L'ACTUALITE

* * * * NOUVEAU Dimanche, 26 janvier 2020. « [Jésus] leur dit encore : lequel d’entre vous aura un ami qui se rendra chez lui au milieu de la nuit pour lui dire : Ami, prête–moi trois pains, car un de mes amis est arrivé de voyage chez moi, et je n’ai rien à lui offrir ?
Si, de l’intérieur, l’autre lui répond : ne me cause pas d’ennui, la porte est déjà fermée, mes enfants et moi nous sommes au lit, je ne puis me lever pour te donner (des pains), je vous le dis, même s’il ne se lève pas pour les lui donner, parce qu’il est son ami, il se lèvera à cause de son importunité et lui donnera tout ce dont il a besoin.
Et moi, je vous dis : demandez et l’on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l’on vous ouvrira. [...] Quel père parmi vous, si son fils lui demande du pain, lui donnera une pierre ? Ou (s’il lui demande) du poisson, lui donnera–t–il un serpent au lieu d’un poisson ? Ou s’il demande un œuf, lui donnera–t–il un scorpion ? » (Lc 11, 5-13.)
Nous demandons et frappons à la porte de nos évêques pour leur demander la liturgie de l’Eglise et, à la place, nous ne recevons la plupart du temps que des célébrations diocésaines et paroissiales hautement «toxiques».

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Dans certains secteurs du monde professionnel, les employés étaient exposés sans en avoir conscience, des années durant, à des produits hautement dangereux comme l’amiante. Le travailleur ignorait la dangerosité de ce produit tout comme il ignorait qu’il y est exposé. Des « spécialistes » - dont certains étaient des salariés d’entreprises fabriquant l’amiante - leur garantissaient l’inocuité de ce produit isolant. De toute façon, devant gagner sa vie comme tout le monde, l’employé continuait de se rendre à son poste “amianté”. Petit à petit, d’abord insensiblement, l’exposition à ces produits altérait sa santé. Son organisme s’imprégnait de ce poison invisible et inodore. Et puis, après des décennies d’une exposition quasi quotidienne, l’employé tombait malade et l’on diagnostiquait un cancer... trop tard.
Il en va de même de la plupart des célébrations eucharistiques d’aujourd’hui. Lorsque tel ou tel fidèle dénonce un abus ou un affadissement liturgique, « on » lui répond qu’il exagère, qu’il manque de charité (on se demande toujours ce que vient faire la charité ici et qui en manque le plus), que ce n’est pas si grave, que ces “célébrations” décousues plaisent aux fidèles, qu’il faut s’attacher au fond plutôt qu’à des chicaneries de forme, etc. Et comme le fidèle sincère sait qu’il doit satisfaire à l’obligation dominicale, par fidélité à sa paroisse de quartier, il continue vaille que vaille, pendant des années, à fréquenter ces églises où le clergé et les “soviets” de laïcs incompétents infligent aux fidèles leur religion personnelle.
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Au début, le fidèle pense qu’il va pouvoir garder sa foi catholique malgré ces liturgies affadies et parfois à la limite du supportable. Mais peu à peu, dimanche après dimanche, messe après messe, le sentimentalisme et le relativisme qui règnent dans ces célébrations finissent par « déteindre » sur lui ; sans même qu’il ne s’en rende compte, la conception qu’il se faisait du prêtre commence à changer : ce dernier ne devient petit à petit, à ses yeux, qu’un gentil animateur paroissial dont on perçoit de plus en plus mal ce qu’il apporte de spécifique à la vie de la communauté et à la foi chrétienne. De même, sa foi dans le mystère de l’Eucharistie s’altère puisque la manière indigente dont est traité ce mystère central de la foi chrétienne dans la plupart des paroisses exprime davantage une approche “protestantisante” de l’Eucharistie que la doctrine apostolique.
Petit à petit, enfin, l’assistance à ces “messes” modifie sa vision de la liturgie : il se met à accepter que celle-ci ne soit qu’un chantier permanent que l’on peut déformer à l’envi, une sorte de caisse de résonance livrée à l’infinie variété des “sensibilités”, terme omniprésent aujourd’hui.
Le fameux « et après tout, pourquoi pas » finit par déterminer désormais toute son attitude.
C’est ainsi que des années de chaos liturgique n’ont eu qu’un seul effet : fabriquer des fidèles et des clercs mûrs pour l’apostasie, prêts à accepter passivement et sans le moindre esprit critique les pires dérives doctrinales.
Alors qu’une liturgie célébrée dans la fidélité aux normes et à l’esprit de la Tradition « forme » la maturité spirituelle et la vie intérieure des fidèles tout en contribuant à enraciner dans leur cœur la foi reçue des Apôtres, les liturgies paroissiales actuelles, au contraire, détruisent leur “système immunitaire” et les rend perméables aux idées les plus saugrenues imaginées par le dernier gourou à la mode.
C’est ainsi que de renoncement en renoncement, d’affadissement en affadissement, de trahison en trahison, la pastorale liturgique diocésaine, fonctionnant comme un poison à très haute toxicité, transforme le peuple de Dieu en un docile et amorphe troupeau de moutons rendus perméables à toutes les apostasies.
Et à ceux qui trouveraient cette analyse exagérée, il faut répondre qu'après des années de chaos liturgique, les études les plus sérieuses démontrent que deux fidèles sur trois ne croient plus en la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie. On peut même se demander si tous les prêtres y croient encore...
Partant de là, on peut légitimement penser que les années à venir nous donneront une nouvelle fois raison et que les multiples ruptures doctrinales qui s’annoncent au sommet de la hiérarchie cléricale ne provoqueront au sein de l’immense majorité des fidèles qu’une molle indifférence.

D'après Georges ALSWILLER

* * * * NOUVEAU Dimanche, 26 janvier 2020. Veuillez ne pas vous étonner si vous constatez quelques « couacs » sur notre site internet. Pro Liturgia a fait l’acquisition d’un nouvel ordinateur (un Mac OS de la dernière génération) qui nécessite plusieurs mises à jour ainsi que l’apprentissage d’une nouvelle façon de l’utiliser.
Nous faisons néanmoins tout notre possible pour continuer à donner des informations au fur et à mesure qu’elles nous parviennent.
Merci pour votre compréhension.

P.S. C'est curieux comme le latin de la messe peut paraître simple à côté du vocabulaire de l’informatique...

