L'ACTUALITE

* * * * NOUVEAU Dimanche, 6 décembre 2020. Pour écouter le chant d'entrée de la messe du 2e dimanche de l'Avent, cliquer ici. Pour écouter le graduel (chanté entre les deux premières lectures, cliquer ici. Pour écouter l'Alleuia chanté avant la proclamation de l'Evangile, cliquer ici. Pour écouter le chant d'offertoire, cliquer ici. Pour écouter le chant exécuté pendant la communion, cliquer ici.

* * * * Samedi, 5 décembre 2020. Lors de sa première venue au milieu des hommes (et des femmes, pour respecter le langage politiquement correct), Dieu est venu dans le plus grand silence et la plus totale humilité. C’est ce silence qu’expriment parfaitement les pièces grégoriennes de la liturgie de la nuit de Noël : les mélodies sont dépouillées, simplissimes, loin des effets sonores d’un Bach ou d’un Berlioz, et n’utilisent que peu de notes pour exprimer ce que nous sommes invités à méditer (5 notes pour l’introït, 6 pour l’antienne d’offertoire, 5 pour l’antienne de communion).
Ensuite, la vie du Sauveur est restée cachée pendant plusieurs années.
Après sa Transfiguration sur le mont Thabor, Jésus demande à ses disciples de ne révéler à personne qu’il est le Christ, c’est-à-dire le Sauveur du monde attendu. Jésus se comporte comme le berger qui va chercher sa brebis perdue et qui, pour pouvoir retrouver, doit demeurer discret. Il se comporte aussi comme le médecin qui prend soin de ne pas affoler son patient en portant son regard porté sur lui. Jésus évite de se révéler dès le début de sa mission sur terre : ce n’est que progressivement qu’il la fait comprendre plus qu’il ne la proclame lui-même : « Jésus, étant arrivé dans le territoire de Césarée de Philippe, demanda à ses disciples : “Qui dit-on que je suis, moi, le Fils de l’homme ?” Ils répondirent : “Les uns disent que tu es Jean-Baptiste ; les autres, Elie ; les autres, Jérémie, ou l'un des prophètes.” “Et vous, leur dit-il, qui dites-vous que je suis ?” Simon Pierre répondit : “Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant.” » (Mt. 13-16) C’est Simon Pierre, et non Jésus lui-même, qui confesse que l’enfant né de Marie à Bethléem est le Fils du Dieu vivant.
Le psalmiste avait annoncé cette arrivée plus que discrète du Sauveur : « Qu’il descende comme la pluie sur l’herbe, comme une pluie qui nourrit la terre. » (Ps. 71) C’est ce que nous chantons durant le temps de l’Avent : «
Rorate caeli desuper, et nubes pluant Iustum. » La rosée ne fait pas de bruit... Jésus ne déchire pas le ciel pour venir avec tambours et trompettes ; il est porté neuf mois par la Vierge Marie, la « Silencieuse », et naît dans une étable. Quant à son père, Joseph, il n’est qu’un humble artisan au sujet duquel les Évangiles ne disent presque rien.
Au fil des années, Jésus va çà et là comme une personne ordinaire ; ses vêtements sont simples et sa table l’est encore plus.
Cependant, sa seconde venue a déjà été annoncée et l’on apprend qu’elle elle ne se passera pas du tout de la même façon que la première. Quand le moment du retour du Christ sera arrivé, il ne sera pas nécessaire de prendre son smartphone pour “faire circuler l’info” « car comme l’éclair part de l’orient et se montre jusqu’en occident, ainsi sera l’avènement du Fils de l’homme. » (Mt 24, 27)
Tel sera le temps du jugement et de la décision finale.
Alors le Seigneur n’apparaîtra plus comme le berger soucieux de sa brebis perdue ou comme le médecin discret et prévenant, mais comme le juge nous invitant à nous examiner nous-mêmes. À l’aide d’images puisées dans sa culture, le prophète Daniel décrit ce retour du Christ : il parle de trônes fait de flammes et de feu, d’un habit blanc comme la neige, de de myriades de myriades qui se tiennent devant lui, puis d’un tribunal... (Dan 7, 9-10).
David, le roi des prophètes, ne parle que de splendeur, de magnificence, de majesté. Autant de termes qui visent à nous faire imaginer la lumière rayonnante et la nature inaccessible de Dieu que la liturgie s’emploie à célébrer et à évoquer avec les moyens dont elle dispose ici-bas, moyens que les ministres de l’autel sont chargés d’exploiter avec un maximum de respect et d’effacement.

* * * * Vendredi, 4 décembre 2020. Un jeune habitant à Munich (D) a eu la surprise de voir, en allant tôt à l’église Sankt-Peter (où la liturgie restaurée à la suite de Vatican II est parfaitement mise en oeuvre), un prêtre qui célébrait la messe dans une chapelle latérale ; il y avait un acolyte qu’on ne voit pas sur la photo en raison de la distanciation imposée par la covid.
Le prêtre célèbre selon la « forme ordinaire », d’une façon digne, calme et simple. Le jeune qui nous a envoyé la photo - faite en toute discrétion - ajoute ce commentaire : « Ça fait beaucoup de bien de voir qu’il y a des prêtres qui célèbrent le Sacrifice eucharistique en sachant ce qu’ils doivent faire et en croyant à ce qu’ils font. »
A quand le même respect de la liturgie toujours et partout ? A quand une éducation des fidèles non « pour » la liturgie mais « par » la liturgie afin que, petit à petit, ils puissent savourer ce que l’Église nous transmet par l'agencement des rites reçus de sa Tradition bimillénaire ?

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* * * * Vendredi, 4 décembre 2020. Dans un billet publié par les « Dernières Nouvelles d’Alsace », journal local, le P. Marcel Metzger, prêtre du diocèse de Strasbourg, reconnaît que les fidèles qui réclament la messe sont majoritairement issus des « milieux traditionalistes ».
Le P. Metzger se rend-il compte qu’en reconnaissant cette réalité, il reconnait du même coup que la messe n’intéresse pas les milieux « progressistes » dont il fait partie et qui forment le « petit reste » des gens qui se rendent à l’église le dimanche pour assister à une liturgie plus ou moins cabossée par ceux qui, selon le P. Metzger, se réclament de Vatican II sans en avoir lu les textes ?
La pandémie aura eu quelque chose de bon : révéler que les catholiques qui veulent des célébrations au goût du jour ne sont plus qu’une infime minorité. Ce que refusent toujours de voir le P. Metzger et ceux de sa génération.
N.B. Parmi les personnes qui réclamaient le “droit au culte” se trouvaient des fidèles protestants. Le P. Metzger nous révèlera sous doute un jour qu’il s’agissait aussi de « traditionalistes »...

