L'ACTUALITE

* * * * NOUVEAU Dimanche, 27 septembre 2020. On entend dire que le cardinal Pietro Parolin pourrait être le prochain pape. Sur le plan liturgique, on sait qu’il n’est pas favorable au maintien des deux formes - l’ordinaire et l’extraordinaire - du rite romain. Ce en quoi, il rejoint la pensée que le cardinal Ratzinger avait exprimée dans une lettre adressée au Dr Lothar Barth : « (...) Je crois que dans l’avenir l’Église romaine ne devra avoir qu’un seul rite ; l’existence de deux rites est difficilement “gérable” pour les évêques et les prêtres. Le rite romain de l’avenir devrait être un seul rite, célébré en latin ou en langue populaire, mais basée entièrement dans la tradition du rite ancien. » Devenu pape, Joseph Ratzinger a publié le Motu proprio « Summorum pontificum » pour tenter de remettre de l’ordre dans la liturgie sans pourtant y parvenir puisque les tenants de la forme extraordinaire (terme qui signifie « hors de ce qui devrait ordinairement se faire ») sont dans leurs chapelles tandis que les tenants de la forme ordinaire continuent allègrement à trahir les enseignements conciliaires pour, le dimanche venu, nous saouler de leurs célébrations rendues fadasses à force d'être systématiquement falsifiées.
La volonté du cardinal Parolin serait donc de limiter drastiquement le droit à la liturgie célébrée selon la forme extraordinaire jusqu’à la voir disparaître. Soit... Mais dans ce cas, le cardinal devrait être honnête et crédible en garantissant aux fidèles la vraie forme ordinaire de la liturgie romaine. Un programme qui ne pourrait se faire qu’en cessant de transformer les églises en annexes de la braderie de Lille et en remettant le clergé sur les rails du Concile pour le rendre enfin capable de comprendre la liturgie et de célébrer des messes dignes, en latin (selon la demande des fidèles), « versus orientem », sans ajouts, suppression ou modifications... Bref, des messes que ne célèbrent jamais (sauf très rares exceptions) les clercs diocésains - évêques y compris - se réclamant de Vatican II.
La liturgie a un rapport direct avec la foi de l’Église ; le cardinal Parolin ne pourrait être entendu et suivi, à supposer qu’il devienne pape, que dans la mesure où il s’emploierait à rappeler à temps et à contretemps ce rapport essentiel tout en veillant à ce que dans toutes les églises le Missel romain soit fidèlement mis en œuvre comme il est mis en œuvre, par exemple, chez les moines de Saint-Joseph de Clairval (Flavigny) -
extrait -.

* * * * Vendredi, 25 septembre 2020. « Il y a quelques jours, je traversais avec mon plus jeune fils le campus d’un établissement universtaire. Nous allions ensemble à la messe. Comme je marchais, mon attention fut attirée par une grande sculpture métallique moderne qui donnait l’impression de jaillir du sol. Elle représentait une forme abstraire du chaos : du métal et des couleurs agressives. L’œuvre elle-même donnait l’impression de se tordre dans tous les sens comme si les éléments métalliques luttaient eux-mêmes pour se libérer de leur informe laideur.
Je me tournai vers mon fils pour l’inviter à regarder en direction de ce machin et lui dis : « Ça, tu vois, c’est vraiment très laid. » Je l’aidai à répéter les mots « très laid » tout en lui faisant comprendre que c’est ce qui qualifiait le mieux l’œuvre en question. J’étais persuadé que le sens ce certains mots peut être compris à tous les âges et peut facilement permettre à un jeune de faire la différence la beauté et la laideur.
En tant que père de famille, je me sentais dans l’obligation d’inculquer à mon fils le sens de la véritable beauté, de sorte qu’il puisse ensuite goûter à la contemplation au lieu de se complaire le ce qui constitue l’ “art” profane chaotique actuel.
