L'ACTUALITE DU JOUR

* * * * NOUVEAU Lundi, 21 janvier 2019. Pour les prochaines Journées Mondiales de la Jeunesse qui doivent se dérouler à Panama, les organisateurs ont vu grand : un parc pouvant accueillir 700 000 personnes.
Mais on commence à se rendre compte que ces JMJ ne devraient rassembler que 150 000 participants au maximum. Un chiffre en nette baisse par rapport aux rencontres des années précédentes, reconnaît-on
Peut-être ce « Woodstock liturgique » ne parvient-il plus à intéresser des jeunes en quête de choses plus profondes que les « flashmobs » faisant virevolter les évêques comme lors des JMJ de Rio ?

Source : Kathnet

* * * * NOUVEAU Lundi, 21 janvier 2019. Il y a un élément qui, lorsqu'il fut introduit dans la liturgie, a souvent provoqué davantage de dégâts dans les célébrations que les mauvaises applications du concile Vatican II. Cet élément, c'est le « micro(phone) ».
A partir du moment où les systèmes de sonorisation ont investi les sanctuaires et où dans le moindre recoin des églises on a cru utile de placer des haut-parleurs, le rapport du fidèle à la liturgie a été radicalement modifié : il n’a plus été le même que celui qui avait eu cours durant des siècles et qui se faisait dans le cadre d’une liturgie qui n’avait jamais été prévue, pensée, imaginée pour être systématiquement et totalement entendue de partout et par tout le monde.
Ce nouveau rapport des fidèles à la liturgie a engendré une série de modifications touchant à de nombreux domaines : intelligibilité des paroles dites, désorientation des autels, rôle des célébrants, modes de « participation » des fidèles aux messes... etc. Peu à peu, le prêtre qui jusqu’ici était convaincu que les prières qu’il faisait à l’autel s'adressaient à Dieu, s'est persuadé qu’elles devaient être d’abord annoncées aux fidèles comme pour être ratifiées par l’assemblée. Il devenait donc logique que ces prières soient dites dans une langue comprise des fidèles, sur un ton montrant qu’on s’adressait à eux, avec des mots susceptibles d’être compris par eux.
Les visées de la prière liturgique ont donc été progressivement détournées de leur objectif premier, ce qui a conduit à exclure le latin, le chant grégorien, les oraisons du missel, le sacré, le mystère... Tout ce qui n’était pas directement compris de l’assistance devait être modifié, adapté, et même supprimé.
L’usage du micro a ainsi généré une « déritualisation » et une désacralisation de la liturgie. Quant à l’assistance, elle en est progressivement arrivée à penser que la liturgie s’adressait désormais à elle, en priorité. Et comme là-dessus est venue se greffer l’idée - généralement très mal comprise - de « participation active », on en est venu à imaginer qu’une liturgie ne pouvait avoir de sens et d’efficacité sur le plan spirituel que si l’assemblée des fidèles avait le sentiment que le célébrant, à l’autel, s’adressait à elle. L’assemblée devait donc avaliser la prière du célébrant : c’est à elle que revenait désormais le devoir de cautionner la liturgie. D’où l’émergence de cette idée totalement étrangère à la liturgie catholique : « Pour que j’aille à la messe, il faut que la célébration me plaise. » Sous-entendu : il faut que le célébrant soit sympathique, que les prières soient dans une langue que je comprends, que les chants soient à l’unisson de ma sensibilité, que le style de la célébration soit adapté à mon tempérament et à mes goûts, etc.
Il est évident que la sonorisation des églises qui a impliqué cette compréhension nouvelle de la liturgie, a provoqué une cascade de pratiques et d’habitudes nouvelles qui n’ont jamais été voulues ni même envisagées par le Concile dans la mesure où elles sont en contradiction avec l’essence même de la liturgie catholique.
Parmi ces habitudes nouvelles, il faut citer la systématisation du « face au peuple » (ou, mieux dit, du « dos à la Lumière »), la suppression du latin, la réduction drastique des rites, le relâchement dans le comportement et les attitudes des célébrants, les mimiques faussement familières des ministres de l’autel, la désacralisation, l’animation liturgique, les mots d’accueil, etc.
L’usage du micro a poussé une majorité de prêtres à imaginer que leur fonction à l’autel était désormais celle d’animateur, de commentateur, d’amphitryon, tout ceci aux dépens de la fonction de célébrant, de ministre, de président - celui qui se tient devant pour guider -.
Et puisque dans ses nouvelles fonctions le célébrant s’adressait au peuple, il a cru que pour se mettre au diapason du peuple, il fallait « parler peuple » et « faire peuple »... D’où le rabaissement des liturgies actuelles au niveau d’une soupe populaire qui interdit au peuple que l’on prétend servir et respecter d’avoir accès aux mets les plus raffinés que l’Eglise lui réserve.
L'usage intempestif du micro a, d’une certaine façon, participé à la mort de la liturgie : désormais, certaines messes ressemblent davantage à une « bamboula paroissiale » qu’à la célébration de la mort et de la résurrection du Seigneur.
Est-ce à dire qu’il faudrait absolument se passer des avantages que peut offrir la technologie moderne et supprimer dans toutes les églises les systèmes de sonorisation ? Pas du tout : il ne s’agit pas tant de supprimer que d’apprendre à mieux utiliser. Le problème est là. Tout le monde a constaté que la plupart des jeunes ne semblent plus pouvoir vivre sans tripoter un portable qui leur distille à longueur de journées un fond sonore aigrelet. Le silence leur est devenu étranger. Ces jeunes écoutent-ils « leur » musique d’une affligeante monotonie ? Non : dans les cours de récréation, on les voit en groupes en train de bavarder tandis que chaque « portable » donne une musique différente que personne n’écoute. C’est bien la preuve que ce qui est donné à entendre de façon systématique et forcée n’est pas toujours écouté. Il serait bon qu’on s’en souvienne en liturgie et qu’on fasse en sorte que la parole (dite ou chantée) ne soit pas envahissante et ne devienne pas artificielle. C’est le seul moyen de susciter à nouveau l’attention des fidèles, de la centrer sur la liturgie de façon globale et non exclusivement sur ce que dit le célébrant.
Les liturgies orientales, qui devraient avoir pour nous, Occidentaux, une grande valeur d’exemplarité, sont très « mouvantes » : les ministres se déplacent beaucoup et de ce fait, ce qui s’entend (tout est chanté) fait corps avec ce qui se voit. Il est alors presque impossible d’utiliser des micros. Et c’est la divine liturgie qui est ainsi perçue dans son « unité audio-visuelle ».
Quelle peut être la solution dans nos paroisses si l’on veut préserver cette synergie qui fait l’essence de la liturgie ? Il suffirait de placer à des endroits judicieusement choisis un ou deux micros d’ambiance, en sorte que ce soit la liturgie dans sa globalité rituelle qui soit transmise à l’assemblée, et non exclusivement la parole de tel ministre ou le chant de tel choeur. De la sorte, les fidèles seraient invités à laisser pénétrer en eux l’ambiance générale de la liturgie qui se déroule dans le sanctuaire, ce qui éviterait de circonscrire la célébration à ce qui est dit par une seule personne (le célébrant, le chantre, l’animateur) ou à ce qui donne l’impression de pouvoir être directement compris et qui, de ce fait, passe abusivement pour être l’essentiel de la célébration.
La liturgie catholique forme un tout : aux cours des messes, il faut à tout prix éviter l’emploi des micros qui désarticulent ce tout et ne font porter l’attention des fidèles que sur un seul élément d’un ensemble constitué par l’intégralité du rituel.