* * * * Samedi, 25 janvier 2020. Le problème de la participation à la messe ne peut pas être évoqué ou discuté sans qu’aussitôt ne surgisse la question de l’emploi du latin : la « fameuse langue » qui, du jour au lendemain, a dérangé certains fidèles - dont un bon nombre de clercs - jusqu’à rendre certains d’entre eux proprement hystériques. Pour ceux-ci, le latin est la langue qu’on a le droit d’utiliser dans les églises... à condition que ce soit au cours d’un concert mais - ô grand jamais - au cours d’une messe.
Le pape Saint Jean XXIII convoque le second concile du Vatican en 1962. Quelle était alors sa position concernant l’usage du latin ? Aux congressistes d’Assise de 1956, son prédécesseur, Pie XII, avait dit : « Il serait superflu de rappeler encore une fois que l’Eglise a de graves motifs de maintenir fermement dans le rite latin l’obligation inconditionnée pour le prêtre célébrant d’employer la langue latine (...) »
Saint Jean XXIII ne perdra aucune occasion de rappeler ces mots et d’insister à son tour sur l’importance du latin qui est et restera - dit-il - la langue de l’Eglise. Cette langue est, selon lui, une garantie contre une « sclérose de l’esprit » qui pourrait naître au sein des civilisations trop purement technocratiques dans lesquelles nous vivons. Aux pèlerins de Bergame, il explique en 1960, que de même qu’il y a une langue pour les rapports de la vie économique, de même le latin se trouve mieux adapté que toute autre langue pour traiter ce qui concerne la civilisation chrétienne et la vie religieuse pratique.
Dans un article publié par « L’Osservatore Romano », le cardinal Antonio Bacci (1885-1971) faisait observer que le latin, aux dires du pape Benoît XIV (1740-1758), était beaucoup plus apte que les langues modernes à exprimer avec fidélité et précision les dogmes de la foi.
Le 28 mars 1961, « L’Osservatore Romano » revenait sur la question de l’usage du latin. Commençant par citer Pie XI qui, dans sa Lettre apostolique « Officium omnium » d’août 1922, rappelait que dans la liturgie, l’usage du latin « sculpte la vérité plutôt qu’elle ne l’annonce », l’article soulignait les principales qualités de la langue latine :
1. Son universalité : elle permet de mettre le centre de l’Eglise en contact rapide, sûr et uniforme, avec tous les rayons qui se dirigent vers ce centre.
2. Son immutabilité : destinée à durer jusqu’à la fin des siècles, l’Eglise exige, de par sa nature-même, une langue qui soit immuable et non en perpétuelle évolution comme les langues courantes.
3. Sa non-vulgarité : si d’un côté l’Eglise peut librement employer toutes les langues et tous les dialectes pour évangéliser les peuples, d’une autre côté elle a le devoir de confier la célébration de sa foi à une langue qui ne s’identifie avec aucune de celles de tel ou tel peuple et qui ne se tienne pas au niveau des passions et des intérêts particuliers. Le latin « offre un écrin d’une incomparable excellence pour les vérités éternelles et immuables. »
4. Sa force protectrice de la Tradition : l’abandon du latin pousse les séminaristes et les prêtres à délaisser les Pères et les Docteurs de l’Eglise pour aller chercher la doctrine dans les ouvrages d’auteurs modernes auxquels manquent souvent non seulement la clarté et la précision dans la pensée, mais jusqu’à la fidèle interprétation des dogmes (Cf. Lettre apost. cit. sup.) A ce sujet, Pie XII ajoutait que « le prêtre qui ignore le latin doit se reconnaître affligé d’une déplorable misère intellectuelle, lamentabili mentis laborare squalore. » (Cf. Discours « Magis quam », sept. 1951)
5. Sa capacité à nourrir une spiritualité solide : de l’usage du latin découle la capacité d’entrer année après année dans les textes liturgique et d’en goûter toujours davantage, grâce à une catéchèse appropriée, la haute valeur spirituelle.
6. Sa capacité à former le jugement et l’intelligence : l’Eglise n’étant liée à aucune culture particulière, il s’ensuit que les fidèles doivent être conduits à pénétrer l’intelligence de leur foi par le moyen d’une expression qui dépasse l’espace et le temps.
7. Sa capacité à stimuler le goût pour les études : selon le P. Ledochowski, général de la Compagnie de Jésus en 1957, si l’usage du latin diminue, l’étude diminuera également et il deviendra peu à peu impossible de goûter la vraie et pleine saveur de la liturgie par laquelle s’exprime et se communique la foi de l’Eglise.

* * * * Vendredi, 24 janvier 2020. Par courrier daté du 22 janvier et adressé au Président de Pro Liturgia, le Cardinal Robert Sarah, Préfet de la Congrégation pour le Culte du divin, assure tous les membres de « Pro Liturgia » de sa bénédiction.

