L'ACTUALITE

* * * * NOUVEAU Mardi, 31 mars 2020. Pour écouter “Guérir les vérités devenues folles”, un entretien avec le philosophe Rémi Brague, cliquer ici.

* * * * NOUVEAU Mardi, 31 mars 2020. LA THEOLOGIE EN TEMPS DE CRISE
Une bonne crise est souvent nécessaire pour que la vérité d’une situation saute aux yeux de ceux qui préfèreraient regarder ailleurs.
Loin de s’intéresser à la doctrine de la Révélation en lien avec la Tradition et les Évangiles, la théologie enseignée dans la plupart des universités d’Allemagne (et d’ailleurs) est fortement imprégnée d’une incroyance moderniste et déconstructiviste qui fait qu’en de nombreux endroits, on s’applique essentiellement à fausser la foi afin de la rendre compatible avec la société moderne.
Et que signifie ici « rendre compatible » ? Il s’agit de trouver une justification à ceux qui acceptent aujourd’hui d’encenser l’esprit du temps et, ce faisant, traitent d’imbéciles tous les martyrs de jadis. Ces derniers avaient été jetés dans l’arène pour avoir refusé de rendre un culte à l’empereur... Sans doute, dira-t-on aujourd’hui, qu’il leur manquait « le goût du dialogue ». Ces martyrs étaient assurément trop « rigides » et pas assez « tolérants ».
La gamme des moyens utilisés aujourd’hui dans le but de rendre la foi compatible avec l’esprit des sociétés modernes va de la négation de certains dogmes essentiels jusqu’à de nouvelles inventions du type « théologie féministe » ou bien l’introduction d’une « idéologie du genre » dans les programmes de théologie.
En règle générale, les enseignements de ces théologiens qui se veulent au goût du jour passent loin au-dessus la tête des simples croyants. Cependant, les quelques jeunes gens qui désirent encore aujourd’hui devenir prêtres ne peuvent y échapper. Un candidat au sacerdoce a donc grand intérêt à se demander sérieusement quel est son but véritable, quel est le chemin qu’il désire suivre. Car celui qui fréquente aujourd’hui une faculté de théologie est soit un véritable « Hercule de la foi », soit quelqu’un qui va s’efforcer de passer silencieusement hors de portée des radars. Tertium non datur.
Mais en temps de crise, les masques finissent par tomber les uns après les autres. Ainsi, certains spécialistes de liturgie se mettent à parler de « messes fantôme » lorsque des prêtres célèbrent la messe en privé pour le peuple, devant une caméra, et la diffusent par internet. Bien sûr que ce n’est pas l’idéal ; bien sûr qu’il ne s’agit pas de considérer de telles messes comme un parfait substitut de la messe dominicale. Cependant, ces célébrations liturgiques constituent bel et bien une aide en des temps troublés, en des temps où les évêques ne permettent pas aux fidèles de se réunir pour l’Eucharistie.
Une enseignante en théologie dogmatique, Mme Julia Knop, s’est fait remarquer dernièrement en s’offusquant sur son blog à propos des manifestations de foi qu’on voit actuellement se dérouler dans certains endroits. Pour elle, la théologie consiste en « la responsabilité d’accompagner de façon critique la vie de l’Église afin de la rendre attentive à certains développements problématiques. » Dès lors, Mme Knop se sent investie de la mission de combattre « les restes de magie et les modèles régressifs » qui subsistent encore dans l’Église et auxquels pourraient être soumis les jeunes en formation : tout cela est - selon elle - à déconstruire vite fait bien fait. Alors le sang de cette théologienne ne fait qu’un tour lorsqu’elle constate la constance de certaines pratiques : « Ni l’eau bénite, ni une hostie, ne peuvent tuer un virus ! » s’exclame-t-elle. Et de lister ce qu’elle considère comme problématique : les bénédictions de la Saint Blaise, la communion au cours d’une messe célébrée en privé par un prêtre, les processions du Saint-Sacrement à travers les rues vides, la consécration de diocèses entiers à la Vierge Marie, les absolutions et les indulgences générales, et j’en passe.
Par ailleurs, Julia Knop constate une certaine perturbation dans les milieux catholiques. En cela elle a totalement raison : les catholiques sont effectivement perturbés. Et pour cause : ils se demandent depuis combien de temps, et pour combien de temps encore, les théologiens seront autorisés à distiller leurs enseignements dévastateurs dans les universités ! A-t-elle conscience que personne n’a jamais tiré le moindre bénéfice de cette théologie de zombies ?
Il devient par contre évident que les sacrements et les sacramentaux, qui sont des pratiques dont le sens est à trouver au sein de l’Église, peuvent renaître à la faveur d’une crise. Et cela est juste ; et cela est bon ! Les pratiques liturgiques et spirituelles traditionnelles de l’Église, que sont l’adoration eucharistique, les bénédictions et les consécrations, possèdent une grande capacité de consolation et de guérison, toutes choses dont les hommes ont grand besoin en ces temps troublés.
Non, nous n’avons pas trop de processions, de consécrations à la Vierge, de temps d’adoration... Nous n’en avons pas assez ! Chaque ville, chaque paroisse, chaque communauté devrait sérieusement réfléchir à une manière d’apporter un peu de consolation aux croyants.