* * * * Jeudi, 3 décembre 2020. Lorsque par la Constitution « Immensa Aeterni Dei », le pape Sixte Quint, en 1588, réorganise la Curie romaine, il confie à la congrégation « pro Sacris Ritibus et Caeremoniis » de régler toutes les questions touchant au culte. Le devoir principal des cardinaux nommés dans ce nouveau dicastère consistera à veiller à l’observation scrupuleuse des « anciens rites sacrés » dans toutes les composantes de la liturgie : ils devront s’assurer du rétablissement des « cérémonies tombées en désuétude » et de la réforme des « cérémonies corrompues ». Exactement ce que demandera de faire Vatican II quatre siècle plus tard.

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La congrégation doit donc, à la demande de Sixte Quint, traquer les pratiques et les erreurs qui ont progressivement intégré la célébration du culte jusqu’à en fausser son bon déroulement et prendre en charge son uniformisation. Elle a la responsabilité de fixer la liturgie et de veiller à son respect en offrant aux Églises locales des normes claires et applicables touchant autant les textes de la liturgie (oraisons, lectures, chants…) que les manières de célébrer (gestes, mouvements, vêtements, intonations…).
Dès la création de la « Congrégation des Rites », l’essentiel de son activité consiste à répondre aux questions diverses qui lui sont posées par des Églises - majoritairement italiennes ou espagnoles - incapables de déterminer quelle solution apporter à certains problèmes liturgiques concrets. L’aide de la Congrégation est saisie lorsque les requérants ne parviennent pas à régler un contentieux opposant plusieurs parties à l’intérieur de leur Église, généralement pour des questions de préséances. Cependant, le plus souvent les requérants s’adressent à la Congrégation parce qu’ils ignorent si la manière habituelle de célébrer est jugée convenable par Rome. En réponse à l’appel lancé à l’issue du concile de Trente, la papauté avait mis en place une importante - mais lente - réforme liturgique ; or, certaines pratiques locales introduites dans la liturgie font naître des questions sur la légitimité de ces usages devenus habituels et sur leur adéquation avec la réforme de la liturgie romaine en cours.
Dès la fin du XVIe siècle, des mémoires arrivent en nombre à la Congrégation : à Ostie (Italie), l’évêque ne sait comment répondre aux prétentions d’un chanoine qui estime pouvoir avancer devant des chanoines plus âgés que lui, sous prétexte qu’il a obtenu le grade de docteur ; à Buitrago (Espagne), la confrérie du Saint-Sacrement installée dans l’église paroissiale San Juan demande à pouvoir porter en procession l’hostie consacrée en dehors de la paroisse pendant l’octave de sa fête ; à Cosenza (Italie), le vicaire demande s’il peut, en cas d’absence de l’évêque lors de la procession du Saint-Sacrement, se placer juste derrière le dais et devant les élus de la Ville... Les questions sont variées et portent autant sur des problèmes de préséances que sur le choix des vêtements et parements liturgiques, sur les gestes à accomplir, les lieux où s’asseoir, où se placer pour proclamer l’Évangile, le nombre d’assistants et leur rôle, les sonneries de cloches, le nombre de cierges à allumer, la façon de chanter, le nombre de coups d’encensoir, etc. Le problème vient de ce que pour répondre à ces questions, il manque aux cardinaux un cadre normatif auquel ils pourraient se référer.
Le Bréviaire et le Missel romain révisés dans le sillage du concile de Trente ont été publiés respectivement en 1568 et 1570 et imposés à toutes les Églises ne pouvant justifier une liturgie vieille de plus de deux cents ans. Cependant, si ces livres liturgiques - et en particulier le Missel - sont régulièrement invoqués pour régler les questions, ils sont loin d’être suffisants : bien des questions n’y trouvent pas de réponses. Pour tout ce qui concerne la célébration des sacrements et les autres actions rituelles des évêques en dehors de la messe (ordinations, dédicaces des églises, consécrations et bénédictions), la Congrégation doit donc trouver d’autres références. C’est la raison pour laquelle la Congrégation avait été chargée par le pape Sixte Quint, lors de sa création, de réviser également le Pontifical, le Rituel et le Cérémonial. Mais un tel travail prend beaucoup de temps. En attendant, la Congrégation pour les Rites rappelle dès ses premiers décrets que l’Église que toutes les autres doivent prendre pour modèle est celle de Rome : c’est à l’aune de la liturgie romaine que les solutions pourront être trouvées et des cadres élaborés. Voilà pourquoi elle érige en norme le « Pontificale romanum » établi à l’époque d’Innocent VIII (1484-1492) par Agostino Piccolomini et Johannes Burckhardt sur la base d’un Pontifical plus ancien : celui de Guillaume Durand, évêque de Mende au XIIIe siècle.
C’est donc une version non révisée du Pontifical que la Congrégation emploie de façon systématique pour résoudre les problèmes cérémoniels qu’on lui soumet. C’est ce qui étonne l’évêque de Huesca (Espagne) : comment se fait-il que la Congrégation des Rites exige que tous observent ce livre romain « non corrigé » comme s’il s’agissait d’un texte ayant une portée universelle ?
Le Missel offre davantage de précisions. Aussi est-il plus régulièrement invoqué par la Congrégation qui rappelle que les pratiques liturgiques contraires aux indications de cet ouvrage ne sont qu’une corruption de la liturgie et qu’il convient non seulement de les réprouver mais également de les abolir. Cette même demande sera reprise quelques siècles plus tard par les papes Jean-Paul II et Benoît XVI... sans grand succès, malheureusement.
La Congrégation des Rites, chargée de veiller à ce que les rites et cérémonies se déroulent rite « et recte et ex Patrum traditione », fait donc de la liturgie épiscopale, telle qu’elle est célébrée à Rome, la norme qu’elle impose à l’ensemble de la catholicité. De cette « authenticité » attribuée au Pontifical découle une conviction selon laquelle toutes les habitudes contraires à ce livre liturgique non seulement « ne sont pas bonnes », mais sont des « abus » qu’une trop grande permissivité des évêques (déjà !) aurait laissés s’introduire dans les pratiques locales, rompant du même coup avec la Tradition. Il devient évident que ces habitudes doivent être supprimées sans délais.
Quand l’évêque d’Aversa (Italie) soumet à la Congrégation une série de questions concernant des cérémonies depuis longtemps célébrées dans son diocèse mais dont on ne trouve pas trace dans le Pontifical romain, on lui répond tout naturellement qu’il doit appliquer ce qui est prescrit par le livre romain et suivre ses rubriques. Le modèle romain s’affirme-t-il avec toujours plus de vigueur !
La version révisée du « Pontificale romanum » à laquelle travaillait la Congrégation est finalement publiée en 1595 ; elle est immédiatement imposée à l’ensemble des diocèses. Mais l’ouvrage, ne règle pas tout : il ne donne aucune indication sur l’ordonnancement de quantité d’actions liturgiques. Voilà pourquoi la Congrégation entreprend de réviser également le Cérémonial. Ce faisant, elle reprend à son compte une mission qui avait été confiée par Grégoire XIII à Charles Borromée et à Gabriele Paleotti en 1582.
Ce n’est qu’en 1600 que paraît le nouveau « Caeremoniale episcoporum » : il devient aussitôt la référence sans cesse invoquée par la Congrégation pour régler le langage du culte, déterminer sa syntaxe gestuelle et fixer sa grammaire rituelle. Désormais, à toutes les questions cérémonielles, la réponse de la Congrégation sera claire : ne jamais s’écarter des dispositions du nouveau livre liturgique, observer à la perfection les règles et les formes qu’il prescrit tout en respectant certaines coutumes locales en vertu de la Constitution « Cum novissime » de Clément VIII, pour autant que ces coutumes soient anciennes et... conformes au Cérémonial réformé.