Cette histoire m’amène à aborder une autre question : celle du tabernacle où, dans nos églises, sont conservées les hosties consacrées, lesquelles sont la réalité de la présence du Seigneur. Nous avons tous remarqué un jour ou l’autre qu’il existe actuellement des églises nouvelles qui n’ont la forme que d’un rectangle. Elle recréent l’ambiance qu’on pourrait trouver dans n’importe quel bureau situé dans un building moderne dédié à la finance et aux affaires. Vues de dehors, ces églises sont surmontées d’un toit plat avec, si on a un peu de chance, quelques formes triangulaires disposées ici et là pour évoquer on ne sait quoi. A l’intérieur, le sens métaphysique du Saint Sacrement voisine avec tout ce qu’on peut faire de plus banal : on trouve des sortes de sièges de théâtre disposés autour d’une table placée sur un podium convenant très bien à l’écoute d’un concert de Simon et Garfunkel ou au déroulement d’un épisode du “Muppet show”. L’ambiance générale de ces églises rappelle la nourriture sans apprêt servie dans certains restaurants de bas de gamme : c’est insipide et indigeste. Ce n’est peut-être pas que ces églises soit véritablement laides, mais l’absence de beauté équilibrée demeure frappante : en elles, ce qui est extrêmement ordinaire produit toujours un effet extraordinairement décevant.
Dans de telles églises, rien ne peut captiver les sens de mon fils (les miens pas davantage d’ailleurs) et donc diriger son esprit vers la réalité de la Présence réelle du Seigneur. Je dois donc essayer d’apprendre à un enfant de quatre ans à penser de manière abstraite en espérant qu’il réussira à combattre les objectifs de cet “inesthétisme” qui se prétend liturgique.
Mon fils sait que Jésus est dans le Ciel. Et quand il regarde le ciel, il est émerveillé. Par contre, quand il regarde ce bâtiment de théâtre rectangulaire qu’on fait passer pour une église, il regrette de ne pas avoir emporté quelques jouets pour s’occuper, pour tuer le temps.
Nous avons tous vu des exemples criants de la laideur de “l’art” dit moderne et la banalité de l’architecture actuelle de certaines églises. Mais peut-être avons-nous aussi eu la joie de voir la beauté de certains sanctuaires : dans certaines églises anciennes dont on a respecté l’architecture voulue par des bâtisseurs qui avaient le sens de la transcendance de Dieu, les murs sont soignés, le décor est sobre, l’autel est placé dans un espace clairement délimité qui permet de comprendre le sens du mot “sacré” et de saisir que le salut est le résultat d’une attente respectueuse de pouvoir, par la foi, approcher Dieu qui s’est fait homme pour nous sauver. A la vue d’une réelle beauté, toutes les pensées négatives s’évaporent. L’esprit est comme humilié et la seule chose qui a du sens est de tomber à genoux. Il y a là quelque chose ici que mon fils de quatre ans peut ressentir et comprendre. Il y a là quelque chose qui se situe au-delà des seuls mots du vocabulaire ordinaire. Il y a là le mystère de la Vérité communiqué par la Beauté qui reflète le divin.
« La beauté est un reflet de Dieu », nous disait Dietrich von Hildebrand ; « elle est un reflet un reflet de sa propre Beauté infinie. » Elle est l’expression du Logos manifesté dans tranquillité de l’équilibre parfait.
Saint Thomas d’Aquin précise que « la beauté résulte du concours de la clarté et de la juste proportion ». Ce qu’on peut appeler la “convenance de chaque élément dans le tout”. Si Dieu peut être qualifié de “beau”, ce n’est pas pour des raisons d’esthétisme au sens humain du terme ; c’est parce qu’il est « la cause première de l’harmonie et de la clarté de l’univers. »
Saint Thomas dit que la beauté est un aspect de la bonté, qui elle-même est un aspect de l’être lui-même. Mais alors que la bonté qualifie ce qui est désirable en général pour l'appétit (comme la bonne nourriture par exemple), le beau est ce qui est désirable comme « quelque chose d’agréable à connaître » (I-II q27 a1 ad3).
