée à « se » dire, à s’affirmer ; puis il faut supporter un mot d’accueil qui n’a rien de « liturgique » ; puis... puis... tout est dit à haute voix et amplifié par des systèmes de sonorisation plus ou moins agressifs qui donnent beaucoup d’importance à la parole (comme le souhaitait Martin Luther) et laissent de côté le rite liturgique proprement dit. Et enfin un nouveau plein-jeu de l’orgue ressemblant à l’annonce d’une fin de représentation.
Melchisedec_A
Le silence est le grand absent de nos messes alors que la “Présentation générale du Missel romain” lui consacre un article entier en le qualifiant même de “sacré” : « Le silence sacré fait partie de la célébration : il doit aussi être observé en son temps. Sa nature dépend du moment où il trouve place dans chaque célébration. En effet, pendant l’acte pénitentiel et après l’invitation à prier, chacun se recueille ; après une lecture ou l’homélie, on médite brièvement ce qu’on a entendu ; après la communion, le silence permet la louange et la prière intérieure. Dès avant la célébration elle-même, il est bon de garder le silence dans l’église, à la sacristie et dans les lieux avoisinants, pour que tous se disposent à célébrer les saints mystères religieusement et selon les rites. » (Cf. n.45)
Mais que faut-il entendre par « silence (sacré) » en liturgie ? S’agit-il simplement de se taire ? De ne rien dire ? S’agit-il d’imiter le silence des taciturnes et des “taiseux” ? Non. Le « silence liturgique » est celui qui trace un chemin vers Dieu ; c’est le silence qu’on perçoit lorsqu’on entre dans une église ancienne un dimanche après-midi d’été : dans ce silence pacifiant, Dieu se révèle ; jamais brutalement ; toujours délicatement comme l’était la brise légère dont nous parle d’expérience le prophète Élie.
Ce silence, c’est celui de la mystique et de l’Absolu. Cette mystique et cet Absolu si souvent abolis dans nos messes paroissiales si souvent transformées en « show ». Notons au passage que ce silence requis par la liturgie est aussi celui que les mélodies grégoriennes ennoblissent et rendent perceptible. Une expérience le prouve : dans les monastères, au cours des messes, c’est durant le chant d’un graduel orné que les fidèles apprennent à se taire, à écouter, à se laisser happer. Et quand se termine le chant, on voit soudain les épaules des fidèles se détendre, comme pour reprendre un souffle intérieur par lequel ils étaient partie prenante du chant des moines.
En liturgie, le silence est en quelque sorte un langage qui « dévore le réel » ; non pas pour le supprimer, mais pour nous permettre de le dépasser : pour nous permettre de saisir bien plus que ce que la liturgie nous donne à voir et à entendre. Le silence rend compte de l’être fondamental des choses : il se substitue à cette quête de la Vérité que nous croyons pouvoir trouver grâce aux seuls mots, grâce à ce qui est énoncé.
Le silence qui est qualifié de “sacré” dès lors qu’il est enraciné dans la liturgie et se nourrit d’elle, manifeste la présence de Dieu. Il ne s’oppose pas à la parole : il la précède et l’accomplit ; c’est en lui que la liturgie puise la plénitude de son sens. Il est cet « acte intérieur » par quoi « l’esprit se recueille pour accueillir le sens de toutes choses » (Cf. Lavelle).
Être attentif au silence, c’est se rendre disponible à un dépassement de soi-même par lequel nous nous tournons vers la Lumière divine.
Un célébrant qui, au cours d’une messe, parle beaucoup et sur un ton élevé est souvent un célébrant qui ne sait pas trouver en lui-même ce “silence sacré” qui lui permettrait de prêter attention aux paroles qu’il énonce, aux rites sacrés qu’il accomplit. Décidément, beaucoup de choses sont à revoir dans la façon dont nous traitons et comprenons la liturgie...


* * * * Vendredi, 9 juillet 2021. En raison de la baisse du nombre de vocations sacerdotales et d’une inquiétante perte du sacré dans nos sociétés (comme le font remarquer Michel Onfray ou Patrick Buisson), de plus en plus d’églises sont vendues, démolies ou utilisées pour des expositions ou des festivals de musique. Le temple est profané : on s’y conduit sans respect du lieu et les artistes investissent les espaces liturgiques avec parfois une désinvolture qui ne serait autorisée dans aucune religion autre que la religion catholique.
Que disent nos évêques lorsqu’ils savent que telle église est transformée pendant plusieurs jours en auditoriums et que les fidèles qui veulent venir s’y recueillir sont refoulés au motif qu’ils dérangent les répétitions de tel ensemble vocal ou instrumental ? Rien.
Une note de la conférence des évêques de France a bien rappelé que « pour éviter tout détournement de la destination première de l’église, il n’y aura pas d’autorisation de manifestations qui empêcheraient l’exercice normal du culte (par exemple, pour un festival ou un cycle de concerts, avec répétions, exécutions et installations techniques durables). C’est en raison même de leur caractère particulier de lieu de l’Alliance entre Dieu et les hommes que l’accès des églises doit rester libre et gratuit, comme le rappellent les lois ecclésiastiques. »
Mais ensuite, plus rien... Les organisateurs de festivals peuvent utiliser les églises comme ils l’entendent.

Capture d’écran 2021-07-09 à 11.48.30
À Rouffach (dioc. de Strasbourg), un festival qui dure plusieurs jours
conduit à obstruer le choeur de l'église du XIIIe siècle
à l’aide de panneaux et à dégager l’autel et l’ambon.
Et tant pis pour les gens qui croient encore qu'une église est un lieu de prière...