* * * * Dimanche, 20 janvier 2019. Il faut vraiment être aveugle ou de mauvaise foi pour ne pas voir ou reconnaître que de haut en bas de l’Eglise certains clercs parmi les plus influents sont en train d’achever d’imposer aux fidèles un catholicisme falsifié. Et tout cardinal, tout évêque, tout prêtre qui essaie de parler, de dire ce qu’il faut dire pour contrer cette falsification de la foi - dont les liturgies truquées sont l’expression - est immédiatement recadré par les personnages les mieux en vue au Vatican. Il faut donc regarder la réalité en face : Rome est tombée. Et dans les années qui viennent, la même pastorale dévastatrice se poursuivra. Peut-être même en pire.
Il est urgent, alors que l’Eglise apparaît aujourd’hui aux yeux de nombreux observateurs comme étant au bord de l’effondrement, d’analyser les causes profondes qui nous ont amené à la débâcle liturgique, doctrinale, et pastorale actuelle.
Au fur et à mesure que la crise de l'Eglise déploie toute son étendue, il apparaît que ce que nous vivons aujourd’hui provient d’un effondrement de la spiritualité dont les racines sont à rechercher dans le Moyen-Age finissant, c’est-à-dire au XIIIe siècle, et aux débuts de l’ère dite « moderne ».
Depuis les origines du christianisme et jusqu’à la fin de la période médiévale, la foi chrétienne était conçue non pas comme un simple « sentiment religieux » subjectif, mais comme une adhésion à une réalité, à la Vérité, par nature immuable et objective. Pour les Anciens, Dieu était la réalité suprême, le Créateur des mondes visible et invisible, le grand ordonnateur de la course des astres dans l’Univers et de toute la Création ; l’homme pouvait ainsi parvenir à la connaissance de Dieu par deux voies : par la foi dans les vérités révélées, d’abord, mais aussi par la contemplation du réel, du Cosmos, de la nature, l’activité rationnelle étant ainsi intégrée dans la recherche du Logos divin.

UNIVERS VISIBLE

Cette contemplation, loin de se limiter, comme le fera plus tard le scientisme moderne, à une connaissance purement matérialiste et utilitariste de la matière, reconnaissait au réel une dimension symbolique et métaphysique, intégrant l’ensemble de l’univers dans une nécessaire vision sacrale du monde, comme le redira à plusieurs reprise le pape Benoît XVI. L'une des manifestations de cette adhésion radicale au réel dans toutes ses dimensions (matérielles comme spirituelles) était la « théologie de la lumière », déjà portée par les Pères des premiers siècles et soulignée par saint François d’Assise dans son « Cantique des cantiques » (très mal compris de nos jours) (1), et qui a dominé toute la théologie médiévale occidentale (et orientale encore de nos jours), déterminant la forme et les dimensions des édifices sacrés.
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Pour cette sublime théologie, la lumière naturelle (« lumen ») ne se réduisait pas à être un simple phénomène purement physique, mais était aussi et surtout un signe métaphysique qui exprime la Lumière divine (Lux) dont l’importance est absolument fondamentale dans la foi chrétienne, en particulier dans la théologie de l’apôtre Saint Jean : « Dieu est Lumière ; en Lui, il n’y a point de ténèbres » (1 Jn 5).
Dans la théologie johannique, puis patristique et médiévale, la lumière naturelle, créée par Dieu, est une manifestation divine, une théophanie. En la contemplant, il y a quelque chose de la Lumière ineffable de Dieu que nous contemplons. En outre, en contemplant un phénomène réel et observable empiriquement, la foi ne peut pas dégénérer - comme elle le fera plus tard - en sentimentalisme subjectiviste, puisqu’elle s'appuie sur le réel objectif tel qu’il nous est donné pour atteindre la plus haute mystique.
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De ce fait, comme le prouvent les témoignages les plus anciens, la liturgie chrétienne, tant en Occident qu’en Orient, était quasi-systématiquement orientée vers le Soleil Levant, symbolisant le Christ ressuscité, Lumière du Monde, revenant dans la gloire à la fin des temps. Non seulement tous les édifices sacrés ou presque étaient orientés, mais dans les églises romanes puis gothiques il y avait très souvent une fenêtre dans le mur absidial pour laisser rentrer à flots dans le sanctuaire la lumière du matin, pendant que se déroulait le sacrifice eucharistique. Il serait trop long de recenser, en outre, toutes les allusions à cette théologie de la lumière dans les textes liturgiques médiévaux. Prenons à titre d’exemple les paroles de la magnifique hymne grégorienne « Lucis Creator optime » attribuée au pape S. Grégoire-le-Grand (VIe - VIIe s.) et toujours chantée aujourd’hui lors de l’office des Vêpres : « Dieu bon, Créateur de la Lumière, qui avez produit le flambeau des jours / Vous avez préludé à l'origine de ce monde, au premier jour, cette lumière qui jusqu’alors n’avait pas brillé... »
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Cette correspondance intime entre la lumière cosmique et solaire, la lumière liturgique des cierges, et la lumière intérieure et spirituelle est également soulignée par les orientaux, qui chantent à la fin de la Divine Liturgie un chant d’action de grâces qui commence par ces paroles : « Nous avons vu la vraie Lumière, nous avons reçu l’Esprit céleste, nous avons trouvé la foi véritable... ».
On le voit, la théologie de la lumière est absolument centrale dans toute liturgie authentiquement chrétienne. On mesure alors la véritable catastrophe spirituelle qu’a été à partir de la soi-disant « Renaissance » (terme qui n’apparaît qu’au XIXe siècle), la perte du sens de cette symbolique splendide, et plus encore la récente généralisation dans nos paroisses de la « messe face au peuple » qui, parce qu’elle est en réalité une messe « vers l’obscurité » ou « contre la Lumière », est la négation même de toute théologie liturgique un tant soit peu sérieuse et profonde.
Il nous faudra revenir sur les modalités de cette crise et ses conséquences.

