L'ACTUALITE

* * * * NOUVEAU Lundi, 26 octobre 2020. A propos de la traduction en français du missel romain dit “de Paul VI”, les propos du P. Michel Viot sur “Le Salon Beige” : cliquer ici.
Le point discuté ici - pourtant capital puisqu'il touche à la doctrine - prouve que 99% des fidèles pratiquants ne font absolument pas attention à ce que disent les célébrants chantent ou bredouillent à la messe, que la liturgie soit dite en latin, en français, en volapuk ou syldave...

* * * * NOUVEAU Lundi, 26 octobre 2020. Depuis son accession au trône de Saint Pierre, Jorge Bergoglio a multiplié les déclarations et les actions qui posent problème. Ça a commencé avec la grotesque flashmob (sorte de danse de Saint-Guy devenue provisoirement à la mode jusque dans les églises) des JMJ de Rio où l’on a vu prélats prenant plaisir à faire voltiger leurs soutanes à la façon de pom-pom girls de Las Vegas ; ça s’est poursuivi avec le « qui suis-je pour juger ? ». Puis il y a eu la bordée d’injures adressée aux membres de la Curie en guise de vœux de nouvel an. On a eu droit aux louanges de la “kaspero-théologie”, à l’enthousiasme exprimé pour la Réforme initiée par Martin Luther et ce à quoi elle a pu aboutir (l’évêquesse de Lund étant donnée exemple).
On a eu quelques encycliques qu’on peut lire les nuits d’insomnies en commençant par la fin ; puis la nomination d’un groupe de collaborateurs du pape au milieu desquels dépassait la figure du cardinal Reinhard Marx (qu’on entend moins depuis quelques temps). Plus récemment, il y eu les festivités amazoniennes autour de la Pachamama, puis l’accord entre le Vatican et la Chine marxiste laquelle est désormais officiellement encouragée à nommer les évêques qui conviennent au Parti... Ça se poursuit aujourd’hui avec la déclaration (calculée ?) sur la légitimité des « couples homosexuels ». Cette dernière déclaration ayant toutefois un côté positif et un côté négatif. Bien entendu, au milieu de ces déclarations, Jorge Bergoglio a de temps à autre de belles sorties très justes sur la prière, la Vierge, Marie, les anges, le démon... Mais si l’on regarde les choses de plus près, on voit que ces déclarations procèdent plus d’une sensibilité latino-américaine que d’une théologie solide. En fait, ce que dit l’évêque de Rome sur ces sujets, ma grand-mère née à la fin du XIXe siècle dans un village de 300 âmes aurait pu le dire tout aussi bien que n’ayant jamais fait d’études de théologie.
Revenons donc à la dernière déclaration de Jorge Bergoglio sur les « unions civiles » entre homosexuels. Côté positif : elle fait sortir les loups du bois. Nombre de clercs profitent de cette « brèche » ouverte pour reconnaître plus ou moins ouvertement des difficultés à gérer tant leur propre sexualité que les exigences d’une vie sacerdotale qu’on leur présentait épanouissante et libératrice et qu’en fin de compte ils ont vécu comme une subordination à une morale qui leur pesait. Les catholiques savent à présent à quels clercs - évêques y compris - ils ont affaire. Et, partant, ils sauront quelle paroisse ils peuvent fréquenter et quelle paroisse ils doivent fuir. Côté négatif : elle décrédibilise gravement le magistère pétrinien aux yeux de ceux qui veulent conserver la foi reçue des Apôtres qui seule peut mener au Salut éternel.

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Faudra-t-il attendre que le pape lui-même ou la Congrégation pour la doctrine de la Foi rappelle que ses vieilles rancœurs à l’encontre de l’institution ecclésiale ou d’éventuels problèmes personnels ne sauraient en aucun cas servir d’argumentaire pour les déclarations d’un pontife ? On peut toujours espérer... Mais on peut aussi faire preuve d’une légitime suspicion vis-à-vis du « serviteur des serviteurs de Dieu » qui s’emploie à saper les principes de la foi et de la morale chrétiennes soit par des propos irréfléchis soit en laissant se diffuser, sans les contredire officiellement, des affirmations qui lui sont injustement attribuées.
Pour le moment, faut-il s’étonner d’entendre le philosophe Michel Onfray comparer l’Église, telle qu’elle se présente sous l’actuel pontificat, à une ambulance dont les pneus sont crevés ? Faut-il s’étonner d’entendre des fidèles - parmi lesquels des prêtres - se demander si Jorge Bergoglio fut un jour à la hauteur de la mission qu’il a accepté de remplir ?