Tout n’est pas réglé pour autant : des Églises locales - et particulièrement les Églises espagnoles qui revendiquent la validité du rite mozarabe - s’inquiètent de l’imposition des nouvelles normes. Elles écrivent à la Congrégation pour s’assurer de légalité de conserver de leurs cérémonies. Très régulièrement, la Congrégation répond aux ordinaires que le Cérémonial doit supprimer les abus mais non les coutumes immémoriales, surtout si elles ont été légitimement prescrites.
A la suite des nombreuses demandes qui lui sont adressées, la Congrégation finit par promulguer, en juin 1605, un décret réaffirmant que le « Caeremoniale episcoporum » récemment édité ne supprime pas les habitudes immémoriales et louables des Églises espagnoles. Ce décret sera étendu à l’ensemble de la catholicité dès l’année suivante. La Congrégation prend soin de rappeler constamment que le « Cérémonial des évêques » ne prétend pas abolir les coutumes locales dont l’ancienneté et le caractère louable ont été prouvés. Il lui arrive très souvent, lorsqu’il lui est demandé de régler des conflits entre les champions du nouveau Cérémonial et les partisans des anciennes coutumes, de conseiller le maintien de ces dernières plutôt que l’introduction de l’usage romain. Ainsi, lorsqu’en 1602 le chapitre de Padoue (Italie) informe la Congrégation que des chapelains de la cathédrale refusent de remplir les fonctions liturgiques qu’ils ont toujours assumées sous prétexte que le nouveau « Caeremoniale episcoporum » assigne ces fonctions non plus à des chapelains mais à des acolytes ou à des chantres, la Congrégation rejette ces « prétentions vaines et frivoles » des chapelains et rappelle que ceux-ci sont tenus d’observer toutes les fonctions liturgiques qu’ils ont tenues jusqu’alors. En revanche, quand la coutume ancienne ne présente pas le caractère attendu, la Congrégation l’interdit strictement et lui préfère toujours les normes du « Cérémonial des évêques ». Tel est le cas à la cathédrale de Badajoz (Espagne) où les chanoines, lorsqu’ils passent devant l’autel du Saint-Sacrement, se contentent d’incliner la tête, invoquant une habitude très ancienne : l’un d’entre eux, Pedro Mexia, décide cependant de faire une génuflexion jusqu’à terre. Aussitôt, les autres chanoines, mécontents, le reprennent parce qu’il ne respecte pas les antiques habitudes de la cathédrale. Pedro Mexia se tourne alors vers la Congrégation qui impose à tous les chanoines de s’agenouiller désormais devant le Saint-Sacrement, comme tous les fidèles sont tenus de le faire : la coutume locale qu’on disait « immémoriale » est condamnée comme « corruption et abus ».
Si la Congrégation autorise régulièrement le respect de coutumes locales non reprises dans le « Caeremoniale episcoporum », elle condamne tout aussi régulièrement l’inconvenance et l’indécence (« valde indecorum et indecens ») de certaines propositions qui lui sont soumises.
La Congrégation sait aussi que les formes liturgiques nouvelles offertes par le livre cérémonial romain peuvent s’imposer avec difficulté dans certains diocèses. Aussi lui arrive-t-il d’encourager l’observation du cérémonial romain uniquement « si son usage peut être introduit pacifiquement et sans grand scandale ». Comme elle sait aussi que le Cérémonial n’est pas assez précis et laisse place à des interprétations diverses, elle étudie avec attention les questions soulevées par les Églises locales, acceptant ou non les solutions proposées en fonction de leur degré de « convenance », mais toujours prête à faire preuve d’un certain pragmatisme. Ainsi, quand l’évêque d’Alessandria (Italie) demande à la Congrégation si, après le sermon, le diacre qui a chanté l’Evangile doit entonner le « Confiteor » de mémoire ou peut s’aider d’un livre, ce que ne précise nulle part le « Caeremoniale episcoporum » - certains chanoines âgés étant incapable de le chanter de de mémoire - la Congrégation rappelle qu’il est « plus convenable » que le « Confiteor » soit chanté de mémoire mais que si les chanoines en sont incapables, un autre ministre d’un rang inférieur peut tenir le livre sous ses yeux le temps du chant.
Les deux premières décennies d’activité de la Congrégation révèlent donc une capacité à l’adaptation pour autant que les solutions proposées par les Églises locales se limitent à n’offrir qu’une variation autour d’une pratique légitime déjà reconnue. La Congrégation lutte en effet contre toute forme d’innovation qui sont alors nombreuses : les ordinaires et les chapitres, au gré des circonstances et en fonction des personnalités, modifient assdez régulièrement les manières de célébrer. Ces évêque et les chanoines se tournent alors vers la Congrégation pour savoir si telle ou telle façon de faire innovante est convenable ; en réponse, les cardinaux formulent systématiquement l’injonction : « Nihil innovandum est », se faisant ainsi les défenseurs de la tradition léguée soit par les coutumes locales immémoriales soit par le « Caeremoniale episcoporum » romain : toute nouveauté par rapport à ces deux repères est jugée exorbitante et refusée.
Plus on avance dans le XVIIe siècle, moins la Congrégation des Rites adopte une position ouverte. C’est en 1615 qu’elle rappelle pour la dernière fois que « le Liber caeremonialis ne supprime pas les habitudes antiques et louables du lieu ». En mars 1617, elle autorise encore le chapitre cathédral de Cuenca (Espagne) défenseur des traditions locales contre l’évêque chaud défenseur du « Cérémonial », à faire la preuve de ses coutumes liturgiques
« immémoriales et louables ». Toutefois, en attendant que la preuve soit faite, elle impose le respect strict du livre romain. À partir de moment, la Congrégation des Rites semble de plus en plus réticente à concéder le maintien des coutumes locales : aux demandes qui sont introduites à leur sujet, elle répond le plus souvent : « Non posse, nullo modo licere, non decere, servandam esse omnino dispositionem Caeremonialis, etc. » La position de Rome se rigidifie de plus en plus : les habitudes liturgiques divergeant des prescriptions du « Cérémonial » sont considérées comme autant d’abus même si demeure ouverte la possibilité de démontrer l’ancienneté d’un usage.
Par la résolution de milliers de cas particuliers, tous particulièrement concrets, la Congrégation élabore un corpus jurisprudentiel et fixe ainsi un dispositif normatif qui se nourrit d’abord des règles fixées par le Pontifical. L’ensemble des règles ainsi déterminées permet à la Congrégation d’énoncer quels gestes, quelles tenues, quels mouvements sont convenables. Ainsi se construit un cadre normatif contraignant qui n’a qu’un défaut : s’il sert de guide sûr pour garantir que les rites soient réalisés de la façon qui convient, il ne dit rien du sens de ces rites. C’est ce manque conduira la liturgie à être apprise par les futurs prêtres et à être célébrée par les prêtres de façon parfois purement « mécanique » et souvent même « froide », l’important étant un rituel réglé « comme du papier à musique ». Renouant avec les principes qui prévalaient au moment de la fondation de la « Congrégation des rites » par Sixte Quint, Vatican II a souhaité redonner aux évêques une certaine possibilité d’ « adapter » la liturgie à des situations concrètes, sans pour autant la brader par le moyen de la désacralisation ou de la désinvolture. Les décisions de Vatican II ont été accueillies de trois façons : rébellion chez ceux qui avaient besoin d’une grande précision rituelle pour se sécuriser, désinvolture chez ceux qui éprouvaient le besoin de se libérer du « carcan » des rites pour livrer leur subjectivité aux regards des fidèles, fidélité à la Tradition chez ceux avaient conservé le sens qu’à toujours eux la liturgie au cours des siècles en dépit des vicissitudes. Des trois façons de recevoir Vatican II et de mettre en œuvre ses décisions, seule la troisième était pleinement légitime. C’est pourtant celle qui a été refusée dans la majorité des paroisses et des diocèses.