(1) « Très haut, tout puissant et bon Seigneur, à toi louange, gloire, honneur, et toute bénédiction ; à toi seul ils conviennent, ô Très-Haut, et nul homme n’est digne de te nommer. Loué sois-tu, mon Seigneur, avec toutes tes créatures, spécialement messire frère Soleil par qui tu nous donnes le jour, la lumière : il est beau, rayonnant d’une grande splendeur, et de toi, le Très-Haut, il nous offre le symbole... » Cantique des Créatures.

* * * * Samedi, 19 janvier 2019. De plus en plus de personnes se plaignent de ce que, dans les paroisses, ce sont des « Conseils paroissiaux » - dont les membres se croient parfois à tort représentatifs des fidèles - qui prennent toutes les décisions : le dimanche venu, le curé, le directeur de chorale, l’organiste... sont obligés de se plier aux choix établis par le « CP » local, et les fidèles « de la base » sont contraints de suivre. D’où la double question : à quoi servent les « Conseils paroissiaux » ; quels sont leurs droits ?
Les « CP » ont été mis progressivement en place à la suite de Vatican II alors que le Concile ne faisait qu’évoquer la possibilité de ces Conseils. Ce n’est que dans le Code de Droit canonique de 1983 qu’on trouve un texte (le Can. 536) qui en précise le fonctionnement. La création des CPCP est à situer dans le cadre d’une ecclésiologie invitant à penser le gouvernement de l’Eglise locale (paroisse ou secteur interparoissial) à partir du nécessaire dialogue entre la communauté locale des fidèles et les ministres ordonnés qui en sont les responsables par mandat de l’évêque.
Il faut cependant rappeler que l’Eglise n’est pas démocratique : elle est synodale, c’est à dire, au vrai sens du terme, fondée sur la communion de tous les baptisés dans le Christ. Ce n’est donc que dans le respect de cette synodalité de l’Eglise que peut être envisagée la création de « Conseils paroissiaux ».
C’est cependant à ce niveau-là que les choses se compliquent : qui n’a pas remarqué que le principe de synodalité a souvent été étouffé par une inflation de conseils, de commissions, de comités, de services, de bureaux... dont les fonctionnements sont souvent coûteux et dont les résultats se font souvent attendre (pensons à ce qui se fait pour la catéchèse ou pour la liturgie, par exemple) ? A cela s’ajoute le fait que dans bien des paroisses, les « CP » apparaissent davantage comme des « bancs honorifiques » où viennent siéger des personnes en recherche d’une promotion sociale mais qui ne sont ni représentatives des fidèles présents dans les paroisses, ni convenablement formées sur le plan théologique, liturgique, ecclésiologique et canonique.
Le « CP » finit donc par ressembler à un organe de la communauté locale... qui fonctionne sans elle. D’où cette impression que bien des « CP » tournent sur eux-mêmes, à vide, finissant par ressembler à ce que le Général De Gaulle appelait un « machin » ou un « comité Théodule ».
Demeure le second volet de notre question de départ : quels sont les droits des « CP » ? La réponse est très simple : aucun.
Le Can. 536, qui comporte deux paragraphes, précise :
1. Si l’Evêque diocésain le juge opportun après avoir entendu le Conseil presbytéral, un Conseil pastoral sera constitué dans chaque paroisse, présidé par le Curé et dans lequel, en union avec ceux qui participent en raison de leur office à la charge pastorale de la paroisse, les fidèles apporteront leur concours pour favoriser l’activité pastorale.
2. Le Conseil pastoral ne possède qu’une voix consultative et il est régi par les règles que l’évêque diocésain aura établies.
Le Can. 536 indique donc clairement que le but d’un « CP » n'est que de « favoriser l’action pastorale. » Or, peut-on dire qu’un « CP » favorise l’action pastorale quand on voit que ses orientations conduisent à entraver la liberté du prêtre, à vider les églises, à décatéchiser les jeunes, à dénaturer les liturgies dominicales, à gauchir les enseignements de l’Eglise ?
Enfin, il faut dire encore un mot au sujet de la « voix consultative » qui est reconnue au Conseil dans le second paragraphe du Can. 536. La « voix consultative » s’oppose à une « voix délibérative » et indique ici très clairement que le « CP » ne peut prendre aucune décision qui obligerait les pasteurs ou les fidèles de la communauté paroissiale (ou d’un secteur paroissial). Seul le Curé peut prendre des décisions. Encore faut-il que ses décisions ne conduisent pas les fidèles à se situer en marge de l’enseignement de l’Eglise comme c’est trop souvent le cas en liturgie où de nombreuses décisions prises par d’actuels curés conduisent les pratiquants à ignorer les règles auxquelles est soumise la célébration des sacrements.