* * * * Vendredi, 9 juillet 2021. Quand on parle aujourd’hui de “chant liturgique”, on retient d’abord l’adjectif “liturgique”. Mais comme, dans nos communautés paroissiales, personne ne sait plus trop ce qu’est la liturgie, on en arrive à penser que n’importe quel chant peut être considéré comme “liturgique” dès lors qu’il est chanté au cours d’une messe.
On oublie une chose très importante : avant qu’il y ait du “chant liturgique”, il faut qu’il y ait... de la liturgie ! Autrement dit, il faut d’abord célébrer l’Eucharistie comme l’Église demande qu’elle soit célébrée. C’est ensuite que la personne compétente et nourrie de spiritualité liturgique peut se lancer dans la composition d’un chant. Enfin, il faut voir ce chant a les qualités requises pour pouvoir être considéré comme “liturgique” c’est-à-dire trouver sa place dans une célébration, à un moment bien précis - l’offertoire, la communion... etc. - et pour un jour bien particulier de l’année liturgique. On voit tout de suite qu’un ensemble de chants ne suffit pas à constituer un “répertoire” stable et faisant corps avec la liturgie. De loin pas ! On devine aussi que la majorité des cantiques entendus aujourd’hui dans les églises ne répondent pas du tout à ces critères. Ce sont des chants passe-partout choisis en fonction de critères subjectifs qui sont souvent en contradiction avec l’objectivité de la liturgie.
Mais avec tout cela, on n’a toujours pas répondu à la question : quelles sont les qualités (musicales, esthétiques...) qui font qu’un chant est “liturgique” ?
La réponse à cette question essentielle est à chercher dans la Constitution conciliaire “Sacrosanctum Concilium”. Au n°83, où l’on traite de l’Office divin, il est dit que « le Souverain Prêtre de la Nouvelle et Eternelle Alliance, le Christ Jésus, prenant la nature humaine, a introduit dans notre existence terrestre cette hymne qui se chante éternellement dans les demeures célestes ; il s’adjoint toute la communauté des hommes, et se l’associe dans ce cantique de louange. »
On lit bien : « Le Christ Jésus... a introduit dans notre existence terrestre cette hymne qui se chante éternellement dans les demeures célestes. » C’est très important ! C’est capital même ! Cela signifie que le vrai chant liturgique n’est pas celui que nous composons, mais celui qui se chante dans la liturgie céleste - dont nos liturgies terrestres sont une préfiguration, un pâle reflet - et que le Christ, par son incarnation, a introduit dans nos célébrations en nous invitant à nous y associer. Autrement dit, lorsque nous arrivons à la messe, nous devons prendre conscience que la partition est déjà écrite et le chant déjà commencé... depuis avant le commencement du temps ! Nous sommes simplement invités à gagner notre place d’où - nous disent les préfaces qui introduisent au “Sanctus” - nous pourrons joindre nos voix à celles des anges.
Une chose est certaine : les anges ne chantent ni n’importe quoi ni n’importe comment ! Au demeurant, sommes-nous certains que les anges chantent ? Réponse : Oui. A Noël, les bergers de Bethléem les ont entendus ; et les paroles qu’ils chantaient nous ont même été rapportées. Elles étaient importantes ; elles contenaient déjà une profonde théologie puisqu’elles enseignaient que si les hommes veulent trouver la paix - celle du cœur en premier lieu - ils devaient commencer par glorifier Dieu. Si les bergers ont eu le privilège d’entendre ce chant, ce message, c’est pour une raison simple : ce sont des gens peu bavards... Ils veillaient, nous dit le récit évangélique. Ils étaient à l’écoute. A la messe, nous devrions faire comme eux pour entendre - ou du moins deviner - le chant des anges présents dans nos liturgies « pour porter nos offrandes sur l’autel céleste », disent les Prières eucharistiques.
Mais les anges ne font pas que chanter ! Dans certaines peintures ou sculptures, les artistes du Moyen-Age ont représenté des anges musiciens. Or, quand on les observe attentivement, on en voit qui tiennent des partitions et montrent du doigt la ligne musicale. Autrement dit, ils ont la bonne partition et apprennent aux hommes ce qu’il faut chanter et peut-être aussi comment il faut chanter. Ils illustrent parfaitement la parole du Psalmiste : « In conspectu angelorum, psallam tibi Deus meus » - en présence des anges, je te chanterai ô mon Dieu -. On pourrait aussi traduire : sous le contrôle des anges, je te louerai, mon Dieu.
C’est donc le chant des anges qui est donc à l’origine de notre chant liturgique. Or, pour avoir une idée plus juste de ce qu’est le chant des anges, il faut passer de longues heures dans le silence, la méditation, la prière devant le tabernacle... On ne connaît pas beaucoup de compositeurs “liturgique” qui le font. De nos jours, ils sont plus devant leur ordinateur que devant le tabernacle ; ils écoutent plus la télévision que le silence...
Niklaus Harnoncourt (1929-2016), qui fut le spécialiste reconnu de la musique baroque, expliquait que « si les hautes civilisations anciennes ont not
leur musique, on a tout lieu de croire que ce fut toujours a posteriori. Car le compositeur n’est pas comme chez nous un assembleur de sons travaillant sur du papier ; c’est un improvisateur qui joue ou chante ce qu’il conçoit, qu’il retient et le répète devant des auditeurs, qui le retiennent leur tour. Aussi l’écriture musicale ne s’adresse-t-elle pas en premier lieu aux praticiens. Si l’on cherche représenter les sons, ce n’est ni pour composer, ni pour lire l’exécution, mais dans un but théorique ou pédagogique, ou encore pour rendre hommage un texte vénéré et jug digne d’être transmis la postérité. Le principe des notations anciennes est donc, en général, d’ordre analytique, intellectualiste... »
Conclusion : l’authentique chant liturgique n’est pas constitué par la musique que nous introduisons dans la liturgie « pour faire beau » ou parce qu’elle correspond à nos goûts. Il est constitué par les textes et les mélodies que nous recevons de l’Eglise par le moyen de « sa » liturgie directement inspirée du culte qui se célèbre de toute éternité dans la Jérusalem céleste. L’inspiration fut incontestablement l’ « outil » de ceux qui nous ont légué
notre répertoire grégorien ainsi que les hymnes qui participent à cette profonde imperturbabilité caractéristique des liturgies orientales.

* * * * Jeudi, 8 juillet 2021. Alors que les messes paroissiales telles qu’elles sont habituellement célébrées attirent de moins en moins de fidèles (au point que même de nombreuses « équipes liturgiques » sont désormais moribondes), les messes conventuelles - célébrées dans un monastère – et dont les caractéristiques sont le silence, le recueillement, l’absence de pathos, l’utilisation du chant grégorien et du latin, attirent, elles, de plus en plus de fidèles, spécialement des jeunes fidèles. Témoignage d’un moine bénédictin à ce sujet : « Depuis le confinement les gens des alentours fuient les liturgies paroissiales qui ne nourrissent plus personne et viennent s’abreuver à la liturgie de notre monastère. »
Découvrir ainsi que la véritable liturgie est « nourrissante » répond à une quête de spiritualité qui n’a jamais cessé d’exister même si, ces dernières années, elle se faisait souvent discrète. Le coronavirus aura donc eu au moins un point positif : accélérer la disparition des paroisses qui ne faisaient que survivre à l’aide d’artifices pastoraux et, par la même occasion, mettre en lumière les endroits où la liturgie est ce qu’elle doit être et non une pâle copie du Culte divin.
Mais comment doit se présenter la vraie liturgie, celle dont l’Église a conçu et affiné les lignes au cours de son histoire ?
Elle doit être d’abord « quelque chose » que l’on entend - un chant particulier -. Le sens qui doit être éveillé en premier est l’ouïe, car ce qu’on perçoit par l’ouïe est ce qui se grave en premier dans la mémoire. Au demeurant, les textes les plus anciens de la tradition chrétienne insistent sur le fait de savoir écouter : le premier mot de la Règle de Saint Benoît est « Ausculta » ; le psaume 44 repris dans la liturgie commence par le mot « Audi ».
Apprendre à écouter les formules liturgiques, dont la stabilité et la spécificité rythmo-mélodique sont les traits essentiels, est une démarche capitale pour qui veut « entrer » dans la prière officielle de l’Église : c’est la base de tout. Au demeurant, pendant des siècles, la transmission de la foi associée à sa célébration ne s’est faite que par le biais de l’écoute, de l’oralité. Le chant grégorien est venu utiliser ce principe d’ordre pédagogique en le perfectionnant : les mélodies grégoriennes qui, à la première audition, paraissent n’avoir souvent qu’un rôle esthétique - rôle que pourrait jouer n’importe quelle autre mélodie - finissent toujours, sans qu’on y prenne garde, par se graver durablement dans les mémoires. Et avec elles se retiennent certains mots dont le sens se révèle et s’approfondit à mesure que l’on réentend les pièces chantées.
On peut donc dire que l’ « entrée dans le sens de la liturgie se fait par l’oreille, par l’écoute silencieuse ». La première chose qui captive le fidèle qui assiste à une messe conventuelle, c’est généralement le chant des moines ; le fidèle ne sait pas encore qu’il vient de faire le premier pas dans la liturgie de l’Église.
Ensuite - mais seulement ensuite ! - la liturgie est quelque chose que l’on voit, comme si les rites rendaient l’audition visible. Ce qui s’est donné à entendre peut aussi être vu. Et ce que l’on voit s’associe alors d’une façon quasi naturelle au chant préalablement entendu et qui est, dans une certaine mesure, mémorisé.
Mais pour que cette association puisse se faire et porter ses fruits, il faut que la liturgie - les chants et les rites - soit stable, qu’elle échappe à toute improvisation, à toute recherche d’originalité, à toute adaptation qui ne serait pas rendue nécessaire par un impératif temporaire ou un contexte inhabituel.
Voir la liturgie, ce n’est pas chercher à voir ce que fait le célébrant : le célébrant n’est pas la liturgie ; il n’en est que l’organisateur, que le garant. A ce sujet, il faut dire que les plans rapprochés qui sont faits sur les visages des fidèles ou des ministres de l’autel lors des messes télévisées sont fondamentalement et totalement anti-liturgiques.
« Voir » la liturgie consiste à la « capturer » à travers ce qui constitue le rapport logique et cohérent de son rituel audio-visuel. À défaut de « voir » ainsi la liturgie, c’est-à-dire de la saisir par un processus de contemplation, on ne distingue plus qu’une succession de gestes, qu’une agitation de clercs, qu’une succession de supports musicaux... Autant d’éléments qui ne parviennent qu’à remplir une heure dominicale le plus souvent profondément ennuyeuse et sans aucun intérêt.
Malheureusement c’est ce à quoi on a droit au cours des messes paroissiales. Les moines ne sont pas dans ce monde liturgique-là : leur monde est celui du culte divin dans lequel on se laisse couler, par lequel on se laisse happer afin d’entrer dans un rythme presque intemporel qui a son modèle dans la liturgie de la Jérusalem céleste.