D’après une étude de J.Y. Hameline

* * * * Mercredi, 2 décembre 2020. M. Jean Castex, premier ministre d’Absurdie, a proposé d’assouplir à « 6 m2 par fidèle » la jauge sanitaire du nombre de personnes autorisées à assister aux cérémonies religieuses, contre 30 personnes maximum actuellement.
Petit problème : dans son nouveau calcul de surface utilisable, M. Castex n’a - semble-t-il - pas pris en compte l’épaisseur des vêtements que portent les fidèles durant l’hiver. Tout est donc à revoir. Après quoi, il serait peut-être bon que nos ministres aillent faire un stage aux îles Kerguelen, histoire de nettoyer leurs neurones en vue de leur optimisation.

* * * * Mercredi, 2 décembre 2020. Le pape François s’est prononcé en faveur de la création d’un rite liturgique spécifique pour l’Amazonie. Ce « néo-rite » pourrait s’inspirer de la liturgie zaïroise approuvée en 1988.
Si l’on comprend bien, on assiste à une officialisation des inventions liturgiques qui se font un peu partout, qu’elles soient liées à la foi ou non. Si l’on comprend encore mieux, on assiste à la désagrégation de ce qui était l’une des spécificités du catholicisme : l’unité de l’Eglise.
Rappelons ce qu’écrivait Saint Jean-Paul II dans “Vicesimus quintus annus” : « En célébrant le culte divin, l’Église exprime ce qu’elle est : une, sainte, catholique et apostolique. (...) Que rien ne vienne briser ni même distendre, dans la célébration de la liturgie, cette unité de l’Église ! (...) Dans la célébration liturgique, l’Église exprime sa catholicité, car en elle l’Esprit du Seigneur rassemble des hommes de toutes langues dans la profession de la même foi, et de l’Orient à l’Occident elle présente à Dieu le Père l’offrande du Christ et s’offre elle-(...) L’Église manifeste qu’elle est apostolique, parce que la foi qu’elle professe est fondée sur le témoignage des Apôtres (...) »
Bien sûr, cet enseignement du défunt pape polonais n’a plus cours dans une Eglise qui avance vers son auto-démolition en encourageant des liturgies séparatistes.