Samedi, 19 janvier 2019.
Comment intéresser les jeunes à la liturgie ? Avoir le souci d’attirer les jeunes à l’église le dimanche est tout ce qu’il y a de plus louable. S’imaginer qu’on les attirera avec des célébrations que l’on adapte à ce que l’on croit être leurs goûts est une grave erreur : les messes imaginées pour soi-disant attirer les jeunes sont à la fois anti-liturgiques et anti-pédagogiques. A plus ou moins court terme, elles font fuir plus qu’elles n’attirent.
Si les chiens pouvaient parler, c’est certain qu’ils se moqueraient de leurs maîtres ou maîtresses qui croient se faire comprendre de leur animal de compagnie en lui parlant le « langage chien ». Le jeune chrétien n’est pas un chien : il n’a pas besoin de trouver en face de lui des adultes qui croient se mettre à sa portée en le singeant ; le jeune qui va à la messe a besoin de voir en face de lui ou à côté de lui des adultes qui se comportent en adultes et non des adultes qui sombrent dans le « gniangnian » dès qu’ils prétendent s’adresser à des adolescents.
Les jeunes qui sont obligés de participer aux messes soi-disant faites pour eux, avec banderoles, rondes, maman-catéchistes affairées et célébrants patauds qui veulent se mettre au niveau de leur assistance, savent parler ; mais comme ils sont polis et dociles, ils ne disent rien et font ce qu’on leur demande de faire. Il y a cinquante ans, on leur demandait de marcher à reculons en jetant des pétales de roses à la procession de la Fête-Dieu : ils faisaient. Aujourd’hui, on leur demande d’accrocher autour de l’autel des petits cœurs ou des petites mains en papiers multicolores : ils font. Seulement voilà : dès qu’ils ne sont plus obligés de participer à ces célébrations infantilisantes qu’on croirait imaginées par des simplets, ils n’y viennent plus. Dès qu’ils se mettent à réfléchir, la pratique religieuse leur semble un truc fait pour des adultes un peu... demeurés ou frappés d’un dangereux syndrome de « jeunolâtrie ».
Remarquons bien qu’il n’y a guère que dans le catholicisme occidental qu’on croit pouvoir attirer les jeunes à la messe en bradant la liturgie de l’Eglise : nulle part ailleurs, dans aucune autre religion, on ne fait de pareilles erreurs. Et c’est bien normal puisque partout les rites liturgiques officiels apparaissent comme des sortes de sas par lesquels il s’agit de passer pour construire ce qu’il est convenu d’appeler « une foi adulte ».
Imagine-t-on, chez les Orthodoxes, le prêtre disant aux jeunes de sa paroisse qu’on va organiser pour eux une liturgie adaptée, sans les chants sacrés, sans l’iconostase, sans les rites ? Ce serait totalement absurde. Et cela paraît absurde à tous ceux qui conservent un certain sens de ce qu'est la liturgie. Mais curieusement ça ne l’est pas pour les pratiquants adultes de nombreuses paroisses. C’est ce qui explique qu’ils préfèrent ne pas impliquer les jeunes - leurs propres enfants - dans le déroulement normal de la liturgie romaine, qui leur paraît trop rébarbatif.
Ce qu’ils ne voient pas - ou refusent de voir - c’est que les « messes des jeunes » ennuient profondément les jeunes ; elles n’intéressent guère que les quelques personnes, généralement quelques « dadames », qui s’investissent à fond pour les organiser et croient attirer les adolescents en singeant leurs comportements. Soyons sûrs : le nivellement de la liturgie par le bas n’a jamais attiré grand monde à l’église ; le plafonnement qui empêche de faire toujours mieux non plus.
N’en tirons pas la conclusion qu’il ne faut rien faire pour intéresser les jeunes à la liturgie. Au contraire ! Mais pour cela, il faut commencer par les sensibiliser à la liturgie : la vraie liturgie, celle de l’Eglise, et non la liturgie frelatée de certaines de nos équipes paroissiales. Comme on n’initie pas quelqu’un à l’oenologie en lui faisant boire de la piquette, on ne sensibilise pas un jeune à la liturgie en lui donnant à participer à des célébrations « nunuches » et bavardes sur fond de refrains proches de comptines. Pour amener les jeunes à la liturgie de l’Eglise, il faut les introduire dès le plus jeune âge dans les trésors des rites et de la musique propre de la liturgie romaine : le grégorien. Contrairement à ce que l’on pense généralement, les rites et le grégorien sont à leur portée et ils y sont très sensibles pour peu qu’on sache leur présenter ces richesses comme des réalités vivantes, actuelles, et d’une valeur permanente.
Tout est une question de pédagogie : son efficacité est liée au fait que les jeunes doivent pouvoir trouver en face d’eux des pratiquants convaincus et convainquants, leur montrant que par les liturgies soignées auxquelles ils participent, ils entrent peu à peu dans une compréhension adulte de leur foi chrétienne.


* * * * Vendredi, 18 janvier 2019. En entrant dans certaines églises, on a la nette impression (mais n’est-ce qu’une impression ?) que la mentalité moderne a anéanti le goût et perverti le bon sens : on construit des églises moches en béton ; à la messe, on chante des chansons moches ; les pièces d’orgue sont moches et assourdissantes ; les vêtements liturgiques sont moches (en plus d'être grotesques) ; les autels et ce qu’il y a autour sont moches... Et la célébration « face au peuple » n’arrange rien, si l’on peut s’exprimer ainsi.
Même là où l'on pourrait faire du beau, on choisit la laideur sans même faire beaucoup d’économies pour autant puisque le moche coûte cher. On nous a dit que les sacs en tergal moches sont sont plus onéreux qu’une simple aube belle.
On n’a jamais autant parlé du « ressenti » et pourtant on dirait que nos curés et leurs équipes liturgiques ne « sentent » plus rien. Du moins plus comme un minimum d’éducation et de bon goût permettent de « sentir » les choses. On a bien du mal à comprendre ce qu'il se passe dans la tête de ces gens qui, en vacances, payent pour visiter un beau château mais qui, dans une église ne s’offusquent pas du bric-à-brac qui enlaidit les sanctuaires. C’est un mystère.