* * * * Samedi, 3 juillet 2021.
La Constitution « Sacrosanctum Concilium » demande que les fidèles participent à la liturgie d’une façon « pieuse » (Cf. nn. 48, 50) Mais qu’est-ce que la piété ?
En premier lieu, il faut rappeler que la piété est un don du Saint-Esprit grâce auquel notre âme tend à faire de bonnes actions.
Une autre vertu - la justice - va nous permettre d’encore mieux saisir ce qu’est la piété. La justice est cette disposition qui nous conduit à rendre à autrui ce qui lui est dû. Elle se distingue de la charité qui, elle, pousse à donner à autrui plus que ce qui lui est simplement dû.
L’une des formes de la vertu de justice est précisément la piété. D’une part, la piété, en tant qu’elle est associée à la justice, dispose à rendre à autrui ce qui est dû. D’autre part, la piété va au-delà de la simple justice parce que ce qui dû à Dieu est impossible à donner. Comme le dit le proverbe : on ne peut pas donner ce qu’on n’a pas. Cette question est évoquée dans les prières d’offertoire de la liturgie actuelle : nous offrons à Dieu ce que lui-même nous a donné.
On parle souvent, par exemple, de « piété filiale ». Mais comment un enfant pourrait-il récompenser ses parents de la vie qu’il a reçu d’eux ? Puisque personne n’est l’auteur de sa propre vie, une juste récompense est impossible à donner. Toutefois, il demeure possible de remercier ses parents du mieux que l’on peut : en les honorant. C’est d’ailleurs le 12e commandement contenu dans les Tables de la Loi que Dieu a données à Moïse.
Revenons maintenant à un autre parent : Dieu. Ici, la vertu de piété se conjugue avec une sorte de justice particulière appelée « religion » et dont l'exercice est appelé « adoration ». Tout comme la piété, la religion nous ordonne de rendre à Dieu ce qui lui est dû. Mais tout comme dans la relation avec nos parents, nous ne pouvons jamais vraiment totalement « rembourser » Dieu de tout ce qu’il nous donne. En effet, non seulement nous lui devons notre propre vie, mais nous lui devons même la vie de nos parents, des membres de notre famille, de nos amis... de tous les hommes et de tout ce qui existe dans l’univers.
Remarquons bien que dans les cas évoqués ci-dessus, la piété implique une relation entre des inégaux : parent/enfant ou Dieu/créature. En d’autres termes, la piété semble à première vue profondément injuste. Nous connaissons notre dette inestimable envers Dieu ; mais même en faisant tous les efforts dont nous sommes capables, nous ne parviendrons jamais à l’éponger. Le Psalmiste de fait l’écho de cette situation particulière : « Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu’il m’a fait ? » (Ps. 115, 12)
Le philosophe grec Aristote et l’orateur romain Cicéron connaissaient la piété ; ils la considéraient comme une vertu capable de former les âmes. L’Antiquité en général considérait la piété comme un bien pour la famille ainsi que pour l’établissement de tout ordre politique correctement structuré. Quelle ville ne tirerait pas le bénéfice d'individus vénérant leur patrie et les dieux qui bénissent leur patrie ? Ainsi, le poète romain Virgile a-t-il souvent fait l’éloge du fondateur de Rome, Énée, en le qualifiant de « pius Aenea » en raison de la révérence qu’il a payée à son propre père, à sa patrie et aux dieux qui lui ont permis d’établir la Ville Éternelle.
Pour nous chrétiens, comme pour Énée d’une certaine façon, la piété est beaucoup plus qu’une simple affaire humaine. C’était le père, la patrie et les dieux paternels qu’Énée vénérait parce qu'il reconnaissait qu’ils étaient plus grands dans ce qu’ils avaient fait pour lui que tout ce qu’il aurait pu faire pour lui-même. Combien plus la piété est vitale pour le chrétien qui connaît et aime le seul vrai Dieu !
La piété - au sens chrétien du terme - augmente notre amour pour Dieu, ce qui augmentera notre désir de toujours mieux Le connaitre et Le servir. En effet, si nous savons que nous sommes dans une relation inégale avec Dieu le Père et si nous prenons l’habitude d’aspirer au Bien, au Beau, au Vrai, alors nous nous ouvrons à l’aide que nous apporte le Saint-Esprit.
Notre participation « pieuse » à la liturgie respectueusement célébrée permet de rendre à Dieu, grâce au sacrifice accompli par son Fils unique, la gloire qui lui est due. Comme l’atteste la Lettre aux Hébreux, « Par son unique offrande, [le Christ] a mené pour toujours à leur perfection ceux qu’il sanctifie. » (Héb 10, 14)
Participer à la liturgie d’une façon fructueuse doit donc impérativement commencer par une participation « pieuse » : c’est de cette façon qu’avec l'aide du Saint-Esprit, nos défauts naturels peuvent peu à peu devenir des mérites surnaturels.

* * * * Jeudi, 1er juillet 2021. LE LATIN ET LES LANGUES COURANTES EN LITURGIE
A ses débuts, la liturgie romaine (ou mieux : la liturgie en usage dans l’espace romain) était surtout célébrée en grec. Le passage au latin s’est fait progressivement et s’est achevé au milieu du IVe siècle.
Au cours des siècles suivants, les sacramentaires - ancêtres de notre missel romain - furent compilés. L’étude de ces sources montre que la langue du rite romain dans l’Antiquité tardive était déjà assez éloignée de la langue parlée par le peuple. Autrement dit, les Romains ne parlaient pas le latin utilisé pour les prières de la messe.

LE DEFI PROTESTANT
Au cours du Moyen Âge, le latin comme langue de la liturgie s’éloigne toujours plus de la langue du peuple, notamment à cause de la formation des langues et des cultures nationales en Europe. Ce problème de la compréhension devient aigu dès les débuts de la Renaissance et si les réformateurs protestants critiquent l’usage du latin dans la liturgie, c’est parce que l’idée qu’ils se font du culte divin les pousse à ne mettre l’accent que sur la proclamation de la Parole de Dieu. Pour eux, l’utilisation d’une langue que les fidèles ne comprennent plus est contraire à l’Évangile qui doit pouvoir être entendu de tous.
Martin Luther conserve toutefois un peu de latin, dans la mesure où il était compris par le peuple. Cet usage sera suivi pendant un certain temps dans les communautés luthériennes. Jean Calvin, quant à lui, rejetait catégoriquement l'usage du latin dans le culte.