* * * * Dimanche, 25 octobre 2020. Hier samedi, dans l’après-midi, des fidèles se sont réunis place Saint-Pierre à Rome pour prier et protester contre les déclaration du pape François à propos de l’union civile des personnes homosexuelles. Les personnes présentes ont déployé une banderole sur laquelle on pouvait lire : « Saint-Père, nous vous demandons de clarifier votre position au sujet des unions civiles entre personnes de même sexe. » Parmi les personnes présentes se trouvait Alexander Tschuggel qui, en 2019, avait jeté des statuettes de Pachamama dans le Tibre.
La police a observé la manifestation avec une certaine bienveillance puis a demandé au bout de quelques minutes que les banderoles soient enlevées. Les protestataires se sont exécutés sans difficulté tout en poursuivant leurs prières.

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Source : Kathnet.

* * * * Dimanche, 25 octobre 2020.
Deux évêques des États-Unis ont réagi aux propos du pape François sur les « unions civiles homosexuelles. »
Dans un communiqué, Mgr Thomas Tobin, évêque de Providence (État du Rhode Island), a déclaré que les affirmations du pape ne sont en aucun cas acceptables ; le prélat demande que le Vatican fasse un rappel très clair sur ce que doit enseigner l’Église en se référant uniquement à ce que le Christ a dit à ses disciples.
De son côté, Mgr Joseph Strickland, évêque de Tyler (Etat du Texas), a commenté la déclaration controversée de François sur Twitter. Il a déclaré que les propos concernant une reconnaissance civile des « couples » homosexuels sont en totale contradiction avec l’enseignement d’un document de 2003 publié par la Congrégation pour la doctrine de la Foi (
à lire ici, surtout le chapitre III).

* * * * Samedi, 24 octobre 2020. L’émission du vendredi 23 octobre, face-à-face Zemour/Onfray : d’excellents moments à voir ou à revoir avec, en prime, quelques mots sur l’Eglise qui ne joue plus son rôle et le pape François dont les déclarations inquiètent les catholiques. Cliquer ici.

* * * * Vendredi, 23 octobre 2020. Le cardinal Gerhard Ludwig Müller, ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi, ne mâche pas ses mots suite à la déclaration du pape François sur les « couples » homosexuels. Selon le prélat allemand, « les catholiques sont irrités et les ennemis de l'Église se sentent soutenus par le représentant de notre Seigneur Jésus-Christ. »
Et de rappeler que « la foi ne dépend pas d’une option politique se situant à droite ou à gauche ou encore d’une position idéologique conservatrice ou progressiste, mais uniquement de la Vérité que Dieu lui-même est dans sa Personne et qu’il communique par les enseignements de son Fils unique. »
Puis le cardinal Müller rappelle que « si le chrétien croit en Dieu comme Vérité première et reconnaît le pape et les évêques comme successeurs de Pierre et des autres apôtres, la loyauté envers le pape est différente de la papolâtrie idolâtre, semblable au principe selon lequel le chef ou le parti a toujours raison : partout où il y a tension entre la parole évidente de Dieu et les expressions d’opinions d’autre part, même par les plus hautes autorités ecclésiales, un seul principe doit s’appliquer : « in dubio pro DEO. » Le magistère est au seul service de la Parole de Dieu et n’est jamais au-dessus de la Révélation. La récente déclaration du pape François sur les « couples homosexuels » est l’expression d’une opinion purement privée que tout catholique peut et doit contredire ouvertement. »