Le Beau est semblable au Bien : les deux ne différent que par leur apparence. Le Bien est ce que nous recherchons tous dans la mesure où il est une valeur qui apaise nos désirs ; le Beau apaise aussi nos désirs mais d’une façon différence dans la mesure où il peut être vu et connu. Par conséquent, nos sens concernent principalement le Beau : la vue et l’ouïe, sont comme des ministères de la raison humaine (I-II q27 a1 ad3). D’où leur importance en liturgie.
La Beauté élève l’esprit : elle inculque un sentiment d’émerveillement et de révérence. C’est là quelque chose qu’un enfant peut facilement comprendre. La beauté dans l’art, dans l’architecture et surtout dans la façon dont le rituel liturgique est mis en oeuvre, est une méditation du Logos par qui Dieu a fait toutes choses (Cf. Jn 1, 3). Elle manifeste le respect que nous accordons à l’œuvre que Dieu a faite et dans laquelle se reflète sa toute-puissance : « Ô Seigneur, notre Dieu, qu'il est grand ton nom par toute la terre ! Jusqu’aux cieux, ta splendeur est chantée » (Ps. 8) ; « Pour toi, je chanterai un chant nouveau » (Ps. 143).
Le monde moderne, ayant une aversion pour Vérité, il en arrive à n’adorer plus que sa volonté et ses sentiments : son art témoigne de la tentative de l’homme d’imposer sa propre volonté à la Création elle-même. Désormais, si l’on ne veut pas passer pour un indécrottable retardataire, il faut respecter dans un même mouvement admiratif le chaos métallique de poutrelles tordues exposées sur un campus universitaire ainsi que la forme cubique d'une église paroissiale moderne qu’une église cistercienne et qu’une pièce grégorienne : tout se vaut, le déconstruit comme l’élaboré.
Comme ke fait observer le professeur Michael Jones, le toit plat d’une église cubique moderne est « une expression visible de l’attitude anti-transcendantale de l’art dit contemporain ». À la place de la beauté de la sainteté doit désormais se trouver la laideur et la profanation, comme le relève de son côté le philosophe Roger Scruton : « La profanation est une sorte de rejet du sacré, une tentative de détruire ses prétentions. En présence de choses sacrées, nos vies sont jugées ; par conséquent pour échapper à ce jugement, nous détruire la chose sacrée qui paraît nous accuser. »
Jusque dans nos rues et nos villages, nous assistons désormais à ce qui ressemble à une ruée vers la laideur. Chez certains, comme le sataniste Aleister Crowley, adepte du mouvement « Thelema », cette laideur permet d’exprimer la volonté de l’homme contre celle de Dieu. Pour d’autres, elle est synonyme d’une « expression de la liberté ». Peu importe : ce qui est ici en jeu, c’est cette exaltation de la laideur qui permet à l’homme d’exprimer - qu’il en ait conscience ou pas - sa propre volonté contre le Tout-Puissant. Car en créant des œuvres laides, l’homme invite à rejeter le Logos à l'image duquel il a été créé ; en quelque sorte, il mutile sa raison pour pouvoir répéter à la suite de Satan : « Non serviam. »
C'est pourquoi mon jeune fils doit apprendre à reconnaître la laideur dès qu’il la voit. Il doit repousser l’art désordonné et déséquilibré où qu’il soit - mais surtout dans les églises - tout comme il doit savoir repousser le désordre du mal.
A tous les âges, il faut donc fuir nos célébrations liturgiques cacophoniques et déréglées pour entrer dans le silence des célébrations qui permettent le contact avec l’invisible et l’indicible. Car seule la beauté de la liturgie authentique léguée par la Tradition vivante de l’Église peut conduire à la révérence ; et seule la révérence introduit dans la contemplation qui, en unissant l’âme à son Créateur, fonde l’authentique charité.