LA REPONSE MESUREE DONNEE PAR LE CONCILE DE TRENTE
Au concile de Trente, la question de la langue liturgique est longuement débattue et les arguments avancés par les réformateurs protestants sont sérieusement pris en compte.
Le Décret sur le sacrifice de la messe de la 22e session du Concile, en 1562, contient un exposé doctrinal soigneusement rédigé sur le sujet. On y lit qu'il n’a pas semblé opportun aux Pères conciliaires que la Sainte Messe soit célébrée dans la langue vernaculaire, bien qu’ils reconnaissent l’importance des textes de la messe pour l’instruction des fidèles. Cependant, il est demandé aux prêtres de prêcher fréquemment sur ce qui est lu à la messe, en particulier les dimanches et les jours de fête. De plus, le canon 9 du même décret sur le sacrifice de la messe déclare anathème quiconque dit que la langue vernaculaire doit être utilisée dans la célébration de la messe. Encore faut-il relever la subtilité de ce texte conciliaire.

LE MOUVEMENT LITURGIQUE AVANT VATICAN II
La question du latin et de la langue vernaculaire dans la liturgie de l'Église va continuer d’être discutée bien après le concile Trente ; elle reviendra sur le devant de la scène grâce, en particulier, au « mouvement liturgique » qui marque la première moitié du XXe siècle. Le processus de réforme liturgique initié par le pape Pie XII comprend des concessions pour l’utilisation des langues vernaculaires dans certains pays, essentiellement pour la proclamation des lectures à la messe et, dans une certaine mesure, pour la célébration d’autres sacrements.

VATICAN II
Les Pères du concile Vatican II abordent à leur tour, de façon globale, la question de la langue du culte de manière générale et accordent une extension significative de l’utilisation des langues vernaculaires dans la liturgie catholique. Le motif principal avancé est de promouvoir « la participation pleinement consciente et active » du peuple à la liturgie. L’article pertinent de la Constitution « Sacrosanctum Concilium », le n° 36, établit une sorte d’équilibre : dans le premier paragraphe, il rappelle que « l’usage de la langue latine doit être conservé dans le rite latin » puis, dans le deuxième paragraphe, il affirme que l’usage de la langue vernaculaire peut être étendu pour ce qui touche « en premier lieu aux lectures et (...) à certaines prières et chants. »
Dans un troisième paragraphe, il est indiqué que « l’autorité ecclésiastique territoriale compétente », qui est normalement la conférence des évêques, doit décider « si, et dans quelle mesure, la langue vernaculaire peut être utilisée ».
L’article 54 de « Sacrosanctum Concilium » précise que dans « les messes célébrées avec le peuple, une place convenable peut être attribuée à la langue maternelle, en premier lieu aux lectures et à la « prière commune », mais aussi, selon les conditions locales, aux parties qui reviennent au peuple ». En même temps, « des mesures doivent être prises pour que les fidèles puissent aussi dire ou chanter ensemble en latin les parties de l'Ordinaire de la Messe qui leur reviennent ».
Il ressort clairement des articles de « Sacrosanctum Concilium » que les Pères de Vatican II n’avaient jamais envisagé une introduction générale de la langue vernaculaire, et encore moins le remplacement du latin comme langue liturgique du rite romain par une multitude de langues maternelles. De plus, en autorisant l’utilisation des langues maternelles dans la liturgie romaine, les Pères conciliaires avaient précisé que les textes en langues courantes devaient être des traductions des livres liturgiques latins et que ces traductions devaient être approuvées par l’autorité ecclésiastique territoriale compétente (Art. 36 §4).

LES DEVELOPPEMENTS POST-CONCILIAIRES
Les usages post-conciliaires ont rapidement dépassé le cadre limité de la Constitution sur la Sainte Liturgie. Parmi les jalons de ce processus de dépassement figurait le Motu proprio « Sacram Liturgiam » du Pape Paul VI (25 janvier 1964) promulgué un mois et demi seulement après « Sacrosanctum Concilium ». Avec ce motu proprio, Paul VI autorisait l’utilisation de la langue vernaculaire à la place du latin dans la récitation des Heures. Il définissait la norme selon laquelle la version traduite devait être rédigée et approuvée par les conférences des évêques et soumise au Saint-Siège pour approbation avant usage.
La même année, le 26 septembre, le Consilium (Conseil) pour la mise en œuvre de la Constitution du Concile sur la Sainte Liturgie publie l’Instruction « Inter Œcumenici » qui fournissait entre autres des critères pour les traductions en langues courantes. Il est précisé que : (a) « la base des traductions est le texte liturgique latin » ; (b) le travail de traduction devrait impliquer des instituts de liturgie ou des personnes expertes en Écriture, en liturgie, en langues bibliques, en latin, en langue vernaculaire et en musique ; (c) le cas échéant, « il devrait y avoir consultation avec les évêques des régions voisines utilisant la même langue » ; (d) « dans les pays ayant plusieurs langues, il devrait y avoir une traduction pour chaque langue ».

LES EXPRESSIONS PLURIELLES D’UN SEUL RITE ROMAIN
Dans une allocution aux traducteurs de textes liturgiques prononcée le 10 novembre 1965, le pape Paul VI présente les principes de base des traductions liturgiques. Il souligne que les traductions des textes liturgiques « sont devenues partie intégrante des rites eux-mêmes » et que pour cette raison, elles ont besoin de l’approbation de l’autorité locale et du Saint-Siège pour un usage liturgique.
L’introduction des langues maternelles dans le culte ne signifie pas que l’Église a institué de nouvelles familles liturgiques. Il s’agit plutôt des différentes expressions vernaculaires de l’unique rite romain. Paul VI a également déclaré que le type de langage à utiliser dans la liturgie « doit toujours être digne des nobles réalités qu'il signifie, et doit se distinguer des discours quotidiens de la rue et du marché ». Les traducteurs devaient donc parfaitement connaître à la fois le latin chrétien et leur propre langue moderne et, étant donné que la liturgie doit avant tout être chantée, les prières traduites devaient être construites de manière à pouvoir être chantées selon les règles de la musique sacrée en usage dans différentes cultures. Le défi pour les traducteurs était donc de « faire resplendir la clarté du langage et la dignité de l’expression dans les traductions vernaculaires des textes liturgiques. »