Source : Kathnet

* * * * Vendredi, 23 octobre 2020. Dans le chant grégorien, la mélodie est un commentaire autorisé et authentique de la parole sacrée. Elle ne domine pas le textes, les mots : au contraire, elle les sert en leur communiquant ses capacités d’expression et en étant totalement musique.
La mélodie constitue le cadre du texte sacré, avec ses différents plans sonores. Pour lire et chanter les grandes pièces dites « mélismatiques », il faut commencer par discerner les grandes lignes avec les développements de leurs phrases mélodiques et voir en même temps comment les mots eux-mêmes ont été mis en musique. Pour respecter ces principes qui gouvernent le chant grégorien, être parfaitement formé au chant et connaître le dessin et le nom de chaque neume ne suffit pas : il faut, en plus, avoir le sens musical et le sens de la liturgie. C’est souvent parce qu’on a perdu l’un et l’autre que le chant grégorien a disparu de nos églises. Dans le grégorien, parole et mélodie vivent en parfaite symbiose.
C’est seulement lorsque cette symbiose est comprise qu’on peut examiner les neumes : ils contiennent des indications de détail et éclairent des points particuliers en confirmant ou en infirmant telle ou telle interprétation, telle ou telle façon de chanter la liturgie. L’interprétation demeure à ce niveau un art subtil qui n’interdit pas une certaine diversité pour autant que les critères de discernements soient vérifiés, c’est-à-dire que soit toujours respectée, dans les textes et les mélodies, l’essence de ce chant sacré intimement lié aux paroles.

D’après Sr Marie Emmanuel Pierre,
Cantabo Domino, abbaye de Kergonan.

* * * * Jeudi, 22 octobre 2020. « Sous le pontificat de François, l’Église catholique est devenue plus de gauche et plus écologique. A présent, elle est aussi un peu plus gay et lesbienne. C’est ce qui explique qu’elle ait eu droit aux applaudissements des organisations de défense des droits de l’homme et des politiciens appartenant aux milieux libéraux. Pendant ce temps, sur le continent d’origine du pape, l’Amérique latine, autrefois bastion catholique, les églises se vident. » C’est ce que Tobias Buyer a écrit dans le journal allemand « Die Welt » après avoir appris que le pape François avait reconnu la valeur de l’union civile (il a bien parlé d’ “union”) des couples homosexuels.
Les fidèles qui désirent demeurer dans la foi catholiques sont choqués par les changements que ce pape impose à l’Eglise sans tenir compte des enseignements de l’Evangile. Nombre d’entre eux font le choix, en espérant des jours meilleurs, de ne plus fréquenter les églises et de ne plus tenir compte des déclarations de François.


* * * * Mercredi, 21 octobre 2020.
En tant que pape, Benoît XVI possédait une claire vision du danger d’extinction qui guette la foi chrétienne ; mais grâce à sa culture, il opposait à cette vision une invitation à redécouvrir le contenu substantiel de notre foi à travers la liturgie.
Pour Benoît XVI, aujourd’hui pape émérite, la liturgie n’a jamais été un détail ornemental mais bien la clé pour l’avenir de la foi chrétienne. Le Dieu des chrétiens n’est pas, en effet, un système abstrait composé de notions spéculatives ; il n’est pas une vague apparition sortie de notre imagination. Il est Celui qui a voulu se faire proche de nous, de chacun de nous, à travers l’histoire. Et cette religion du Dieu qui s’est fait proche de nous, jusque dans notre finitude, conduit nécessairement à une évidence : c’est à ce niveau qu’il faut situer la liturgie.
Le Logos divin, qui par son Incarnation s’est exprimé dans le langage des hommes, a réalisé cette chose extraordinaire : se donner soi-même à son Eglise à travers ce que nous appelons la “liturgie” : « Faites ceci en mémoire de moi ! »
Il est capital, aujourd’hui, de réfléchir à quelques thèmes qui montrent comment la liturgie peut avoir une influence salutaire sur l’âme, comment elle peut la dilater et l’élever, et vice versa. Il existe une influence réciproque, en liturgie, entre ce qui relève de l’intériorité et ce qui est pousse vers l’extériorité, autrement dit entre ce qui relève du rituel et ce qui touche à l’émotion. D’où l’intérêt de parler de la beauté en liturgie.
Au cours des années 60, alors que dans l’Eglise et dans toute la société on passait brusquement du succès triomphal de la reconstruction d’après-guerre à une modernité aux couleurs du béton, - comme ce fut aussi le cas pour la théologie -, le seul qui se préoccupait de “beauté” était le théologien suisse Hans Urs von Balthasar. En 1961 paraît le premier volume de son oeuvre principale. Il considérait comme une bénédiction le fait de ne pas avoir été appelé à participer au concile Vatican II en tant que conseiller : cela lui avait laissé le temps de travailler à cette véritable “somme théologique” articulée selon trois axes à caractère transcendantal : le Beau, le Bon, le Vrai.
Le plus étonnant est que la première partie de son travail porte sur la beauté. Von Balthasar donne comme titre à cette première partie sur la beauté : “Gloire” ; il nommera les deux autres parties: “Théo-dramatique” et “Théo-logique”. La logique aurait voulu qu’il appelle la première partie “Théo-esthétique”, au sens de “Beauté de la révélation divine” ; mais cela ne lui avait pas paru un titre adéquat, pour la raison que la notion d’esthétique avait toujours pour lui comme un arrière-goût d’ornement purement extérieur et seulement décoratif. Or pour Hans Urs von Balthasar la véritable question était celle de la “kabod”, mot hébreu de l’Ancien Testament qui désigne la “Gloire” divine, c’est-à-dire le moyen par lequel Dieu se révèle à l’homme et se fait connaître de lui.
Lorsqu’au début des années 60, Hans Urs von Balthasar expose sa théorie présentant la Révélation divine sous l’angle de la Beauté, cette idée passe pour une provocation. A cette époque en effet, la théologie se transformait chaque jour davantage en un vaste champ de bataille dont les effets étaient alors visibles surtout dans le domaine de la liturgie, comme c’est encore le cas aujourd’hui en bien des paroisses.
Et voici qui nous permet d’analyser de plus près deux formes fautives de la liturgie liées à la notion de beauté : le rubricisme formel, et l’anti-esthétisme destructeur.