* * * * Vendredi, 24 janvier 2020. La « messe de toujours » - c’est ainsi que l’appellent certains fidèles attachés à la liturgie célébrée de façon habituelle avant Vatican II - a-t-elle toujours été célébrée comme elle est célébrée aujourd’hui ? Autrement dit, la messe dite « de Saint-Pie V » telle qu’elle est célébrée aujourd’hui (et qu’on qualifie de « forme extraordinaire » du rite romain) ressemble-t-elle à la messe que Saint Pie a pu lui-même connaître et peut-être (rien n’est moins sûr) célébrer ?
Pour le savoir, il faudrait étudier les missels des XVe et XVIe siècles et, avant, étudier les missels et les sacramentaires manuscrits les plus anciens. « Pro Liturgia » a, parmi ses membres, des spécialistes de la liturgie qui le font. Mais, en discutant avec des fidèles attachés à telle ou telle forme de la liturgie romaine - l’ « ordinaire » ou l’ « extraordinaire » -, il apparaît que très peu nombreux sont ceux qui prennent le temps de plonger ainsi dans les racines de notre tradition liturgique. Dès lors, il devient très difficile de parler de liturgie avec eux : comme l’a écrit Georges Alswiller sur notre site (voir plus bas), 95% des fidèles, clercs - et surtout évêques - compris ne savent plus rien de la liturgie, quelle que soit la forme à laquelle ces fidèles sont attachés. Les mots « liturgie », « rite », « missel », « participation »... n’ont plus le même sens selon que l’on parle à tel ou tel fidèle, à tel ou tel prêtre ou évêque. Précisons, pour dissiper tout malentendu, que Georges Alswiller fréquente aussi bien la forme « ordinaire » (très rarement respectée) de la liturgie romaine que la forme « extraordinaire » (respectée dans quelques églises généralement de villes de moyenne et grande importance).
Voyons donc ce que nous savons de la liturgie romaine, de sa continuité ou de son interruption au cours des siècles. Comme son nom le laisse deviner, la liturgie « romaine » devrait avoir son origine... à Rome. Malheureusement, cette liturgie romaine des origines a été perdue au cours des dix premiers siècles. D’abord en raison de la chute de l’Empire romain qui laisse le christianisme et le culte qui s’y rapporte dans un état que l’on n’aurait pas de mal à qualifier de pitoyable, ensuite à cause de la politique de redressement menée par Pépin-le-Bref sur la base d’une unité liturgique qui se fera à partir d’une fusion de deux rites : le « romain », dont il ne reste plus grand-chose, et le « franc » dont certains éléments semblent d’origine orientale.
Parallèlement à la création de cette liturgie « romano-franque », une réforme qui sera qualifiée de « carolingienne » conduit à la diffusion d’un chant liturgique qui sera qualifié de « grégorien » alors que sur le plan musical, il ne doit rien - au moins jusqu’à preuve du contraire - au pape Grégoire (590-604). C’est ainsi que de nombreux offices et chants conservés dans la liturgie romaine ancienne disparaissent des manuscrits liturgiques carolingiens.
Une autre particularité permet de comprendre que la liturgie ne s’est pas toujours développée de façon uniforme et sans heurts. C’est celle qui concerne l’Avent. Cette période de préparation à Noël n’apparaît à Rome qu’au VIe siècle (on ne sait pas ce qu’ont pensé les « traditionalistes » de l’époque - s’il y en avait - lorsqu’on leur a imposé cette période dans le calendrier...) avec - cerise sur le gâteau - des particularités musicales qui disparaîtront par la suite dans le corpus musical dit « grégorien ».
Précisément, pour mieux comprendre l’évolution de la liturgie « romano-franque » dite aujourd’hui « romaine », l’étude du chant qui accompagne les célébrations est éclairante : quand on sait que les rites et le chant ne font qu’un dans la liturgie, on devine que toucher à un rite a des incidences sur le chant et vice versa.
Or, que sait-on précisément du chant liturgique ? Que la première documentation fiable concernant le répertoire dit « grégorien » n’apparaît qu’au VIIIe siècle. Dans un ouvrage qu’on nomme « Sextuplex », Dom Hesbert (1899-1983), moine bénédictin de la Congrégation de Solesmes, a rassemblé ce que l’on peut considérer comme les plus anciennes collections d’antiennes. Elles proviennent du Cantatorium de Monza (VIIIe - IXe siècle), du Graduel de Rheinau (environ 800), du Graduel du Mont-Blandin (VIIIe - IXe siècles), du Graduel de Compiègne (deuxième moiié du IXe siècle), du Graduel de Corbie (après 853) et du Graduel de Senlis (VIIIe - IXe siècles).
Ces antiphonaires donnaient tous les textes liturgiques mais jamais les mélodies qui, durant ces siècles-là, étaient transmises par tradition orale. Cependant, un de ces manuscrits, le Graduel de Corbie, précise à côté des antiennes d’entrée et de communion, les tons des versets psalmiques. Ce qui est une première indication précieuse.
Ce n’est qu’au Xe siècle que commencent à apparaître, au-dessus des textes, des signes donnant des indications mélodiques. Ces signes (appelés « neumes ») ne donnent pas la hauteur des notes mais simplement des précisions subtiles touchant à l’interprétation des mélodies.
Ce n’est que progressivement que certaines indications mélodiques seront apportées : on ajoutera ça et là des lignes indiquant la place des demi-tons (MI-FA ou SI-DO). Encore faut-il préciser que l’idée de notes telle que nous la connaissons aujourd’hui n’existe pas encore : les tons entiers et les demi-tons s’entendent mais ne se transcrivent pas sur une portée.
Lors de la notation neumée des manuscrits, le répertoire grégorien est déjà pour une grande partie constitué, ce qui laisse deviner que son élaboration s’est faite bien antérieurement à l’apparition des « neumes ». Par conséquent, qui veut parler de « tradition » en matière de liturgie a tout intérêt à se pencher sur l’évolution des manuscrits grégoriens : ils donnent de précieuses indications qui touchent plus à l’évolution des rites qu’à la façon dont ces rites étaient ordonnés et accomplis.
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Une autre étape touchant justement à l’évolution des rites « romano-francs » se joue avec l’apparition de la portée (due, dit-on, à Guy d’Arezzo). Désormais existe un rapport entre la note vue sur une portée et sa hauteur entendue. Mais cette façon de noter les chants qui apparaît à première vue comme un progrès va jouer en défaveur du chant liturgique : la mémoire liturgique devient paresseuse. En effet, il devient inutile de se souvenir de tout puisque, désormais, on peut se référer à l’écrit qui constitue une référence fiable et stable. Il devient alors nécessaire de préciser à l’aide de rubriques toujours plus foisonnantes les rites que doit faire le célébrant, tandis qu’on assiste à la composition de centaines de d’hymnes, de séquences et de tropes qui viennent « encombrer » la liturgie, laquelle doit sans cesse s’adapter à ces nouveaux chants. « Le progressisme était déjà à l’œuvre » aurait-on pu dire à cette époque.
Arrive alors le concile de Trente qui fait exactement ce que fera le concile de Vatican II quelques siècles plus tard : un dépoussiérage et une remise en ordre de ce qui subsiste de la liturgie considérée comme « romaine ». Trente réorganise et codifie le rite tout en « liquidant » un grand nombre de pièces musicales qui avaient trouvé leur place dans la liturgie. Sur la base des connaissances de l’époque, on ne sauve alors que ce qui « paraît » essentiel. Et si les rites sont donnés avec une extrême précision dans le missel qu’utilisent les prêtres à l’époque, c’est essentiellement pour deux raisons : la première étant que nombre de prêtres issus de milieux simples et n’ayant eu qu’une formation minimaliste à une époque où les séminaires n’existent pas, ont besoin d’avoir un maximum d’indications pour conduire une liturgie de façon digne et cohérente. La seconde étant qu’au cours des siècles, les célébrations avaient été considérablement alourdies par l’introduction de prières et de coutumes qui avaient leurs origines plus dans les pratiques populaires locales que dans ce qui est proprement liturgique.
C’est dans ce contexte qu’au XVIe siècle apparaît un autre fait important pour la liturgie chantée (qui est la forme « normale » de toute liturgie, quel que soit le rite) : la parution de l’ « édition médicéenne » des livres de chant. Dans le sillage des idées de la Renaissance et plus précisément sur une impulsion décisive du pape Grégoire XIII (1572-1585) proche collaborateur de Saint Pie V, il faut « purifier » le chant liturgique de tout ce qui est alors considéré comme « barbare ». Dès la seconde moitié du XVIe siècle, des musiciens célèbres - et comme toujours « très compétents » - sont chargés de préparer une édition plus « liturgiquement correcte » des livres utilisés pour les différents Offices. Leurs travaux aboutissent en 1614 et sont publiés sous le titre : « Graduale… cum cantu Pauli V, Pont. Max., Iussu reformato. »
« Iussu reformato... » Selon un ordre modifié ! Déjà... Cette nouvelle édition sera le seule à pouvoir être utilisée en liturgie ; ce qui laisse clairement entendre que le pape S. Pie V n’a sûrement jamais ni célébré ni entendu une messe chantée comme elle l’est actuellement sous sa forme « extraordinaire » : le saint pape sera même reconnu coupable d’avoir été à l’origine d’une mutilation des mélodies grégoriennes qui allaient de pair avec la liturgie.
Au XIXe siècle, l’ « édition médicéenne » sert de base à une nouvelle publication réalisée par la maison Pustet de Ratisbonne (D). Le Saint-Siège l’approuve, ce qui fait d’elle la référence pour le chant liturgique. Mais référence ne signifie pas exigence : tous les historiens qui ont étudié la liturgie savent que durant les XVIIe et XVIIIe siècle essentiellement, le rite romain avait fini par se présenter sous d’infinies variantes d’une église à l’autre, d’un diocèse à l’autre, d’un pays à l’autre.
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On en était là depuis l’époque de Saint Pie V lorsqu’un jeune prêtre sarthois décide de faire revivre le monachisme bénédictin en France à partir de la restauration d’un ancien prieuré situé à Solesmes, non loin de Sablé-sur-Sarthe. Et l’un des moyens qu’utilise Dom Guéranger - car c’est de lui qu’il s’agit - pour parvenir à ses fins consiste à restaurer le chant liturgique et la liturgie qui lui est associée. Pour contrer l’ « édition médicéenne » il lui faut démontrer le manque de fiabilité de cet ouvrage et la nécessité d’étudier les manuscrits médiévaux.
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C’est ainsi que naît la « Paléographie musicale » de Solesmes d’où sortira, en 1889, une reproduction du « Graduale de Saint-Gall ». L’étude du graduel « Iustus ut palma » (Cf. Messe pour un confesseur pontife) prouve d’évidentes concordances dans les manuscrits les plus anciens et jette un sérieux doute sur la fiabilité de l’ « édition médicéenne ».
Ce rapide survol de l’histoire du chant liturgique dit « grégorien » nous permet de faire un parallèle avec l’histoire de la liturgie : ce que nous connaissons de la liturgie romaine dite « extraordinaire » ne date en réalité que du XIXe siècle et ne prend en compte ni les variations dont elle était l’objet durant les huit ou neuf premiers siècles chrétiens, ni les modifications qu’elle a pu subir à partir du concile de Trente.
Une chose est quasiment certaine : le pape Saint Pie V n’a lui-même ni connu ni célébré la messe « romaine » telle qu’elle se présentait ordinairement avant Vatican II et telle qu’elle est célébrée actuellement sous le titre de « forme extraordinaire du rite romain ». Lorsqu’on consulte les livres liturgiques en usage avant Trente et qui ont servi de base à l’extrême codification des rites, on constate qu’ils ne donnent pas ou peu de précisions rituelles.
Quant au « missel romain » édité à la suite de Trente et avalisé par Saint Pie V, il est certain qu’il différait de celui qui est actuellement utilisé par les tenants de la forme « extraordinaire » du rite romain. Souvenons-nous que Saint Pie V ne connaissait ni le chant grégorien « propre à la liturgie romaine », ni les tabernacles placés aux centres des autels, ni les trois « canons », ces trois tablettes permettant aux prêtres de dire les prières du « lavabo », les prières de la consécration ou encore le « dernier Evangile ».
Conclusion : de nombreuses études sont nécessaires pour qui souhaite aborder sereinement les questions de liturgie avec un maximum d’objectivité et de connaissances solides.