* * * * Vendredi, 18 janvier 2019. « L’Eglise reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine ; c'est donc lui qui, dans les actions liturgiques, toutes choses égales d'ailleurs, doit occuper la première place. Les autres genres de musique sacrée, mais surtout la polyphonie, ne sont nullement exclus de la célébration des offices divins, pourvu qu'ils s'accordent avec l’esprit de l'action liturgique (...) On achèvera l’édition typique des livres de chant grégorien; bien plus, on procurera une édition plus critique des livres déjà édités postérieurement à la restauration de saint Pie X. Il convient aussi que l’on procure une édition contenant des mélodies plus simples à l’usage des petites églises. Le chant religieux populaire sera intelligemment favorisé, pour que dans les exercices pieux et sacrés, et dans les actions liturgiques elles-mêmes, conformément aux normes et aux prescriptions des rubriques, les voix des fidèles puissent se faire entendre. » (Cf Constitution Sacrosanctum Concilium, nn. 116-118)
Dans la Constitution conciliaire Sacrosanctum Concilium sur la liturgie, on lit que le chant grégorien « doit » (et pas seulement « peut ») occuper la première place dans les actions liturgiques car il est le chant propre de la liturgie romaine. Vient ensuite - mais seulement « ensuite » - la possibilité d’exécuter des polyphonies au cours des célébrations et enfin, en dernier, des chant populaires dont l’emploi doit être « intelligemment » favorisé (« Le chant sacré populaire est de meilleure facture lorsqu’il s’inspire directement du chant grégorien » dira par la suite Saint Jean-Paul II.)
Tout ceci montre bien que pour l’Eglise, le chant n’est pas une question secondaire. Et s’il y a « un » chant propre de la liturgie romaine - le grégorien -, cela signifie très logiquement qu’il y a « des » chants qui ne sont pas propres à cette liturgie, qui ne font pas corps avec elle, qui ne « collent » pas avec elle. S’il y a « un » chant qui doit occuper la première place, c’est que logiquement, tous les autres chants doivent occuper des places secondaires, inférieures.
Aux yeux de l’Eglise, donc, tout ce qu’on chante et fait chanter au cours des actions liturgiques n’a de loin pas la même valeur, le même sens, le même impact : le cantique tiré de telle revue d’animation liturgique ne peut donc en aucun cas rivaliser avec le chant grégorien. Il n’en aura ni la densité spirituelle, ni la justesse doctrinale, ni même - assez souvent - la qualité musicale.
Ainsi, la pastorale liturgique mise en œuvre dans les paroisses après Vatican II et qui a conduit à supprimer systématiquement le chant grégorien ou à en limiter l’usage sous prétexte de rendre la liturgie « intellectuellement » compréhensible, non seulement contredit l’enseignement de l’Eglise, mais s’oppose aussi au sens véritable de la liturgie qu’elle prétend servir.
La suppression des pièces grégoriennes contraint les fidèles à ne plus connaître que des célébrations liturgiques mutilées, parfois bancales, souvent incomplètes, instables... et fatigantes pour qui veut faire l’effort de s’accrocher de A à Z à tout ce qui s’y dit et s’y chante.
Sans le grégorien, la liturgie est mutilée car les pièces grégoriennes distribuées tout au long de l’année liturgique forment un tout cohérent qui participe à une subtile pédagogie qu’emploie la liturgie pour introduire le fidèle dans le mystère que célèbre l’Eglise.
Le grégorien n’est pas constitué de notes mises sur des mots ou de mots mis sous des notes ; il n’est pas élaboré à la façon des cantiques actuels qui, le temps qu’une assemblée les ait appris, sont déjà démodés et par conséquent ne transmettent rien d’une génération à l’autre. Le grégorien ne « meuble » pas une célébration liturgique comme le ferait une musique d’ambiance, mais participe à sa mise en œuvre : il est l’expression naturelle de la prière officielle que l’Eglise adresse à Dieu et dans laquelle le fidèle est invité à se laisser entraîner.
Le grégorien, en tant qu’élément constitutif de la liturgie, n’est pas autre chose qu’une expression chantée de la foi objective de l’Eglise ; a contrario, le cantique n’est qu’une expression parmi d’autres d’une foi subjective, souvent mêlée d’un sentimentalisme perturbateur et malsain totalement étranger à la liturgie. Or, une célébration faite au nom de l’Eglise se doit de toujours mettre les fidèles à l’abri de la subjectivité aliénante dont les acteurs de la liturgie sont souvent - à leur insu - porteurs. Le chant grégorien constitue, pour les fidèles, l’un de ces refuges permettant d’échapper à l’arbitraire du cléricalisme dénoncé par le pape François.

Vendredi, 18 janvier 2019. En liturgie, il existe deux façons de chanter l’Alleluia : l’une est réservée aux Office (vêpres, tierces, nones...), l’autre à la Messe.
Au cours d’un Office, le mot « alleluia » est porté par une musique généralement assez simple et il est chanté plusieurs fois à la façon d’une acclamation.
Dans ce cas, le chant de l’Alleluia ne se prête pas à une méditation : il ne sert qu’à élaborer un fond sonore - une sorte de « toile de fond » - sur lequel se déploie tout l’Office. Ici, on ne médite pas la joie : on l’exprime en chantant plusieurs fois le mot qui, en liturgie, en est la meilleure expression.

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Tout autre est l’Alleluia exécuté au cours de la messe.
Ici, on chante les trois premières syllabes (a - le - lu) sur une mélodie généralement sobre avant de laisser le chant se développer sur la syllabe finale « ia » qui, elle, s’épanouit sur un long mélisme appelé « iubilus ».
Ecouter ici.
Dans ce cas, ce n’est plus la répétition du mot « alleluia » qui importe, mais l’invitation à méditer sur la syllabe « ia » qui énonce, révèle et communique le nom de Dieu, « ia » signifiant ici « Yahwé ».
« Alleluia » : louange à Yahvé.
L’Alleluia chanté au cours de la messe de la messe doit donc nous inviter non pas à exprimer une joie, mais à méditer et à glorifier le nom de Dieu au moment où nous allons célébrer sa présence dans la proclamation de l’Evangile et où nous allons écouter son enseignement qui est Parole de Vie.
Il y a donc une grande différence de style musical et de sens entre les Alleluia de l’Office et l’Alleluia de la messe car, à la base, il y a une différence d’intention liturgique : acclamation et expression de joie dans le premier cas, méditation et glorification pour se préparer à la célébration de la Parole de Dieu dans le second cas. Formulation de la joie dans le premier cas, mise en disposition, en « état d’ » écoute dans le second cas.