1. Le rubricisme
L’une des erreurs qu’on conserve ou qu’on réintroduit parfois dans la liturgie procède d’un rubricisme purement formel. En latin, “rubrum” signifie “rouge” ; les rubriques sont les passages écrits en rouge dans les livres liturgiques, passages qui donnent des indications concrètes pour le bon déroulement de l’Office divin. Elles précisent où se tient le prêtre, comment il se déplace, ce qu’il fait de ses mains... bref quels gestes et quels rites il doit effectuer, comment et quand.
C’est une obéissance stricte à ces rubriques qui a conduit la liturgie issue du concile de Trente à déployer ce faste impressionnant qu’on lui connaît. Autrefois, dans les séminaires, l’objet principal de la formation des futurs prêtres était l’apprentissage du déroulement de rites parfois très complexes.
Vus sous l’angle psychologique, les rituels sont sécurisants car ils font de la liturgie une patrie, c’est-à-dire un milieu dans lequel le fidèle se sent chez lui. Comme une ossature, les rituels soutiennent cette dimension spirituelle qui, en nous, fait que l’on puisse se tourner vers le divin. Mais attention : ces rituels peuvent - et c’était souvent le cas autrefois - devenir une espèce de camisole lorsqu’ils conduisent à penser que la seule forme extérieure de la liturgie puisse tenir lieu de fond. La conséquence d’un tel rubricisme est alors l’émergence d’un malaise d’ordre psychologique qui semble avoir totalement disparu aujourd’hui : le scrupule liturgique. C’était un défaut très répandu chez les clercs avant Vatican II : il était certainement en rapport étroit avec la rigueur qui caractérisait les rubriques dans le missel tridentin. Le “scrupule rubriciste” était alors le symptôme d’un mal plus profond conduisant à prendre la liturgie davantage comme la réalisation exacte d’un cérémonial dû à Dieu que comme une prière aimante accomplie “en esprit et en vérité”. On voyait alors certains prêtres prononcer les paroles de la consécration avec une lenteur anxieuse, parfois même les répéter plusieurs fois pour être certains d’avoir bien consacré le pain et le vin. On peut citer ici de nombreuses anecdotes qui, bien qu’amusantes, témoignent pourtant d’une telle déviation . Par exemple, celle d’un prêtre malade et alité, lisant dans son bréviaire l’indication “hic genuflectatur” - ici on fait une génuflexion - et qui pliait effectivement ses genoux dans son lit pour satisfaire à la rubrique... Remarquons aussi qu’on disait autrefois “persolvere”, pour signifier qu’on s’était “acquitté” de son bréviaire, et “perficere” pour dire qu’on avait correctement “exécuté” une cérémonie.
Le “ritualisme rubriciste” est une erreur dans la mesure où il considère que l’action de la liturgie sur l’âme n’est tributaire que de la forme extérieure du rite. Dans son respect scrupuleux de la loi, il s’apparente parfois au pharisaïsme que Jésus lui-même a critiqué.