* * * * Jeudi, 23 janvier 2020. Une réaction critique de Mgr Robert Mutsaerts, évêque auxiliaire de S’Hertogenbosch (Bois-le-Duc au Pays-Bas). Il se dit convaincu que le véritable but du synode sur l’Amazonie était d’aboutir à l’ordination de prêtres mariés, à l’introduction du diaconat féminin et à l’établissement d’un « rite amazonien ».
Dans une interview au journal italien « Il Giornale », il exprime son inquiétude qu’avec les propositions figurant dans le document final de ce synode on ait ouvert la « boîte de Pandore ». On aboutirait à une rupture totale avec la « Tradition » entendue au sens de doctrine de la foi reçue des Apôtres, prévient-il.
La conclusion du synode était déjà en germe dans le choix des 180 pères synodaux : ceux qu’on savait critiques face aux sujets discutés n’ont tout simplement pas été invités. Quant aux débats qui ont eu lieu et qui tournaient autour de l’environnement, du changement climatique, de l’écologie et de la « terre-mère », ils n’ont été qu’un voile opaque derrière lequel se cachaient les vrais projets de prêtres mariés et de diaconesses, a expliqué Mgr Mutsaerts.
Les propositions de ce synode ne lui paraissent d’aucune utilité. Il précise ainsi que 80% de la population des régions amazoniennes vit dans des villes et que le problème de manque de prêtres se pose ici comme il se pose dans beaucoup d’autres régions du monde. Le vrai problème, le seul, est celui du manque de foi ; et on ne peut pas résoudre ce problème-là en ordonnant des hommes mariés.
D’autres communautés religieuses, comme l’Eglise anglicane où il existe des prêtres mariés, le montrent assez.
Lors de ce synode, on n’a guère entendu parler de Révélation, de Salut, ou d’autres contenus essentiels de la foi catholique, dit encore Mgr Mutsaerts. Le nom même de Jésus-Christ n’a presque jamais été prononcé. Et l’évêque d’espérer que le pape François « déchire » le document final du synode... tout en admettant que cet espoir est bien faible.


* * * * Jeudi, 23 janvier 2020.
La messe est-elle à ce point devenue routinière qu’on finit par s’y ennuyer ? C’est la question que posait le journal « La Croix » et qui a valu à cette publication une avalanche de réactions allant dans tous les sens. Un des membres de Pro Liturgia aussi a réagi. Sa lettre vaut la peine d’être reproduite ici :
« La question ne serait-elle pas plutôt : « Pourquoi s’ennuie-t-on à la messe ? ». Les rituels ont changé et la pratique ne cesse de fondre. On a mis de la vie dans les célébrations et on éprouve aujourd’hui un sentiment de vide. Curieusement les chapelles traditionalistes sont pleines de gens de tous âges tandis que (hormis quelques exceptions) nos assemblées clairsemées, comptant une majorité de cheveux blancs, remplissent à peine la moitié des églises. Là où le nombre de baptêmes et celui des mariages ne cessent de chuter, là où les assemblées ne se renouvellent plus. Si la ferveur n’est plus là, c’est que le problème dépasse le simple sentiment d’ennui. Cela ne tient pas uniquement aux chants, à l’animation (paroissiale ou pastorale), ni au fait que le prêtre vient d’une autre culture (car bien souvent, il cherche à s’adapter en s’inspirant de ce que font ses confrères). Il y a autre chose.
Réalisons-nous qu’en allant à la messe, nous y allons non pas pour nous regarder en communauté, mais pour Quelqu’un, le Dieu unique et trois fois saint, Père, Fils, Saint-Esprit, trinité consubstantielle et indivisible ? Que nous y allons pour Le louer après avoir imploré son pardon afin d’être rendus dignes de célébrer les saints, divins et vivifiants Mystères, écouter sa Parole, proclamer notre foi en Lui, Lui offrir ce que nous sommes et déposer tous les soucis de cette vie pendant que s’actualise Son sacrifice qui nous sauve, Le recevoir dans notre cœur afin qu’il y habite et nous donne de rayonner sa lumière dans le monde, Lui rendre grâce pour tous ses bienfaits, recevoir Sa bénédiction avant de retourner en mission ? Et si la messe c’était d’abord cela ? Comment alors s’ennuyer à la messe ? »

* * * * Jeudi, 23 janvier 2020. A l’occasion de la première messe qui sera célébrée le mois prochain dans une cathédrale de Genève (CH) depuis la Réforme, les fidèles de confession protestante sont invités à recevoir la communion.
L’Eglise catholique est donc dirigée par un clergé renégat et composée de fidèles niais et amorphes. Le peuple de Dieu marche joyeux vers l’apostasie et sa propre condamnation (1 Cor 11, 29-30)... avec la bénédiction du pape François.