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Or, de nos jours, du fait que le sens liturgique s’est considérablement affadi et que le chant grégorien a été abandonné dans la majorité des paroisses, au cours des messes on remplace partout l’Alleluia qui porte à la méditation par une cascade d’Alleluia qui vise à exprimer un enthousiasme purement extérieur. Tout le sens de la liturgie de la Parole s’en trouve altéré : le chant ne prépare plus le fidèle à intérioriser la Parole qu’il va entendre ; il lui donne simplement de pouvoir extérioriser une émotion fugitive.
Selon le Missel romain, le chant de l’Alleluia, à la Messe, n’est pas qu’une simple acclamation constituée par un bref refrain ; son exécution doit prendre un certain temps car il est un rite, c’est-à-dire un acte ayant valeur en lui-même. L’Alleluia « indique que l’assemblée des fidèles accueille le Seigneur qui va leur parler dans l’Evangile, le salue, et professe sa foi par le chant » (PGMR, n°62). Tel n’est pas du tout le sens des Alleluia chantés aux Offices et dont le style, désormais introduit dans les célébrations eucharistiques pour des raisons de modes ou de facilité, vient trop souvent heurter le déroulement harmonieux de la liturgie.
Comme on le voit aussi, une juste compréhension de ce que doit être le chant liturgique à la messe invalide totalement cette mauvaise habitude prise en bien des paroisses de reprendre encore l’Alleluia comme une acclamation après la proclamation l’Evangile.

* * * * Mercredi, 16 janvier 2019. Une messe à la cathédrale Notre-Dame de Paris : cliquer ici.
A côté de quelques éléments positifs comme le bel « Agnus Dei » polyphonique et un (timide) retour de la dalmatique, le reste demeure désespérément prétentieux, informe, vide, bricolé, relativement incohérent.
Pour que ces célébrations puissent retrouver un véritable sens, il faudrait changer un bon nombre de choses parmi lesquelles :
- célébrer vers l’Orient,
- porter des vêtements liturgiques dignes de ce nom (ce qui nécessiterait de jeter les aubes-sacs féminisantes et les “chasubles” flottantes),
- tenir les mains joins à hauteur de la poitrine en non devant la bouche,
- chanter du vrai grégorien à la place des roucoulades de Castafiore,
- chanter la préface et la prière eucharistique,
- remplacer l’autel “
dark vador” à la mode (feu) Lustiger par un véritable autel et y mettre le crucifix et les six chandeliers qui manquent,
- remplacer cette affreuse musique d’orgue qui donne des frissons dans le dos tellement elle est sinistre (cf. l’offertoire) par des pièces vraiment adaptées à la prière liturgique,
- avoir au minimum - surtout dans cette cathédrale - six servants en soutane et surplis,
- supprimer les gandouras bleu stroumpf portées par les choristes,
- et surtout apprendre aux célébrants à adopter une attitude hiératique et vraiment liturgique au lieu de donner l’impression de vouloir ressembler à Steve Jobs présentant le dernier iphone.
Bref il y a encore du boulot !

Samuel


* * * * Mercredi, 16 janvier 2019. Une vidéo montre la procession de la Fête-Dieu à Chartres en 1943 : cliquer ici.
En voyant ces images, on ne peut s’interdire de penser qu’il s’agit du « monde catholique » dans lequel germe déjà le grand effondrement.
Extérieurement, tout est parfait. Chacun est à son poste pour faire apparaître le rituel comme une mécanique bien huilée.
En réalité, la liturgie est déjà morte : elle n’est plus qu’une coquille vide de sens ; la procession est réduite à une pesante mise en scène qui est l’occasion d’un curieux spectacle donné à un public distant peu touché par la prière.

* * * * Mercredi, 16 janvier 2019. Selon le cardinal Raymond Burke interrogé le 8 janvier dernier par une chaîne de télévision allemande, les réponses que le pape François apporte à la crise qui secoue actuellement l’Eglise amènent plus de confusion que de clarté.

Source : Kathnet.


* * * * Mardi, 15 janvier 2019. En mars 2004, à la demande du pape Saint Jean-Paul II, la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements faisait paraître l’Instruction « Redemptionis Sacramentum » qui devait - avait souligné le Pape - être reçue et observée par tous les fidèles, à commencer par les évêques et les prêtres.
Redonnons quelques extraits de cette Instruction. Chacun sera invité à voir si elle est appliquée dans sa paroisse...

« Le Mystère de l’Eucharistie est trop grand pour que quelqu’un puisse se permettre de le traiter à sa guise, en ne respectant ni son caractère sacré, ni sa dimension universelle. Au contraire, quiconque se comporte de cette manière, en préférant suivre ses inclinations personnelles, même s’il s’agit d’un prêtre, lèse gravement l’unité substantielle du Rite romain, sur laquelle il faut pourtant veiller sans relâche. Des actes de ce genre ne constituent absolument pas une réponse valable à la faim et à la soif du Dieu vivant ; de même, ils n’ont rien de commun avec le zèle pastoral authentique ou le véritable renouveau liturgique, mais ils ont plutôt pour conséquence de priver les fidèles de leur patrimoine et de leur héritage.
En effet, ces actes arbitraires ne favorisent pas le véritable renouveau, mais ils lèsent gravement le droit authentique des fidèles de disposer d’une action liturgique qui exprime la vie de l’Église selon sa tradition et sa discipline.
Ces actes provoquent l’incertitude doctrinale, le doute et le scandale dans le peuple de Dieu, et aussi, presque inévitablement, des oppositions violentes, qui troublent et attristent profondément de nombreux fidèles, alors qu’à notre époque, la vie chrétienne est souvent particulièrement difficile en raison du climat de sécularisation.
En revanche, tous les fidèles du Christ disposent du droit de bénéficier d’une véritable liturgie - et cela vaut tout particulièrement pour la célébration de la sainte Messe - qui soit conforme à ce que l’Eglise a voulu et établi, c’est-à-dire telle qu’elle est prescrite dans les livres liturgiques et dans les autres lois et normes.
De même, le peuple catholique a le droit d’obtenir que le Sacrifice de la sainte Messe soit célébré sans subir d’altération d’aucune sorte, en pleine conformité avec la doctrine du Magistère de l’Eglise.
Enfin, la communauté catholique a le droit d’obtenir que la très sainte Eucharistie soit célébrée de telle manière que celle-ci apparaisse vraiment comme le sacrement de l’unité, en excluant complètement toutes sortes de défauts et d’attitudes qui pourraient susciter des divisions et la formation de groupes dissidents dans l’Eglise.
Les fidèles ont le droit d’obtenir que l’autorité ecclésiastique gouverne la sainte Liturgie totalement et d’une manière efficace, afin que celle-ci n’apparaisse jamais comme la propriété privée de quelqu’un, ni du célébrant, ni de la communauté dans laquelle les Mystères sont célébrés.
Quand un abus est commis dans la célébration de la sainte Liturgie, il faut reconnaître qu’il s’agit d’une véritable falsification de la liturgie catholique. Saint Thomas a écrit : « Celui qui offrirait à Dieu, de la part de l’Eglise, un culte en opposition avec les formes qu’elle a instituées par autorité divine, et que pratique cette même Eglise, se rendrait coupable du vice de falsification ».
Selon les possibilités de chacun, tous ont le devoir de prêter une attention particulière à ce que le très saint Sacrement de l’Eucharistie soit défendu contre tout manque de respect et toute déformation et que tous les abus soient complètement corrigés. Ce devoir, de la plus grande importance, qui est confié à tous et à chacun des membres de l’Eglise, doit être accompli en excluant toute acception de personnes.
Il est reconnu à tout catholique, qu’il soit prêtre, diacre ou fidèle laïc, le droit de se plaindre d’un abus liturgique, auprès de l’Evêque diocésain ou de l’Ordinaire compétent équiparé par le droit, ou encore auprès du Siège Apostolique en raison de la primauté du Pontife Romain. Cependant, il convient, autant que possible, que la réclamation ou la plainte soit d’abord exposée à l’Évêque diocésain. Cela doit toujours se faire dans un esprit de vérité et de charité. » (Réf. nn. 11, 12, 169, 183, 184.)