2. L’anti-esthétisme.
La seconde déviation touchant la liturgie arrive au cours des années 60 : elle consiste en un renversement des valeurs faisant passer la liturgie d’un esthétisme des formes à son exact contraire. On pourrait résumer l’évolution qui a eu lieu au cours de ces années-là par la formule : “Méfie-toi de la beauté” ; “Méfie-toi de tout ce qui est correctement ordonné.” Nos autels actuels avec une bougie d’un côté et un vase de fleurs de l’autre est un reste de ce goût pour ce qui n’est pas ordonné, pour ce qui est dissymétrique et, d’une certaine façon, “difforme” c’est-à-dire opposé aux justes proportions.
L’une des tâches de Vatican II consistait à redonner une âme à la liturgie, à purifier certaines formes usées et désuettes pour revenir à l’essentiel et redonner ainsi à la liturgie sa forme spirituelle et spiritualisante qu’elle avait à l’origine.
En 1922, Romano Guardini disait : « Nous assistons à l’éclosion de quelque chose dont nous ne pouvons encore que soupçonner l’importance : c’est l’éveil de l’Eglise dans les âmes. » Cette “éclosion” aurait dû avoir lieu aussi dans la liturgie. Mais, comme nous le savons et le constatons, elle ne s’est pas produite. Du moins, partout où les véritables intentions du Concile n’ont pas été comprises ou ont été volontairement sabotées. Le Concile voulait obtenir plus d’intériorité dans la liturgie : preuve en est qu’il a pris comme thème principal de la restauration liturgique la « participatio actuosa, conscia et plena », c’est-à-dire la participation effective et pleinement consciente du peuple de Dieu à la prière officielle de l’Eglise. La liturgie devait (re)devenir l’objet d’une participation consciente et festive de tous les croyants ; elle ne devait plus être seulement cette belle cérémonie dont les fidèles pensaient tirer profit simplement en laissant le prêtre célébrer, les servants d’autel servir, et les musiciens faire de la musique.
Cependant, la “révolution culturelle” qui a eu lieu au moment de Vatican II ou toute de suite après a mis un frein aux aspirations conciliaires : elle a incontestablement mené vers une destruction de la beauté et de l’équilibre de la liturgie : une destruction voulue par de nombreux clercs et acceptée de façon plus ou moins résignée par les fidèles mais qui ne peut en aucune façon être qualifiée de post-conciliaire car elle procédait plus sûrement d’un esprit anti-conciliaire. Ce n’est pas le concile Vatican II qui a nié les notions de beauté et d’ordre dans la liturgie, mais bien la mentalité des années 68 qui s’est introduite jusque dans les paroisses et les séminaires diocésains pour porter atteinte à la phase de mise en oeuvre des décisions du Concile.
Indubitablement, il y avait eu avant le Concile un moment où la beauté liturgique était devenue une esthétique froide et sans âme qui condamnait les fidèles soit à abandonner la pratique dominicale régulière, soit à une consommation de cérémonies aussi bien chorégraphiées que mal comprises. Mais celui qui lit les textes du Concile ne peut que constater que jamais, à travers à travers l’idée de “participatio actuosa”, l’Eglise n’a souhaité promouvoir un mouvement dont le but premier aurait été d’effacer la frontières entre le sacré et le profane.
Nous devons aujourd’hui nous interroger en toute honnêteté : un certain clergé (aidé ou non d’équipe liturgiques) n’a-t-il pas fait entrer dans la liturgie trop d’éléments profanes (que ce soit dans l’architecture ou dans la musique religieuse, ou encore dans les attitudes et les vêtements liturgiques) au point que les fidèles ont préféré rester carrément hors des églises pour être libres de se fabriquer leurs propres univers “sacro-sécularisés” ? Revenons à Urs von Balthasar et, par lui, à Benoît XVI : la “beauté” est une marque de transcendance, c’est-à-dire qu’elle est une propriété que nous sommes capables de saisir