L’INFLUENCE DE L’INSTRUCTION DU CONSILIUM DE 1969
Le document le plus important concernant les traductions post-conciliaires des textes liturgiques est une Lettre du Consilium datée du 25 janvier 1969. Ce document est à plusieurs égards une précision du discours de 1965 prononcé par Paul VI et cité plus haut. Cependant, il présente un certain nombre d’irrégularités : il a été publié dans six langues principales, mais pas en latin qui est la langue officielle du Saint-Siège ; il ne porte aucune signature officielle ; enfin, il n’a pas été publié dans les « Acta Apostolicae Sedis » qui sont l’organe officiel du Saint-Siège.
Cette Lettre qui débute par les mots « Comme le prévoit » entérine une théorie de la traduction connue sous le nom d’ « équivalence dynamique ». Cette méthodologie a été développée par Eugene Nida (membre de l’American Bible Society] à des fins de traduction biblique et souligne le fait que la traduction d’un texte est une entreprise difficile puisque tout texte est une réalité complexe. En un mot : la traduction verbale de la langue source vers la langue réceptrice n'a souvent pas de sens et ne parvient pas à communiquer le message contenu dans texte originel.
Cette difficulté se fait particulièrement sentir lorsqu’il s’agit de traduire dans les langues contemporaines des textes liturgiques latins dont beaucoup sont issus de l’Antiquité tardive. Toute traduction doit d’abord viser à traduire le contenu spirituel et doctrinal de ces anciennes prières d’une manière qui respecte les règles et les usages de la langue réceptrice ; c’est-à-dire qu’il faut s’employer à produire un texte qui soit dans une langue d’une parfaite qualité, quelle qu’elle soit.
Cependant, la théorie de « l'équivalence dynamique » va beaucoup plus loin en ce qu’elle fait abstraction du contenu du texte exprimé dans sa forme linguistique et culturelle d’origine et ne vise plus une traduction aussi fidèle que possible. Au contraire, le but de cette approche est d’identifier le message contenu dans le texte original en dehors de sa forme linguistique, laquelle est considérée comme un simple vêtement qui peut être modifié selon les différents contextes culturels. Ainsi, dans le processus de traduction, il faut créer de nouvelles formes possédant des qualités au moyen desquelles le contenu original pourrait être correctement exprimé. Par ces nouvelles formes, il s’agit de créer chez un lecteur ou un auditoire de la langue réceptrice le même effet informatif et émotif qu’aurait eu le texte dans sa langue source et son contexte d’origine.

DEPASSER « L’EQUIVALENCE DYNAMIQUE »
La Lettre « Comme le prévoit » va être remplacée par l’Instruction « Liturgiam authenticam » publiée par la Congrégation pour le Culte divin et la discipline des Sacrements en 2001 et parue dans les « Acta Apostolicae Sedis ». Le titre même de cette Instruction indique son caractère officiel - « Cinquième Instruction pour la juste mise en œuvre de la Constitution sur la Sainte Liturgie du Concile Vatican II » - et s’apparente ainsi à la première de ces instructions de 1964 : « Inter Oecumenici ».
« Liturgiam authenticam » renvoie à l’article 36 de « Sacrosanctum Concilium » sur l'usage de la langue vernaculaire dans la liturgie romaine. Avec cette instruction, toutes les normes antérieures sur la traduction liturgique sont remplacées, à l’exception de celles présentées dans la quatrième Instruction « Varietates legitimae » de 1994 concernant des questions complexes au sujet de l’inculturation.
Selon « Liturgiam authenticam », toutes les traductions des livres liturgiques en usage depuis Vatican II doivent être examinées et révisées. Pour que les traductions révisées soient considérées comme valides, elles ont besoin de la reconnaissance [officielle] - la « recognitio » -de la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements.

TRANSMETTRE INTÉGRALEMENT LE PATRIMOINE SPIRITUEL EXPRIME DANS LE RITE ROMAIN
« Liturgiam authenticam » note que le riche patrimoine spirituel et doctrinal contenu dans les textes liturgiques latins du rite romain doit être préservé intact et transmis à travers les siècles. Afin d’atteindre cet objectif, « même s’il est permis de recourir à des mots, de même qu’à la syntaxe et au style, qui peuvent produire un texte facile à comprendre dans la langue du peuple, et qui soit conforme à l’expression naturelle d’une telle langue, il est nécessaire que le texte original ou primitif soit, autant que possible, traduit intégralement et très précisément, c’est-à-dire sans omission ni ajout, par rapport au contenu, ni en introduisant des paraphrases ou des gloses ; il importe que toute adaptation au caractère propre et au génie des diverses langues vernaculaires soit réalisée sobrement et avec prudence. » (Ibid.)
L’objectif que doivent atteindre les traductions est d’un niveau élevé : « Afin que le contenu du texte original soit accessible même aux fidèles qui n’ont pas eu de formation intellectuelle spécialisée et soit compris par ces derniers, il convient que les traductions soient réalisées à l’aide de mots qui soient facilement compréhensibles, mais qui en même temps respectent la dignité et la beauté ainsi que le contenu doctrinal exact des textes. En employant les mots de louange et d’adoration, qui incitent à une attitude de révérence et de gratitude envers la majesté de Dieu, sa puissance, sa miséricorde, et sa nature transcendante, les traductions contribuent à combler la faim et la soif du Dieu vivant, éprouvées par le peuple de notre temps, tout en contribuant en même temps à la dignité et à la beauté de la célébration liturgique. (Art. 25, 26).

L’INCULTURATION
« Liturgiam authenticam » aborde aussi la question souvent mal comprise de l’inculturation de manière réfléchie et équilibrée. La traduction liturgique doit communiquer le trésor éternel de prière de l’Église « au moyen d’un langage compréhensible dans le contexte culturel auquel elle est destinée » ; cependant, « elle doit aussi être guidée par la conviction que la prière liturgique non seulement est formée par le génie d'une culture, mais qu’elle-même contribue au développement de cette culture. Par conséquent, il ne faut pas s'étonner qu'un tel langage diffère quelque peu du discours ordinaire. Une traduction liturgique tenant compte de l’autorité et du contenu intégral des textes originaux facilitera le développement d’un vernaculaire sacré, caractérisé par un vocabulaire, une syntaxe et une grammaire propres au culte divin, même s'il n’est pas exclu qu'il peut exercer une influence même sur le langage courant, comme cela s’est produit dans les langues des peuples évangélisés depuis longtemps » (Art. 47).
Ce passage est important en ce sens qu’il montre une prise de conscience de la relation complexe entre foi et culture et qu’il prend en compte les caractéristiques du « langage sacré » dans la tradition chrétienne.
En lisant « Liturgiam authenticam », on ne peut qu’être impressionné par les exigences élevées que demandent les traductions des textes liturgiques. Sans doute, la traduction est une entreprise difficile ; elle est incontestablement rendue encore plus ardue par la nature particulière des textes en question. La tâche de reproduire la beauté et la dignité du Canon de la Messe ou les antiques oraisons du Missale Romanum en langue vernaculaire exigerait des traducteurs aussi doués dans leur langue maternelle que le furent Miles Coverdale ou Thomas Cranmer au XVIe siècle. Martin Luther a lui-même écrit que pour « créer » une liturgie populaire il faut faire appel à des poètes reconnus. Ajoutons : des poètes imprégnés de foi catholique pour ce qui concerne le cas de la liturgie.

AUTRE DIFFICULTÉ : LE CHANT LITURGIQUE
Vatican II a expressément demandé que le chant grégorien, chant propre de la liturgie romaine, chant sacré par excellence, ait la première place dans les actions liturgiques (Sacrosanctum Concilium n. 116) et que soit édité un livret contenant des mélodies simples pour les petites paroisses (Id. n. 117) ; ce sera le « Graduale Simplex ».
Or, le chant grégorien (qui n’est pas l’œuvre d’un compositeur particulier mais le fruit d’une tradition liturgique établie et partagée) n’existe et ne peut exister qu’en latin. Les mélodies grégoriennes n’ont pu jaillir que de la musicalité de la langue latine avec laquelle elle font corps.
On en arrive au problème actuel : là où le latin disparaît, le grégorien disparaît avec lui et les mélodies tombent dans l’oubli ce qui a pour conséquence que la liturgie ne peut plus être chantée in extenso. D’où la déplorable pauvreté de la majorité des célébrations actuelles qui réunissent des fidèles ayant tout oublié des spécificités des périodes de l’année liturgique (marquées par des mélodies particulières) et des particularités des propres des dimanches et des fêtes.