D’après Peter Winnemöller (Source : kath.net. Trad. MH/APL)

* * * * PERMANENT. La Communauté Saint-Martin fait un travail pastoral extraordinaire que l’on apprécie d’autant mieux en ces temps de crise. Elle nous propose de suivre en direct les différents Offices ; ceux-ci sont chantés en latin et célébrés “versus orientem” selon les livres liturgiques publiés à la suite du concile Vatican II.
Pour suivre les Offices,
cliquez ici et laissez-vous guider.

* * * * Lundi, 30 mars 2020. La « Croix de la peste », considérée comme une croix miraculeuse, a toujours été vénérée par les Romain et ce depuis des siècles.
Très récemment, en raison de l’épidémie de coronavirus, elle avait été exposée sur la place Saint-Pierre à l’occasion de la bénédiction “Urbi et orbi” donnée par le pape François. Malheureusement, on avait oublié de la protéger alors qu’il pleuvait ce jour-là... Le bois de la croix séculaire a gonflé après avoir absorbé l’eau durant deux heures. Des bulles se sont formées dans certaines zones du vernis et les couleurs ont disparu en plusieurs endroits. Des spécialistes tentent actuellement de sauver la célèbre croix.

Source : Kathnet.

* * * * Lundi, 30 mars 2020. Le coronavirus révèle - entre autres choses - la faillite du progressisme qui a donné le LA dans l’Église depuis Vatican II. La pandémie fait aussi douter de la foi de certains de nos évêques.
Car quand on en est à vider les bassins du sanctuaire de Lourdes et qu’un prélat tel que Mgr Stenger déclare qu’il ne faut pas attendre de Dieu qu’il fasse des miracles (sic), quand on se contente de faire sonner les cloches des églises alors qu’il faudrait passer dans les rues et bénir les maisons avec de l’eau bénite ou avec le Saint Sacrement… c’est la preuve qu’il y a quelque chose de durablement cassé dans le microcosme épiscopal.
Quel est l’évêque qui a fait célébrer la messe prévue pour les temps de crise (cf. Missae et orationes pro variis necessitatibus) et qui figure dans le Missel (certains ne savent même pas qu’une telle messe existe) ? Quel est celui qui a demandé à ses diocésains de dire les litanies dans lesquelles on demande à Dieu d’éloigner les calamités ?
Il est vrai qu’on ne peut pas attendre de nos évêques qu’ils reprennent des pratiques anciennes qu’ils ont raillées et supprimées : ils se renieraient eux-mêmes et remettraient en cause toute leur pastorale post-conciliaire.