En résumé :
- aucun célébrant n’est autorisé à livrer la liturgie à ses goûts et à ses préférences ;
- ne pas respecter la liturgie reçue de l’Eglise est, en plus d’être scandaleux, une atteinte au droit des fidèles à participer à l’authentique vie de foi de l’Eglise ;
- l’évêque diocésain est personnellement tenu de veiller à ce que la liturgie de l’Eglise soit partout respectée et n’apparaisse pas comme la « propriété privée » de tel prêtre ou de telle comunauté ;
- tout baptisé est autorisé à se plaindre des abus qu’il constate dans la célébration d’une liturgie à laquelle il assiste.
A une époque où nos évêque ont si souvent le mot « droit » à la bouche, les fidèles ne peuvent-ils pas exiger que leur « droit » à la liturgie de l’Eglise soit enfin pris en compte ?

* * * * Lundi, 14 janvier 2019. En Allemagne, des prêtres courageux regroupés au sein de l’association sacerdotale « Communio veritatis » ont envoyé au cardinal Marx le courrier suivant qui répond à ses propos (Voir ci-dessous) :

Cardinal Marx,

Nous vous exhortons à quitter la présidence de la Conférence des évêques d’Allemagne, car vos propos conduisent à une exclusion de vos frères dans la foi.
Nous soulignons qu’en Jésus-Christ, le Fils de Dieu, la Vérité en personne est venue parmi nous. Avec votre vision sociologique, vous entrez dans l’erreur du syncrétisme et du relativisme.
Nous vous accusons d’abuser de votre ministère en considérant manifestement que les sacrements de l’Eglise votre bien personnel que vous adaptez librement sur l’autel de l’esprit du temps.
Nous rejetons la façon dont vous instrumentalisez notre religion en la mettant au service de la sécularisation afin de répandre l’idéologie politique de gauche du parti libéral.
Nous vous rappelons que la couleur rouge des cardinaux ne se rapporte pas à la couleur du drapeau du néo-marxisme mais à la défense de la foi catholique par le sang versé.
Le « catéchisme » n’est pas le nom d’une quelconque île des mers du sud, mais celui de l’interprétation contraignante de l’enseignement de l’Eglise.
Nous vous annonçons que nous confesserons Jésus-Christ en tant que seul Sauveur et vrai Sauveur pendant que vous, vous trahirez la Croix du Seigneur de façon scandaleuse.
Nous prions pour que notre Occident retourne à exclusivement à la foi en Dieu Trinité où se trouve la vie et le salut éternel.
Paderborn, en la fête du baptême du Seigneur 2019.

Le Cercle des prêtres « Communio veritatis »


* * * * Lundi, 14 janvier 2019. Le cardinal Reinhard Marx président de la Conférence des évêques d’Allemagne, proche conseiller du pape François et jamais à court d’idées aux frontières de l’apostasie, s’oppose à l’usage de l’expression « Conférence épiscopale allemande ».
« Cette expression doit être écartée, car elle exclut d’emblée les personnes qui ne sont ni Allemands ni évêques », explique le cardinal qui ajoute qu’ : « en l’employant, on ne permet pas qu’au sein de la direction catholique des personnes d’origines différentes et de convictions religieuses diverses puissent faire part de leurs positions grâce auxquelles sera combattue l’impression que l’Eglise catholique a ses propres convictions qu’il convient de défendre. »

* * * * Lundi, 14 janvier 2019. On entend dire que le pape François envisagerait de supprimer la Commission « Ecclesia Dei » instituée par Saint Jean-Paul II par le Motu proprio du 2 juillet 1988 pour, entre autres choses, régler la question des fidèles attachés à la forme de la liturgie romaine (forme dite « extraordinaire ») telle qu’elle existait avant Vatican II.
Et alors ? Qu’est-ce que cela changera si cette Commission disparaît ? Réponse : rien.
Et pour cause : voilà belle lurette que plus personne, à commencer par nos évêques, ne se soucie de ce que dit ou fait telle ou telle Commission. Qui suit les directives de la Congrégation pour le Culte divin ? Personne, ou presque. Qui se soucie de ce que publie la Congrégation pour le clergé ? Personne, ou presque. Qui respecte les enseignements de la Congrégation pour la doctrine de la Foi ? Personne, ou presque. Qui respecte le Droit canonique ? Personne, ou presque. Qui se conforme au Missel romain pour célébrer l’Eucharistie ? Personne, ou presque.
Par conséquent, on peut bien créer ou supprimer ce qu’on veut au Vatican, chaque curé, chaque évêque continuera à faire ce qu’il veut comme il veut. Et nous, simples fidèles « de la base », aurions tout intérêt à faire de même : faire ce que nous voulons comme nous le voulons tant que de Rome ne viendra pas un enseignement clair.
Il n’est pas impossible que le pape François attende que Benoit XVI disparaisse pour faire d’autres réformes qui passeraient mal en présence du pape émérite. Mais disons-le une fois de plus : si réformes il y a, qui s’en souciera ?
Une chose est d’ailleurs significative : les cardinaux vraiment courageux et qui osent parler sont vraiment très peu nombreux (Sarah, Burke, l’archevêque d’Utrecht, Muller... et c’est à peu près tout). Que font et pensent les autres de la « pastorale » de François ? Réagiront-ils si François franchit volontairement la ligne rouge ? On peut l’espérer sans trop y croire. Quoi qu’il en soit, en 2019 l’Eglise catholique risque fort de connaître un tsunami qui emportera plus d’une barrette et plus d’une mitre.