* * * * Mercredi, 22 janvier 2020. Chers Membres et Amis de Pro Liturgia
Comme vous le savez probablement déjà, notre Association Pro Liturgia, après avoir fait le point sur la situation actuelle concernant la liturgie, a décidé de poursuivre son activité. A ce sujet, vous trouverez ci-dessous un large extrait de notre réflexion.
Des changements interviendront ultérieurement dans le fonctionnement de l’Association : ils seront soumis au vote des membres lors d’une prochaine Assemblée Générale dont les dates seront précisées en temps utile.
Notre site internet restera actif : il proposera régulièrement de brèves informations accessibles à tous et concernant plus particulièrement l’actualité immédiate. Pour des réflexions plus approfondies (des pistes pour mieux comprendre la liturgie, ses symboles et ses normes, des analyses des enseignements de l’Eglise en matière de culte divin), nous vous renvoyons à notre bulletin qui paraîtra tous les deux mois, en PDF et sur papier (au choix), et sera réservé à nos membres à jour de la cotisation annuelle.
Merci à toutes les personnes qui ont déjà envoyé leurs cotisations pour l’année 2020 : elles pourront dès à présent être encaissées.
Si cela peut vous convenir, nous vous encourageons vivement à opter pour le bulletin au format PDF envoyé par internet : il suffit pour cela de nous indiquer votre adresse mail.

La cotisation pour une année civile se monte à :
- 25€ pour recevoir le bulletin papier par la poste
- 15€ si vous optez pour le bulletin PDF
Le règlement peut se faire par chèque bancaire à l’ordre de l’APL à envoyer 9c, avenue Clemenceau -F-67560 Rosheim, ou par virement bancaire au Crédit Mutuel de Rouffach -F-68250 (code IBAN : FR76 1027 8033 3000 0127 5304 563 et code BIC : CMCIFR2A)

Rappelons que Pro Liturgia a été fondée à la demande de fidèles laïcs et clercs et avec les vifs encouragements de plusieurs évêques et cardinaux - dont le cardinal Ratzinger - soucieux de donner à la liturgie restaurée à la suite de Vatican II sa forme véritable telle qu’elle est précisée dans le Missel romain promulgué par Paul VI. Cette fondation demeure d’actualité parce que :
1. La situation de l’Eglise est plus que tragique. La crise, qui est une crise totale (crise de la spiritualité, de la pratique, des vocations, de la doctrine...), loin de s’atténuer, semble au contraire s’accélérer d'année en année.
2. Dans le domaine de la liturgie, il semble qu’il ne soit déjà plus possible, en bien des paroisses, de redresser quoi que ce soit. L’immense majorité du clergé diocésain, même parmi les plus jeunes prêtres (souvent de bonne volonté), n’a plus aucune idée de ce à quoi doit ressembler une célébration liturgique catholique digne de ce nom. Le rapport capital entre la foi et le culte n'est plus compris et les membres de bien des « équipes liturgiques » ignorent totalement ce qu’est une célébration eucharistique au sens où l’entend l’Eglise.
3. Dans un contexte aussi délétère - d’autant plus délétère que l’on sait aujourd’hui que l’on ne peut plus guère compter sur un appui des autorités romaines -, les membres de Pro Liturgia auraient de bonnes raisons de baisser les bras et d'abandonner la lutte. Cependant, en raison du nombre croissant de personnes qui partagent les mêmes préoccupations et souhaitent pouvoir participer à l’authentique liturgie restaurée à la suite de Vatican II, les membres du bureau de Pro Liturgia, encouragés par les courriers reçus, ont pourtant décidé de poursuivre le combat, coûte que coûte, vaille que vaille.
Pro Liturgia reçoit régulièrement - et plus encore ces dernières semaines - de nombreux encouragements venant de prêtres, de séminaristes, de religieux, qui ont vu dans l’existence et les publications de l’Association, durant ses trente années d’existence, un soutien moral considérable pour affronter la crise et persévérer dans leur ministère.
Par ailleurs, de très nombreux fidèles, meurtris par les multiples abus et affadissements liturgiques qui leur sont infligés dimanche après dimanche et célébration après célébration, ont également manifesté leur désir de voir l’œuvre continuer et contribuer ainsi à un renouveau de la vie liturgique tant en France que dans des pays plus ou moins limitrophes.
Pro Liturgia demeure aujourd'hui l’une des seules associations à défendre activement la vraie « forme ordinaire » du rite romain, telle que voulue par le Concile et le Magistère post-conciliaire, dans la fidélité à la Tradition bimillénaire de l’Eglise. Renoncer signifierait participer à un naufrage l’Eglise actuelle qui, en l’absence d’une réelle prise de conscience de la crise liturgique par les autorités diocésaines, semble inéluctable.
4. La décision de continuer relève donc davantage d’un acte de foi que d’un optimisme irénique que rien, dans la situation actuelle, ne permettrait de fonder.
Il est bien évident que les finalités de l’Association, définies dès 1988 dans la charte de Pro Liturgia (résumée sur ce site) serviront de base aux réflexions ultérieures, ces orientations étant aujourd'hui et plus que jamais d’actualité.
Afin de participer à cet effort au service de l’Eglise et de la liturgie romaine restaurée à la suite de Vatican II, nous invitons tous les catholiques - qu'ils soient religieux, prêtres, séminaristes ou simples fidèles - soucieux de l’avenir de l’Eglise à se manifester et à rejoindre notre Association pour s’engager à nos côtés.