* * * * Mercredi, 2 décembre 2020. Noël sur la place Saint-Pierre de Rome : le néant...
« Un espace ; une frontière proche de l’infini vers laquelle voyage notre vaisseau spatial... Nous sommes en l’an 2020... Voici les aventures du vaisseau “Eglise” et de ses 1,2 milliards de passagers. Il est en route pour explorer de nouveaux mondes plus étranges les uns que les autres, pour découvrir de nouvelles vies, d’autres civilisations et, au mépris du danger, avancer vers l’inconnu. A des centaines d’années-lumière de toute planète connue, notre vaisseau “Église” file vers des réalités qu’aucun homme n’a jamais vues. »
Les plus anciens parmi nous, et peut-être de plus jeunes aussi, auront reconnu ce texte quelque peu adapté, bien sûr. Ces mots sont ceux du générique débutant chaque épisode de la série télévisée, série-culte des années 1970, « Star Trek : Enterprise », dont le déroulement se situe au 23e siècle.
Dans notre 21e siècle - plus précisément en décembre 2020 - nous avons aussi nos espaces lointains et nos espaces de vacuité et de néant.
Néant : voici la place Saint-Pierre vide. Conçue et aménagée en son temps par Gian Lorenzo Bernini comme une œuvre magistrale, cette place est malmenée depuis un an par la présence d’une soi-disant « œuvre » en bronze qui semble tombée du ciel par un pur hasard, un peu à la manière du monolithe du célèbre film de Stanley Kubrick.
Ce « monument aux migrants » défigure aujourd’hui notre « Piazetta » autant sur le plan de la matière dans laquelle il a été fait que du symbole : par son envergure et son lien avec un certain synode, un autre endroit aurait dû s’imposer : dans les jardins du Vatican par exemple… Mais il semble qu’au nom de l’idéologie dominante, tout puisse être justifié, tout doit l’être...
Néant : 2020, la place saint Pierre est vide. Un vide justifié par la « pandémie ». La vie s’est éteinte aux alentours de la place. Les magasins sont fermés tout comme les bars et les restaurants. Le soir venu, des sans-logis errent ; ils montent une tente en plastique sous les colonnades du Bernin et, tout à côté, font leurs besoins naturels. Mais les idéologues jubilent : il ne manifestent jamais assez leurs convictions irréfléchies.
D’autres personnes viennent tous les jours sur la « Piazetta », sur “leur” « Piazetta ». Elle leur appartient, cette place, dans le vrai sens du terme, parce que là se trouve aussi “leur” fontaine, une de ces fontaines si chères à Pie XII. Le pape aimait tant entendre le chant de ces gens, le soir, depuis son appartement dont la fenêtre éclairée disait au peuple : « Je suis là avec vous ».
Néant : chaque année à Noël, au pied de l’obélisque de la place Saint-Pierre est installée une crèche et un sapin, selon un usage initié par Jean-Paul II dans les années 80. Les préparatifs commencent en novembre : impossible de les manquer ; la crèche se monte, le sapin est livré. Celui de cette année vient de Slovénie ; il n’est arrivé que le 30 novembre après 3 jours de voyage. C’est un sapin magnifique de 28m de haut qui vient des forêts du Ko
čevje, d’un petit village situé entre les rivières Kolpa et Cherca, au sud de Ljubljana. Il a - il avait - 75 ans et pèse 7 tonnes.
Néant : la crèche surtout. Depuis 2016, les crèches installées ici ont pour mission de « symboliser quelque chose ». Comme si une crèche avait besoin de symboliser autre chose que ce qu’elle représente ! L’intention de Saint François d’Assise n’était-elle pas de « simplement » représenter la réalité de Noël pour les gens ? Mais bien sûr, en ces temps de modernité institutionnalisé, on sait beaucoup mieux aujourd’hui ce qu’il convient de faire dire à une crèche de Noël !
Ainsi, en 2016, il y eut la “crèche-bateau-de-migrants”. En 2017, les touristes et les croyants ont été confrontés à une crèche LGBT installée sous une coupole en ruine ; le tout étant baptisé “les œuvres de la charité”. En 2018, ce fut une crèche en sable de l’Adriatique : le tas de sable, ramené de Venise, avait été sculpté avec art. Mais l’ensemble a rapidement vieilli : ce qui, l’été, sur une plage ensoleillée de l’Adriatique, peut tenir quelques jours, est plus vite ruiné en hiver en pleine ville de Rome…
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Néant, cette “annus horribilis” 2020. Les médias nous l’annoncent : la crèche de cette année sera très différente de toutes les autres. Ah oui ? On voit émerger d’immenses statues de céramique de Jésus, Marie et Joseph. C’est de l’art contemporain, dit-on. Il est obligatoire de se pâmer d’admiration devant. En réalité, c’est plutôt une sorte d’apothéose de ce que les années 1960-70 ont pu produire de plus laid, et dont certains vieux esprits (du Concile ?) seraient, paraît-il, encore nostalgiques.
Ces statues ont été créées par les étudiants et les professeurs du Grue Art Institute de Castelli (une ville célèbre en Italie pour ses céramiques), devenu Université d’État des arts et du design. Au cours des années 1965-75, cet institut avait choisi Noël pour thème de ses créations. Seules quelques pièces (ouf !) de cette fragile collection de 54 sculptures seront installées place Saint-Pierre. Elles seront placées sur une grande plateforme illuminée, d’environ 125 m² de surface, en biais devant l’obélisque. De côté, on verra les trois rois mages et au centre surélevé de la plateforme sera disposé le groupe de la Nativité de Jésus avec un ange aux ailes déployées portant sur la poitrine une sorte de symbole stylisé rappelant la forme d’un chromosome d’ADN.
Des statues à classer entre des momies et une représentation de Moloch.
Que peuvent bien penser les enfants ou ceux qui simplement aimeraient voir l’enfant-Jésus ?
Néant : cette année 2020, la Nativité sera donc symbolisée par “l’ange ADN”. C’est toujours mieux que “l’ange LGBT” sous les ruines de la coupole de Saint-Pierre d’il y a deux ans...
Il faut bien s’y résoudre : Noël sur la place Saint-Pierre, sur la « piazetta », est “persona non grata”. Il y a de quoi en être déjà malade en pensant aux fidèles qui, de toute façon, en cette année 2020, peu encouragés à venir, n’auront rien à admirer et rien pour se recueillir. »

D’après Armin Schwibach

* * * * Mardi, 1er décembre 2020.
L’annonce d’un changement dans le fonctionnement de notre association (voir ci-dessous) nous a valu un certain nombre de messages. Parmi ceux-ci, nous en retenons un qui semble résumer la situation actuelle et les raisons des choix effectués par Pr Liturgia :