intuitivement et qui peut s’exprimer sur chaque rive du gouffre existentiel séparant le divin de notre monde limité. Si la beauté de ce monde peut procurer de la joie, du ravissement, si elle peut nous fasciner, nous transporter, nous faire frémir, nous élever, alors combien plus l’évocation de la “beauté de Dieu” doit-elle nous impressionner, elle qui n’est pas simple beauté, mais “kabod”, c’est-à-dire “gloire” par essence ? Notre raison naturelle aurait-elle tort de juger que le summum de la Beauté se trouve en Dieu ? Nous ne pouvons pas le penser. Mais alors, reconnaissons que la dégradation, et pire encore, le bannissement de toute beauté hors du culte n’est qu’une impasse. Autrement dit : si la liturgie n’est pas belle, qu’est-ce qui pourra l’être ? Si l’on ne veille pas à ce qu’elle soit célébrée dans un contexte de “noble simplicité”, qui pourra-t-elle attirer ?
Le thème de la beauté en liturgie est un sujet d’une actualité criante. Les temps changent : il n’y a pratiquement plus que des curés d’un certain âge pour aimer porter des aubes “sacs à patates” par-dessus leurs pulls à cols roulés d’un autre siècle, tandis que les jeunes prêtres d’aujourd’hui portent des aubes serrées à la taille par un cordon. Une nouvelle génération de prêtres et de jeunes religieux, qui savent apprécier l’esthétique formelle de la liturgie : non pas dans un esprit de rubricisme étroit, mais par choix, en toute liberté et maturité spirituelle. On s’étonne d’ailleurs comment il se fait que les “soixantehuitards attardés” soient si tristes devant ces changements, eux qui ont toujours milité pour la non-conventionalité et la liberté. Il faudra bien qu’ils s’y fassent : les jeunes sont autrement plus modernes en regard de ce que les années 68 auraient voulu définir par le terme “modernité”.
Dans sa Lettre post-synodale “Sacramentum Caritatis” du 22 février 2007 sur le thème de l’Eucharistie, Benoît XVI rappelait combien la dimension esthétique de la liturgie est un sujet de première importance. On y trouve un paragraphe traitant du rapport entre la beauté et la liturgie qui mérite d’être rappelé : « La beauté de la liturgie (...) est expression très haute de la gloire de Dieu et elle constitue, en un sens, le Ciel qui vient sur la terre. Le mémorial du sacrifice rédempteur porte en lui-même les traits de la beauté de Jésus dont Pierre, Jacques et Jean ont donné témoignage quand le Maître, en marche vers Jérusalem, voulut être transfiguré devant eux (cf. Mc 9, 2). Par conséquent, la beauté n’est pas un facteur décoratif de l’action liturgique; elle en est plutôt un élément constitutif, en tant qu’elle est un attribut de Dieu lui-même et de sa révélation. Tout cela doit nous rendre conscients de l’attention que nous devons avoir afin que l’action liturgique resplendisse selon sa nature propre. » Le 9 septembre 2007, Benoît XVI reprenait ce thème au cours de sa visite au monastère autrichien d’Heiligenkreuz. Se référant au passage de la Règle de S. Benoît qui dit : « Operi Dei omnino nihil praeponere », c’est-à-dire “ne rien préférer à l’Oeuvre de Dieu”, le pape Ratzinger donnait à toute l’Eglise une mission : « Le souci de chaque prêtre, de chaque homme consacré à Dieu doit être de “ne rien préférer à l’Oeuvre de Dieu”. La grandeur d’une telle prise de conscience trouve sa meilleure expression dans la beauté de la liturgie : là où nous chantons ensemble, où nous louons Dieu, où nous célébrons et prions, là se trouve un petit morceau de ciel sur la terre. Il n’est certainement pas inapproprié de voir dans une liturgie toute concentrée sur Dieu par ses rites et ses chants une image de l’éternité. »
Il faut sans cesse rappeler que l’esthétique liturgique agit directement le ressenti de l’âme : la beauté liturgique produit dans l’âme tout d’abord un apaisement, une consolation, ensuite une élévation, et finalement une spiritualisation.