* * * * Samedi, 28 mars, 2020. Comment avons-nous pu oublier à ce point, en Occident, le lien intime qui unit nos liturgies terrestres avec la liturgie céleste ? Cette dimension du culte, pourtant considérée comme essentielle par les Pères des premiers siècles et maintenue dans les pratiques liturgiques occidentales jusqu'au milieu du Moyen-Age - et dans l’Orient chrétien jusqu’aujourd’hui -, semble être totalement oubliée de nos jours.
L’origine de cette amnésie doit sans doute être recherchée dans le Moyen-Age tardif, lorsque l’on a réduit la liturgie à n’être plus qu'une commémoration des événements de la vie terrestre du Christ, sans voir que le temps dans lequel se situe l’Eglise depuis la Pentecôte est celui de l’attente pleine d'espérance, de la Parousie, c’est-à-dire de l’avènement de la Jérusalem nouvelle où l’humanité rachetée et transfigurée chantera sans fin avec les Anges la gloire du Dieu vivant.
Alors même que cette dimension est constamment rappelée par le Magistère, notamment par le concile Vatican II en sa constitution sur la sainte Liturgie, on peine à voir dans les célébrations diocésaines actuelles la marque de cette intemporalité et la mise en oeuvre de ce symbolisme sacré par lesquelles les rites visibles qui, de célébration en célébration, se déroulent sous nos yeux, doivent exprimer, anticiper et préfigurer les réalités du monde invisible.
Sans la mise en oeuvre de ce symbolisme, sans la sobre et noble splendeur des ornements, sans le respect du silence sacré, sans la beauté du chant liturgique qui naît du silence pour aboutir au silence, la liturgie ne saurait exprimer le mystère divin. Sur ce point comme sur bien d'autres, une redécouverte en profondeur de l’esprit de la Tradition chrétienne authentique s’avère nécessaire, urgente, capitale.
« La Messe a son prototype dans le sacrifice céleste de l’Agneau décrit par l’Apocalypse. Il est vain d’objecter comme le font certains d’un point de vue profane, que cette façon de concevoir les choses, n’est qu’une projection de la liturgie terrestre, qu’on s’imagine se dérouler ainsi dans le ciel. Pour le spirituel, en effet, c’est l’inverse qui est vrai, car il sait que la liturgie visible n’est que la réfraction symbolique, dans le plan de la corporéité sur lequel l’homme se meut pendant l’existence terrestre, de la réalité invisible d’En-haut, de même que la musique n’est que l’expression approximative, comme l’a écrit Marcel de Corte, d’un silence essentiel. Les textes de l’Ecriture nous décrivent sous une forme sensible une réalité spirituelle et nous présentent dans un déroulement temporel quelque chose qui, en réalité, n’a jamais cessé d’exister et appartient à l’éternité. C’est ce qui ressort d’un passage essentiel de l’Apocalypse, où nous lisons que “l’Agneau est immolé dès le commencement” (Apo 13, 8) et également d’un passage de saint Pierre disant que le Christ est “l’Agneau sans défaut et sans tache ; celui qui, prédestiné dès avant la création du monde, a été manifesté pour nous en ces derniers temps” (1 Pi 1, 19) ; termes qui rejoignent l’enseignement de saint Paul sur “le mystère caché depuis l’origine” ». (cf. Jean Hani, La Divine Liturgie, 1981.

Pour écouter l'hymne des Chérubins de Chesnokov,
cliquer ici.
Pour écouter la magnifique hymne grégorienne “Urbs Jerusalem beata” chantée au cours de la Messe de la dédicace d’une église,
cliquer ici.