* * * * Mercredi, 22 janvier 2020. En 2003, à l’occasion du 40e anniversaire de la Constitution “Sacrosanctum Concilium” de Vatican II sur la sainte Liturgie, le pape Saint Jean-Paul II avait demandé que soit développée une authentique « spiritualité liturgique » capable de faire prendre conscience aux fidèles que le premier et seul « liturge » est le Christ qui ne cesse d’agir dans l’Eglise et dans le monde en vertu du Mystère pascal sans cesse célébré, et qui associe l’Eglise à Lui, pour rendre louange au Père, dans l’unité de l’Esprit Saint. (Cf. “Spiritus et Sponsa”, 16).
La « spiritualité » désigne la recherche de Dieu par l’homme.
Elle est motivée par les grandes questions de la vie - d’où viens-je ? Pourquoi est-ce que je souffre ? Que dois-je faire pour être heureux ? Pourquoi dois-je mourir ? - autant que par la Révélation de Dieu. Ainsi la spiritualité pousse-t-elle l’homme à chercher Dieu à travers la prière, les sacrements, la contemplation, l’étude et l’action.
Au cours des siècles, différentes « écoles » de spiritualité chrétienne ont vu le jour dans l’Eglise. Chacune d’elles met l’accent sur une voie ou un aspect particulier de l’unique chemin qu’emprunte l’homme qui entend marcher vers le seul Dieu. La spiritualité ignatienne, par exemple, comprend un examen quotidien (une réflexion faite dans la prière à la fin de chaque journée pour discerner la volonté de Dieu dans sa vie) ainsi qu’une retraite de 30 jours. La spiritualité bénédictine se vit en communauté sur la base de la prière et du travail (ora et labora), de la “lectio divina” et de l’Office divin. La spiritualité de l’Opus Dei trouve sa sanctification dans le monde et sur le lieu de travail en faisant appel aux charismes du clergé et des laïcs sans pour autant les confondre.
Il n’y a qu’un seul chemin vers Dieu : il nous est indiqué par le Christ. Cependant, il y a différentes manières par lesquelles le Christ nous accompagne sur ce chemin. Ces différentes manières sont les « spiritualités » qui répondent aux circonstances, aux tempéraments et aux besoins de petits groupes ou d’individus.
Cependant, chacune de ces spiritualités doit se retrouver dans spiritualité commune. C’est celle que le pape Saint Jean-Paul II a nommé la « spiritualité liturgique ».
Qu’a-t-elle de particulier ?
Premièrement, comme l’a enseigné le pape, la « spiritualité liturgique » voit Jésus comme le premier “liturge”, comme le principal acteur de la liturgie. Le célébrant doit s’effacer devant ce « liturge » : rien de ce que fait le prêtre visiblement à l’autel ne doit apparaître plus important que ce que Jésus accomplit de façon invisible.
Deuxièmement, la « spiritualité liturgique » focalise l’attention du fidèle sur le mystère pascal vécu par le Christ et qui se compose de quatre éléments indissociables : sa souffrance, sa mort, sa résurrection et son ascension. La liturgie résume à elle seule ces quatre “éléments” qui sont à la base de notre salut.
Troisièmement, la « spiritualité liturgique » doit être totalement ecclésiale : elle doit souligner que tout ce qui se fait dans une paroisse, dans une église, dans une chapelle, au sein d’un groupe... n’a de sens que si l’on peut y percevoir l’action de l’Eglise tout entière.
Quatrièmement, une « spiritualité liturgique » authentique ne conduit jamais à enfermer le fidèle sur lui-même et sur son petit « confort chrétien » vécu dans un agréable entre-soi. Au contraire, elle pousse le fidèle à aller dans le monde pour travailler à sa divinisation et à sa transformation.
Enfin, la « spiritualité liturgique » est inspirée par le Saint-Esprit qui, avec et par le Christ et dans l’Eglise - et non dans le « club » de tel ou tel prêtre se disant inspiré -, nous conduit à louer et à adorer Dieu le Père par le moyen d’une liturgie toujours digne, juste et fructueuse.
Tout catholique baptisé, quelles que soient ses inclinations spirituelles particulières, a toujours besoin de pouvoir être en contact avec une telle « spiritualité liturgique » lorsqu’il se rend à une messe dans sa paroisse.

* * * * Mercredi, 22 janvier 2020. Avec la liturgie romaine codifiée à la suite du concile de Trente, on ne se posait pas trop de questions. Chaque fidèle, prêtre ou laïc, savait comment devait se dérouler une messe et celui qui était proche de l’autel, célébrant ou servant de messe, avait appris ce qu’il fallait faire et ce qu’il ne fallait pas faire.
Bien sûr, il y avait bien ça et là des célébrants un peu fantaisistes qui « loupaient » presque systématiquement la formule finale d’une oraison ou répétaient obstinément la même fausse note dans le chant d’une préface ; mais à part l’organiste qui, par compétence ou par habitude, devait rattraper les « couacs » du célébrant, personne n’était grandement perturbé. Le fidèle pouvait donc se sentir libre pour tout le reste et suivre la liturgie en toute quiétude.
Est arrivé le concile Vatican II qui a rappelé que les racines du culte rendu à Dieu n’étaient pas « que » dans des rites exécutés coûte que coûte - ni exclusivement dans les rubriques - mais dans une liturgie transmise par l’Eglise que chaque ministre a le devoir de mettre en œuvre du mieux qu’il peut selon les moyens dont il dispose.
Désormais, l’Opus Dei - la liturgie - n’est plus satisfaite si l’on ne se contente que de faire ceci et de ne pas faire cela. Elle est exécutée avec convenance quand une disposition d’esprit droite mène tous les acteurs de la liturgie - célébrant, choristes, membres de l’assemblée - à penser que quoi qu’ils veuillent faire, ils ne feront jamais mieux que ce l’Eglise a institué au fil des siècles sur la seule base de sa fidélité à la foi reçue des Apôtres.
Une telle disposition d’esprit est beaucoup plus exigeante qu’une scrupuleuse dépendance à un catalogue de rubriques.

* * * * Mardi, 21 janvier 2020. Dans l’article de Georges Alswiller faisant le compte-rendu de la réunion des Membres du bureau de Pro Liturgia, il est question de ce clergé qui, en grande majorité, ne sait plus ce qu'est une authentique célébration liturgique.
A ce sujet, il faut préciser que l'ignorance frappe autant les tenants de la forme “ordinaire” que les tenants de la forme ”extraordinaire”. Cette constatation se fonde sur les discussions que peuvent avoir les membres de “Pro Liturgia” avec les fidèles de tous bords rencontrés à l’issue de telle ou telle messe (la forme dite “ordinaire” étant, il est vrai, la plus massacrée par les évêques actuels incapables de remettre en cause la pastorale liturgique mise en place par leurs prédécesseurs.)
Autre point qu'il faut souligner : les partisans inconditionnels de la forme “extraordinaire” de la liturgie se basent sur le Motu proprio “Summorum pontificum” de Benoît XVI pour justifier la légitimité de leurs revendications. Ils omettent cependant soigneusement de citer le même Benoît XVI qui explique les véritables raisons de son “Motu proprio” : “ [La forme “extraordinaire” devra être utilisée (moyen et non fin) pour que] dans la célébration de la Messe selon le Missel de Paul VI, [soit] manifestée de façon plus forte que cela ne l’a été souvent fait jusqu’à présent, cette sacralité qui attire de nombreuses personnes vers le rite ancien.” Et Benoît XVI d'ajouter : “La meilleure garantie pour que le Missel de Paul VI puisse unir (sic) les communautés paroissiales et être aimé de leur part est de célébrer avec beaucoup de révérence et en conformité avec les prescriptions ; c’est ce qui rend visible la richesse spirituelle et la profondeur théologique de ce Missel.” Ce rappel ne devrait-il pas être davantage pris en compte par les inconditionnels de la forme "extraordinaire” de la liturgie romaine ?