ET DEMAIN ?
Trois quatre éléments vont changer la donne concernant la question des langues liturgiques :
1. La disparition des messes célébrées en latin (sous la forme « ordinaire ») vont faire que beaucoup de fidèles se sentiront dépossédés d’un élément permettant de donner la liturgie une dimension sacrée et intemporelle qui lui est constitutive ; certains, peu attirés par les célébrations en langues vernaculaires (synonymes de bavardages), cesseront de pratiquer tandis que d’autres trouveront un « havre spirituel » dans les communautés ayant conservé la liturgie en usage avant Vatican II (forme dite « extraordinaire ») ;
2. L’expérience pastorale des années post-conciliaires va montrer que le fait de comprendre les mots de la liturgie (ce qui demande un effort d’attention soutenu dont peu de fidèles sont capables) ne permet pas forcement de saisir le sens profond et total de la liturgie ;
3. L’Église, en publiant le Missel restauré à la suite de Vatican II, va rappeler qu’aucun catholique ne peut prétendre que la messe célébrée en latin est infructueuse (Cf. PGMR) ;
4. Le pape S. Jean-Paul II puis le pape Benoît XVI reviendront sur la question de la langue. Le premier rappellera que l’usage du latin a été conservé par le Concile dans les rites latin (Cf. Vicesimus quintus annus) tandis que le second insistera sur le fait que la saisie de la liturgie passe par de multiples canaux autres que simplement d’ordre linguistique.


* * * * Mercredi, 30 juin 2021. Ce n’est pas un mystère que le Pape François n’ait que fort peu de sympathie pour les mouvements ecclésiaux - des focolari au chemin néocatéchuménal, des légionnaires du Christ aux mouvements charismatiques - pour lesquels Jean-Paul II avait en revanche beaucoup d’affection et d’admiration. Pour preuve, le décret du 3 juin dernier imposant des limites de temps très strictes aux mandats de leurs responsables, allant dans certain cas jusqu’à les remplacer sans délais. On se souvient du texte adressé par Benoît XVI au chemin néocatéchuménal pour demander le respect des normes liturgiques et qui n’avait pas été suivi par un mouvement se voulant très obéissant...
Le silence avec lequel ces mouvements ont accueilli le décret du pape François laisse deviner à quel point ils ne l’ont pas bien digéré. Il faut cependant reconnaître que ces dernières années, on a trop souvent assisté à des « formes d’appropriation du charisme, de personnalisme, de centralisation des fonctions, ainsi que des expressions d’autoréférentialité », comme le précise la note explicative qui accompagne le décret.
Le nombre des « scandales » qui ont marqué plusieurs mouvements, souvent causés par les fondateurs eux-mêmes, est aujourd’hui tellement élevé qu’il fait dire à Leonardo Lugaresi, un observateur de la vie de l’Église et expert des premiers siècles chrétiens, que « nous nous trouvons face à un phénomène complexe, inquiétant et à certains égards mystérieux, que nous pourrions qualifier de crise des charismes. » Dans l’un de ses récents articles, le professeur Lugaresi a analysé la nature profonde de cette crise. Et il l’a mise en évidence dans cette tension polaire, typique du christianisme, entre l’universalité de l’amour de Dieu pour les hommes et le « mystère de l’élection » de la part de Dieu d’une personne individuelle, ou d’un peuple individuel, à travers lequel son amour salvifique parvient à tous. En la personne de Jésus, vrai Dieu et vrai homme, cette tension polaire se résout dans « le plus vertigineux des mystères ». Mais ce qui est valable pour Jésus, et pour lui seul, « ne vaut pour aucun de ses disciples ». Chacun a sa propre « personnalité » qui n’est pas toujours en mesure de se faire transparente au « charisme » donné par l’Esprit. Et c’est « peut-être la preuve que ce que l’Église est en train de traverser, avec la crise de charismes, est une secousse salutaire pour purifier et rectifier notre conscience de ce don. »
Le professeur Lugaresi nous avertit cependant que « dans la situation ecclésiale actuelle, le problème de la personnalité semble concerner également l’institution Église elle-même, c’est-à-dire précisément ce pôle qui devrait demeurer, par sa nature, en tension bénéfique avec les charismes personnels ». Et cela vaut aussi pour le pape, parce que « dans l’Église, depuis un certain temps, on assiste à un processus que nous pourrions qualifier de personnalisation de la papauté », un phénomène que beaucoup « considèrent providentiel » mais dont « on perçoit mieux aujourd’hui les aspects négatifs également ».


* * * * Mardi, 29 juin 2021.
On entend de plus en plus parler de « catholiques traditionalistes » et de « prêtres traditionalistes ». Ces dénominations sont proprement absurdes. On est catholique, un point c’est tout. On est prêtre de l’Église catholique, un point c’est tout.
Toute personne qui souhaite appartenir à l’Église demande le baptême et non un baptême plutôt comme ceci ou plutôt comme cela.
Le terme « catholique » se suffit totalement à lui-même et tout adjectif qui y est ajouté en fausse le sens.

* * * * Mardi, 29 juin 2021. Un échange entre Michel Onfray et Patrick Buisson où il est question de la perte du sacré et de la spiritualité : cliquer ici.

* * * * Samedi, 26 juin 2021.
On n’insistera jamais assez sur le fait que le sentimentalisme est la grande maladie qui ronge et corrompt la foi et la spiritualité dans le monde catholique d’aujourd'hui.