* * * * Samedi, 28 mars 2020. Homélie pour le 5ème dimanche de Carême (année A) : La résurrection de Lazare (version ambrosienne datée du XIIe siècle).
« Je suis la résurrection et la vie. (Jean 11, 25 ; Evangile) Celui qui croit en moi, même s'il meurt vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais » poursuit Jésus à Marthe, la sœur de son ami Lazare qui vient de mourir.
Dans sa douleur, elle fait reproche à Jésus de n’avoir pas été là et de n’être pas intervenu pour le guérir (v. 21). Cependant, elle ajoute : « Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l'accordera » (v.22).
(Sa sœur Marie, arrivant peu après, fera le même reproche à Jésus, v. 32). Cette confiance, malgré la douleur, emmènera Marthe à une foi plus grande et plus élevée.
C’est l’emprise de la chair (St Paul aux chrétiens de Rome, IIème lecture) qui provoque les passions, les révoltes, les doutes... Or, nous sommes, par la grâce du baptême trinitaire, sous l’emprise de l’Esprit, car l’Esprit de Dieu habite en nous (Rm 8, 9). Le corps est devenu mortel depuis le péché d’Adam et Eve (le péché originel), mais l'Esprit est vie (“fait vivre” : traduction liturgique)... (v. 10)
Plus encore : le Père qui a ressuscité Jésus en tant qu’homme (l’Esprit de Celui qui...), donnera aussi la vie à vos corps mortels à cause de son Esprit qui habite en vous (v. 11). C’est “la résurrection des corps” qui rejoindront “leurs âmes respectives”, soit pour une résurrection de vie (la vie éternelle du ciel, le royaume de Dieu) soit pour une résurrection de jugement (de damnation : Bible de Jérusalem) (Jean 5, 29) (1).
Mais revenons à l’Evangile. Parce que Dieu nous aime, Il le manifeste avec éclat en son Fils Jésus, le Christ. « Il est cet homme plein d’humanité qui a pleuré son ami Lazare ; il est Dieu, le Dieu éternel qui fit sortir le mort de son tombeau : ainsi, dans sa tendresse pour tous les hommes, il nous conduit, par les mystères de sa Pâque, jusqu’à la vie nouvelle » (Préface propre de la Messe). Quand nous L’appelons, nous reconnaissant malades (Jean 11, 3 – Evangile), Jésus ne répond pas. Il demeura pourtant deux jours à l’endroit où il se trouvait (v. 6), paraissant indifférent, laissant le mal qui ne conduit pas à la mort mais qui est pour la gloire de Dieu (qui la manifestera au contraire) empirer.
« D’où venait la mort de l’âme ? De l’absence de la foi. D’où venait la mort du corps ? De l’absence de l'âme. La foi est donc l’âme, la vie de notre âme » (Saint Augustin. Office des lectures). Comme Il avait dit : « Je suis la Lumière du monde (Jean 9, 5) et qui me suit a la lumière de vie (8, 12) et ne reste pas dans les ténèbres » (12, 46), Il affirme ici : « Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra... Le crois-tu ? (11, 25). Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu qui vient en ce monde (v. 27). »
Saint Jean note que lorsque Jésus vit que Marie (sœur de Lazare) pleurait (après ses reproches), et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, en son esprit, Il fut saisi d’émotion et bouleversé (v. 33). Saint Cyrille d’Alexandrie fait ce commentaire : « Parce que le Christ n’était pas seulement Dieu par nature, mais qu’il était homme aussi, le voici souffrant une faiblesse humaine. Quand la douleur, en effet, commença de l’émouvoir et que dans sa sainte chair des larmes vinrent à ses yeux, il ne les laissa pas simplement couler, comme nous faisons, mais il frémit en l’Esprit, ce qui veut dire : sous la motion de l’Esprit, il réprima la tendance de sa chair ; alors celle-ci, ne supportant pas l’action puissante de la nature divine qui lui était unie, trembla, bouleversée, redoublant son deuil. (Patrologie grecque 74, 52-53). Le voyant pleurer, les Juifs dirent : « Voyez comme il l’aimait ! » (v. 36). Bien-sûr, il y a, comme aujourd'hui, des esprits chagrins, des incrédules perpétuels, des durs de cœur, insensibles et fermés à la lumière et à la grâce. Mais certains d’entre eux dirent en persiflant : « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? » (v. 37). Jésus, alors, est repris par l’émotion (v. 38).
Demandons-nous, en ce carême, si nous ne sommes pas comme Marthe et Marie, comme les juifs de leur entourage, tellement injustes envers Jésus, le Christ, pourtant notre sauveur ? Le péché, la souffrance, la mort, ne sont-ils pas la conséquence du péché ? De la révolte, de la résistance aux commandements de Dieu ? Et nous nourrissons parfois, tellement de rancoeurs (2) envers Lui ou envers nos frères ?
Prions Dieu d’ouvrir nos tombeaux pour nous en faire remonter (Ezéchiel 37, 12-14 – Ière lecture). Ravivons en nous l’Esprit reçu au baptême, ravivé par le sacrements (Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez, je vous donnerai le repos... c’est-à-dire, pour nous, la paix de l'âme, la paix surnaturelle). Des profondeurs je crie vers Toi, Seigneur; Seigneur, écoute mon appel ! (Psaume 129)
« Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais » (Jn 11, 25).

Abbé Christian LAFFARGUE

(1) Cf aussi le Catéchisme de l’Eglise Catholique et le Credo : Je crois à la résurrection de la chair, nn. 988-1014.
(2) Rancoeurs : Quand le Seigneur pardonne, Il oublie nos péchés. Il ne fait pas peser sur nous, ni quelques heures, ni quelques jours, ni quelques mois ou même années... un regard courroucé de reproche. Au contraire, heureux de la contrition et du retour du pécheur, Il oublie tout et rend sa dignité à son enfant retrouvé, le comblant d’attentions et de bontés. C’est cela le pardon (qu’on croit souvent avoir fait... intellectuellement oui, mais pas dans le coeur où est l’amour.)


* * * * Samedi, 28 mars 2020. Nous venons d’apprendre que le Seigneur de gloire et de consolation a rappelé auprès de Lui son fidèle serviteur, M. l’Abbé Joseph Loeb. Oblat de Solesmes et ancien aumônier du couvent Saint-Marc, l’Abbé Loeb avait toujours soutenu notre association Pro Liturgia ; à travers elle, il œuvrait discrètement pour que la liturgie de l’Eglise soit célébrée avec dignité et recueillement. Pour lui et pour tous nos proches qui nous quittent en ce temps d’épreuves : requiem aeternam...