* * * * Dimanche, 18 octobre 2020.
Chez les Protestants, les questions de doctrine et de foi tournent toutes autour de l’Écriture Sainte. Des théologiens membres des communautés issues de la Réforme peuvent faire des conférences, des pasteurs peuvent prêcher... Mais personne ne pourrait imaginer un instant qu’un enseignement puisse se faire sans référence à la Bible.
Aujourd’hui, certains catholiques comprennent pourquoi le protestantisme s’est divisé en plusieurs branches. En rejetant le pape et les évêques et en se référant à la Bible seule, le protestantisme a fini par compter autant de “papes” qu’il compte de fidèles ayant une Bible en main. Voilà pourquoi les discours et les enseignements des Réformés sont truffés de citations bibliques. C’est une chose excellente que de bien connaître les Écritures... Mais il manque un élément essentiel pour ne pas risquer d’aller dans des directions incertaines ou opposées que la Parole de Dieu ne voudrait pas nous faire prendre.
Pour le chrétien orthodoxe, les choses sont différentes : il n’ignore pas l’importance de la Tradition. Chez lui, les citations de l’Écriture se sont enrichies des enseignements des Pères de l’Église reconnus pour la sagesse et la justesse de leurs enseignements. La Tradition orthodoxe met donc en lumière les risques d’erreurs que font prendre les interprétations privées de tel théologien, de tel pasteur : les Pères de l’Église sont d’un grand secours pour éviter de livrer la foi chrétienne aux interprétations de centaines de théologiens qui, du haut de leurs chaires universitaires, s’autorisent à parler comme s’ils étaient infaillibles.
Cependant, bien que le nombre de “papes” ait été drastiquement limité avec l’approche orthodoxe de la doctrine de la foi, il y en a encore de trop. C’est ce qui fait que dans le monde orthodoxe, certaines questions ne peuvent pas être abordées : on ne trouverait aucun magistère capable de les discuter et de les trancher de façon définitive et satisfaisante.
Il manque donc encore quelque chose à la Tradition. Ce “quelque chose”, c’est le magistère vivant qui existe au sein du catholicisme.
Toutefois, aujourd’hui, quand on discute avec les catholiques, on constate qu’ils ont eux aussi des lacunes. Et pas qu’un peu ! Oui, ils ont un magistère vivant et c’est une chose capitale. Mais ils ne connaissent généralement ni l’Écriture comme les Protestants, ni les Pères de l’Église comme les Orthodoxes, leur seule référence étant désormais le pape. Le pape... Le pape... Assez souvent le pape de leur choix : Pie V, Benoît XVI, François... « Pie V a enseigné que... Jean-Paul II a rappelé que... Benoît XVI a insisté sur... François nous dit d’aller vers... » En butinant ainsi de pape en pape, le catholique donne l’impression d’être un voyageur qui a oublié où se trouve la destination. Où se trouve ce qu’il compte atteindre.
Quelle devrait alors être l’attitude catholique “normale” ?
Une fois qu’on a compris la nécessité de la papauté pour éviter de suivre n’importe quelle idée à la mode sur le plan doctrinal, on est surpris de constater que certains papes font rarement référence aux Écritures et aux Pères de l’Église. Partant de là, les fidèles catholiques eux-mêmes en viennent à donner l’impression que le pape et la foi forment ensemble une seule et même réalité. Il n’est d’ailleurs pas interdit de penser que c’est cet amalgame curieux qui éloigne certaines personnes de l’Église.
Quand on lit certains grands auteurs catholiques comme Thomas a Kempis, Saint François de Sales ou encore Lorenzo Scupoli, on constate que ces maîtres n’ont que très rarement cité les papes de leur époque ou des siècles antérieur : leur principal point de référence était d’abord les Saintes Écritures, ensuite les Pères de l’Église.
Quel intérêt peut trouver un catholique à écouter ce que dit le pape ou à lire ce qu’il publie ? Si le pape ne rend pas de jugements définitifs sur tel ou tel point de doctrine, pourquoi s’employer à le citer au lieu de citer les paroles de Jésus-Christ, de Saint Paul ou des Pères de l’Église ? Par contre, si un pape dit : « Nous définissons, nous déclarons, nous enseignons…» alors oui, il faut faire attention à ce qu’il enseigne. Mais quelle est l’autorité d’un document comme « Amoris Laetitia” ou comme « Laudato Si » ?