Tel est le cadeau que peut nous faire la beauté des sanctuaires et des célébrations qui s’y déroulent : c’est ce cadeau que nous avons reçu et que nous devons transmettre aux générations suivantes avec le plus grand respect. Tout ce qui contredit cette beauté - les attitudes compassées, les chants gnangans, le désordre, l’agitation, les applaudissements, les smartphones, les décors criards ou pompeux, l’animation dite « liturgique », les paroles vides et mondaines, l’encombrement, les célébrations granguignolesques... - doit systématiquement être jeté sans vergogne hors des sanctuaires : « Jésus entra dans le temple de Dieu. Il chassa tous ceux qui vendaient et achetaient dans le temple ; il renversa les tables des changeurs et des vendeurs de pigeons et il leur dit : “Il est écrit que ma maison sera appelée une maison de prière, mais vous, vous en faites une caverne de voleurs.” » (Mt. 21, 12-13). »

Adaptation d’un texte de Timothy FLANDERS


* * * * Vendredi, 25 septembre 2020. Sur le site « Belgicatho », Mgr Delville est interrogé sur la messe en latin. A côté de quelques réflexions intéressantes, on ne retrouve malheureusement que des affirmations maintes fois entendues qui contredisent peu ou prou la réalité.
Ainsi apprend-on qu’il existe « des chants pour la messe en latin ». En réalité, on ne chante pas « à la messe » mais on chante « la messe » (quelle que soit d’ailleurs la langue employée). Rappelons qu’à la messe, doivent être chantés : l’introït, le Kyrie, le Gloria (sauf pendant les temps de prénitence), le graduel, l’alleluia ou le trait, le Credo, l’offertoire, le Sanctus, le Pater, l’Agnus Dei, la communion ainsi que la préface, les oraisons et, dans la forme dite « ordinaire » la prière eucharistique.
On apprend aussi - par Mgr Delville - qu’ « il n’y a pas qu’un seul rite romain latin mais au moins trois ». Et l’évêque de citer les rites en usage à Milan et à Tolède. Le problème c’est que ces rites-là ne sont pas « romains » mais « ambrosien » et « hispanique ». On aurait aussi pu citer les rites lyonnais, cartusien, dominicain... qui existent en latin mais ne sont pas davantage « romains ».
Enfin Mgr Delville affirme que « l’avantage de connaître la forme extraordinaire, c’est qu’on peut entrer dans le libellé des textes tel qu’il est parfois pratiqué depuis le IVe siècle, vu que le Canon romain, la prière eucharistique, remonte à saint Ambroise qui vivait au IVe siècle (...) » Tous les historiens savent que 1) qu’à part le Canon romain demeuré à peu près stable, toutes les autres oraisons viennent d’époques diverses que 2) personne ne sait comment était célébrée la messe puisque les témoignages (livres, objets liturgiques...) ont disparu à la suite des invasions des Ve et VIe siècles qui ont eu pour résultat des ravages et des ruines, le culte étant par la suite célébré dans un grand désordre, que 3) le chant grégorien qui fait partie intégrante de la liturgie romaine a été composé à partir de la fin du VIIIe siècle en utilisant et en ajustant des éléments de chants anciens selon des proportions et des origines dont nous ignorons beaucoup.
Au cours de l’interview, on apprend que la forme « ordinaire » de la liturgie romaine est « celle qui est célébrée dans toutes les églises de la région ». Combien de fois n’avons-nous pas déjà dit qu’on ne peut pas adhérer à de tels propos ? En réalité, dans toutes les églises, on trouve le schéma de la « forme ordinaire » (qui d’ailleurs est aussi celui de la forme « extraordinaire ») mais accommodé selon les vues et les sentiments de tel célébrant, de telle « équipe liturgique ». Où trouve-t-on la « forme ordinaire » célébrée sans ajouts, omissions et modifications, comme le demande le Concile ? Nulle part. Où trouve-t-on la « forme ordinaire » donnant la première place au chant grégorien, comme le demande aussi le Concile ? Nulle part.