* * * * Mardi, 21 janvier 2020. Le cardinal Kurt Koch se démarque d’une étude publiée par le « Groupe œcuménique de travail entre théologiens catholiques et évangéliques » et intitulée : « Ensemble à la table du Seigneur ; perspectives œcuméniques pour la célébration de l’Eucharistie et de la Sainte Cène ».
Dans une interview réalisée par « Radio Vatican », le président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, Mgr Koch, s’est exprimé au sujet d’une tentative de reconnaissance réciproque de l’Eucharistie catholique et de la Sainte Cène protestante. Dans le texte présenté, il dit avoir trouvé beaucoup de bonnes choses, en particulier sur l’évolution historique de la question. Mais ce texte s’appuie sur un présupposé qu’il ne peut en aucun cas partager, à savoir une mise à égalité entre l’Eucharistie catholique et la Cène protestante : le texte utilise le terme de Cène/Eucharistie, comme si toute l’affaire était déjà réglée. Mgr Koch insiste : il ne peut partager cette vision des choses.
Il poursuit en listant les différentes questions qui restent ouvertes à ce jour, concernant la compréhension de l’Eucharistie : « Il n’est nulle part question dans ce texte de la notion de sacrifice. D’autre part, sur la question de la charge pastorale, je vois une contradiction flagrante entre ce que dit ce texte et ce qui est vécu en réalité dans les églises évangéliques. En Allemagne, par exemple, on s’appuie sur une idée qui a été rappelée lors des festivités célébrant la Réforme, à savoir qu’avec la Réforme protestante était apparue une toute nouvelle compréhension de l’Eglise. La nouveauté consistait en ce que chaque baptisé était désormais apte à donner les sacrements et que la présence d’un ministre spécialement ordonné pour cela n’avait qu’une raison pratique d’ordre social. Mais l’étude présentée donne un autre sens à la charge pastorale, sans doute pour se rapprocher de la pratique catholique. Je pense qu’il convient de rediscuter toutes ces questions restées ouvertes. »
Signalons aussi que « Radio Vatican » s’est senti obligée de formuler un sous-titre qui parle d’une « Thèse personnelle au cardinal Koch » lorsque celui-ci prétend que l‘ Eucharistie et la Cène protestante sont deux choses complètement différentes. On essaie donc de faire passer pour une « opinion personnelle » relevant de la sphère privée ce qui, en en réalité, est la doctrine officielle de l’Eglise catholique même s’il est vrai que cette derière est de moins en moins comprise par les fidèles et de plus en plus laissée dans la vague par les évêques.

* * * * Mardi, 21 janvier 2020. Selon Luis Badilla, un proche du pape François, il est certain que l’exhortation apostolique sur le Synode amazonien qui sera publiée début février permettra l’ordination sacerdotale d’hommes mariés. D’abord en Amazonie et ensuite dans le reste du monde.
La théologie du sacerdoce ? Les enseignements des Pères de l’Eglise ? L’Ecriture Sainte ? la Tradition ? Les conciles ? Tout ça à la poubelle : Jorge Bergoglio, pape des papes l’a décidé. Il veut une Eglise à sa mesure et à la mesure des problèmes existentiels de ses caudataires et rien d’autre.
Un schisme en vue ? Qu’est-ce que ça peut faire quand on est à la fois jésuite, argentin abreuvé de théologie de la libération et pontife suprême ? François sait qu’il a derrière lui tous les néo-catholiques qui rêvent d’une Eglise cool, d’une doctrine soft, d’une morale élastique. Quant à tous les autres, ce ne sont que des vieux grognons qui ne comprennent rien à l’évolution.
Le problème, c’est qu’il n’y a pas pires adeptes de la régression que les « progressistes » qui utilisent leur détresse pour engager l’Eglise - et la foi des peuples - dans l’éphémère et l’inconsistance.
C’est François lui-même qui nous avait dit un jour que l’Histoire retiendra peut-être de lui qu’il fut un diviseur. Voilà qui devrait inviter à réfléchir.

* * * * Lundi, 20 janvier 2020. LE CELIBAT SACERDOTAL

Sur cette question du célibat des prêtres, l’Eglise d’Occident ne peut pas renoncer aux approfondissements théologiques réalisés depuis saint Augustin jusqu’au XIIIe siècle et au-delà, que l’Orient n’a pas connus, même si des grands conciles y ont eu lieu. (...)

« Les grands mystères… »

Il est évident que toute réalité liée à la sacramentalité de l’Eglise mérite d’être évaluée en cohérence avec le mystère du Christ lui-même. Sans cette cohérence profonde le célibat se réduit à une pratique parmi d’autres et à une simple loi canonique. Alors on dit : il n’est pas de droit divin.
Mais en fait, Vatican II est formel : « Le célibat a de multiples convenances avec le sacerdoce… C’est pour des motifs fondés sur le mystère du Christ et sa mission que le célibat… a été institué comme une loi dans l’Eglise latine… Que les prêtres contemplent les grands mystères signifiés et réalisés par leur célibat. » (Cf. Presbyterorum Ordinis, n° 16). Ici, l’histoire et la sociologie sont définitivement surpassés !

Deux consécrations

La cohérence du célibat avec le sacerdoce institué se perçoit déjà dans le rite de l’ordination. Celle-ci comporte deux consécrations. La consécration essentielle est sacramentelle : c’est une consécration “objective” par l’Eglise et passive de la part de l’ordinand. Il est ordonné.
Mais, cette consécration objective est précédée par une consécration “subjective” où l’ordinand est actif : il se consacre lui-même.
Dans le rite de l’ordination, cette consécration subjective est signifiée par l’interrogatoire fait par l’évêque : « Voulez-vous, etc… Oui, je le veux ». Or, cette consécration subjective est déterminante. L’évêque ne pourrait pas procéder à l’ordination (consécration objective définitive) si l’ordinand ne s’engageait pas avant, ne se consacrait pas lui-même d’abord.
Cette consécration personnelle fait partie de l’exercice du sacerdoce baptismal. La personne s’offre à Dieu pour toujours, pour être apte à recevoir la consécration sacramentelle, elle-même définitive (caractère sacerdotal).
Or, c’est dans le célibat que Vatican II a concentré clairement la consécration personnelle de l’ordinand. Quatre fois “Prebyterorum Ordinis” (n° 16) parle de consécration à propos du célibat : c’est au nom du célibat qui a de multiples convenances avec le sacerdoce que le prêtre se consacre tout entier au service de l’humanité nouvelle… En gardant la virginité ou le célibat pour le royaume des cieux, les prêtres se consacrent au Christ d’une manière nouvelle et privilégiée… Sans que leur cœur soit partagé, ils sont plus libres pour se consacrer… au service de Dieu et des hommes… Ils témoignent ainsi devant les hommes qu’ils veulent se consacrer sans partage à la tâche qui leur est confiée : fiancer les chrétiens à l’époux unique…

Le don fait par le Père

D’une façon admirable le Concile Vatican II parle deux fois du célibat comme d’un don fait par le Père. Il semble que cette présentation ouvre au mystère du Christ lui-même. En effet, le Christ est ce Fils que le Père, ayant tellement aimé le monde, lui donne. Nous reconnaissons là le don que le Père a fait de son Fils à l’humanité pour la Nouvelle Alliance. Tel est le terme de sa mission de Rédempteur. Le Père a donné en « mariage » son Fils à l’Eglise devenu son épouse.
Mais pour ce « mariage » du Verbe avec l’humanité, il est totalement exclu que le Fils ait dû quitter son Père, comme le fait un homme pour s’attacher à une femme. Cela rend absolument sublime le célibat du Christ prêtre qui réalise la Nouvelle Alliance entre Dieu et les hommes dans son Incarnation (union hypostatique), en parfaite union avec son Père.
Ainsi, le célibat des prêtres est bien un don fait par le Père à ceux qui représentent le Christ, unique grand prêtre. Ils sont d’une certaine façon en eux-mêmes, par leur célibat (qui justement n’est pas sacramentel), des présences de l’Alliance virginale du Christ avec l’humanité par l’Eglise.