* * * * Jeudi, 26 mars 2020. Contrairement à ce qu’on peut lire ou qu'on entend dire ici ou là, la liturgie restaurée à la suite de Vatican II existe bel et bien même si l'on peut déplorer qu’elle soit encore trop rare. Elle est retrouvée par les prêtres qui ont su ou pu conserver un sens du sacré et découverte avec bonheur par les fidèles qui, depuis un demi-siècle, ont dû accepter à contrecoeur les messes paroissiales qu’on leur donnait.
Un exemple de cette liturgie romaine dite « conciliaire » nous est donné par la Communauté Saint-Martin d’Evron (Mayenne) :
cliquer ici pour voir la messe de l’Annonciation célébrée hier, 25 mars.
Telle est la liturgie que l’on devrait trouver, sans exception, dans toutes nos cathédrales et églises d’une certaine importance. Pas d’autres « expériences » ! Ailleurs, dans les paroisses de moindre importance, cette même liturgie devrait servir de modèle et être célébrée du mieux qu’il est possible avec les moyens dont on dispose.
Certes, comme nous le faisait remarquer un curé qui essaie de « remettre les choses à leur place » dans son secteur paroissial, il faut supporter ces fidèles, souvent d’un certain âge et qui, voyant une telle messe, nous disent : « On ne va tout de même pas revenir en arrière ! » A ces fidèles-là, il faut montrer les textes conciliaires ainsi que le missel actuel et leur expliquer que le célébrant est le serviteur de la liturgie de l’Eglise et non le valet des modes passagères qui, on en a la preuve, n’ont fait que vider les églises et les séminaires. Et puis, si cet argument ne suffit pas, on peut toujours dire à ces fidèles qu’ils sont parfaitement libres de continuer à faire du sur-place comme ils font depuis 50 ans, mais que les nouvelles générations de catholiques, elles, veulent avancer...

* * * * Mercredi, 25 mars 2020. En ce jour où nous célébrons l’Annonciation, les cloches des églises de France sonneront à 19h30 pour appeler les hommes de bonne volonté à la prière. Demandons à la Mère de notre Seigneur de nous venir en aide en ces temps d’épreuves.
Cliquer ici pour prier le ”Sub tuum praesidium”.