« Chers amis de Pro Liturgia,
L’annonce de la suspension de la diffusion du bulletin constitue certes une triste nouvelle. Cependant, le site internet demeure.
Depuis plus de trente ans, une poignée de fidèles se bat pour promouvoir la liturgie telle que révisée par le IIe concile du Vatican. Ce bulletin de liaison permettait autant les échanges entre membres que, surtout, leur formation. A ce titre, je tiens à remercier les membres du bureau de Pro liturgia pour l’inlassable travail qu’ils ont si longtemps mené de front avec leur carrière professionnelle. Il fallait du souffle, de l’endurance et ils n’en ont pas manqué ! Grâce leur soit rendue pour tout ce qu’ils ont semé.
Mais ce bulletin ne circulait sans doute guère plus loin que le réseau tissé autour de Pro Liturgia. A terme, l’énergie requise pour le confectionner a fini par manquer : les années passant, et à mesure que croît la déception de ne point voir se manifester la relève, grande a été l’envie de baisser les bras.
Néanmoins, les raisons de continuer, même sous une forme différente ou allégée, demeurent. Et suscitent l’optimisme.
Ainsi, l’existence du site internet permet de toucher bien au-delà du cercle des membres de cette courageuse association. Même des “tradis” viennent parfois “s’y perdre” ! C’est dire ! Oh, Ils ne manquent pas de sourire à la lecture de certaines lignes ! La mauvaise foi n’est jamais bien loin. Cependant, ils y découvrent ce que personne de leur côté n’a eu l’idée d’aller lire ailleurs : une sorte d’exégèse ou, plus sobrement, d’explication de texte des intentions et résolutions concrétisées dans la révision des rituels. Le pourquoi et le comment de ce qu’il a été convenu d’appeler “la réforme liturgique”. Ecœurés par le lamentable spectacle organisé dans les églises au lendemain du Concile lequel, malheureusement, perdure, ils ont pris en grippe tout ce qui ne vient pas de ce qu’ils connaissent - partiellement - de la Tradition de l’Eglise (ou plutôt de l’idée qu’ils en ont, ou qu’ils s’en font). Ils s’imaginent que rien n’a changé depuis ce temps-là, depuis l’introduction du “Missel de Paul VI” dont nous savons que la mise en œuvre est - de nos jours encore, hélas - plus déficiente que le contenu.
Or, les années sont passées. Les temps ont changé.
On note certes, ici ou là, un “recentrage” ou, plus exactement, comme un époussetage devrait-on dire : oui, ça s’est un peu calmé dans l’Église ; il semble que les abus disparaissent peu à peu. Mais pas suffisamment. En tout cas pas les mauvaises habitudes.
Car les dégâts sont là : la mémoire liturgique, le sens et la notion même de liturgie demeurent largement inconnus de la plupart des fidèles, clercs et laïcs (et d’abord des principaux responsables, diocésains ou en paroisse). L’intellectualisme froid et abstrait, la raison raisonnante (il faut toujours tout expliquer, commenter, “faire comprendre” pour instruire le fidèle de base considéré d’emblée comme un veau), ont vidé les paroisses, coupé le lien avec l’Église. La rupture de la transmission a suivi, réelle. Totale.
Dans ce contexte - sans parler du catéchisme - le défaut de transmission, ne serait-ce que du goût pour la musique, à travers le disque, les concerts, le chant choral ou la pratique d’un instrument, et le goût pour la facilité expliquent cette ferveur dans l’indigence si perceptible dans les églises aujourd’hui.
Combien de catholiques, spécialement les jeunes aujourd’hui, ont entendu parler - au minimum, outre Bach et Mozart - de Machaut, Byrd, Palestrina, Monteverdi, Charpentier ou, plus près de nous, de Mendelssohn, Bruckner ou Poulenc, (Obrecht ou Pärt étant dans une autre galaxie…) ? Ils ne connaissent que Les “cahiers verts ”, Glorious, Hopen... Éventuellement les DAC (Dei Amoris Cantores) - ce qui suppose au minimum quelque sens de la curiosité ou déjà une certaine expérience du chant polyphonique.
Curieux et funeste paradoxe : en France, les ensembles professionnels composés d’instrumentistes et de chanteurs pour la plupart agnostiques ou athées font vivre en concert l’héritage légué par les plus grands musiciens d’Église tandis que les croyants entretiennent un répertoire si médiocre qu’il en est insipide (malgré les rythmes dont pourtant le cœur n’a pas besoin pour exprimer sa foi). Les premiers, malgré l’absence de mémoire religieuse, ouvrent les chemins vers le ciel et vers l’éternité tandis que les seconds, supposés croire et ouverts aux choses célestes, se complaisent dans l’expression de sentiments affectifs, terrestres.
La liturgie, verticale par essence parce qu’orientée vers Dieu, est rendue horizontale et à destination d’une assemblée autocentrée par ceux-là même qui sont sensés la servir.
Quant au chant grégorien… Le chant de l’Eglise de Rome, porté aux nues dans maints articles ou reportages de la presse dite chrétienne, que des évêques acceptent d’entendre dans leur cathédrale mais jamais pendant une célébration liturgique, objet de recherches savantes en musicologie (et même en psychologie), est systématiquement assimilé au traditionalisme. Quelle paroisse où le prêtre célèbre selon le “novus ordo” avec le concours d’un petit chœur donnant ne serait-ce que l’ordinaire de la messe ne se voit-elle pas affublée de l’étiquette “tradi” ? De nombreux fidèles, même parmi les jeunes “classiques ”, sans doute sous l’influence d’idées toutes faites et de lieux communs les plus divers, autant que par ignorance ou méconnaissance, font la grimace dès que s’élève le chant liturgique par excellence dont Vatican II a rappelé qu’il doit occuper la première place.
Le redressement demandera du temps…
La liturgie en général, le rituel de la messe en particulier, le chant grégorien et la polyphonie, l’orgue... Les combats menés par Pro Liturgia continuent. Continueront. Si Dieu le veut. Avec ou sans bulletin périodique.
L’optimisme doit rester de mise. Ne serait-ce que parce qu’il aide à avancer en dépit des incertitudes et d’une situation devenue complexe dans l’Eglise romaine.
Le site internet a vocation à instruire sur la liturgie catholique romaine tous ceux qui s’y connectent, tandis que les échanges entre adhérents peuvent s’effectuer directement entre eux à partir d’une liste de contacts diffusée au terme de chaque Assemblée Générale.
Sursum corda ! »


* * * * Lundi, 30 novembre 2020. En avance sur le dimanche « Gaudete », nous pouvons nous réjouir : nos évêques ont fini emboiter le pas à Ledru-Rollin qui disait « puisque je suis leur chef, il faut bien que je les suive », ils ont suivi les fidèles qui, agenouillés devant les églises, ils se sont mobilisés et ont exposé le droit des catholiques devant le Conseil d’Etat. Ils ont finalement eu raison de faire cette démarche à défaut d’avoir eu le courage de l’initier dès le début de la polémique créée par le gouvernement.
Une autre chose mérite d’être soulignée (et a d’ailleurs été soulignée par de nombreux médias) : les fidèles agenouillés devant les églises pour demander la messe étaient surtout de la tendance « classique », de ceux qui demandent des « vraies messes », que ce soit sous la forme « ordinaire » ou « extraordinaire », peu importe. Finalement, reconnaissons que nos évêques ont été poussés à agir par l’aile plutôt « tradi » du catholicisme ; pendant ce temps, nos animateurs et animateuses liturgiques sont resté(e)s bien au chaud, n’ayant plus ni commentaires à faire ni chants à massacrer. Puissent nos évêques ouvrir les yeux et voir la réalité de l’Église-qui-est-en-France : elle n’est plus celle qu’on nous donne encore à voir dans trop de paroisses, au cours de trop de messes.