D’où nous vient cette étrange intérêt - parfois obsessionnel - pour les dernières déclarations du pape ? Pendant des siècles, les déclarations d’un pape ne concernaient qu’une petite minorité de théologiens, sauf quand il était question de thèmes plus importants comme le protestantisme ou le jansénisme qui pouvaient concerner un plus grand nombre de fidèles. Mais de façon ordinaire, aucun catholique ne lisait les homélies, les lettres et les encycliques du pape régnant. Durant des siècles, la majorité des fidèles catholiques ont vécu et sont morts sans même savoir qui était le pape, là-bas, à Rome. Un catholique “ordinaire” s’employait à nourrir sa foi en allant à la messe - dont il connaissait la structure liturgique et en ressentait le sens - en lisant des ouvrages de spiritualité et en priant.
Le “temps des encycliques” a commencé au XVIIIe siècle alors que la crise moderniste prenait peu à peu forme et que des problèmes ayant une portée universelle commençaient à avoir de l’ampleur. Benoît XIV avait condamné le prêt à intérêt dans une lettre adressée aux évêques italiens : “Vix pervenit”. Grégoire XVI a ensuite éprouvé le besoin de donner une portée universelle à cet enseignement. Quant à Pie VI, il a condamne d’une façon officielle, par la Bulle “Auctorem fidei”, l’autorité des conciles locaux. Alors que les questions liées au libéralisme anti-chrétien secouaient le monde, Pie IX reprend les enseignements traditionnels de l’Église et, pour finir, réunit un concile qui définit l’infaillibilité du pape sur les questions touchant uniquement à la foi et la morale catholiques. On débouche ainsi sur ce qu’on peut considérer comme la première véritable encyclique du pape Léon XIII : elle vise à faire face aux assauts du libéralisme et du communisme qui s’étendent dans le monde et conduisent à un athéisme militant. Durant son pontificat, Léon XIII publiera plus de quatre-vingt encycliques en vingt-cinq ans de pontificat, soit une moyenne de 3,5 textes magistériels par an.
Il ne fait aucun doute que chaque pape a parfaitement le droit de publier autant d’encycliques qu’il veut ; cependant, aucun d’eux n’a le droit ou même l’intention de créer une situation où le discours catholique communément admis conduirait à édulcorer peu à peu l’autorité des Écritures, des Pères et des Docteurs de l’Église.
L’Histoire nous apprend que le résultat obtenu par les écrits et les déclarations magistériels n’a pas toujours été à la hauteur des attentes des pontifes : nous savons qu’à un faux esprit de Vatican I a fait suite un faux esprit de Vatican II. Alors même que les dirigeants du monde entier avaient toujours plus de pouvoir et exigeaient toujours plus de sacrifice sur l’autel des intérêts internationaux terrestres, les catholiques ont imaginé que pour mener une vie de foi, il fallait se tourner vers le pape et écouter chacun de ses discours. Or, les rares fois où ces mêmes catholiques ont pu entendre des citations tirées des Écritures ou des Pères de l’Église, c’est durant l’homélie de la messe dominicale... à condition d’avoir dans leurs paroisses respectives un prêtre ayant le sens de la liturgie et de la théologie. Ce qui devient, on le sait, de plus en plus rare.
A quoi devrait alors s’occuper prioritairement un fidèle catholique ? Réponse : à sauver son âme en vue de son entrée dans la vie éternelle en Dieu. Autrement dit, le fidèle devrait faire tout ce qui est nécessaire dans cette perspective : lire, étudier et prier pour comprendre toujours mieux la foi et la morale transmises par nos Pères et ainsi vaincre le péché. L’étude sur ces bases solides d’une question particulière de doctrine ou de morale permet de savoir si un pape a prononcé un jugement ou promulgué des déclarations à propos d’un sujet donné. Si oui, alors il faut faire preuve d’une soumission religieuse de l’esprit et de la volonté à ce qui est enseigné.
Mais le danger actuel réside dans le “vice de la curiosité” qui pousse à être obsédé par une étude moins importante au mépris de l’étude nécessaire (Cf. S. Thomas d’Aquin, Somme théologique, II-II q167 a1). Tout ce qui est nécessaire à l’étude a été données aux catholiques : les Écritures, le catéchisme de l’Église, les écrits des saints et des Pères de l’Église. Du temps de Léon XIII, les fidèles n’ont jamais été obligés ou même invités à lire toutes les nouvelles encycliques publiées bien que leur contenu se soit toujours basé sur des sources faisant autorité.
Aujourd’hui, ce qui nous permet d’avoir une vie vraiment catholique n’a pas changé. Passer du temps à “décortiquer” les encycliques actuelles conduit parfois à oublier de nous adonner à la quête de l’essentiel : « Cherchez d’abord le Royaume et la Justice de Dieu et tout le reste vous sera donné en supplément. » (Cf. Mt 6, 33).

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