Une fois de plus, on a l’impression, en lisant l’interview de Mgr Delville, que la « forme extraordinaire » de la liturgie romaine offre toutes les garanties d’invariabilité dues au respect du rituel que ne peut pas ou ne doit pas offrir la « forme ordinaire » de ce même rite.
Ces critiques étant mises de côté, Mgr Delville nous rappelle - et il faut l’en remercier - que l’usage du latin n’est pas un obstacle à la participation totale à la liturgie de l’Église. C’est d’ailleurs un point trop souvent ignoré alors qu’il figure en toutes lettres dans la Présentation générale du Missel romain restauré à la suite de Vatican II.

* * * * Jeudi, 24 septembre 2020. « Le Christ est devenu humain mais ne s’est pas fait homme ».
Telle est le socle d’une nouvelle religion dont Mgr Stefan Heße, archevêque de Hambourg, se veut le promoteur. « C'est pourquoi - ajoute encore Mgr Heße - le Christ peut être représenté aussi bien par un homme que par une femme. »
Au-delà de la question « humain/homme », une chose est certaine : l’archevêque de Hambourg n’est plus catholique et, par conséquent, ne doit plus être suivi par les fidèles qui souhaitent demeurer dans la foi reçue des Apôtres.
Tout catholique doit savoir que les propos de Mgr Heße conduisent droit vers la perte de la pensée sacramentelle du sacerdoce au profit d’une pensée uniquement fonctionnelle de la prêtrise.
C’est avec des évêques comme Mgr Heße (plus nombreux qu’on le croit, même s’ils gardent le silence) que l’Église catholique est assurée de s’effondrer.


* * * * Lundi, 21 septembre 2020. En observant la situation actuelle dans laquelle se trouve la majorité des paroisses et des diocèses, on ne peut s’empêcher de poser cette question : « Mais qu’est-il donc arrivé à nos évêques, à ceux que le concile Vatican II qualifiait de gardiens et de promoteurs de la liturgie de l’Église ? »
Oui, il est légitime, pour tout simple fidèle qui entend célébrer la foi de l’Église à laquelle il alimente sa propre foi, de se demander ce leur est-il arrivé.
La liturgie leur est devenue étrangère ; ils ne la connaissent plus que dans ses grandes lignes mais en ignorent le sens profond qui devrait les conduire à la respecter et à la promouvoir toujours et partout en la présentant comme une expression condensée de notre foi catholique.
L’Église ne vit pas de joyeuses rencontres ; elle ne vit pas de projets pastoraux ; elle ne vit pas de déclarations épiscopales ou d’encycliques : elle vit d’abord de la liturgie par laquelle s’établit un lien particulier, à la fois personnel et communautaire, avec le Seigneur.
Un évêque qui n’a pas d’abord le regard fixé sur la liturgie ne peut que promouvoir une pastorale diocésaine stérile : il finit par ne plus comprendre l’essence de l’Église et, partant, s’occupera - parfois jusqu’à l’épuisement - à donner de l’importance à des choses secondaires.
La liturgie composée de tous les offices qui ont leur source dans l’Eucharistie est seule le fondement, le noyau et le souffle de la vie de l’Église. Ce point fondamental a été rappelé par le concile Vatican II : « La liturgie est le sommet vers lequel tend l’action de l’Église et en même temps la source d’où découle toute sa vertu » (Cf. Constitution “Sacrosanctum Concilium”, n°10.) Quiconque perd cela de vue, l’oublie ou, pire, le nie, surtout s’il est évêque, devient incapable de comprendre l’essence de l’Église et finit par perdre de vue le noyau de la foi chrétienne. Plus grave : il entraine dans son égarement les prêtres de son diocèse et, à travers eux, les fidèles dont il a la responsabilité.
Rien n’est donc plus important que “la fixation sur la liturgie” par laquelle s’établit un lien respectueux et intime avec Jésus-Christ. C’est seulement grâce à des évêques “fixés sur la liturgie” - on devrait dire “imbibés de liturgie” - que l’Église est libérée et donne à chaque fidèle de vivre en toute liberté et en plénitude selon la Vérité reçue du Sauveur.