* * * * Lundi, 30 novembre 2020. Depuis peu, les papes écrivent des livres. Les précédents ont écrit sur Jésus, les saints, la spiritualité. Pape François, lui, écrit sur la politique ; et le devoir de chrétien et de Français est de dénoncer des propos faux et choquants.
Selon une sage tradition bimillénaire, le pape s’exprime dans une “bulla”, un bref, et surtout une encyclique, qui expose aux évêques et aux fidèles la position officielle de l’Église sur un sujet donné, hors des questions d’actualité afin d’atteindre une portée générale et durable. Trois exceptions : “Non abiamo bisogno” (1931) critiquait le fascisme, “Divini redemptoris” (1933) condamnait le communisme, “Mit brennender Sorge” (1933) dénonça le nazisme. L’actuel pape fait peu d’encycliques (trois), mais la dernière (“Fratelli tutti”, octobre 2020) prend des positions très politiques, dont : la réforme de l’ONU et surtout l’invitation à l’Europe d’accueillir les “migrants”.
Comme si cela ne suffisait pas, il sort un livre (novembre 2020), au ton polémique. On avait déjà été surpris par ses gestes brusques et même brutaux en public : beaucoup s’étaient interrogés sur son équilibre nerveux. Voici qu’il se pique de donner des leçons de sociologie politique, affirmant que « la migration n’est pas une menace pour le christianisme » (“Un temps pour changer”, Flammarion, novembre 2020). En dépit de termes généraux, l’encyclique était déjà choquante : si les êtres humains (particulièrement les chrétiens) se doivent l’amour et l’entraide, ceci n’implique pas pour autant la submersion démographique, urbaine, culturelle, sécuritaire, économique : la Curie devrait aller camper le soir, dans le 9.3, via la ligne 13…
Dans son livre, le pape commet de graves confusions entre vrais réfugiés et migrants : « Rejeter un migrant en difficulté, quelle que soit sa croyance religieuse, par peur de diluer une culture chrétienne, c’est déformer de manière grotesque (sic !) à la fois le christianisme et la culture. » Entrant dans la mêlée politicienne sans en avoir ni la mission ni les outils intellectuels : « La migration n’est pas une menace pour le christianisme, sauf dans l’esprit de ceux qui gagnent à prétendre qu’elle l’est. Défendre l’Évangile et ne pas accueillir les étrangers dans le besoin, ni affirmer leur humanité en tant qu’enfants de Dieu, c’est chercher à encourager une culture qui n’est chrétienne que de nom… » Cet amalgame très jésuitique ignore la position de tous ceux qui préfèrent l’aide au développement, voire les actions militaires pour défendre les populations (particulièrement chrétiennes), livrées aux horribles guérillas islamistes, plutôt que la submersion migratoire qui cause le malheur des déracinés et des autochtones. S’enfonçant plus encore dans le combat politicien : « Un des fantasmes du nationalisme dans les pays à majorité chrétienne est de défendre la “civilisation chrétienne” contre des ennemis supposés, qu’il s’agisse de l’islam, des juifs, de l’Union européenne. »
Pape François ne comprend ni l’Europe ni l’islam (malgré les crimes islamistes contre des chrétiens, y compris dans des églises). Il oublie les droits des peuples à disposer d’eux-mêmes, garantis par les textes majeurs des Nations unies. Il stigmatise « ceux qui, souvent […] considèrent l’héritage de leur nation comme une sorte d’identité. Leur crainte de leur perte d’identité a augmenté alors que la fréquentation des églises a diminué. »
Et si la fréquentation des églises avait diminué non pas par la faute des croyants mais en raison de la pauvreté intellectuelle, spirituelle, liturgique du clergé, pape en tête ?
Le pape - qui n’est nullement infaillible lorsqu’il ne s’exprime pas ex cathedra en matière de foi et de morale - contredit aussi sa propre « théologie du peuple » (les pauvres, les peuples de la terre, avec leur culture propre et leur enracinement). Mais il semble que les pauvres et les peuples d’Europe n’ont pas droit au même respect.


Source : Boulevard Voltaire.

* * * * Samedi, 28 novembre 2020. « Ad te levavi anim meam, Deus meus... » Vers toi j'élève mon âme, mon Dieu, en toi je mets ma confiance : je n’aurai pas à en rougir. Que mes ennemis ne se moquent pas de moi, car tous ceux qui t’attendent ne seront pas confondus.
Telles sont les paroles qui ouvrent non seulement la messe du 1er dimanche de l’Avent, mais aussi toute l’année liturgique. C’est dire leur importance. On entend très rarement les prêtres commenter les paroles du propre (introït, graduel, alleluia, offertoire, communion) qui, tout au long des dimanches, forment la trame de l’année chrétienne. Et pour cause : ces paroles ne sont plus guère chantées dans les paroisses et, partant, ne sont plus connues. Et pourtant ! Les utiliser comme thèmes des homélies éviteraient à bien des prédicateurs de se perdre dans des banalités ou des thèmes limités à la seule dimension sociale des individus.
Les paroles de ce chant d’entrée (
cliquer ici), reprise dans l’antienne d’offertoire (cliquer ici) mais avec une mélodie différente, sont tirées du psaume 24. C’est dire qu’elle ont été inspiré par Dieu lui-même pour permettre au croyant d’exprimer les sentiments qu’il doit avoir en face de son Créateur.
S’il ne fallait garder qu’une idée de cette pièce, ce serait celle de l’espérance signifiée ici par l’usage du verbe « expectant », vertu théologale qui ne va pas sans la foi et la charité. Dans son encyclique « Spe salvi (facti sumus) » (Dans l’espérance nous avons été sauvés), Benoît XVI écrivait que « la vraie, la grande espérance de l’homme, qui résiste malgré toutes les désillusions, ce peut être seulement Dieu. […] Nous avons besoin des espérances - des plus petites ou des plus grandes - qui, au jour le jour, nous maintiennent en chemin. Mais sans la grande espérance, qui doit dépasser tout le reste, elles ne suffisent pas. Cette grande espérance ne peut être que Dieu seul, qui embrasse l’univers et qui peut nous proposer et nous donner ce que, seuls, nous ne pouvons atteindre. » Quant à Saint Thomas d’Aquin, il ne disait pas autre dans sa « Somme théologique » : « L’espérance, dont nous nous occupons, atteint Dieu, en s’appuyant sur son secours pour parvenir au bien espéré. »
L’espérance évoquée en ce premier dimanche de l’Avent nous fait comprendre que notre vie ne se limite pas à notre bref passage sur terre : elle se poursuit en plénitude dans la Jérusalem céleste. C’est d’ailleurs ce qui est dit à la fin d’un des plus ancien hymne chrétien que l’Eglise nous demande de chanter avant la messe de la nuit de Noël : le «
Te Deum ». Cet hymne, dont la composition remonte vraisemblablement à la fin du IVe siècle, se termine sur ces paroles également tirées d’un psaume : « In te, Domine, speravi : non confundar in aeternum. » En toi, Seigneur, j’ai espéré : je ne serai pas confondu pour l’éternité.