N.B. Dominique Wolton dans : « Pape François, Politique et société » fait dire au pape que « même dans l’Eglise, il y a des prêtres mariés. Tous les prêtres orientaux sont mariés. » (p. 248). Cette assertion est fausse.

Un Abbé bénédictin


* * * * Lundi, 20 janvier 2020.
Selon l’information donnée par un média bavarois (Bayern 2), le criminologue Pfeiffer a lancé de graves accusations à l’encontre de l’Eglise catholique. D’après l’Agence de Presse Allemande (DPA), il a demandé la démission du cardinal Reinhard Marx, archevêque de Munich et Freising depuis 2007 et Président de la Conférence épiscopale allemande depuis 2014.
Le criminologue reproche au cardinal Marx d’avoir mené les investigations concernant le scandale des abus sexuels de façon très insuffisante et sans aucune transparence puis d’avoir refusé aux spécialistes l’accès libre aux documents afin d’empêcher tout travail de recherche scientifique indépendante. D’après le criminologue, presque toutes les investigations mettant en cause des ecclésiastiques ont été entravées par le cardinal Marx.

* * * * Lundi, 20 janvier 2020. La dernière réunion des membres du bureau de Pro Liturgia, samedi dernier, a permis d’établir un point de situation sur l’Association. Les différents échanges ont permis d’établir le constat suivant :
DESTRUCTION
1. La situation de l’Eglise est plus que tragique. La crise, qui est une crise totale (crise de la spiritualité, de la pratique, des vocations, de la doctrine...), loin de s’atténuer, semble au contraire s’accélérer d'année en année. Malgré l’évidence de la faillite complète de la pastorale menée tambour battant par les états-majors diocésains depuis plus de cinquante ans, les évêques ne semblent toujours pas prendre la mesure de la gravité de la situation et ne semblent toujours pas voir le lien pourtant évident entre l’effondrement programmé de la liturgie, la dislocation du tissu ecclésial et l’effondrement de la foi catholique.
Alors que la déchristianisation atteint désormais des niveaux catastrophiques - dans certaines régions, le christianisme est au bord de l’extinction, les taux de pratique dominicale étant en de nombreux endroits désormais inférieurs à 1% - un tel autisme épiscopal apparaît de plus en plus pour ce qu'il est : un aveuglement criminel et suicidaire.

2. Dans le domaine de la liturgie, il semble qu’il ne soit déjà plus possible, en bien des paroisses, de redresser quoi que ce soit.
L’immense majorité du clergé diocésain, même parmi les plus jeunes prêtres (souvent de bonne volonté), n’a plus aucune idée de ce à quoi doit ressembler une célébration liturgique catholique digne de ce nom. Même les savoirs-faire les plus élémentaires - chanter une préface, se comporter avec dignité durant les offices, aménager avec justesse les sanctuaires dans la conformité aux normes - semblent avoir été complètement oubliés. Le rapport capital entre la foi et le culte n'est plus compris ; partout, le sentimentalisme et l’ignorance crasse détruisent à la racine l’esprit liturgique et rendent illusoire une quelconque restauration, même partielle, d’une liturgie véritable.
Les prêtres et les fidèles qui ont encore une vision claire en matière liturgique sont rarissimes, généralement isolés les uns des autres, et bien souvent condamnés à une attitude proche de la schizophrénie, déchirés qu’ils sont entre leur lucidité ainsi que la conscience qui est la leur de la gravité de la situation et les insipides célébrations auxquelles leur conscience les contraint de pratiquer dans le cadre des « directives pastorales » ou à assister.

3. Dans un contexte aussi délétère - d’autant plus délétère que l’on sait aujourd’hui que l’on ne peut plus guère compter sur un appui des autorités romaines -, les membres de Pro Liturgia auraient toutes les raisons de baisser les bras et d'abandonner la lutte.
schola

Les membres du bureau de Pro Liturgia ont pourtant décidé de poursuivre le combat, coûte que coûte, vaille que vaille. L’association reçoit régulièrement - et plus encore ces dernières semaines - de nombreux encouragements venant de prêtres, de séminaristes, de religieux, qui ont vu dans l’existence et les publications de l’Association, durant ces trente années d’existence, un soutien moral considérable pour affronter la crise et persévérer dans leur ministère.
De très nombreux fidèles, meurtris par les multiples abus et affadissements liturgiques qui leur sont infligés dimanche après dimanche et célébration après célébration, ont également manifesté leur désir de voir l’oeuvre continuer et contribuer ainsi à un renouveau de la vie liturgique dans l’Eglise de France.
Par ailleurs, Pro Liturgia est aujourd'hui quasiment la seule association à défendre activement la vraie « forme ordinaire » du rite romain, telle que voulue par le Concile et le Magistère post-conciliaire, dans la fidélité à la Tradition bimillénaire de l’Eglise. Renoncer signifierait définitivement abandonner 95% de l’Eglise actuelle à un naufrage qui, en l’absence de réelle prise de conscience de la crise liturgique, est inéluctable.

4. La décision de continuer relève donc davantage d’un acte de foi que d’un optimisme irénique que rien, dans la situation actuelle, ne permettrait de fonder.
Afin de poursuivre et même d’intensifier le combat de l’Association en faveur d’une liturgie qui soit digne de la foi chrétienne, une assemblée générale aura lieu dans les prochains mois. Elle sera l’occasion de définir les pistes de réflexion qui permettront de donner à notre Association un nouveau départ.
Il est bien évident, toutefois, que les finalités de l’Association, définies dès 1988 dans la charte de Pro Liturgia (disponible sur ce site) serviront de base à la réflexion commune, ces orientations étant aujourd'hui et plus que jamais d’actualité. Afin de participer à cet effort au service de l’Eglise et de la liturgie romaine restaurée à la suite de Vatican II, nous invitons tous les catholiques - qu'ils soient religieux, prêtres, séminaristes ou simples fidèles - soucieux de l’avenir de l’Eglise à se manifester et à rejoindre notre Association pour continuer le combat à nos côtés.

Georges ALSWILLER

* * * * Lundi, 20 janvier 2020. Les fidèles qui souhaitent demeurer dans la foi catholique sont aujourd’hui
confrontés à l’existence de deux doctrines qui semblent de plus en plus éloignées l’une de l’autre. Il y a la doctrine d’une bonne partie de évêques et cardinaux influents soutenus par le pape François, et il y a la doctrine de l’Eglise telle qu’elle a été enseignée depuis les temps apostoliques.
Résultat de cette dichotomie : des fidèles très majoritairement égarés, privés de repères, pratiquant une religion « à la Greta Thurnberg » où les bons sentiments tiennent lieu de catéchisme et où sauver la planète est plus important que de sauver son âme pour avoir la vie éternelle en Dieu.

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