Avant de s’exprimer en public, avant de publier d’intéressant traités de théologie, les évêques doivent être invités à d’abord prier selon les règles liturgiques reçues de l’Eglise. Dans le premier livre des Chroniques, il est dit : « Appliquez maintenant votre cœur et votre âme à chercher l’Éternel, votre Dieu » (1 Chroniques 22, 19).
Nombreux sont les pasteurs qui ont oublié ce précepte ou ne l’ont même jamais su. Il en résulte que ces pasteurs plongent l’Église dans une situation où le déferlement de “gnangnantise liturgique » ne peut que susciter une indifférence croissante chez nombre de fidèles encore capables de réfléchir : les églises et les séminaires vides en sont la preuve
Il n’y a donc rien de plus important, surtout pour un ministre ordonné, que d’abandonner certains principes pastoraux qui ne conduisent nulle part, afin de pouvoir et de vouloir “s’aligner sur le Seigneur” par le moyen de la liturgie de l’Église.
Le problème aujourd’hui est qu’on cherche à célébrer le plus de messes possible pour satisfaire aux demandes des paroisses mais que, dans le même temps, on ne se fixe plus suffisamment sur la liturgie.
La liturgie n’est fructueuse que si elle exprime non pas les idées de tel célébrant ou de tel groupe de prière mais, à travers ses rites et son chant sacré, la « mémoire » de l’Église : si les célébrants - et les évêques en premier lieu - s’appliquent à montrer aux hommes la beauté de cette « mémoire » alors chaque fidèle se sentira moins seul, moins renfermé dans l’espace restreint de son œuvre individuelle. (Cf. S. Jean-Paul II, “Orientale Lumen”.)

* * * * Lundi, 21 septembre 2020.
On se souvient des réponses pour le moins ambiguës qu’avait donné François au début de son pontificat (quand il avait le vent en poupe) lorsqu’on lui demandait s’il était possible de pratiquer l’intercommunion entre catholiques et protestant. On en était resté au jeu du « ni oui ni non » qui plaisait tant aux progressistes ignorant généralement que l’Eucharistie est tout autre chose qu’un petit banquet entre potes.
Aujourd’hui - mais c’est un peu tard pour rattraper le coup - le Vatican affirme que l’intercommunion doit être refusée pour des raisons que justifie la théologie sur l’Eucharistie.
Dans courrier daté du 18 septembre que la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a adressée au président de la Conférence épiscopale allemande, Mgr Georg Bätzing, il est expliqué que l’intercommunion pratiquée avec les communautés issues de la Réforme luthérienne « ouvrirait nécessairement de nouvelles divisions dans le dialogue œcuménique avec les Églises orthodoxes » et que « le lien étroit entre l’Eucharistie et l’Église » est trop souvent ignoré.
De plus, ajoute le Préfet de la Congrégation romaine, il est regrettable que dans les approches de la compréhension de l’Eucharistie et du ministère lors les forums internationaux de dialogue entre catholiques et luthériens, on ne tienne jamais compte des enseignements conciliaires qui ne parlent nulle part de la possibilité de l’intercommunion.
La Congrégation pour la doctrine de la Foi a adressé ce courrier à l’épiscopat allemand après avoir étudié le texte « Ensemble à la Table du Seigneur » que les évêques d’Allemagne avaient envoyé le 20 mai dernier au Vatican pour qu’il soit discuté.
Le porte-parole de la Conférence épiscopale allemande, Matthias Kopp, a confirmé la réception de la lettre de Rome et a annoncé qu’elle serait discutée la semaine prochaine lors de la réunion plénière d’automne des évêques catholiques à Fulda.
Donc, au lieu d’appliquer, on va à nouveau discuter. À croire que la parlotte creuse est une pathologie qui, dans les diocèses, touche essentiellement ceux sur qui tombe une mitre. L’Église n’a pas encore trouvé l’antidote à ce mal qui la ronge.

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