* * * * Mercredi, 25 mars 2020.
Dans le contexte mondial de la pandémie en cours, on ne trouve nulle trace d’une intervention de l’Église « mater et magistra » un tant soit peu à la hauteur de sa maternité et son enseignement universels. (...) Des années de pieux bavardages ecclésiaux sur le levain, l’évangélisation et la prophétie trébuchent et s’étalent de tout leur long sur l’obstacle imprévu d’une épidémie qui, immédiatement, a tout dramatisé et tout verticalisé, entre la vie et la mort.
Cette incapacité à parler est encore aggravée, contre toute espérance, par l’idéologie inévitablement utopique d’une Église comme « minorité prophétique », piètre succédané d’une église « militans ».
Même la prière émouvante de l’archevêque Mario Delpini du haut des flèches du Dôme de Milan semblait dépourvue de toute volonté d’autorité - sur la cathédrale du grand saint Ambroise ! -, étant donné la façon réservée, presque privée avec lequel le prélat s’est présenté aux caméras et au monde plutôt qu’en habits liturgiques. Je comprends qu’une tenue de ville et une calotte suffisent pour entonner « O mia bela Madunina » plutôt que « Recordare Domine testamenti tui et dic Angelo percutienti : cesset manus tua ». [« Dis à ton ange exterminateur : retire ta main » de 2 Samuel 24, 16, de l’introït de la messe « pro vitanda mortalitate vel tempore pestilentiae »]. Mais ce qui compte le plus, c’est que l’invocation de l’archevêque de Milan ait été dominée, comme presque partout dans l’Église, par des recommandations relationnelles, de bonne étiquette chrétienne, des invitations à être gentils, généreux, hospitaliers, à ne pas adopter de visions fondamentalistes, historico-salvifiques, et s’adressaient beaucoup moins à Dieu lui-même en tant qu’interlocuteur. Même la prière à Marie, que les évêques répètent à l’envi, a parfois des airs de concession à une piété populaire que nous gardons en nous, quelque chose qui vient du cœur plus qu’une conviction de l’intellect. (...) Que l’on ne vienne pas dire qu’il s’agit là du nouveau style irrémédiable de l’Église. Ce style révèle plutôt une peur dramatique, surtout dans le monde ecclésiastique, du témoignage de la « mater et magistra » telle qu’il a toujours été pratiqué dans la tradition de l’Église ; en plus d’un manque de foi dans la prière votive, dans nos demandes solennelles d’intercession.
Jusqu’à présent, qui a été capable de verticalité ? Où est passée l’audace de faire monter des paroles de repentance et de pénitence alors même que le Carême nous en impose l’exercice quotidien ? C’est pourtant certainement ce que font tant d’humbles qui sont capables de demander la protection divine par l’intercession de Marie et des saints, en même temps que la demande de pardon. C’est aussi ce que font les ordres religieux restés semblables à eux-mêmes, dans les monastères cloîtrés qui résistent.
Certes, tardivement, même le Pape François a fait quelque chose, même si cela n’a pas suffi à montrer aux hommes comment se voir sous la volonté inconnaissable mais toujours providentielle de Dieu. En effet, dans son interview à « La Repubblica » du 18 mars, il n’y a eu qu’une seule allusion, même si elle a son importance : « J’ai demandé au Seigneur d’arrêter l’épidémie », étant donné que son autre allusion : « Nous sommes tous enfants de Dieu et Il nous regarde tous », s’est perdue dans l’ersatz trop humain de toutes ces « bonnes choses dans lesquelles [même celui qui ne croit pas en Dieu] croit » et de l’ « amour des personnes qui nous entourent ».
(...) Qu’est devenu le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, qui s’opposait autrefois à la froide analyse théologique ? Ce Dieu est devenu une sorte d’idéal, que le chrétien moderne s’évertue à purifier des « taches » du Jugement, de la colère et de la punition, pour en faire une entité mièvre. On se dit : « Dieu n’a rien à voir là-dedans ». Mais on se berce d’illusions si l’on croit que tenir Dieu à l’écart de nos tragédies historiques serait non seulement respectueux mais constituerait en outre une excellente apologétique.
Il n’en a jamais été ainsi. La relation entre Dieu et la souffrance des hommes constitue une part importante de la réflexion religieuse, des auteurs tragiques de l’Antiquité aux plus grands penseurs chrétiens. Le savoir nous maintient au niveau du mystère de l’homme, sinon tout bascule dans la futilité.
(...) Au cours des dernières décennies, nous avons fait l’expérience qu’une Église qui se propose comme « supplément d’âme » (elle est bien plus que cela, et n’a même rien à voir avec cela) ne peut pas éviter la dérive. Si la référence à la personne n’est pas fondée dans la révélation divine et qu’elle n’y trouve pas son horizon de sens, alors elle se réduit à un fragile et rhétorique présupposé humaniste. Et il est faux de dire, comme on l’entend souvent, qu’on « aime Dieu dans ses frères », parce que sans l’accomplissement de la première partie du premier et plus grand commandement (« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu », Mt 22, Mc 12), la seconde partie (« et ton prochain comme toi-même ») ne peut produire que des formes forcément trop humaines, illusoires ou impropres.
(...) La grande peste actuelle nous enseigne que nous devrions nous libérer des oripeaux de la rhétorique ecclésiale qui nous étouffe, « in capite et in membris ». Car elle n’a ni les ailes ni la profondeur de regard ; elle est manifestement incapable de quoi que ce soit d’autre que de beaux discours gentils et consolateurs. Pour sortir des paroles de ce genre, il n’était clairement pas nécessaire que l’amour de Dieu se révèle dans la douleur et dans la puissance cosmique que nous célèbrerons à Pâques, quoi qu’il arrive.

Source :
Diakonos

[Pour illustrer la pauvreté de la rhétorique ecclésiale, j’ajoute que j’ai lu sous la plume de Mgr Rouger, évêque de Nanterre, que nous sommes désormais dans « une Église 2.0 ». Il y a quelques temps, regardant, l’émission « Koh Lanta » - il n’y avait pas grand-chose d’autre à voir ce soir-là -, j’ai découvert qu’une équipe avait réalisée, pour une gagner une épreuve, « un radeau 2.0 » (prononcer deux point zéro). J’ai voulu savoir ce que signifiait ce « 2.0 » et j’ai découvert qu’il s’agit d’une formule assez vide du français branché. Qu’à « Koh Lanta » on donne dans le « 2.0 » ne me dérange pas plus que cela. Mais qu’un évêque annonce notre entrée dans « une Église 2.0 » m’inquiète : avons-nous atteint le sommet de la pensée épiscopale ? (D.C.)]

Sur la page "études"