* * * * Lundi, 14 janvier 2019. L’abbé Claude Barthe vient de publier aux éditions « Via Romana » un nouveau livre sur la liturgie : « La messe de Vatican II ». (Cliquer ici). Revenant sur les « disputes » qui ont suivi la réforme de la liturgie après le Concile, l’Auteur souligne, dans le bref historique qu’il propose, que la liturgie qu’on appelle « romaine » est en réalité une « synthèse romano-franque commencée au VIIIe siècle et achevée au XIe siècle, qui a vu une hybridation entre le rite vieux-romain et les rites des pays francs et germaniques. » Comme cela a toujours été souligné soit sur notre site internet soit dans les livres publiés par le Président de Pro Liturgia, lui-même docteur en théologie et spécialiste des questions liturgiques, la liturgie dite « romaine » - telle qu’elle fut fixée par S. Pie V - n’est pas née à Rome mais s’est peu à peu constituée à l’aide d’éléments divers venus se souder autour d’un tronc romain dont on ne sait pas grand-chose. Merci à l'Abbé Barthe de l’avoir rappelé.
Il y a au moins trois autres points qui, à notre avis, auraient mérité d’être développés dans l’ouvrage de l’Abbé Barthe :
1. La situation de l’Eglise à l’époque du concile de Trente, et sa situation à l’époque de Vatican II : les contextes géo-politiques étaient radicalement différents et la liturgie de l’Eglise n’avait pas les mêmes réponses à apporter au XVIe siècle qu’au XXe siècle.
2. En France et dans les pays germaniques, la liturgie romaine codifiée par S. Pie V à la suite du concile de Trente n’a commencé à être connue, plus ou moins respectée et plus ou moins bien célébrée qu'à la fin du XIXe siècle (sous le Second Empire en France). Quant au chant grégorien « chant propre de la liturgie romaine », dit le concile Vatican II, il faudra encore attendre pour qu’il puisse trouver une forme correcte lui permettant de retrouver sa place dans le culte... sans être accompagné à l’aide d’un serpent. Et encore ! Dans les pays germaniques, il ne parviendra pas à supplanter les chants en allemand de la «
Singmesse ».
3. La liturgie restaurée à la suite de Vatican II n’admet aucune fantaisie, aucune improvisation, contrairement à ce que font croire la majorité des célébrants, évêque en tête lorsqu’ils vont célébrer des messes dans des salles de spectacle ou sous des chapiteaux de cirques. Relisons bien les textes :
- Constitution Sacrosanctum Concilium, n.22 : « Le droit de régler l’organisation de la liturgie dépend uniquement de l’autorité de l’Église ; il appartient au Siège apostolique et, selon les règles du droit, à l’évêque. (...) C’est pourquoi absolument personne d’autre, même prêtre, ne peut, de son propre chef, ajouter, enlever ou changer quoi que ce soit dans la liturgie. »
- Présentation générale du Missel romain, n.24 : « [Le prêtre célébrant] se souviendra qu’il est le serviteur de la liturgie et qu’il ne peut de son propre chef ajouter, enlever ou changer quoi que ce soit dans la célébration de la messe. »
- S. Jean-Paul II, Lettre « Dominicae Cenae », n.12 : « Tout prêtre qui offre le Saint Sacrifice doit se rappeler que, pendant ce sacrifice, ce n’est pas lui seulement avec sa communauté qui prie, mais c’est toute l'Eglise qui prie, exprimant ainsi, notamment en utilisant le texte liturgique approuvé, son unité spirituelle dans ce sacrement. Si quelqu’un voulait appeler une telle position “uniformisme”, cela prouverait seulement l’ignorance des exigences objectives de l’unité authentique, et ce serait un symptôme d’individualisme dangereux. La subordination du ministre, du célébrant, au “Mysterium” qui lui a été confié par l’Eglise pour le bien de tout le peuple de Dieu, doit aussi trouver son expression dans l’observation des exigences liturgiques relatives à la célébration du Saint Sacrifice. (...) Il est naturel qu’il y ait eu et qu’il y ait des circonstances dans lesquelles les prescriptions n’obligent pas. Nous avons lu avec émotion, dans des livres écrits par des prêtres qui avaient été prisonniers dans des camps d’extermination, des relations de célébrations eucharistiques faites sans suivre ces règles, c’est-à-dire sans autel et sans ornements. Si, en de telles conditions, cela était une preuve d’héroïsme et devait susciter une profonde estime, dans des conditions normales toutefois, négliger les prescriptions liturgiques peut être interprété comme un manque de respect envers l’Eucharistie, éventuellement dicté par l’individualisme ou par un défaut de sens critique au sujet des opinions courantes, ou par un certain manque d’esprit de foi. »
il est donc très clair qu’en liturgie, d’éventuelles « adaptations » ne se justifient que lorsque, pour des raisons exceptionnelles et indépendantes du célébrant, il n’est pas possible de déployer toutes les richesses du rite romain. Par conséquent, dans les conditions normales d’une paroisse « ordinaire » de France, les adaptations et fantaisies qui sont monnaies courantes chez la majorité des prêtres non seulement ne se justifient pas mais, en plus, témoignent d’un « manque d’esprit de foi ».
En complément du livre que vient de publier l’Abbé Claude Barthe, nous conseillons la lecture de deux autres ouvrages publiés par Téqui (Paris) :
- « Histoire et avenir de la liturgie romaine »
- « Accueillir et célébrer l’Eucharistie dans l’esprit de Vatican II ».

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