Capture d’écran 2021-06-26 à 10.39.09
Le sentimentalisme consiste à réduire la vertu théologale de foi à n’être plus qu'un « sentiment religieux », c’est à dire un « ressenti » ou un ensemble d’émotions plus ou moins fortes et variables non seulement d’une personne à une autre mais, au sein d'une même personne, d’un moment à l’autre. C’est ce qui explique qu’il n’y a plus aujourd'hui deux paroisses où la liturgie est célébrée de la même manière ; c’est ce qui explique que les célébrations soient envahies de chants sirupeux et mièvres qui plaisent à certaines catégories de fidèles mais qui en révulsent bien d’autres. Partout, c’est le règne de l’éphémère, de l’arbitraire, du relatif, du subjectif, de l’émotionnel, de la « pieuserie sucrée ». Il semble que les catholiques soient devenus totalement incapables de fonder leur spiritualité sur quelque chose de solide, de pérenne, de réellement et durablement nourrissant et, surtout, sur quelque chose d’objectif, de vrai.
Que l’on ne s’imagine surtout pas que ce sentimentalisme ne touche que les catholiques étiquetés « progressistes » - qui ne sont d’ailleurs plus guère nombreux parmi les fidèles -. Le sentimentalisme touche tout le monde, même des catholiques réputés « conservateurs », voire « traditionalistes ». Mais il faut se poser la question : d’où vient cette invasion généralisée de sentimentalisme ?
Capture d’écran 2021-06-26 à 10.41.41
La racine du problème, loin de remonter simplement à la période post-conciliaire, est en réalité bien plus ancienne : elle a sa source dans une crise d’ordre anthropologique.
En effet, pour les Anciens - c’est-à-dire pour les premiers chrétiens et toutes les générations qui se sont succédé jusqu’au bas Moyen-Âge, l’homme est un composé de trois réalités, unies mais distinctes : un corps, une âme, et un esprit. Cette réalité se fondait sur la vision chrétienne de l’homme telle qu’elle est exposée par S. Paul dans sa première épître aux Thessaloniciens : « Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie tout entiers ; que votre esprit, votre âme et votre corps, soient tout entiers gardés sans reproche pour la venue de notre Seigneur Jésus Christ. » (1 Th. 5, 23)
On a oublié que les animaux, eux aussi, ont une « âme » psychique : l’âme se dit « anima » en latin, ce qui a donné le mot « animal ». Tout être animé a une âme, c’est-à-dire une vie psychique. L’homme est un animal, mais il est aussi et surtout bien plus que cela : il est le seul animal spirituel de la Création, c’est-à-dire que c’est en lui insufflant un esprit que Dieu, qui « est Esprit » (Jean 4, 24) l’a créé à Son image (Gn 1, 26). Or, chez certains auteurs chrétiens, surtout en Occident à partir du Moyen-Âge déclinant (XIIIe siècle), cette très riche anthropologie ternaire s’est progressivement appauvrie en se transformant en un simple dualisme corps-âme. Certes, on a continué à distinguer « âme psychique » et « âme spirituelle », mais peu à peu la distinction entre ce qui relève de la « psychè » (l’âme psychique) et le « pneuma » (l’esprit) s’est affaiblie jusqu’à disparaître totalement des esprits.
Cet obscurcissement de la doctrine anthropologique traditionnelle a eu deux conséquences majeures : l’une, très tardive et contemporaine, qui est que l’on ne voit plus clairement ce qui fait le propre de l’homme par rapport aux autres animaux, surtout à une époque où l'on découvre - ou où l’on re-découvre - que les animaux ont eux aussi une vie psychique, des sentiments, des émotions, etc. L’autre, beaucoup plus ancienne, qui est la confusion grandissante entre ce qui relève du psychique et ce qui relève du spirituel. Ceux qui étudient l’histoire de l’art sacré savent qu’une nette inflexion a lieu dans l’art religieux à partir de la fin du XIIIe siècle, et de manière croissante jusqu’à la Renaissance et les siècles suivants. Alors qu’auparavant l’art sacré se voulait la manifestation, par la médiation du symbolisme et du hiératisme intemporel, de vérités théologiques éternelles et objectives, il ne devient à partir de cette époque plus que l’expression du « sentiment religieux » de l’artiste et des modes religieuses subjectives de chaque époque.
Capture d’écran 2021-06-26 à 10.34.11
On prend pour une expression spirituelle authentique ce qui n’est en réalité qu’expression des affects et des émotions. On prend le psychique pour le spirituel. Les émois subjectifs naturels remplacent la foi conçue comme vertu théologale surnaturelle.
Comme par hasard, cette même période correspond au moment où l’office divin chanté en communauté est remplacé par les dévotions privées, où
le grégorien - chant théologique objectif par excellence - disparaît pour laisser la place à des pièces de polyphonie de plus en plus mièvres et compassées et théâtrales qui déjà annoncent les chansonnettes sirupeuses simili-liturgiques d’aujourd’hui. C’est aussi le moment où la très riche théologie biblique et patristique, fondée sur les données objectives de l’Écriture sainte et de la Tradition, et inscrite dans les rythmes du cosmos, laisse la place à une piété uniquement sentimentale et subjective versant tantôt dans le dolorisme le plus morbide, tantôt dans la mièvrerie la plus compassée.
Il faut le dire clairement : une spiritualité qui n’est plus fondée que sur la confusion entre le psychique et le spirituel, et donc sur le sentimentalisme, n’est plus qu’une spiritualité gravement corrompue et frelatée et relève, en définitive, d'une fausse religion dont nos liturgies actuelles sont la parfaite illustration.
Capture d’écran 2021-06-26 à 10.36.50

Pour revenir à une religion vraie et à une spiritualité vraiment authentique, il est donc indispensable, d’une part, de revenir à l’anthropologie paulinienne fondée sur une claire distinction entre les dimensions corporelle, psychique et spirituelle de l’homme ; et d'autre part, de nourrir à nouveau la vie spirituelle des fidèles avec une piété qui soit vraiment, vraiment, vraiment liturgique, c’est-à-dire à la fois traditionnelle et biblique, fondée sur la spiritualité des psaumes ; c’est-à-dire nourrie des
données objectives de l’Écriture sainte reçue et interprétée dans la Tradition pérenne de l’Eglise ; c’est-à-dire s’exprimant à travers les rites approuvés par l’Église et non les fadaises de tel célébrant - fût-il évêque - ou les pitreries pastorales de tel groupe de « laïcs en responsabilité ».