* * * * Jeudi, 26 novembre 2020.
« Après leur libération, ils allèrent vers les leurs et rapportèrent tout ce que les grands prêtres et les anciens leur avaient dit. Ayant entendu [cela], ils élevèrent d’un commun accord leur voix vers Dieu et dirent : « Ô Souverain, tu as fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qui les remplit [...]. A présent, Seigneur, regarde à leurs menaces et donne à tes serviteurs de proclamer ta parole avec audace. [...] Lorsqu’ils eurent prié, l’endroit où ils étaient rassemblés se mit à trembler ; tous furent remplis de l’Esprit Saint et tous se mirent à proclamer hardiment la parole de Dieu. » (Actes 4, 23-24 ; 29, 31.)
Les premiers pas de l’Église dans le monde ont été façonnés par la prière. Les écrits apostoliques et la grande histoire des Actes des Apôtres nous donnent l’image d’une Église en mouvement, active, mais qui trouve sa base et l’élan de son action missionnaire dans les réunions de prière.
L’image de la première communauté de Jérusalem demeure un point de référence pour toute autre expérience chrétienne. On y trouve quatre caractéristiques essentielles associées à la vie de l'Église : écouter l’enseignement des Apôtres, maintenir la communion, rompre le pain et prier. Ces éléments nous rappellent que l’Église n’a de sens si elle reste fermement attachée au Christ.
La prédication témoigne des paroles et des gestes du Maître.
La recherche constante de la communion protège de l’égocentrisme et du goût pour les particularismes.
La fraction du pain (ndlr : la célébration eucharistique) apporte le sacrement de la présence permanente de Jésus au milieu de nous.
La prière constitue l’espace où s’établit le dialogue avec le Père, par le Christ et en l’Esprit Saint.
Par la prière et le ministère des sacrements dans l’Église, le Saint-Esprit peut travailler dans le cœur des chrétiens et les conduire plus profondément dans le mystère du Christ. C’est à travers la prière d’adoration de Dieu que nous donnons de l’amour et que nous en recevons. À ce sujet, le “Catéchisme de l’Église catholique” nous propose une expression très dense de ce mystère : « Le désir de Dieu est inscrit dans le cœur de l’homme, car l’homme est créé par Dieu et pour Dieu ; Dieu ne cesse d’attirer l’homme vers Lui, et ce n’est qu’en Dieu que l’homme trouvera la vérité et le bonheur qu’il ne cesse de chercher. » (CEC n.27) Et plus loin : « L’homme est par nature et par vocation un être religieux. Venant de Dieu, allant vers Dieu, l’homme ne vit une vie pleinement humaine que s’il vit librement son lien avec Dieu. » (Id. n.44)
En premier lieu, les fidèles gardent d’abord les prières qu’ils entendent et lisent dans l’Écriture. Ce point s’applique tout particulièrement aux Psaumes dont le sens se révèle dans le Christ. Le Saint-Esprit, qui appelle le Christ dans son Église en prière, introduit également les fidèles dans la Vérité. Il suggère les expressions nouvelles exprimant le mystère insondable du Christ à l’œuvre dans la vie, dans les sacrements et dans la mission de l’Église. Ces expressions se déploient dans les grandes traditions liturgiques et spirituelles : ce sont les formes de prière transmises dans les écrits canoniques des Apôtres qui font autorité pour la prière chrétienne.
Telle est l’œuvre de l’Esprit dans l’Église : faire que l’on puisse se souvenir de Jésus. Mais ce souvenir ne doit pas consister en un simple rappel : les chrétiens qui marchent sur les voies de la mission ne se souviennent de Jésus que lorsqu’ils le rendent présent. Car c’est dans la prière que les chrétiens s’imprègnent du mystère de Dieu qui aime tout le monde et veut que l’Évangile soit annoncé à tous. Dieu est Dieu pour tous et en Jésus, tous les murs qui nous séparent les uns des autres finissent par tomber. Les premiers chrétiens en prière, mais aussi nous qui venons quelques siècles plus tard, faisons tous la même expérience : ce n'est que dans le silence de l’adoration que l’on peut expérimenter la pleine vérité des paroles du Seigneur. Ensuite, c’est le feu vivant de l’Esprit qui donne force à notre témoignage et à la mission de l’Église.

Pape François, catéchèse (Source : résumé proposé par Kathnet)


* * * * Jeudi, 26 novembre 2020. Il y a un peu plus de trente ans, des fidèles décidaient de fonder l’Association « Pro Liturgia » afin d’avoir un moyen d’engager les évêques à « extirper les abus introduits dans la liturgie » (Cf. S. Jean-Paul II) et à faire en sorte que la liturgie soit célébrée comme l’Église le voulait et non plus comme tel curé ou telle équipe liturgique l’imposait. L’initiative de ces fidèles fut saluée et encouragée par plusieurs cardinaux, dont le cardinal Ratzinger, futur pape Benoît XVI, lui-même très impliqué dans les questions liturgiques.
Il y a un peu plus de trente ans, les espoirs d’un lent redressement de la situation étaient encore permis. Ce n’est plus guère le cas aujourd’hui : un peu partout, de France, d’Allemagne, de Belgique, de Suisse, d’Italie... des témoignages arrivent qui attestent que les églises se vident (certaines sont mêmes déjà vendues), que les séminaires ne recrutent plus... Partout - sauf très rares exceptions - les messes sont faites de bric et de broc dans lequel, en cherchant bien, on trouve parfois un élément réchappé de la vraie liturgie mais qui tombe comme un cheveu dans la soupe.
À ceci, il faut prendre en compte une autre réalité : le désintérêt de nos évêques pour la liturgie - qu’au demeurant ils connaissent très mal - ajouté aux directions incertaines que semble prendre la barque de Pierre depuis quelques temps.
Tous ces éléments font que - quoi que pensent les optimistes invétérés qui choisissent de ne voir la réalité qu’en gambadant dans le monde des
Teletubbies - la situation semble aujourd’hui irrécupérable et appelle à faire des choix clairs sans pour autant renier nos convictions. Ces choix et les explications qui les accompagnent, vous les trouverez explicités dans notre Bulletin n°365 de novembre-décembre 2020 qui se trouve en FORMAT PDF ICI.

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