* * * * Jeudi, 24 juin 2021. Celui qui parvient à s’extraire du bruit goûte aux bienfaits du silence.
Le silence goûté à la campagne, dans une église vidée de touristes et soustraite aux liturgies fatigantes, dans un monastère, apparaît comme un moment de ressourcement ou comme un temps de repos. Ce silence procure alors le sentiment d’être, d’exister ; il édifie ou restaure un espace permettant de réfléchir utilement ; il favorise l’attention.
Cependant, parfois le silence peut faire peur : il renvoie à la solitude, à la crainte de la mort. Celui qui est malade est davantage angoissé la nuit, quand tout est silencieux et sombre, que le jour lorsque la clarté est là et que le bruit des activités humaines se fait entendre. Entrer involontairement dans le silence, c’est permettre aux soucis, aux émotions, aux idées sombres, de nous envahir : qui n’a jamais été la proie de pensées qui tournent dans la tête durant les nuits d’insomnies ? Toutefois, il ne faut pas chercher à fuir le silence mais plutôt à le pénétrer pour tâcher d’en découvrir le sens. Car le silence a un sens : celui de la relation qui s’établit - paradoxalement - par la parole. Le silence ajouté à la parole est le moyen que nous utilisons pour communiquer. Pour qu’il y ait communication, il faut que la parole puisse être écoutée et reçue. Or, seul le silence peut permettre d’écouter et de recevoir une parole. « Parole et silence font un : la parole est instruite du silence comme le silence de la parole. » (Max Picard, Le monde du silence.)
La parole efficiente ne peut germer que dans le silence et le silence donne un relief à la parole. Dans le chant grégorien, silence et parole sont étroitement liés : la parole chantée émerge du silence et y conduit. On a d’ailleurs pu dire du grégorien qu’il est «
le chant du silence ».
Au cours d’un discours, de brefs moments de silence mettent en valeur tel mot ou telle expression importante et laissent du temps à l’esprit pour s’imprégner de l’information reçue. Lorsque, au cours d’une messe, le célébrant dit « oremus » (remarquons bien que la formule liturgique originelle dit simplement « prions » et non « prions le Seigneur »), il lui est demandé de laisser un temps de silence avant de chanter l’oraison (cf. Missel romain).
Nous ne communiquons pas seulement avec des paroles. Nous parlons également avec le corps, les gestes, les réactions du visage, le regard. Si la liturgie prend le contrôle de nos gestes et de nos attitudes grâce aux rites qu’elle demande de respecter et de suivre, elle demeure cependant incapable d’imposer quoi que ce soit aux visages : aucun rite ne peut demander à un célébrant d’être souriant, hilare ou d’avoir un air triste. Voilà pourquoi le visage des ministres de l’autel se doit de demeurer le plus impassible possible, ne cherchant ni la distraction par le regard porté sur l’assemblée, ni à exprimer des sentiments personnels. Car ce que pense le célébrant et qu’il peut chercher à exprimer par un langage non verbal n’a aucune espèce d’importance en liturgie, ne donne pas plus d’efficacité à une célébration. D’où l’intérêt de la célébration versus orientem qui évite aux fidèles de faire attention au prêtre mais fait porter leur intérêt sur la seule liturgie ; et d’où aussi l’intérêt de chanter la liturgie afin de la soustraire aux intonations signifiantes que le célébrant cherche à donner aux paroles simplement dites.
Des recherches récentes montrent que, dans le cerveau, outre les trois composantes essentielles (le néocortex, le paléocortex et le diencéphale) existent encore deux autres constituants : l’hémisphère gauche, siège des fonctions verbales, et l’hémisphère droit, siège des réactions de l’inconscient et des fonctions non verbales. Les études portant sur la parole et la musique montrent que le cerveau gauche gère ce qui se rapporte à notre vie sociale, à commencer par la parole, tandis que notre cerveau droit gère ce qui relève de notre patrimoine naturel dont fait partie le silence. Or, dans les sociétés actuelles, c’est l’hémisphère gauche qui est le plus sollicité ; au point qu’il ne nous permet plus d’écouter la sagesse innée émise par le cerveau profond (hémisphère droit), qu’il ne nous permet plus de goûter au silence dans lequel et par lequel Dieu s’adresse à nous. (Cf. Bernard Sesbouë, Quand Dieu se tait ; Bernard Bonvin, Silence ou parole ? Parole et silence !)
Au cours des liturgies rendues bavardes par l’utilisation des langues ordinaires qui sont l’outil de communication des hommes entre eux, et par l’agitation permanente faite au nom de la « participation active », le fidèle ne peut parvient plus à faire le silence en lui. Et ne pouvant plus faire le silence, il ne se recueille plus : il voit et entend quantité de choses plus ou moins intéressantes et distrayantes mais ne se rend plus compte que Dieu voudrait lui faire sentir sa présence et être entendu.
Pour Dieudonné Dufrasne o.s.b, si nos liturgies actuelles sont stériles au plan spirituel (au point qu’un nombre important de fidèles ne voit plus l’intérêt de les fréquenter), c’est en raison d’une certaine accumulation de messages qui s’apparentent souvent à un verbiage fatigant. Le bénédictin constate que le fait de célébrer systématiquement face au peuple et exclusivement dans la langue vivante induit que tous les gestes et toutes les paroles doivent obligatoirement être expressifs pour communiquer sans cesse des messages : « Tous doivent participer tout le temps à tout ». D’une liturgie qui était et qui aurait dû demeurer « significative » - porteuse de sens - nous sommes passés à des célébrations qui se veulent « expressives », c’est-à-dire en marge de la réalité sacramentelle.
« Le silence est le sacrement du siècle futur » écrivait au XIXe siècle le moine russe Séraphin de Sarov. Aujourd’hui, beaucoup de théologiens et de prêtres parlent des vertus de la méditation et de la contemplation ; mais peu d’entre eux abordent la question de la valeur du silence dans la liturgie. Il est vrai « que la liturgie est davantage un jardin où l’on chante qu’un désert où l’on se tait » (Jean-Yves Le Quellec, Le silence dans la liturgie). Un jardin où l’on chante pour se persuader vainement qu’on existe en marge de l’action divine. Pourtant, les grands évènements de la vie du Christ à laquelle on nous demande de nous associer se déroulent toujours dans le silence, lequel peut être comparé à la matrice où se développe le salut.
Certes, les liturgies orthodoxes se déroulent dans un chant continuel qui pourrait nous porter à croire que le silence leur est étranger. Il faut toutefois rappeler que ces liturgies-là sont éminemment mystagogiques : « Elles initient au Mystère plus qu’elles ne s’efforcent de le traduire, de l’exprimer. L’abondance des gestes, des chants, des mots, n’y contredit pas le silence essentiel dans lequel elles se meuvent et se baignent [...] Le langage liturgique de l’Orient est comme naturellement traversé de silence. » (Id).
Tout à l’inverse, nos liturgies paroissiales s’alignent trop souvent sur la société de consommation où le silence fait peur et doit être immédiatement comblé (fonds sonores des grandes surfaces). C’est ainsi que la liturgie n’est plus considérée que sous un angle utilitariste : il faut qu’une célébration serve à quelque chose et que ceux qui y participent en retirent quelque chose. Cette vision utilitariste du culte prédomine dans les messes de professions de foi où les jeunes sont invités - ou obligés - à faire quantité de choses censées leur apporter quelque chose alors qu’elles les privent de l’essentiel au point de ne leur donner aucune envie de pratiquer régulièrement.
Bien entendu, il n’est pas question d’imposer le silence partout et à tout prix : « Il n’est pas dans la nature du silence liturgique d’être envahissant mais, au contraire, discrètement appelant. Des silences intempestifs briseraient aussi sûrement le rythme d’une célébration que des discours compacts, indéfinis ou déplacés. » (Jean-Yves Le Quellec, Le silence dans la liturgie)
Mais il ne faut jamais perdre de vue que la liturgie se nourrit du silence : relié aux autres éléments de la célébration et s’enracinant en eux, il favorise la relation à Dieu et la communion ecclésiale bien plus intensément et efficacement que tous les chants d’assemblées ou que les liturgies au cours desquelles les célébrants s’efforcent de paraître naturels ou surjouent leur rôle.
Bien entendu, en liturgie, le silence n’est pas une fin en soi : il est de l’ordre du moyen qui permet de donner un sens aux paroles, aux chants sacrés et aux gestes grâce à la relation qu’il établit entre ces composantes du rite sacré. C’est là sa fonction essentielle : une fonction généralement... passée sous silence dans les actuelles messes paroissiales où le bruit venu de l’extérieur entre dans les églises avant le début de la célébration et reprend dès la fin de la célébration avec, en plus, les plein-jeux de l’orgue qui s’ajoutent aux bavardages des fidèles. Et ne parlons pas du brouhaha qui règne dans certaines sacristies et certaines tribunes avant et après la messe !
Il n’est pas inutile de faire remarquer que dans les églises de monastères, le silence liturgique demeure encore en dehors des Offices : le sanctuaire « respire » un silence qui s’impose même aux visiteurs de passage.
La liturgie doit se nourrir d’un silence dont le rôle est de marquer l’église et s’imposer de lui-même à toute personne qui pénètre dans la maison du Seigneur.

* * * * Vendredi, 18 juin 2021.
Une brève histoire de la chasuble : CLIQUER POUR LIRE

* * * * Lundi, 14 juin 2021. Le chant et la musique dans la liturgie : OUVRIR ICI

* * * * Mercredi, 9 juin 2021. La place et l’importance du latin dans la liturgie : CLIC ICI

* * * * Samedi, 5 juin 2021.
Vatican II : le vrai concile et le faux concile : LIRE ICI

* * * * Jeudi, 3 juin 2021. L’Église catholique en France : l’analyse pessimiste, mais réaliste car loin des « diocèses en fête » et des « paroisses vivantes » de ces dernières années.
Au cours d’une messe célébrée à Rome, Mgr Éric de Moulins-Beaufort, président de la conférence épiscopale de France et archevêque de Reims, a dressé mardi le portrait d'un pays largement déchristianisé et qui veut plus croire à quelque chose qui vient d’En-Haut. En France, on a « longtemps cru que la vie terrestre prépare la vie éternelle », mais cette conviction n’a désormais plus cours. (Ce qui s’explique quand on voit que les funérailles catholiques sont partout remplacées par un « hommage au défunt » s’achevant par un « dernier adieu » sur fond de chansons profanes -ndlr-)
Mgr de Moulins-Beaufort ne s’arrête toutefois pas à ce constat négatif pour l’Église. Il encourage les chrétiens à jouer un rôle là où « les sociétés occidentales sont de plus en plus des sociétés de frustration ».

* * * * L’ART DE CÉLÉBRER LA MESSE : GUIDE LITURGIQUE À L’USAGE DES PAROISSES CLIC ICI

Sur la page "études"